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Isekai Ryouridou

Chapitre 953

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Chapitre 953

Chapitre 953

Chapitre 953/100095%~18 min de lecture3 579 mots

Cela faisait près de neuf années depuis que Graf=Zaza avait succédé à son père au poste de chef de famille.

Zuro=Sun courbait l'échine devant Graf=Zaza.

Il s'agissait du lendemain de l'assemblée des chefs de famille cette année-là. Ayant vu ses crimes majeurs dévoilés durant la veillée de cette même assemblée, Zuro=Sun était ligoté les bras dans le dos et isolé des autres membres du clan.

Ils se trouvaient dans une chambre de la résidence d'une branche cadette. Aucune trace d'autre humain ne subsistait aux alentours.

Graf=Zaza se tenait debout sur une natte face à lui, tandis que Zuro=Sun laissait tomber ses épaules dans un profond découragement.

Tous ses péchés avaient été mis à jour la veille au soir.

Les membres de la famille Sun n'avaient pas chassé le giba. Pire encore, ils avaient dévasté les dons de la forêt. Conformément aux règles secrètes établies par le précédent chef de clan, Zatts=Sun, ils avaient commis des crimes capitaux jusque-là impensables.

Certes, Graf=Zaza avait bien remarqué que quelque chose clochait au sein de la famille Sun. La famille de la branche aînée affichait une arrogance trop prononcée, et celle de la branche cadette portait un regard vide tel celui des morts. Pourtant, s'ils accomplissaient correctement leurs tâches et menaient une vie plus aisée que la sienne, il avait volontairement avalé ses doutes. Mais en réalité, ils n'avaient rien fait du tout. Privés de leur fierté de chasseurs de lisière, les membres de la famille Sun arboraient ce genre de mine sinistre.

(Je n'ai pu protéger la famille Sun, ni ramener les Sun dans le droit chemin.)

Graf=Zaza croyait pourtant faire de son mieux pour sauver la famille Sun. Il soutenait Zuro=Sun qui brandissait faussement l'arrogance pour masquer sa faiblesse, freinait les lignées orgueilleuses de la tribu Ruu et consolidait sa conviction que la famille Sun était la seule et unique lignée légitime des chefs de clan. À sa manière, il y avait consacré toutes ses forces.

Mais ces agissements étaient restés totalement inefficaces.

Ce dont la famille Sun avait besoin, ce n'était pas une protection aveugle, mais des remontrances sévères. S'il s'était davantage impliqué dans ses affaires intérieures et cherché à redresser le tir, de tels crimes auraient été exposés bien avant.

(En jurant de protéger la famille Sun, ai-je finalement hésité par manque de courage ?)

Graf=Zaza n'avait jamais foulé le village Sun qu'à l'occasion de l'assemblée annuelle des chefs de famille ou lors de banquets nuptiaux ponctuels. Visiter sans motif la maison d'autrui était contraire aux mœurs de la lisière. De plus, Graf=Zaza comme tous les siens s'épuisait déjà à guider sa propre lignée.

En neuf ans, ses deux frères aînés étaient morts. Le seul garçon resté était son plus jeune frère, Georg=Zaza. L'instruire des devoirs d'un chef de famille exigeait un effort considérable, et c'était pourtant cela demeurait une période remplie d'une joie sincère.

Graf=Zaza s'était probablement détourné de la famille Sun sans même s'en rendre compte.

Il ne pouvait nourrir de confiance ni d'affection véritable envers les arrogants de la branche aînée ni envers ceux de la branche cadette au regard livide.

(Alors ce drame… est aussi ma faute, après tout.)

Tout en pensant cela, Graf=Zaza s'adressa à Zuro=Sun.

« À partir de maintenant, c'est moi qui conduirai le clan en tant que nouveau chef de clan. …Ton travail que tu n'as pu mener à bien, je vais le réaliser à ta place. »

Zuro=Sun ne chercha même pas à répondre.

Bientôt, Zuro=Sun aurait la tête tranchée, portant le poids intégral de ses fautes.

Pour l'heure, Graf=Zaza avait résolu de trancher lui-même avec la lame.

« Je ne te jugerai qu'après avoir réglé nos comptes avec les nobles de Genos. Jusque-là, savoure ta culpabilité. »

Prononçant ces mots, Graf=Zaza s'éloigna de Zuro=Sun.

Zuro=Sun conserva le silence jusqu'au bout.

***

Par la suite, divers rebondissements survinrent.

Zatts=Sun s'enfuit avec Tey=Sun et d'autres, attaqua une caravane se dirigeant vers Shim, il fut capturé et mourut dans la ville-château. Tey=Sun réussit à s'échapper mais rendit l'âme dans la ville-relais. Cette caravane vers Shim n'était en réalité qu'un piège tendu pour traquer les criminels capitaux de la famille Sun.

Les événements semblaient enfin se calmer, et l'heure de juger le dernier criminel capital, Zuro=Sun, paraît approcher, mais un obstacle imprévu surgit. Le noble de Genos, Cykléus, exigea la remise des membres de la famille Sun à la ville-château.

« Il est possible qu'ils veuillent remettre la famille Sun sur le trône des chefs de clan », expliqua-t-on.

L'initiateur de cette théorie était , le gardien du feu venu d'un pays étranger vivant dans la famille Fa.

En fait, c'était vraisemblablement Yamile=Sun, autrefois fille de Zuro=Sun, qui avait lancé cette hypothèse. Pour Zuro=Sun, il s'agissait de l'enfant de son premier conjoint, une fille qu'il évitait avec une crainte quasi viscérale.

Yamile=Sun suggérait que Cykléus souhaitait maintenir les Sun comme chefs légataires afin de contrebalancer Graf=Zaza devenu chef de clan, difficile à contrôler, ou peut-être purger entièrement la famille aînée pour étouffer les témoins.

Quoi qu'il en soit, on ne pouvait accepter l'offre de Cykléus. Une sentence avait déjà été prononcée contre tous les membres de la famille aînée sauf Zuro=Sun, lequel devait être exécuté localement en tant que criminel capital de la lisière.

Pire, Cykléus et les siens étaient suspects de complots secrets. On soupçonnait même Zatts=Sun et Tey=Sun d'y avoir participé activement.

Graf=Zaza resta sans voix, stupéfait par tant d'absurdité.

La peur envahit les esprits : les péchés de la famille Sun pourraient-ils maculer non seulement eux-mêmes mais aussi leurs proches ?

« Ne devrions-nous pas abandonner cette terre ? »

Un jour, Graf=Zaza avait effectivement lâché ces mots.

Il voulait simplement jeter aux orties les crimes des Sun, l'influence corruptrice des nobles de Genos responsables, et leur propre faillite morale à n'avoir pu les arrêter.

Bien sûr, il fut vertement réprimandé par les autres chefs de clan et de famille. Lui-même savait qu'une telle fuite serait équivalente à la trahison et imposerait d'horribles souffrances à toute la tribu.

Néanmoins, Graf=Zaza n'avait pas proféré ces paroles à la légère.

Si les dirigeants de Genos étaient aussi vilets que Cykléus, il devenait impossible de reconnaître leur autorité. Pour préserver l'honneur de la lisière, on n'avait aucun mal à endurer quelles que soient les épreuves, telle était la conviction profonde de Graf=Zaza.

La priorité absolue était donc de régler leur conflit avec Cykléus.

C'est pourquoi Graf=Zaza et sa délégation se dirigèrent vers la ville-château.

La veille au soir, tous ceux qui partiraient furent convoqués au village Ruu. Les autres chefs de clan insistaient pour que les participants testent d'abord les plats exquis préparés par de la famille Fa avant les négociations.

« Zatts=Sun cherchait le pouvoir et la richesse par de mauvaises voies. Alors, pourquoi les Sun ne ressentiraient-ils pas directement comment la famille Fa conquiert force et prospérité par la bonne voie ? »

Affirma Donda=Ruu, l'un des trois chefs de clan.

Chasseur au cheveu brun foncé et au pressant aura, il avait succédé à la tête de la famille Ruu plusieurs années avant Graf=Zaza. Sans doute avait-il hérité de la volonté du chasseur roux que Graf=Zaza avait connu dans sa jeunesse. Aussi vaillant qu'un homme du Nord, il révélait néanmoins une prudence sage propre aux anciens.

« Dans ce cas, nous qui participons à l'entretien devrions partager cet état d'esprit, non ? La faute des Sun est aussi la nôtre, puisque nous avons tourné le visage en les ignorant. »

Reprit Dali=Sauti, un autre chef de clan.

Contrairement à Donda=Ruu, il dégager une calme maturité disproportionnée à son âge et une réflexion prudente où se cachait un caractère décidé. Graf=Zaza admirait silencieusement cette vue d'ensemble rare pour un homme de son époque.

Toujours est-il que cette nuit-là, une grande assemblée se forma dans la demeure des Ruu.

Y figuraient les trois chefs de clan, les membres de la famille Sun aînée, les lignées Ruu, les chefs de famille Fou et Baim, ainsi que la famille Fa. Plus de trente personnes y prenaient place.

Trop nombreux pour loger sous un même toit, les convives étendirent leurs nattes sur la place centrale du village. Des torches y furent allumées, transformant le site en un banquet nocturne en plein air.

Graf=Zaza voyait autour de lui les membres de la famille Sun installés en rangs. Parmi eux, Zuro=Sun, Diga et Dodd avaient été amenés personnellement depuis le village du Nord par lui-même.

Près d'un mois s'était écoulé depuis l'assemblée bouleversante. Durant ce laps, Zuro=Sun avait subi une détention continue au village Nord. Tandis que Diga et Dodd expiaient leur fuite du clan Domu en réparant les maisons incendiées par Zatts=Sun, Zuro=Sun restait confiné jour et nuit dans ses appartements.

Cette période l'avait réduit à une maigreur squelettique.

La fonte musculaire rapide avait affaissé sa peau sur le visage et les bras. Difficile de croire qu'il partageait le même âge que Graf=Zaza. Il ressemblait à un vieux roc éteint ayant perdu toute espérance.

En ce mois, Graf=Zaza n'avait guère échangé avec lui, se contentant de quelques interrogatoires pour dissiper d'éventuelles cachotteries. Zuro=Sun, quant à lui, refusait obstinément toute autre parole.

Son âme était-elle morte avant son corps ? Cet état dépouillé semblait celui d'un mort-vivant, encore plus vidé de vitalité que les anciens membres de la branche cadette.

« Zuro=Sun. …Et vous aussi, Diga et Dodd, cela fait longtemps. »

Au début du repas, alors qu'il passait un moment, de la famille Fa s'avança en portant un grand plat en bois.

Zuro=Sun et les autres ne levèrent pas les yeux. Après avoir déposé le plateau sur la natte, les observa avec un regard empreint d'une intense sollicitude.

« …Voudriez-vous goûter mes plats, Zuro=Sun ? »

Personne n'avait encore touché à la nourriture.

Non seulement les trois accusés, mais aussi les autres ayant déjà entamé leur réparation refusaient de manger. Yamile=Sun, Mida, Oula, Tzvai, chacun les surveillait avec des yeux adaptés à leurs caractères propres.

« …Vous avez sûrement entendu les propos de Donda=Ruu. »

Lança Graf=Zaza.

« Afin d'expiers les fautes de votre père et ancêtre, Zatts=Sun, nous comptons affronter le noble Cykléus. N'avez-vous toujours ni l'honneur ni la conviction de laver vos anciennes hontes ? »

Diga, l'aîné d'autrefois, fit sortir de sa gorge un faible : « J… je… »

Mais il ne put aller plus loin.

« Zatts=Sun nous a trahis et, à notre insu, répandu le désastre sur les gens de Genos. Peu importe la méthode, de la famille Fa s'épuise à rétablir nos liens avec un Genos bouleversé par ses actes. C'est pourquoi Donda=Ruu estime que vous devez absolument goûter ses mets vendus dans la ville-relais. …Vous allez vraiment prétendre l'ignorance après cela ? »

« Atten-dons ! Graf=Zaza, attendez ! Face à vos interrogatoires, n'importe qui se braquerait ! »

coupa la parole à Graf=Zaza.

Ses yeux noirs croisèrent ceux du chef avec une excuse timide.

« Forcer quelqu'un à manger abîme le goût. Puisque c'est inévitable, mangeons plutôt dans la bonne humeur. »

Ces paroles semblèrent absurdes à l'oreille de Graf=Zaza.

Pourtant, le regard d' brillait d'une sincérité éclatante.

C'était ce jeune gamin au teint pâle qui avait éventé les crimes des Sun.

Grâce à son action, Zuro=Sun allait bientôt rendre l'âme. Peut-être ce garde-feu apparemment fragile en éprouvait-il une lourde responsabilité.

(Ce sont nous qui aurions dû assumer la responsabilité de n'avoir pas démêlé de telles fautes.)

Accompagné de vin de fruit, Graf=Zaza avala cette pensée amère.

Finalement, grâce à l'intervention de Yamile=Sun et des enfants Ruu, les convaincre de goûter aux mets devint possible.

Diga fondit en larmes tandis que Dodd engloutissait le contenu du plateau tel un animal affamé.

Seul Zuro=Sun demeura absent à tout cela.

Tout en ravalant une soupe, son regard errait sans focalisation. Comme si les morts ignorent la joie d'un repas quotidien.

(Celui-ci… devrait rendre son âme à la mère-forêt au plus vite.)

Écoutant lointainement les murmures de l'assistance, Graf=Zaza tourmenta cette conviction.

(Nous ne pouvions plus sauver l'âme de Zuro=Sun. Seule la mère-forêt y parviendrait. Bercée par ses bras, il se libérerait enfin de ses péchés et de ses tourments.)

À ce moment, une nouvelle silhouette s'approcha.

Il s'agissait du doyen des Ruu et de la chef de femme de la famille Fa. Soutenu par la deuxième, le patriarche s'agenouilla devant Zuro=Sun.

« Puis-je me permettre de vous importuner un instant… ? »

Le patriarche des Ruu entama doucement son récit.

Il parla d'abord de la chute du clan Gaze, chef héréditaire il y a près de soixante-dix ans, laissant la place aux Sun, puis de l'excellence du chef aîné de l'époque, chasseur accompli, et enfin du grave égarement de son fils, Zatts=Sun.

Le doyen lui raconta ainsi de multiples anecdotes.

Les pupilles troubles de Zuro=Sun semblèrent trembler légèrement.

Posant sa main sur celles de Zuro=Sun, il poursuivit.

Celui qui avait échoué à créer des liens corrects avec les nobles de Genos était le chef Gaze.

Relié par les Sun, la famille Sun n'avait fait qu'enfoncer cette mauvaise direction.

Zatts=Sun, qui reçut le titre de son père, comprit bien que c'était une voie fausse, et s'en éloigna encore davantage.

Désormais, il fallait impérativement regagner le chemin juste.

Les nouveaux chefs et les compagnons de la lisière effaceraient le déshonneur des Sun.

Telles étaient ses paroles.

« Mon père Zatts… me terrifiait… »

Finissant par briser le silence, murmura Zuro=Sun.

Des larmes emplirent ses regards vacuoles.

Graf=Zaza retint son souffle, attentif.

« Je l'ignorais… Enfin, voir mon père rapporter d'immenses stocks de pièces de cuivre sans savoir d'où elles venaient me perturbait… Mais sa terreur m'empêchait formellement d'en demander l'origine… »

« Ta faute vient de ta nature faible, Zuro=Sun. »

Une faim soudaine et violente saisit Graf=Zaza, qui saisit aussitôt un morceau de giba. Lui-même n'avait rien touché de toute journée.

La viande était enveloppée d'une peau étrange, mais il l'avala sans réfléchir.

Un goût jamais imaginé s'épanouit instantanément dans sa bouche, ignorant ça, Graf=Zaza enchâssa ses mots :

« Tu as craint ton père Zatts, la tribu Ruu, les nobles de Genos, jusqu'à effrayer tes propres subordonnés Zaza et Domu. Une lâcheté indigne des hommes de la lisière. J'ai vécu honteux d'avoir eu à obéir à un tel individu fragile. »

« …………»

« Cependant, si tu avais possédé la moindre once de la force de caractère de Zatts ou de ta sœur aînée, il t'aurait révélé l'entièreté de ses crimes pour les te transmettre. Alors, un fleuve de sang aurait déferlé sur Genos. »

Zuro=Sun refusa de nouveau de répondre.

Mais une lueur de vie revint dans ses yeux. Graf=Zaza put croire que ses paroles frappaient enfin le cœur de l'accusé.

« Ta faiblesse était intolérable pour un homme de la lisière. Ironie du sort, elle a stoppé les ambitions vindicatives de Zatts… Ou peut-être relevait-elle simplement de la volonté de la forêt. »

Graf=Zaza se sentit rajeuni de vingt ans.

Dès leur première rencontre, il avait été scandalisé par cette nature molle, multipliant les admonestations.

Comme cette nuit-là, Zuro=Sun arborait une mine angoissée.

Face à cette figure, Graf=Zaza laissa parler son cœur.

« En tout cas, ton jugement interviendra après nos règlements de comptes avec les aristocrates. Jusqu'au dernier souffle où tu retourneras à la forêt, vis en honnête homme de la lisière. »

Zuro=Sun pleura sans retenue.

Graf=Zaza avait vu ces larmes pour la première fois, probablement quand il perdait son premier conjoint et que Zatts l'accablait de demandes matrimoniales.

Yamile=Sun, enfant issue de ce mariage, avait poussé si fort. Combien d'années s'étaient écoulées sans qu'il ne s'en rende compte ?

(Si nous avions resserré nos liens à cette époque… un autre chemin aurait-il existé ?)

Graf=Zaza s'abandonnait à cette rêverie.

Pourtant, revenir en arrière pour recommencer était impossible. Erré sur la mauvaise route, il ne restait plus qu'à en chercher une nouvelle.

Zuro=Sun continuait d'arroser sa terre, comme pour laver des années de vie factice.

***

Vint enfin le jour des adieux.

Environ deux semaines s'étaient écoulées depuis l'explication des crimes capitaux du comté Turan.

Toutes les fautes avaient été exposées au grand jour.

Les grands criminels Cykléus et Siruel du comté Turan furent arrêtés, promis à une sanction proportionnée à leurs méfaits.

Zuro=Sun, de même, confia sa personne à Genos.

« Si je suis jugé selon les lois de Genos, le public comprendra que nul autre ne porte cette culpabilité » sur cette recommandation, il opta pour le tribunal de Genos.

Le verdict fut une peine de dix ans de travaux forcés pour Zuro=Sun.

Une souffrance pire que la mort, réservée aux criminels impardonnables. Un homme ordinaire en mourrait en cinq ans, il lui fallut subir cette vie atroce.

Le marquis Marstein de Genos le rappela à l'ordre, notant qu'être décapité par ses camarades de la lisière eût été plus facile.

Zuro=Sun maintint fermement sa résolution. S'il récupérait un jour accès à la lisière après cette décennie, cela resterait son ultime espoir.

Expier la faute locale sur son sol suffisait. Comme chaque individu répondait de ses propres crimes, aucun innocent n'eût été contaminé.

Mais Zuro=Sun exigea davantage. Souhaitant rassurer non seulement la lisière, mais aussi Genos et le royaume entier, il préféra une justice royale officielle.

Probablement motivé par le désir que ses anciens et la branche cadette renouent correctement avec l'extérieur.

Au final, Zuro=Sun retrouva son âme d'homme de la lisière à la minute même.

Après sentencing, Graf=Zaza quitta le site accompagné uniquement de quelques acolytes masculins.

Bientôt transporté vers la capitale occidentale, on y gravait son stigmate criminel avant de l'acheminer vers sa prison définitive.

Avant le départ, Graf=Zaza demanda un dernier entretien. Le marquis Marstein accueillit la requête avec magnanimité.

Donda=Ruu et Dali=Sauti confièrent tout à Graf=Zaza, affirmant ne plus avoir rien à ajouter. Ne faisant officiellement partie d'aucun lignage commun, leur présence inutile justifiait leur maintien en arrière pour continuer leurs activités cynégétiques habituelles.

« Nous vous attendions, chef de clan de la lisière, Graf=Zaza. Veuillez m'accompagner. »

Sous la conduite des soldats, ils avancèrent dans un édifice en pierre. Endroit le plus lugubre et sombre jamais aperçu dans la cité.

« Vous disposez de quinze minutes pour cet entretien. Veuillez parler brièvement. »

« Je ne mesure pas précisément ce laps, mais cent respirations devraient suffire. »

Bientôt, le groupe atteignit une porte massive.

Le guetteur ouvrit sans un mot. Derrière, une obscurité plus dense régnait que dans les couloirs extérieurs.

« Nous veillerons ici. Faites-nous signe lorsque le temps sera écoulé. »

Laissons derrière lui les gardes et assistants, Graf=Zaza franchit seul le seuil.

La porte claqua derrière lui. Avança-t-il trois pas, un mur rocailleux bloquait la vue, percée d'une ouverture rectangulaire à hauteur d'homme.

« …Zuro=Sun, voici mes derniers mots. »

À son appel, le visage de Zuro=Sun apparut dans l'interstice.

Un sourire faible dessinait sa peau flétrie.

« Graf=Zaza… Tu es vraiment venu… Inutile de perdre ton temps pour moi désormais… »

« Hmph. Juste pour vérifier si tu n'avais pas changé d'avis pendant ces deux semaines. »

Zuro=Sun arborait une sérénité parfaite.

Malgré son regard nerveux d'ordinaire, tel était bien son vrai visage.

« Nul changement de cap. Je survivrai aux dix ans, expiant ce crime… Mais je crains que cette peine seule ne soit assez pour acquitter ma dette… Dans ce cas, je te confie la suite… »

« Si tu reviens dans dix ans, je jugerai scrupuleusement ton état… Si mon âme est rentrée, mon fils assurera la mission. »

« Dix ans… Nous aurons cinquante ans tous les deux… Pourtant, s'il se peut, j'espère vous revoir vivant… »

« Hmpf. Cela relève de la volonté de la mère-forêt. »

Refoulant tourbillons émotionnels, Graf=Zaza se prépara à pivoter.

« Je rentre donc à la lisière. Savoure ta culpabilité durant cette décennie. »

« Attends… Juste avant… permets-moi de te remercier… »

« Me remercier ? Tu n'as aucune raison de me vouer une telle dette. »

« Certainement… Tu n'as prononcé que banalités propres à notre caste… Mais mon âme corrompue entendit résonner ces simples vérités… »

Un frémissement lacrymal naquit dans ses prunelles sombres.

« Les discours du patriarche Ruu, du garde-feu Fa et les mots de Yamile agitèrent ma conscience… Mais qui porta le coup final fut bien Graf=Zaza… C'est pourquoi je veux dire merci… »

« Perds pas de temps en remerciements superflus. Que diable aurais-je dit de spécial ? »

« Vivre en homme de la lisière jusqu'à ton dernier souffle face à la forêt… C'est ce que Graf=Zaza m'a ordonné… »

Cette phrase remontait à la veille du combat contre les criminels Turan.

Le brouhaha nocturne, la chaleur du feu de camp, les saveurs mystérieuses traversèrent rapidement l'esprit de Graf=Zaza.

« J'ai savouré mille fois cette injonction… Elle m'a donné la ferme volonté d'expier par moi-même mes torts envers ma famille perdue, mon lignée égarée, et tous les compagnons de la lisière… C'est ainsi que je me suis résolu… »

« C'est… basique pour un homme de la lisière. »

« Juste… Depuis notre premier regard, ta force et ta droiture ont brillé… Moi aussi je désire obtenir une âme forte et juste pareille à la tienne… »

Souriant doucement tel un bambin, acheva-t-il.

« Espérons se retrouver dans dix ans… »

Graf=Zaza pivota le talon, tournant le dos à Zuro=Sun.

Réprimant un flot de sentiments, il lança une unique phrase.

« Reviens en vie. »

Quitta Graf=Zaza la cellule obscure en pierre.

Remercia les gardes, marcha vers l'air libre.

Dans l'esprit de Graf=Zaza souriait Zuro=Sun, adolescent de seize ans, arborant un visage inconnu.

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