« Des fleurs… vous n'en voulez pas ? »
Le panier de la petite vendeuse débordait de fleurs de toutes les couleurs.
S'il était aussi plein, c'est qu'elle ne devait pas en écouler beaucoup.
« Tiens donc. Tu vends des fleurs, toi ? »
Je me suis accroupi pour me mettre à sa hauteur.
Elle a hoché la tête.
« Tant qu'à faire, je vais t'en prendre une. Combien ? »
À ces mots, ses yeux se sont écarquillés de surprise.
Elle avait la tête de quelqu'un qui n'imaginait pas une seconde qu'on lui achète quoi que ce soit.
« Une, ça fait trois pièces de cui… euh, non. D-deux pièces… monsieur. »
« Deux pièces de cuivre, donc. »
« A-ah, c'est… c'est trop cher, hein ? U-une seule, ça ira aussi ! »
Elle s'agitait, mais s'accrochait vaillamment à sa phrase.
Peut-être que je l'intimidais, parce que j'étais un adulte.
« Très bien. Alors je vais te prendre cette fleur jaune. Tiens, trois pièces de cuivre. »
« H-hein ? Trois pièces ? »
« Au début, tu allais dire trois, non ? Alors ce sera ce prix-là. »
La petite est devenue toute rouge.
« C'est vrai… t-trois, ça vous va… monsieur ? »
Voilà ce qu'elle me demandait.
On aurait dit un petit animal, tout apeuré.
Et sa façon maladroite de manier le vouvoiement était attendrissante.
« Ça me va. En échange, si je peux me permettre, j'aurais deux ou trois choses à te demander. »
« …Demander ? À moi ? »
« Oui, à toi. »
J'ai souri, et elle m'a rendu un tout petit sourire.
« …D'accord. Vous voulez savoir quoi… monsieur ? »
J'ai pris la fleur et lui ai tendu trois pièces de cuivre.
Puis je me suis mis à la questionner.
« J'ai plein de choses à te demander, mais… commençons par le commencement. Tu peux me dire ton nom ? »
« Aina… monsieur. »
« Haha ! Tu n'es pas obligée de te forcer à me vouvoyer, tu sais. Sinon c'est moi qui vais finir par être intimidé. »
À ces mots :
« …D'accord. »
Le visage crispé d'Aina s'est un peu détendu.
Elle devait commencer à se relâcher.
« Alors, Aina, moi c'est Shirô Amata… ou plutôt Shirô Amata dans l'autre sens, ici ? Bon, appelle-moi Shirô. Enchanté. »
Je lui ai tendu la main droite.
Aina l'a fixée un long moment, puis :
« Enchantée… grand frère Shirô. »
Et elle me l'a serrée.
« Alors voilà, ça va te sembler très bizarre comme question, mais… tu peux me dire le nom de cette ville ? »
Aina a écarquillé les yeux, interloquée.
« Le nom de la ville ? »
« Oui. Tu vois, je suis un voyageur, comme tu peux le constater. Je viens tout juste d'arriver, je ne connais rien du tout. »
« Ah, d'accord. Alors, cette ville, elle s'appelle… »
Grâce à Aina, j'ai pu récolter des informations sur ce monde.
D'abord, nous étions dans une ville frontalière du royaume de Guineas, du nom de Ninorich.
La monnaie existait en trois métaux — cuivre, argent, or : cent pièces de cuivre valaient une pièce d'argent, et cent pièces d'argent une pièce d'or.
Un habitant gagnait en moyenne huit pièces d'argent par mois, et à peu près personne ne possédait de pièce d'or.
Si une pièce d'or vaut un million de yens, se balader avec revient à trimballer une liasse de billets au Japon.
Forcément, personne n'en trimballe.
Nous étions bien sur un marché, et — surprise — n'importe qui pouvait y faire commerce à condition de le déclarer à la mairie. Même une enfant comme Aina.
« Je vois, je vois. Donc si je fais la démarche, moi aussi je peux tenir un stand ? »
« …Oui. Je crois que oui. »
« D'accord. Voilà une excellente nouvelle. »
Autrement dit, je pouvais faire du commerce dans un autre monde.
En apportant des produits japonais ici, je pourrais peut-être gagner de l'argent sans me fatiguer.
Il fallait creuser.
Mais avant ça…
« Aina, je peux t'acheter d'autres fleurs ? »
« …Hein ? »
« Voyons voir… tu m'en donnes une dizaine de plus ? »
« … »
Aina affichait une tête absolument ahurie.
Elle ouvrait et refermait la bouche sans un son.
« Grand frère Shirô… c'est une blague, hein ? »
« Certainement pas. Une seule fleur dans une pièce, ça fait un peu triste, non ? »
Mamie aimait les fleurs, de son vivant.
Alors je m'étais dit que j'en déposerais sur l'autel.
Et je me disais aussi qu'elle serait plus contente de recevoir des fleurs d'un autre monde, achetées à Aina, que celles du fleuriste du quartier.
« …Ah. »
J'ai pris dix fleurs dans le panier.
Trois pièces de cuivre l'unité, donc trente pièces en tout.
« Tiens. Trente pièces de cuivre. »
Et j'ai fait tinter les pièces dans les mains d'Aina.
« T-tout cet argent… »
À cet instant, ses yeux se sont embués.
Pour une gamine qui travaillait déjà si jeune, trente-trois pièces de cuivre — trois mille trois cents yens — ne devaient pas peser le même poids que pour moi.
« Merci… grand frère Shirô. »
« Mais de rien. C'est plutôt à moi de te remercier pour ces jolies fleurs. »
« …Héhé. Vous trouvez mes fleurs jolies… Aina, elle est contente. »
Elle pleurait, mais elle souriait un peu.
« Ah, au fait. Tu pourrais m'indiquer où se trouve la mairie et m'expliquer les démarches pour ouvrir un stand sur ce marché ? »
Aina a frotté ses yeux et m'a adressé un grand sourire.
« D'accord. »
« Merci. Alors, tu peux commencer par me dire où est la mairie ? »
« Aina va vous y emmener. C'est par là. »
« Hein ? Sérieusement ? »
Je ne m'attendais pas du tout à ce qu'elle m'accompagne jusque là-bas.
« Par ici, par ici ! »
Aina sautillait en me faisant signe, et j'ai suivi cette petite silhouette.
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