Le lendemain, après plusieurs correspondances de train, j'étais à la sortie ouest de Shinjuku.
Pourquoi Shinjuku ?
Parce que je cherchais de quoi régaler les aventuriers.
Une grande enseigne d'électroménager, à la sortie ouest de la gare de Shinjuku.
À l'étage, un niveau entier est consacré à la vente d'alcool.
« J'en avais entendu parler, mais… c'est quelque chose. »
Rien à voir avec un caviste du coin ou le rayon alcools d'un supermarché : la sélection était sérieuse.
Sérieuse au point que même un œil de profane comme le mien pouvait le voir.
À tel point qu'on peut dire sans exagérer qu'on trouve ici les alcools du monde entier.
« On dirait un parc d'attractions de l'alcool. »
La bière, évidemment, mais aussi le saké, les chûhai, le shôchû.
Les liqueurs, le whisky, le brandy.
Quant au vin, un coin de l'étage abrite carrément une cave où l'on entre, avec vente à température contrôlée.
Par curiosité, j'ai demandé à un vendeur : rien que sur ce niveau, sept mille alcools différents sont en vente.
« Un rayon amuse-gueules, et même un bar de dégustation… Si je commence à boire, je ne ressortirai plus avant la fermeture. »
De l'autre côté du comptoir, le barman d'âge mûr m'adressait un sourire charmant.
J'ai réprimé ma soif par une volonté d'acier et, panier à la main, j'ai foncé vers les rayons.
« D'abord la bière… ah, prenons plutôt des bouteilles, par précaution. Les canettes, ça risque de poser problème. Du coup, autant réunir des bières de tous les pays. Et surtout ne pas oublier les bières artisanales. »
J'ai enfourné dans le panier, une à une, toutes les bouteilles qui me tombaient sous les yeux.
L'achat en gros version adulte.
« Prévoir aussi quelques whiskys. Et ne pas oublier des liqueurs sucrées pour les femmes. Moi aussi j'aime bien les cocktails sucrés… Aïe. Le panier est déjà lourd. Mes bras crient grâce. »
J'ai continué à jeter des bouteilles dans le panier et, une fois plein, direction la caisse.
Le sac cliquetant de bouteilles, je suis allé dans un coin à l'abri des regards et j'ai tout rangé dans mon Stockage spatial.
« Ouf… J'ai bien failli y laisser un bras. »
J'ai secoué les bras pour dénouer les muscles.
Hier soir, il y avait cinquante à soixante aventuriers dans la taverne.
« Un panier, c'est loin, très loin de suffire. »
L'alcool, quand on en abuse, ce n'est pas bon pour la santé ; mais à dose raisonnable, on dit que ça évacue bien le stress.
Ninorich est une ville de frontière : les distractions y sont rares. Pour être franc, il n'y en a pratiquement aucune.
En l'état, il n'y a effectivement que l'alcool.
Si des aventuriers qui gagnent leur vie au péril de la leur peuvent s'amuser ne serait-ce qu'un instant, alors un bras ou deux… et tant pis si j'ai des courbatures demain !
« Tant pis. C'est pour le stress des aventuriers, et puis surtout pour l'argent. On va se donner à fond ! »
C'est ainsi que j'ai continué mes courses jusqu'à ce que mes bras explosent leurs limites.
« Pour le saké, je choisis selon mon goût. »
« Merci de votre visite ! »
« Il faut aussi une liqueur de chocolat pour Nesca. Et pour Kiki, prévoyons des liqueurs de fruits et des jus. »
« Merci de votre visiiite ! »
« Enfin le vin. Stella a bien réagi au mot “vin”, non ? Alors — rouge, blanc, rosé, orange, à l'assaut ! »
« Merci de votre visiiiite ! »
« Ha ! Si je prends du Kahlúa, je pourrai vendre du lait avec, non ? Je suis un génie d'y avoir pensé, moi, non ? »
« Merci de votre visiiiiite ! »
« Maintenant, un alcool bien costaud pour les nains ! Tant qu'à faire, partons sur le Spirytus à quatre-vingt-seize degrés ! Hé hé hé, je vois déjà le nain rouler sous la table. »
« Merci de votre visiiiiiite ! »
Ce jour-là, j'ai acheté plus de six cents bouteilles.
Le total en caisse s'élevait à 1 700 000 yens.