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Japan Summon \/ Nihonkoku Shōkan

Chapitre 2 : Ça sent déjà le retour de bâton…

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Chapitre 2

Chapitre 2 : Ça sent déjà le retour de bâton…

Chapitre 2/2100%~11 min de lecture2 152 mots

An 1639 du Calendrier central, 22 mars, matin

Deux mois plus tôt, l'île du Japon avait changé de monde. Elle était immédiatement entrée en contact avec la principauté de Kua Toine et le royaume de Quira afin d'établir des liens diplomatiques avec ces nations. Une fois ces liens noués, le gouvernement de Kua Toine connut, dans les semaines qui suivirent, la transformation la plus radicale de toute son histoire.

Le Japon présenta des demandes de vivres d'une quantité absurde, mais Kua Toine, qui nourrissait déjà correctement jusqu'à son bétail, parvint à les satisfaire. Même le royaume de Quira, avec ses terres arides et improductives, était une mine de ressources aux yeux du Japon, et se mit lui aussi à exporter vers lui.

En échange de ces ressources, le Japon commença à exporter des infrastructures : par exemple des méthodes pour relier les grandes villes par des routes plates et sans raccord, un cran au-dessus du pavé, et des systèmes de distribution à grande échelle comme le chemin de fer.

Toutes sortes de technologies modernes furent également demandées, mais le Japon avait voté une nouvelle loi, la « loi de prévention de la fuite des technologies vers le Nouveau Monde », pour protéger ses technologies essentielles. L'exportation d'armes fut aussi évoquée, mais elle était déjà illégale : il n'y avait rien à faire.

Les technologies que le Japon consentit à partager étaient surtout des commodités qui élevaient fondamentalement la qualité de vie des deux pays. Un accès abondant à l'eau potable propre (les technologies d'assainissement existaient déjà, mais on ne les employait pas pour la boisson), la capacité d'éclairer la nuit aussi vivement que midi et d'autres applications de l'énergie électrique, des bouteilles de gaz propane à commande manuelle qui produisaient du feu et de l'eau chaude à la demande... la vie ordinaire avait progressé à pas de géant.

Deux mois ne s'étaient pas encore écoulés, si bien que ces technologies n'étaient pas répandues, mais on disait que le chef du commerce, après avoir vu les échantillons, en avait été stupéfait jusqu'à la frénésie. L'idée de ces améliorations nationales invraisemblables le mettait en joie.

« Les produits de ce pays appelé Japon sont tellement merveilleux... ! Ils sont manifestement au-dessus des trois grandes civilisations ! Nous pourrions même dépasser leur niveau de vie ! »

En s'entretenant avec son secrétaire, le premier ministre Kanata se montrait toutefois plus mesuré quant à l'influence que ce pays aurait sur leur avenir.

« Hah... Ce fut un véritable soulagement d'apprendre qu'ils sont pacifistes. Alors même qu'ils ont une loi interdisant l'entretien d'une armée permanente et qu'ils ne maintiennent au mieux qu'une force d'autodéfense, aller contre eux avec leur niveau de technologie a de quoi terrifier. »

« Je suis d'accord. Il reste néanmoins un peu décevant qu'ils refusent de nous exporter des armes. Si nous en disposions, nous pourrions mieux contenir la menace que représente Rowlia. »

Sur cette pensée regrettable, Kanata porta les yeux vers le soleil couchant.

Royaume de Rowlia, capitale royale Jin Hark, château Hark, conseil royal

C'était une fraîche soirée d'automne, avec une lune magnifiquement brillante. Des torches éclairaient la salle sombre où l'on discutait de l'avenir de la nation devant le roi.

« Roi Rowlia, les préparatifs sont achevés. »

Un homme en armure d'argent, agenouillé devant le roi, présentait son rapport. C'était un homme d'une trentaine d'années, à la barbe noire, musclé au point que cela se remarquait à travers l'armure. C'était le général Patajin.

« Nous allons affronter deux pays. L'emporterons-nous ? »

Ainsi interrogea le trente-quatrième roi du royaume de Rowlia, Hark Rowlia, âgé de trente-quatre ans.

« L'un d'eux n'a que quelques paysans, et l'autre est plus mal en point encore, avec des manants incapables de cultiver cette terre stérile. Dans un cas comme dans l'autre, avec tant de demi-humains mêlés à eux, nous ne saurions jamais être vaincus. »

« Chancelier, quelles informations avez-vous sur le Japon, cette nation qui nous a contactés il y a un mois environ ? »

Le Japon s'était aussi adressé à Rowlia, mais, comme il avait déjà établi des relations avec Kua Toine et Quira, on l'avait tenu pour hostile et renvoyé.

« Le Japon se situe à environ mille kilomètres au nord-est de la principauté de Kua Toine. Comme ils sont très éloignés, il est inconcevable qu'ils exercent une influence tangible. De plus, ils ont été stupéfaits de voir les wyvernes de notre armée. Il semble s'agir d'une nation barbare sans cavaliers de dragon. Nous n'avons aucune autre information pertinente à leur sujet. »

Une armée sans wyvernes est privée de l'appui aérien qu'elles fournissent, ce qui la rend faible. Les bombardements aériens ne suffisent pas à eux seuls à défaire une unité de cavalerie, mais subir sans cesse la puissance redoutable du souffle de dragon, sans contre-mesure viable, entame le moral de l'ennemi.

« Je vois... Voyez, nous voici tout près d'unifier Rodenius tout entier. L'idée d'éradiquer enfin les abominables demi-humains me met véritablement en joie. »

« Votre Excellence, l'unification est peut-être imminente, mais n'oubliez pas votre promesse. Héhéhé... » rappela au roi un homme vêtu d'une robe noire, dans un murmure à faire frissonner.

« Bien sûr que non !! » répliqua-t-il avec colère.

'Tss. Ce ne sont que des idiots de barbares qui ne font même pas partie des trois civilisations. Une fois Rodenius sous notre domination, ce sera le tour de Fillades.'

« Général, exposez notre stratégie. »

« À vos ordres ! Notre armée est forte de cinq cent mille hommes. Pour cette mission, nous en enverrons quatre cent mille sur Kua Toine, le reste défendant notre territoire.

Juste à l'intérieur de la frontière de Kua Toine se trouve une ville, Gim, de cent mille habitants. Nous la conquerrons en premier. Champs et bétail abondent partout à Kua Toine : nous nous procurerons donc tous nos approvisionnements sur place.

Après la prise de Gim, nous marcherons deux cent cinquante kilomètres vers l'est jusqu'à la capitale de Kua Toine et nous la réduirons par notre supériorité numérique. Contrairement à notre pays, ils n'ont rien autour de leurs villes qui puisse servir de rempart. Au mieux auront-ils un château à l'intérieur de la ville. Il suffira de l'assiéger pour que leurs vivres s'épuisent vite. Leurs forces aériennes se contrent aisément avec nos propres wyvernes.

Dans le même temps, nous mobiliserons notre flotte de quatre mille quatre cents navires, nous la ferons remonter au nord, puis nous débarquerons sur la rive nord, aux abords de Myhak, pour nous emparer de leur pôle commercial. Comme Quira dépend entièrement des importations de vivres de Kua Toine, il devrait capituler rapidement dès que nous aurons coupé le commerce de Myhak.

Ensuite, quant aux forces de Kua Toine, elles comptent au mieux cinquante mille soldats, mais ils ne peuvent en mobiliser rapidement qu'une dizaine de milliers. Quelque plan habile qu'ils imaginent, il sera simplement écrasé par notre nombre.

Bientôt, nos six longues années de préparation porteront leurs fruits ! »

« Vraiment... héhé, ha ha ha, AAAHAHAHAH !!! C'est le plus beau jour de ma vie ! Le monde approuvera notre guerre contre Kua Toine et Quira ! »

Des acclamations éclatèrent. Le château royal s'emplit d'une célébration tapageuse.

Principauté de Kua Toine, ambassade du Japon

« ... vous l'imaginez donc, si nous entrons en guerre contre Rowlia, il nous sera peut-être impossible d'exporter vers votre nation la quantité de vivres convenue. »

Un immense camp de soldats rowliens avait été observé en train de se rassembler à la frontière entre Kua Toine et Rowlia. Kua Toine, prévoyant que la guerre éclaterait bientôt, s'était rendu à l'ambassade du Japon pour exposer la situation. Tanaka, fonctionnaire des Affaires étrangères, en resta sans voix.

Après que le pays entier avait été brusquement envoyé dans un autre monde, entièrement coupé de la Terre, le ministère des Affaires étrangères avait reçu une mission urgente : empêcher la famine de la population. Heureusement, la principauté de Kua Toine possédait des greniers bien remplis et des terres riches et fertiles ; établir des relations amicales avec elle avait été absolument vital pour sécuriser l'énorme quantité de vivres nécessaire à nourrir le pays.

Et la grande chance du Japon ne s'était pas arrêtée là. Le royaume de Quira était une mine d'or, capable à lui seul de fournir presque tous les autres matériaux dont le Japon avait besoin. En termes de ressources, il apparaissait que le transfert du Japon l'avait miraculeusement envoyé exactement là où il pouvait résoudre sans douleur tout problème d'approvisionnement. L'extraction minière n'avait pas encore commencé et il fallait puiser dans les stocks que le pays avait accumulés, mais ces réserves étaient suffisantes pour ne gêner la vie quotidienne de personne.

Or voilà que, tout à coup, Kua Toine annonçait que ces importations de vivres critiques risquaient de cesser. Si cela se produisait, on estimait qu'en un an, dix millions de civils ou plus mourraient de faim.

« N'y a-t-il rien à faire ? Si les importations venaient à être interrompues, ce serait catastrophique pour le Japon. »

« Nous comprenons votre détresse et nous y sommes profondément sensibles. Mais Rowlia est un pays extrêmement puissant. Nous les avons vus renforcer leurs troupes à la frontière nationale. Si la guerre éclate, nous n'aurons pas d'autre choix que d'abandonner un certain nombre de villes et de bourgs. Dans ces conditions, il nous serait très difficile de maintenir notre arrangement actuel en matière de commerce de vivres.

Si vous pouviez nous fournir des renforts, cela nous serait extrêmement utile... »

« Au Japon, notre constitution comporte une disposition contre le conflit armé. Un soutien militaire n'est pas vraiment quelque chose que nous puissions fournir... »

« Dans ce cas, malheureusement, veuillez comprendre qu'il y a de fortes chances que nos exportations de vivres soient interrompues. Je ne souhaite pas me prononcer sur les affaires intérieures de votre pays. »

Obéir à la constitution et risquer la famine de dix millions de citoyens, ou réexaminer la constitution et, par là, sauver de la crise à la fois le peuple japonais et le peuple de Kua Toine. Y avait-il vraiment un choix ?

Sur la recommandation de l'ambassade du Japon quant aux complications possibles des importations de vivres depuis Kua Toine, dans un délai de trois semaines, le Japon prit la décision d'envoyer des troupes à l'étranger pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale.

An 1639 du Calendrier central, 11 avril, matin, près de la frontière entre Rowlia et Kua Toine

Royaume de Rowlia, tente de commandement de l'armée de subjugation de l'Est

Les demandes par communication magique du ministère des Affaires étrangères de Kua Toine, exigeant le retrait des soldats de la frontière, furent innombrables. Toutes furent ignorées. La guerre venait, et rien ne l'arrêterait.

« Demain, Gim tombera. »

Le général de classe B Pandour menait l'avant-garde de trente mille hommes chargée de prendre Gim. 20 000 fantassins, 5 000 fantassins lourds, 2 000 cavaliers, 1 500 soldats spécialisés (spécialistes des engins de siège, des armes de jet et d'autres opérations particulières), 1 000 soldats de guérilla, 250 dresseurs de bêtes, 100 mages et 150 cavaliers de dragon. Il avait beaucoup de fantassins, mais un escadron de dix cavaliers de dragon avait la capacité de traiter dix mille fantassins ennemis.

Pandour souriait largement en passant ses troupes en revue. Les wyvernes étaient des armes coûteuses. En rassemblant toutes les forces des autres continents, deux cents wyvernes en seraient l'équivalent. Or dans cette guerre contre Kua Toine, cinq cents wyvernes participeraient. Le bruit courait qu'ils recevaient l'aide de l'Empire de Papaldia, un pays de Fillades membre de la Troisième Civilisation. Cette rumeur n'était pas confirmée, mais... quoi qu'il en soit, Pandour se félicitait de la puissance de feu excessive des 150 cavaliers de dragon dont il disposait pour l'invasion initiale.

« Que ferons-nous du butin de Gim ? »

Le lieutenant-général Adem l'interpella. C'était un chevalier impitoyable. Rowlia avait conquis de nombreux petits pays dans son expansion fanatique, et les rumeurs sur ses exploits en territoire occupé étaient indicibles.

« Je vous en laisse la charge, lieutenant-général. »

« Entendu. »

Adem s'inclina, puis se tourna aussitôt vers ses hommes et aboya ses ordres.

« Le pillage est autorisé à Gim, faites comme il vous plaira. Si vous voulez vous amuser avec les filles, très bien, mais n'oubliez pas de vous en débarrasser quand vous aurez fini. Aucun survivant. Transmettez cela au reste de l'armée. »

« À vos ordres ! »

Les hommes d'Adem s'apprêtaient à quitter la tente, mais s'arrêtèrent quand il les rappela.

« Attendez ! Amusez-vous, c'est entendu, mais laissons-en une centaine en vie pour répandre la peur et la panique. Et si vous trouvez des familles de chevaliers à Gim, rendez leur mise à mort particulièrement atroce. »

Ordonner de répandre la peur... Adem était véritablement monstrueux. Sur cette pensée, ses hommes quittèrent la tente pour faire passer le mot.

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