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Isekai Ryouridou

Chapitre 96

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Chapitre 96

Chapitre 96

Chapitre 96/17056%~12 min de lecture2 297 mots

« Je suis rentré », dis-je en tirant la porte à claire-voie, pour me retrouver accueilli par , assise adossée au mur, qui me regarda avec un air stupéfait.

« Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Il s'est passé quelque chose à la ville-relais ? »

« Non. J'ai fait retour après avoir écoulé la totalité du stock sans encombre. »

« C'est… drôlement tôt. Le soleil n'est même pas encore au zénith, si ? »

« Ouais. Même en prenant tout mon temps pour faire des détours. »

J'avais profité de l'achat des ingrédients pour le lendemain pour bavarder un moment avec le patron de chez Dora, récupéré les impressions de Kamyua et des siens au « Pavillon de la Queue de Kimusu » en rendant l'étal, lavé la marmite en fer au point d'eau une fois arrivé chez les Moribe, et c'est seulement après tout ça que j'étais rentré.

Le reste de sauce au tarapa, qui n'avait même pas eu le temps de réduire, fut fourré par Vina=Ruu dans un sac en peau qu'elle avait acheté sur place, et elle repartit avec un large sourire.

Le bois restant fut laissé avec l'étal rendu, si bien que je ne portais sur moi que le tarapa pour le lendemain et les ustensiles de cuisine, une tenue légère.

Je remis d'abord la marmite en fer dans le kamado, rangeai le tarapa acheté dans la réserve, puis m'assis en face d'.

« Les dix pièces préparées sont parties. Déduits les frais, le chiffre d'affaires tourne autour de cinq pièces de cuivre rouge. Enfin, pour un premier jour, c'est un grand succès, mais… »

Pourtant, quelque chose ne tourne pas rond.

Pour qu'elle partage ce malaise, je lui raconte toute la journée.

« Hmm… Mais enfin, le fait est que c'est parce que ton goût a été reconnu que ça s'est vendu. Tu pourrais te réjouir franchement de ce succès, non ? »

« C'est peut-être vrai, mais comme on ne sait pas combien de temps ce groupe de gens de l'Est va rester à la ville-relais, c'est compliqué de savoir quoi faire à partir de demain. »

Pour faire court, j'ai le sentiment d'avoir complètement raté ma « présentation » et mon « buzz ».

Quelle impression les gens de la ville ont-ils pu avoir en nous voyant repartir en roulant-boulant au bout d'à peine une heure d'étal ? Ne pensent-ils pas qu'on a causé un problème et qu'on nous a fait plier bagage ?

C'est peut-être de la victimisation excessive, mais il est factuel que les regards faisaient mal.

En plus, ce groupe ne semblait guère maîtriser la langue de l'Ouest, donc on ne peut pas trop compter sur le bouche-à-oreille pour faire gonfler la réputation.

« Le commerce, c'est vraiment quelque chose de compliqué », marmonna en se grattant la tête aux reflets brun-doré, et elle approcha son visage.

« Néanmoins, tu as accompli ton travail. Réjouis-toi un peu. »

« Ouais… »

« Je te dis de te réjouir. »

Et tendit soudain la main pour me tordre vigoureusement la joue gauche.

« Aïe aïe aïe ! Tu m'arraches la joue ! Qu'est-ce qui te prend d'un coup ? »

« Puisque je te dis de te réjouir et que tu n'obéis pas. »

Et — un sourire doux flotta sur le visage d'.

« Moi, je me réjouis. »

« , toi… »

« Hum ? »

« T'as quand même pas mal le sourire facile, ces temps-ci ? … Aïe aïe aïe ! »

« Hmph ! » Et, dissipant son sourire naissant, se leva pour saisir sa cape de fourrure contre le mur.

« Itai tai tai… Ah, c'est déjà l'heure d'aller en forêt ? »

« Oui. Et toi, qu'est-ce que tu vas faire maintenant, ? »

« Voyons… C'est encore trop tôt pour la mise en préparation. Je vais réfléchir à la suite en fendant du bois tranquillement. »

« Pour le bois, j'en ai déjà fendu. Enfin, fendre tant qu'on peut en fendre n'est pas une mauvaise idée. »

Tout en disant ça, elle s'approcha encore de mon visage, moi qui étais assis en tailleur.

« Bon, j'y vais. … Aujourd'hui encore, surtout, ne te laisse pas aller à la négligence ? »

« Ouais. Si un ivrogne louche approche, je cours me cacher. »

« Hum. » En hochant la tête, les yeux d' brillaient d'une lumière très intense.

Quand elle part pour la forêt en me laissant là, a pris l'habitude de me regarder comme ça — depuis ce jour où s'est achevé le banquet des Rutim.

Ainsi partit pour la forêt, et je restai seul dans la maison.

(Midi, hein…)

En temps normal, c'est pile le moment où j'aurais distribué des échantillons aux passants plus nombreux de la ville-relais. Me voilà vautré tout seul dans la maison.

Force est de constater que le sentiment de vide l'emporte sur le sentiment d'accomplissement.

« Allez, à se morfondre ça ne sert à rien ! La vraie partie commence demain, demain ! »

Ce sera un pari, mais demain j'essaierai de cuire vingt pâtés.

Si c'est un fiasco total, je reviendrai à dix.

Ou alors, si ça part encore comme des petits pains, j'augmenterai jour après jour. Il n'y a qu'à gérer au plus juste pour ne pas gaspiller les ingrédients, et m'adapter au jour le jour.

(Inutile de paniquer. Tant qu'on ne fait pas un déficit abyssal, je peux tenir l'étal dix jours, vingt jours s'il le faut. Il suffit d'accumuler les résultats, même petits.)

Grâce à la joie franche d', j'ai pu retrouver un moral bien plus positif.

C'était un développement inattendu, mais j'ai réussi à tout vendre le premier jour alors que je ne m'attendais pas à vendre correctement, alors cette part-là, je peux la fêter honnêtement.

En plus, même si ce ne sont que des connaissances, Tara, le patron, Kamyua et le jeune Reito, tous ont encensé le « Giba-Burger ».

Mieux vaut aborder le travail de demain avec de l'espoir plutôt qu'avec de l'inquiétude.

« Bon ! … Allez, on fend du bois. »

Je sortis la hachette et une botte de bois du cabanon, et m'apprêtai à sortir.

Mais.

Au moment où je posai la main sur la porte —

Toc, toc. On frappa de l'extérieur.

— Un visiteur ?

Un visiteur chez les Fa — en un peu plus d'un mois depuis que j'y vis, je n'ai accueilli que Rimi=Ruu et le couple Gazlan.

Et en plus, il est déjà passé midi.

Le fait qu', la chasseuse, soit partie est sensé être évident pour tout le monde.

Donc, c'est moi qu'on vient voir.

… Qui ?

Pendant que je réfléchissais à ça, on frappa deux fois encore à la porte.

Je posai la hachette et la botte de bois à mes pieds, posai la main sur ma poitrine et calmai ma respiration.

« Qui est-ce ? »

Silence.

Je m'approchai tout doucement du verrou appuyé contre le mur.

M'y retrancher, ou fuir en courant. Autant avoir le plus d'options possible.

Mais — juste avant que mes doigts ne touchent le verrou, une voix s'éleva de l'autre côté de la porte.

« Je suis… Sarisu Ran=Fou, de la maison Fou. »

Un nom qui ne me dit absolument rien.

Pourtant, cette voix, c'était celle d'une femme, sans grande force.

J'hésitai quelques secondes, puis entrouvris la porte délicatement.

Une jeune femme, un peu maigre, se tenait là.

Elle avait un unique morceau d'étoffe enroulé de la poitrine aux genoux, et dans les bras, elle tenait un nourrisson plus petit que Kota=Ruu.

Ce n'est qu'alors que je pus baisser mon niveau de vigilance.

« Je suis , homme de maison des Fa. Avez-vous quelque affaire avec la cheffe de famille ? »

« Oui… non… E-est-ce qu' est déjà entrée dans la forêt ? »

« Oui. Elle vient juste de partir. S'il y a un message, je le transmettrai. »

« Ha… Ano, à la maison Fa, ceci… » Et la femme souleva le sac en fibres grossières, genre jute, posé à ses pieds pour y mettre des légumes.

Le sac est grand mais aplati comme une crêpe, et a l'air drôlement léger.

« Qu'est-ce que c'est, ça ? »

« Oui… ano… Ce sont des feuilles de pico… »

On dirait qu'elle est encore plus sur la défensive que moi.

Bon, pour les gens du coin, je dois passer pour un type passablement louche, c'est pas ma faute.

« Des feuilles de pico ? Mais pourquoi les apporter aux Fa ? »

« Ha… En fait… J'ai reçu d' déjà un nombre incalculable de peaux… »

« Des peaux ? »

Je ne pige pas du tout.

« Par peaux, vous voulez dire des peaux de giba ? »

« Oui… Depuis environ un mois, plus qu'on ne peut compter, plusieurs… N-notre maison, la maison Fou, a peu d'hommes, on n'arrive pas à chasser le giba correctement. Mais comme nous a partagé des peaux, on a réussi à ne pas laisser mourir de faim cet enfant… »

« C'est vrai… Non, c'est la première fois que j'en entends parler. Notre cheffe avait donc ce genre de relations de bon voisinage. »

Alors, Sarisu Ran=Fou me fixa d'un air résolu, et serra son enfant contre elle de ses mains.

« Non… Il n'y a pas de relations… Par ordre du chef de famille, toute relation avec la maison Fa est interdite… »

« Hein ? »

« La maison Fa a de mauvais liens avec la lignée du chef de clan. Si on entretient des liens avec la maison Fa, cette mauvaise connexion pourrait rejaillir sur la maison Fou, a-t-il dit… Depuis deux ans, les relations avec la maison Fa sont interdites… »

« Ha. Cette histoire, je la connais à peu près. »

C'est pour ça qu' coupait consciemment les liens avec les autres maisons.

Alors, c'est quoi cette histoire de peaux ?

« … , toujours, sans rien dire, nous laissait des peaux devant notre maison. »

Les yeux de Sarisu Ran=Fou se posèrent sur moi.

Dans ses yeux verts pâles, une larme perla légèrement.

« On ne savait pas qui faisait une chose pareille, alors on a trouvé ça un peu flippant… Mais on n'avait pas le choix. On a tanné ces peaux, on les a changées en pièces de cuivre, et avec ça on a eu de l'aria et du poïtan… Et grâce à ça, on a pu, tant bien que mal, donner le sein à cet enfant… »

« … Oui. »

« Mais, il y a quelques jours, des hommes rentrés de la forêt ont vu. posant une peau fraîchement écorchée devant la maison Fou. … C'est seulement alors qu'on a su qui nous sauvait. Le chef de famille a maintenu qu'on ne devait pas nouer de liens avec la maison Fou… Mais toutes les femmes ont supplié. Au moins, on veut remercier pour les peaux… »

En disant ça, Sarisu Ran=Fou baissa les yeux.

« Cela dit, nous, la maison Fou, on n'arrive même pas à se procurer correctement des pièces de cuivre, alors on n'avait aucun moyen de préparer un grand remerciement. Mais on s'est dit que des feuilles de pico, ça ne gênerait jamais, quelle qu'en soit la quantité… Alors les femmes sont allées les cueillir. »

« C'est comme ça… »

« Avec une chose pareille, on sait qu'on ne peut pas s'acquitter de la dette envers , mais on voulait dire ne serait-ce qu'un mot de remerciement. La maison Fou, qui a coupé les liens par peur de la maison Sun, a reçu tant de choses… Nous avons honte… »

« Non. De toute façon, chez nous, on n'avait pas la main-d'œuvre pour tanner les peaux, alors ne vous en faites pas. Pour la cheffe, c'est probablement plutôt le fait que son identité ait été découverte qui est contrariant. »

« Mais… »

« Oui. Je reçois votre sentiment avec gratitude. Pour le reste, si l'occasion se présente, parlez-en directement à elle-même. Moi qui ne connaissais pas les circonstances, je ne peux pas parler à sa place plus que ça. »

« … Oui. Merci. »

Et Sarisu Ran=Fou repartit.

Me laissant dans les mains le sac aplati.

En jetant un œil dedans, j'y trouvai à peu près la quantité qu' et moi pouvons ramasser en une journée, tassée au fond.

Même ainsi, après avoir sécurisé la part de leur propre maison, réunir cette quantité a dû représenter un effort non négligeable.

(… Si c'est de la fourrure qu'on distribue au lieu de la viande, ça n'encourage pas la déchéance du peuple, hein.)

En fait, si quelqu'un vient chipoter pour ça, je le défendrai à fond.

Un mois en arrière — c'est pile à l'époque où m'a ramassé.

La peau du premier giba que j'ai dépecé a dû, elle aussi, être livrée à la maison Fou. L'élimination des peaux et des abats après le dépeçage, du tout début jusqu'à maintenant, a toujours été le travail d'.

(Une vie aisée, hein…)

Moi, le vulgaire, je ne crois pas comprendre pleinement l'ambition de Gazlan=Rutim.

Et pour Kamyua=Yoshu, on ne sait même pas s'il a une ambition.

Simplement — je ne peux pas penser qu'une vie où l'on crève de faim, sans pouvoir ne serait-ce que donner le sein à son enfant, soit la bonne.

D'autant plus si, dans l'ombre, il y a des gens qui mènent une vie paisible avec la richesse qui devrait être distribuée au clan.

(Même si ce que je peux faire est limité.)

Je rangeai les feuilles de pico dans la réserve, puis décidai de brandir la hachette pour fendre le bois qui alimentera le feu du kamado de demain.

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