Ce jour-là, ce soir-là, et à ce moment-là seulement, je n'étais pas le Shirô de d'habitude.
— Différent en quoi ?
Si on posait la question, tous ceux qui me connaissent répondraient ceci :
« Le Shirô de ce jour-là n'était pas comme d'habitude. Concrètement, il n'était pas habillé pareil. »
Eh oui. Puisque j'allais servir à boire à la guilde des aventuriers.
Pour boire, la première chose qui compte, c'est l'ambiance.
Alors j'ai enfilé une chemise d'un blanc immaculé, un pantalon noir, un gilet noir.
Aux pieds, des souliers de cuir ; au cou, un nœud papillon. Sans oublier de plaquer mes cheveux en arrière au fixatif.
Quiconque me verrait maintenant penserait : « Ah, un barman. »
Ce qu'il faut à un barman, c'est de l'alcool et un comptoir de bar.
C'est pourquoi je me tenais derrière le comptoir installé en catastrophe dans la taverne de la guilde des aventuriers.
Bon, comptoir, c'est vite dit : de simples planches posées sur des caisses en bois.
« Grand frère Shirô, aujourd'hui, il est plutôt classe. »
« Hé hé, merci Aina. Toi aussi, ça te va bien. »
« Héhé, ça me fait plaisir. »
« Tant mieux, Aina. »
« Oui. »
« Ça vous va bien aussi, Stella. Vous dégagez une de ces auras de femme qui gère. »
« Hi hi, vous trouvez ? Merci. »
Comme Aina et Stella avaient proposé leur aide, je leur ai fait porter une chemise blanche et un tablier noir.
Toutes les deux ont l'air de serveuses de café.
Le temps d'une soirée, la maison Shirô était devenue le BAR Shirô.
« …………Shirô, c'est prêt. »
Elles ne sont pas les deux seules à m'aider.
« L'alcool dans les baquets, il est tout froid, miaou. »
« Oh, merci beaucoup. »
« Voilà voilà. Vous pouvez nous remercier, miaou. »
Derrière Kiki, qui bombait le torse, s'alignaient plusieurs baquets remplis d'eau, avec les bouteilles de bière dedans.
Ces baquets, on me les a prêtés en guise de glacières, et les glaçons créés par la magie de Nesca y flottaient tranquillement.
À l'heure qu'il est, tout ça doit être glacé à souhait.
Leur récompense pour le coup de main : une bouteille d'alcool, celle qu'elles voulaient.
Kiki a réclamé « un alcool de fruits », Nesca, sans surprise, a demandé « un alcool au chocolat ».
Stella a choisi « du vin rouge » et Aina, après une longue hésitation : « Euh… ben… du… du jus de raisin ! »
« Bon, maintenant que tout est prêt… »
Le BAR Shirô, monté dans un coin de la taverne.
Par-dessus le comptoir, un coup d'œil sur la salle :
« C'est pas encore prêt ? On peut pas encore boire ?! »
« Regarde-moi tout cet alcool. Il paraît qu'il y en a autant et que le contenu est différent à chaque fois. »
« Dis, dis. Regarde, c'est pas dans des tonneaux, c'est dans des bouteilles en verre. C-c-c-combien ça peut coûter, une bouteille ? »
« J'espère que j'aurai assez d'argent… »
« Il y a des lettres que je n'ai jamais vues. De quel pays est-ce que ça peut bien venir ? »
« Ça vient peut-être même d'un continent de l'autre côté de la mer. »
« Boi-re-l'al-cool-d'au-de-là-des-mers. Nous, chan-ceux. »
Une foule d'aventuriers.
Comme il n'y a pas assez de chaises, beaucoup restent debout.
À vue de nez, tous les aventuriers affiliés aux Apôtres de la Lune d'argent sont réunis ici, non ?
« ……… »
Les regards des aventuriers convergent sur moi. Ou plutôt sur les bouteilles alignées.
Leur sérieux est tellement poussé à bout qu'on dirait qu'ils dégagent une aura meurtrière.
Un peu effrayée par cette atmosphère,
« … »
Aina m'a pris la main.
De l'autre, elle tenait celle de Stella.
Tout est prêt, on peut y aller.
J'ai toussoté.
« Bien… alors, »
« … ?! »
« à partir de maintenant… »
« … ?! »
« l'alcool de mon pays… »
« … ?! »
« je vais vous l'offrir à tous ! »
« Ouaaaaaaaaaaaaais ! »
Un rugissement s'est élevé.
Les aventuriers se sont levés en renversant leurs chaises.
Tous brandissaient le poing en hurlant de joie.
Vous avez si soif que ça ?
« Mais avant ça, quelques consignes. Écoutez bien, d'accord ? »
À ces mots, les aventuriers ont répondu « Ouiii ».
« D'abord, je n'offre qu'un verre par personne. Ceux qui en veulent un deuxième devront payer à chaque fois. Pour information, le prix va de cinq pièces de cuivre pour l'alcool le moins cher à dix pièces de cuivre pour le plus cher. »
J'ai marqué une pause.
Cinq pièces de cuivre le verre, ça fait cinq cents yens.
L'équivalent du verre à prix unique qu'on trouve dans les bars et les salles de concert.
Pour comparaison, l'ale que j'avais bue à la taverne coûtait trois pièces de cuivre : c'est donc un peu plus cher.
Alors, la réaction des aventuriers ?
« Cinq pièces de cuivre, qu'il dit. »
« Si c'est pour boire mieux que l'ale d'ici, un peu plus cher, ça me va. »
« Et même le plus cher, c'est seulement dix pièces de cuivre ? À côté des prix du centre, c'est de la charité. »
« Chef… le budget alcool d'aujourd'hui, on monte jusqu'où ? »
« …Si on laisse passer ça, on ne boira peut-être plus jamais d'alcool étranger. …Je t'autorise jusqu'à cinq pièces d'argent. »
« Ouais ! »
« Grande sœur, il paraît qu'il y a aussi de l'alcool fait avec des fruits étrangers. »
« Voilà qui est intéressant. Je crois que je vais prendre ça. »
« …Bon-al-cool. Boi-re. »
« Pfeuh ! L'alcool, c'est le sang de nous autres nains. Plus il est fort, plus il fait bouillir les veines ! »
Parfait.
Le prix a l'air de passer sans problème.
Au contraire, pour les aventuriers, ça avait l'air d'être donné.
« Eh bien, je vais donc vous offrir l'alcool de mon pays ! Alors d'abord, mettez-vous en une seule file… ouap ! »
Je n'avais pas fini ma phrase que les aventuriers se ruaient tous en même temps.