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Isekai Shoukan wa Nidome Desu

Chapitre 18

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Chapitre 18

Chapitre 18

Chapitre 18/7026%~11 min de lecture2 192 mots

Dezas, à qui Ruri avait demandé une boutique, réfléchit un bref instant avant d'accorder sa permission sans difficulté.

« Je vois, une boutique. Ça, je peux l'arranger. Mais mon autorité ne s'exerce qu'à l'intérieur de ce Evil Barrow. Le continent des humains est bien sûr hors de question, et ce château, ainsi que l'extérieur de la ville au pied du château, sont aussi impossibles. Ça te va quand même ? »

« Aucune objection. C'est entendu pour ces conditions. »

« Compris. Reste la question de la taille… »

« Alors… je voudrais une roulotte. »

« Hein ? »

Dezas resta bouche bée en l'entendant. Moi aussi je fus surpris, car je m'imaginais qu'elle voudrait un grand local.

Même sans parler d'un grand magasin, une roulotte est le plus petit commerce qui soit dans ce monde. On l'utilise tout au plus pour qu'un restaurant y expose des échantillons gratuits afin de faire sa publicité.

« En vérité, je voudrais une grande boutique… mais il me manque encore de l'expérience, et je ne suis pas majeure, comme me l'a dit -san. Si on me donnait un tel établissement, je ne saurais pas le gérer, je pense. »

En l'entendant, Dezas et moi fîmes une mine à dire « effectivement ». C'est vrai que plus un magasin est grand, plus la gestion est lourde. Sur ce point, une roulotte, Ruri peut parfaitement s'en occuper.

« La roulotte est acceptée, mais qu'est-ce que tu comptes vendre ? Je doute qu'on puisse écouler quelque chose de correct… »

« C'est là que… j'ai une petite faveur à demander à -san… »

Tout en disant cela, Ruri tourna son visage vers moi. Elle compte vendre un produit qui repose sur moi ? Rien ne me vient particulièrement à l'esprit…

« En fait… j'aimerais essayer de vendre les fritures que prépare -san. »

―――――― C'est ainsi que

―――――― « Tu mélanges cette pomme de terre et cette viande hachée, tu les panures, et tu plonges tout dans l'huile, boum !! Tu as compris ? »

« O, oui !! Je commence à comprendre, vaguement ! »

À présent, je me trouve dans les cuisines du château du Roi Démon avec Ruri. L'idée de faire des fritures comme produit me semble excellente. Ça se vend bien sur une roulotte, et ça convient à la petite restauration que font les lycéens après les cours. On ne fera pas fortune, mais on devrait gagner de façon stable. Bon, je suis débutant en commerce, donc je ne sais pas trop… mais Ruri, qui est fille de marchand, sait discerner ce qui se vend ou non, donc c'est sûr.

« Quand ça prend cette couleur, tu la sors d'un coup et tu égouttes l'huile. Bien, c'est bon. Oui, c'est prêt !! Emportez ça ! »

« H, hai ! »

Je dressai les croquettes frites sur un plateau et le confiai au serveur qui attendait mes instructions.

« C'est quand même une dextérité incroyable… en un clin d'œil, vous en avez fait pour des dizaines de personnes… »

« C'est encore loin d'être assez !! Allez, Ruri, aide-moi aussi !! Y'en a encore à faire !! »

« Ah, oui ! »

Je retirai le poulet frit dans l'autre marmite. Ce qu'on appelle un escalope de poulet pané.

En ce moment, le château du Roi Démon est en pleine fête légère, et la cuisine m'a encore été confiée. Je m'étais dit qu'on me demanderait bien de cuisiner, mais je ne m'attendais pas à devoir préparer pour tout le monde dans le château… Enfin, ça me permet en même temps d'apprendre la friture à Ruri, donc ce n'est pas un si mauvais boulot si ça lui sert.

« Si -san pouvait toujours cuisiner pour moi comme ça… »

« C'est impossible pour un moment. »

Moi aussi je dois faire le tour du continent des demi-humains, et à la fin j'irai récupérer Yūhi sur le continent des humains.

« Mais quand tout sera fini, je pourrai te tenir compagnie un moment… »

« V, vraiment ?! »

Elle mord à l'hameçon bien plus que je ne le pensais. Attention aux éclaboussures d'huile.

« D'ici là, fais prospérer ton commerce ? Sinon, ça n'aura aucun intérêt de t'aider. »

« H, hai ! Bien sûr ! Un magasin avec -san… ehehe »

Ruri fit frire des croquettes en rougissant de plaisir.

Je ne suis pas le genre d'homme à qui on fait ce genre de réaction… moi.

« Bon… celui-ci est prêt aussi. Désolé Ruri, mais tu peux emporter ça ? »

« Ah, oui ! Compris ! »

Je lui tendis les escalopes de poulet dressées à la va-vite sur une assiette. À la place de Ruri qui sortait de la cuisine, je me déplaçai devant la marmite où friaient les croquettes.

J'ai mauvaise conscience de perturber son entraînement, mais je n'ai pas trop envie de servir des plats froids à ceux qui s'amusent là-bas. Enfin, à ce stade, il n'y a ni bon ni mauvais en matière de friture.

J'attendais que les croquettes finissent de frire quand je remarquai Dezas entrer dans la cuisine. C'est inhabituel de voir le Roi Démon ici, et les cuisiniers à qui j'ai confié la tâche écarquillèrent les yeux.

« Désolé , de t'avoir laissé la cuisine… À la base, je voulais que tu te reposes tranquillement… »

« C'est pas grave, c'est juste chiant. Mais vous manger en disant que c'est bon… ça fait honnêtement plaisir. »

« C'est vrai… Moi aussi, ça faisait longtemps, alors j'ai déjà mangé un plateau entier de tes croquettes. »

« Tu vas grossir. »

« Uh… je ferai de l'exercice, ça va. »

Quand je le lui fis remarquer franchement, elle baissa les yeux en se caressant le ventre. Une taille incroyablement fine. Je pense qu'elle pourrait prendre un peu de poids, mais les raisons pour lesquelles elle n'en veut pas, seules les femmes les comprennent, non ?

« Et alors, quoi ? Tu es venue piquer de la bouffe ? Si c'est le cas, je ne pardonnerai pas. »

« Pas du tout !! … J'ai juste un petit truc à te dire. »

Ah, c'est une conversation sérieuse. J'arrêtai de la taquiner et cessai d'envoyer de la puissance magique dans la pierre de feu qui sert de feu. Après avoir vérifié que la flamme s'était éteinte, je dis aux cuisiniers que je leur laissais la cuisine un moment.

« De quel genre de discussion s'agit-il ? »

« … Depuis que est revenu, nous n'avons plus de raison de nous venger contre le pays des humains. Du coup, nous avons décidé de rappeler immédiatement ceux qui l'attaquent, mais… »

―――――― « Tu crains que le pays des humains n'en profite pour nous attaquer ? »

« Ah, tu as vite compris. »

D'après Elka, le pays des humains songe à profiter de cette guerre pour envahir à nouveau les continents des démons et des demi-humains. Dans ce cas, il n'est pas étrange qu'ils nous visent au moment du retrait. Après tout, ils peuvent se battre près de leur territoire, et nous, on leur tourne le dos.

« Ils doivent viser à reprendre nos terres à cette occasion. Vu comme ça, le fait qu'on soit cantonnés à la défensive s'explique. »

« Hé… l'ennemi n'attaque pas ? »

« Ah, ils restent constamment sur la défensive. Du coup, nous n'avons pas de pertes, mais nous ne leur en infligeons presque pas non plus. Ça fait un bon moment qu'on les attaque, mais la preuve que la Porte n'est toujours pas ouverte, c'est qu'ils ne bougent pas du tout. On se contente d'envoyer régulièrement des navires chargés de soldats pour remplacer ceux dont les vivres sont épuisés, et c'est à peu près tout. »

L'absence de mouvement est inquiétante. À l'entendre, faire reculer les troupes a l'air d'être un sacré problème.

« Si on veut battre en retraite, il n'y a qu'à envoyer des renforts pour couvrir le repli, non ? »

« Moi aussi je pense que c'est la seule méthode… mais de toute façon, il faut aussi annoncer ton retour au continent des demi-humains. Si je ne retire que mes troupes, l'armée des demi-humains restera sur place. »

« Ah… alors je vais filer direct au continent des demi-humains. »

« Moi, j'aurais voulu que tu restes encore un peu… »

Elle fit une mine triste en disant ça. À ce moment-là, on ne voit plus du tout la dignité du Roi Démon. Dans ce genre de situation, lui caresser la tête est ce qu'il y a de mieux.

« Ah… toi, tu ne me traites pas comme Ruri, là ? »

« La toi d'aujourd'hui, elle vaut bien elle ? Bon, attends un peu, je dois montrer mon visage aux autres aussi, mais quand la guerre sera finie, je resterai tranquille autant que tu voudras, jusqu'à en avoir marre. »

Dezas, mécontente d'être traitée comme une gamine, retrouva son humeur en entendant la seconde partie de ma phrase.

« … Au fait, j'ai eu des infos sur les héros qui ont été invoqués avec toi. »

« Oh ? »

Je n'avais pas grand intérêt, mais je me demande à quel point ils sont devenus une menace. Leur talent était monstrueux, après tout.

« Apparemment, cette fois les héros qui ne possèdent pas d'épée sacrée ont une force hors du commun. »

« Pas d'épée sacrée ? »

Ça voudrait dire plus forts que Kōma ? Certes, son Excalibur n'est pas très puissant parmi les épées sacrées connues. Mais un porteur d'épée sacrée obtient rien qu'avec ça des stats monstrueuses, donc normalement on ne peut pas le surpasser si facilement…

« C'est une info qu'on a eue par une certaine source à Destinia. Il s'agirait d'une fille qui utilise une magie de feu orange. Son surnom serait 〈Sorcière du Crépuscule〉, il me semble. »

Crépuscule―――――― Orange ?

« Ah… c'est elle. »

« Tu la connais ? Quoi qu'il en soit, si elle surpasse un porteur d'épée sacrée, on ne peut pas la sous-estimer. Il faut se méfier―――――― »

« Non, elle, c'est bon. Elle doit être en train de se faire entraîner par Elka. »

« Hou, par cette femme de glace. C'est donc une de tes camarades ? »

« Ah, c'est ça. »

Mais Yūhi… ça fait à peine quelques jours qu'on s'est séparés… à ce point, elle a progressé en si peu de temps, mon amie d'enfance ?

« Mais les types invoqués avec moi sont quand même une force non négligeable, méfie-toi ? Mal fait, ils pourraient retourner la situation. »

« Avertissement reçu. Cependant―――――― ils ne sont pas à son niveau, n'est-ce pas ? »

« … Lui, c'est une catégorie à part. »

Je repense au sourire de ce héros trompeur sur le genre, pourri jusqu'à la moelle. Même en sachant qu'il n'est plus de ce monde, j'ai l'impression d'être constamment observé. Son existence a laissé une telle traumatisme en moi.

Non… on est devenus amis… enfin, c'était un type dangereux à plein de niveaux――――――

« … Je compatis à ta peine. »

« Arrête Dezas, une femme comme toi ne peut pas comprendre. »

« Moi aussi, avec une personne du même sexe… ça… »

« Merci Dezas, tu es mon seul compréhensif. »

C'est vrai, Dezas est une belle femme. Elle a dû se faire draguer par des femmes en étant appelée « grande sœur » ou trucs du genre. Désolé d'avoir retourné ma veste. Je vais la chérir toute ma vie. Et me faire chérir aussi. Nous deux, on peut se soutenir.

Mais pourquoi est-ce que j'ai l'impression que ce type, que j'ai de mes propres mains liquidé, me vise encore dans ce monde ? J'ai l'impression que sa terreur n'est pas finie…

« Oi  ? Tu as le regard vide… »

« Ça va… ça doit aller. »

Si au moins c'avait été une femme… je n'aurais peut-être pas eu aussi peur.

« Ahhh !! Ça suffit !! Cette conversation est finie !! De toute façon, je quitte ce château après-demain ! C'est décidé ! »

« A, attends ! C'est trop soudain !! »

« Ta gueule, j'ai décidé maintenant !! »

Pour l'instant, je veux juste oublier ce sourire. Il faut que je pense à autre chose.

« Moi, j'aurais voulu que tu restes encore quelques jours… »

« … Bon, de toute façon, si je reste, je vais traîner en longueur. »

Rester trop à l'aise jusqu'à ne plus vouloir partir, c'est la fin. Et j'ai hâte de revoir les gars du continent des demi-humains.

Dezas garda un air mécontent un moment, mais finit par accepter.

―――――― « C'est vrai aussi… reviens le plus vite possible. Ça… ça me manquera, sinon… »

« Ouai… »

Entendre « ça me manquera » dit avec gêne en se tortillant, ça fait quelque chose. C'est quoi cette créature mignonne, alors qu'elle est Roi Démon.

Ainsi fut décidé le jour de mon départ.

Mais à ce moment-là, je ne savais pas encore… que je reverrais ce type――――――

―――――― qui m'avait traumatisé à ce point.

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