Après cela, une fois qu'ils eurent également pleinement profité des plats supplémentaires, le groupe de Gueld quitta prestement la ville-château.
Comme ils l'avaient dit eux-mêmes, lorsqu'un noble se rend dans un autre territoire, il est d'usage qu'il aille saluer le seigneur en tout premier lieu. Néanmoins, le fait qu'ils n'aient pu s'empêcher de faire un détour par notre étal était un honneur et une joie sans bornes.
Et c'est à la fin de l'activité de ce jour-là que survint l'événement.
Tous les plats avaient été écoulés, il ne restait plus qu'à attendre que les clients de la cantine en plein air s'en aillent — à cet instant précis, seule Puratika revint de la ville-château. L'accompagnaient l'homme messager avec qui nous avions fait connaissance pendant la période de la fête de la Résurrection, ainsi qu'un soldat de la garde.
« Pardonnez-moi de vous déranger pendant votre travail. Pourriez-vous m'accorder un peu de votre temps ? »
« Oui, que puis-je pour vous ? »
Par précaution, je fis en sorte que Reyna-Ruu m'accompagne. L'homme messager affichait une mine fort embarrassée.
« Il s'agit de Puratika-dono, la cuisinière de Gueld… Serait-il possible de la confier à la famille Fa de Moribe jusqu'au matin ? »
« Jusqu'au matin ? » Je ne pus m'empêcher d'écarquiller les yeux.
« C-cela veut-il dire quoi ? Tout à l'heure, les nobles venus à l'étal ne nous ont rien laissé entendre à ce sujet… »
« En effet. Alvah-dono a été profondément impressionné par la saveur de vos plats et, tout absorbé, il a omis de transmettre son message à -dono. »
Cela avait quelque chose de tout à fait caractéristique d'Alvah, songea-t-on.
Mais c'était une affaire distincte. Autrefois, on en était venu à inviter Alvah et les siens eux-mêmes à la maison Fa, mais demander à présent d'héberger pour une nuit cette jeune femme que l'on rencontre pour la première fois relevait de quelle arrière-pensée ?
« Puratika-dono est venue à Jenos pour perfectionner son art de cuisinière. Elle souhaiterait observer comment vous, -dono, et les gens de Moribe vous entraînez… C'est ce qu'elle dit. »
« Haa… Mais dans ce cas, je pense qu'elle pourrait très bien retourner à la ville-château avant la nuit… »
« Si c'est possible, Alvah-dono a aussi exprimé le désir qu'elle goûte au superbe dîner de la maison Fa. De plus, comme à Moribe on prépare aussi les plats de l'étal dès l'aube, elle aimerait pouvoir observer cela jusqu'au bout… C'est une demande soudaine, et je suis confus, mais ne pourriez-vous pas l'accueillir ? »
L'homme messager avait une mine à faire pitié. Pour lui, il ne faisait que relayer la volonté du marquis Marstein. Si nous répondions « non », c'est lui qui se retrouverait dans une position intenable.
Tout en observant son visage, Reyna-Ruu inclina la tête avec un « hmm » tout mignon.
« C'est une proposition qui vient du seigneur de Jenos, Marstein, et du noble de Gueld, Alvah et les siens ? Dans ce cas, je ne pense pas que les chefs de clan la rejettent catégoriquement… Mais , qu'en pensez-vous ? »
« Oui. Moi aussi je crois qu'ils ne refuseront pas. Mais héberger une femme qu'on ne connaît pas… hmm, comment dire… »
À ce moment, Puratika fit briller violemment ses yeux violets sous sa capuche.
« Moi, lit, n'importe où, ça va. Si hébergement gêne, sur arbre, je dors. »
« S-sur un arbre ? Non, enfin, ce n'est pas possible… »
« Inquiétude, inutile. Moi, territoire de l'Ouest, j'ai erré. Bivouac, je connais. Forêt de Morga à Moribe, bêtes dangereuses, beaucoup, j'entends. Sur arbre, danger ? »
« Effectivement. Les giba et les munto ne grimpent pas aux arbres, mais il y a peut-être un risque de se faire mordre par des gîzu. »
« Alors, répulsif bêtes, herbes aromatiques, j'utilise. Gros rats gîzu, approche, impossible. Sur arbre, suffisant. »
Puratika lâcha cela avec une détermination à ne pas reculer d'un pas. Impassible comme les gens de l'Est, sa capuche profondément rabattue créant de sombres ombres, elle dégageait une sacrée intensité.
De son côté, l'homme messager paraissait encore plus perplexe. Laisser une compagne de noble dormir à la belle étoile nuirait sans doute au prestige de Jenos. Voyant sa mine, Reyna-Ruu acquiesça d'un « Compris ».
« Si l'hébergement à la maison Fa s'avère difficile, nous pourrons voir pour la prendre chez les Ruu. En tout cas, tant qu'elle peut observer la cuisine d', c'est l'essentiel, n'est-ce pas ? »
« Oui. Si observation possible, lit, sur arbre, ça va. »
Recevant en plein les yeux perçants de Puratika, Reyna-Ruu esquissa un sourire.
« Si on vous laisse dormir sur un arbre, c'est probablement quelqu'un qui se fera taper sur les doigts. Votre ardeur est louable, mais ne devriez-vous pas aussi tenir compte de ceux qui vous entourent ? »
Puratika cligna des yeux, prise de court, et vint scruter nos visages, à moi et à l'homme messager.
« … Pardonnez-moi. Jenos, enfin arrivé, donc esprit, s'est emballé. Excuses, je présente. »
« "Enfin" veut dire qu'il était question depuis avant que vous veniez à Jenos ? »
« Oui. Moi, depuis Lune violette, chez seigneur, on m'a accueillie. Ce jour-là, vers Jenos, aller, on m'a dit. »
Dans les yeux de Puratika revécut une lueur aiguë.
« Moi, encore immature. Cuisiniers de Moribe, cuisiniers de ville-château, si j'apprends, nouvel envol, possible, Alvah-sama a dit. S'il vous plaît, aide, je demande. »
« C'est ainsi. Moi, aucune promesse, je ne peux faire… Mais humain avec telle ardeur, très favorablement, je pense. »
Reyna-Ruu le dit d'un air radieux.
Et dans ses yeux bleus naquit une forte lumière, qui n'avait rien à envier à celle de Puratika.
« Et moi, cuisinière de Gueld que vous êtes, quel genre de plats vous faites, ça m'intéresse vivement. Un jour, nous aussi, goûter à votre cuisine, sera-ce possible ? »
« Oui. Dans trois jours, ingrédients de Gueld, arrivent. Moi, leur usage, enseigner, mon rôle. Cuisiniers de Moribe, sur place, invités, j'ai entendu. »
« Vraiment ? C'est une joie sincère. »
On aurait dit que, avant même de goûter aux plats de l'autre, toutes deux s'affrontaient déjà par leur ardeur.
En tout cas — c'est ainsi que Puratika, cuisinière de Gueld, en vint à être accueillie dans le village de Moribe.
***
Après avoir pris congé des messagers tout confus, nous rentrâmes au village de Moribe.
Elle étant traitée en invitée de la maison Fa, je la fis monter sur la charrette tirée par Giruru que je conduisais. Y prirent aussi place Tour-Dîn, Marfila-Naham, Rei-Matua et les leurs.
« Euh… Vous n'êtes pas noble, n'est-ce pas ? Nous, vous parler familièrement, est-ce permis ? »
Cela, c'était Rei-Matsu, l'incarnation de la sociabilité, qui le demandait.
Puratika répondit d'une voix dépourvue d'émotion : « Oui. »
« Moi, chez seigneur, je sers, mais statut, roturière. Vous, réserve, pas besoin. … Toutefois, mots de l'Ouest, maladroite, donc ennui, causer, je pense. »
« Pas du tout. Parmi les gens de l'Est que je connais, vous êtes celle qui parle le mieux la langue de l'Ouest ! Tour-Dîn, tu ne penses pas ? »
« Ah, oui, euh… Moi, une seule personne, gens de l'Ouest comme paroles habiles, j'ai déjà rencontrée… »
« Eh, vraiment ? Ce n'est pas Shumiraru-Ririn, par hasard ? »
« Ha, hai… La caravane "Plume Noire du Vent", Kukurueru-dono. Cette personne, assez âgée, donc mots, habiles, je suppose. »
« Ah, je vois ! Moi aussi, cette personne, à l'étal, j'ai cru la voir ! … Au fait, Puratika, quel âge as-tu ? »
« Moi, 13 ans. »
« Eeeh ! » Des cris de surprise multiples retentirent.
Moi qui leur tournais le dos en tenant les rênes de Giruru, je partageais bien sûr le même sentiment.
« J-ju, 13 ans ? Alors, c'est le même âge que moi ! Puratika, tu fais vachement plus mature ! »
« … Gens de l'Est, gens de l'Ouest plus grands. Donc, plus âgés, paraissent. »
« Non non, c'est pas qu'une question de taille ! Moi, je croyais que t'avais à peu près l'âge d', un peu moins ! Vraiment, je suis choquée ! »
« …… »
« Du coup, tu comptes passer la nuit à la maison Fa, aujourd'hui ? »
« Oui. Si chef de famille Fa, accord obtenu, lit, je emprunte. »
« C'est ça. Bien, hein. Pour nous, c'est juste enviable ! »
C'est là que j'intervins : « Alors, comme ça… »
« Si donne son accord, est-ce que vous trois, vous ne voulez pas partager le dîner encore une fois ? »
« Eh ! C'est vrai ? Le dernier dîner, ça fait pas si longtemps, pourtant ? »
La voix puissante de Rei-Matsu me parvint de près. Elle avait dû ramper jusqu'à côté du siège du cocher.
« Ouais. La maison Fa, c'est juste et moi comme humains. Accueillir une invitée étrangère, ça ferait un peu vide, non ? Pour aussi, avec des gens qu'elle connaît bien à table, elle sera plus détendue, je pense. »
« C'est sûr, partager le dîner serait un bonheur… Mais , vraiment, elle ne râlera pas ? »
« Surement. Pour Diaru aussi, elle a accepté sans broncher que les invités augmentent. »
Tandis que nous échangions ces propos, la charrette gravit le sentier escarpé et parvint au village de Moribe.
Aujourd'hui étant le quatrième jour d'activité, la séance d'étude se tient à la maison Fa. Pourtant, pour présenter Puratika, nous fîmes un détour par le village des Ruu.
« Compris, les circonstances. Si c'est une personne qui accompagne les gens de Gueld, le chef de famille n'aura rien à redire. »
Mère Mia-Rei-Ruu nous le dit sur ce ton.
« Et si refuse, on prépare le lit chez les Ruu, c'est ça ? Ça non plus, pas de problème… Mais , comment va-t-elle réagir ? »
« Voyons. Connaissant … Elle pourrait trouver qu'imposer cette charge aux gens du clan Ruu est insupportable. L'amener chez les Ruu après le dîner pour la reprendre à l'aube, c'est aussi bien pressé. »
D'ailleurs, a la ferme conviction qu'elle doit tisser des liens sincères avec des gens qui ne sont pas ses compatriotes de Moribe. Comparé au souci de se faire entourer par des jeunes nobles frivoles au banquet du château de Jenos, cela devrait être encore supportable.
« Mais, en cas de besoin, on peut compter sur vous ? Moi non plus, sans le chef de famille, je ne peux rien garantir. »
« Ah, bien sûr. Alors, pour qu'on ait la réponse d' au plus vite, on va envoyer quelqu'un à la maison Fa depuis ici. »
C'est alors que Reyna-Ruu, qui écoutait en silence, s'avança.
« Dans ce cas, j'irai. Je serai de retour avant le dîner. »
« D'accord, je te confie ça. … Ah, mais le retour se fera de nuit, alors on fera accompagner par Balsha aussi. »
Ainsi fut-il décidé que Reyna-Ruu et Balsha assisteraient aussi à la séance d'étude de la maison Fa.
Peut-être y avait-il aussi une intention de garde du corps. Puratika est une jeune fille en fleur, mais c'est aussi une gente des montagnes réputée pour sa bravoure. De l'ouverture de son manteau dépassait la garde d'un poignard, et elle manie peut-être des armes empoisonnées. Et vu la dureté de son regard, elle ne semblait pas avoir grandi dans un monde exempt de violence.
(Quoi qu'il en soit, avec Balsha, sera plus tranquille. Merci à l'attention de mère Mia-Rei.)
Portant cette pensée, nous reprîmes le chemin de la maison Fa.
Aujourd'hui encore, tous souhaitaient participer à la séance d'étude, donc nous rentrâmes directement.
« , une question… Pourquoi, chat, il y a ? »
C'est en chemin que Puratika posa la question.
Tenant les rênes de Giruru, je souris « Ah ». Le chat noir Satchi, qui nous avait accompagnés à la ville-relais aujourd'hui aussi, se prélassait dans la charrette.
« Avant, des artistes itinérants, on l'a recueilli. Nom, Satchi. Membre de la famille Fa. »
« Membre de famille. … Chat, comme membre de famille, c'est ça ? »
« Oui. À Shim, ce n'est pas si rare, non ? »
« Non. Chat, comme membre de famille, c'est Laorimu, Jigi, etc. Chats des montagnes de Gueld, tempérament violent, donc humains, ne s'attachent pas. »
Marfila-Naham laissa alors échapper une voix quelque peu inquiète.
« P-p-peut-être qu'à Gueld, on mange aussi la viande de ce chat des montagnes ? »
La réponse fut un « Non » ferme.
« Chat des montagnes, être sacré. Gens de Gueld, chat des montagnes, jamais ne blessent. Chat des montagnes, blessé, punition tombe, légende, transmise. »
« C-c-c'est vrai ? Ex-excusez-moi, j'ai dit une bêtise. »
« Impolitesse, je ne pense pas. Pays étranger, coutumes, diverses. L'un l'autre, respect, sentiment, important, c'est ça. »
Puratika laissait par moments entrevoir une force d'âme peu commune chez les gens de l'Est — mais on sentait que c'était dû à un tempérament sérieux et droit.
Quoi qu'il en soit, Gueld et Jenos sont en train de approfondir leurs liens par le commerce. Nous qui en sommes les derniers maillons, nous voudrions bâtir une relation saine.
« Je vous ai fait attendre. Voici la maison Fa. »
Arrivés, Puratika sauta au sol d'un mouvement vif. Elle a une frêle constitution, mais ses capacités physiques semblent assez élevées.
Je laissai les autres s'occuper de Giruru et compagnie, et guidai Puratika vers la mère-« Puis-je vous présenter Jilbé, le gardien de la maison. C'est un chien-lion du … Connaissez-vous les chiens ? »
« Oui. Royaumes de l'Ouest, j'ai erré, donc chiens de chasse, je connais. »
« C'est bien. Il n'y a aucun danger, soyez tranquille. »
Quand j'ouvris la porte d'entrée, Jilbé jaillit en aboyant « Bau ! »
Simultanément, Puratika poussa un étrange « Hya ! » et porta la main à sa bouche, faisant monter le sang sur sa peau plus sombre que celle des gens de Moribe.
« Excusez-moi… C-c'est ça, un chien ? Celui que je connais, complètement différent. »
« Oui. C'est une race appelée chien-lion, dressée pour protéger les humains. À l'Ouest comme au Sud, c'est une race rare, dit-on. »
Jilbé observait fixement Puratika, comme pour dire « Encore un nouvel invité ? »
Puratika toussota, baissa la main, mais son visage gardait encore une teinte rougeâtre.
« Danger, n'a pas l'air. Maître, obéissant, semble. »
« Oui. Désolé de vous avoir effrayée. »
Quand je souris, une lueur rancunière apparut dans les yeux violets de Puratika.
« … Moi, bizarre voix, amusant, c'était ? »
« Eh ? Non, pas du tout… »
« Émotion, laissé paraître, honte. S'il vous plaît, riez. »
Et elle se détourna avec un « hmpf ».
Devant un tel côté adorable, on ne peut que sourire.
« Euh… Si vous portez des lames d'acier ou des armes empoisonnées, puis-je les garder ? C'est la coutume de Moribe. »
« Oui. Alvah-sama, m'a dit. … Arme empoisonnée, manteau compris, pouvez-vous garder ? Cuisine, saleté, apporter, veux éviter. »
« C'est une attention que j'apprécie. Alors, je les garde ici. »
Puratika acquiesça d'un hochement de tête, défit l'attache de son cou et retira sa cape à capuche.
Apparurent de longs cheveux brun-doré. Elle avait les cheveux longs de la même nuance qu', tressés en une seule natte sur le côté droit, tombant jusqu'à sa poitrine.
Elle portait un vêtement aux motifs tourbillonnants noir et gris. Le haut était sans manches, le bas un pantalon ample, et elle avait de nombreux ornements au cou. En revanche, de ses bras souples jusqu'au bout des doigts, pas le moindre bijou — ce qui faisait très cuisinière. Les gens de l'Est, hommes comme femmes, portent habituellement force bracelets et bagues.
(Hé… Vraiment, l'ambiance est bien différente d'Arishuna, on dirait.)
Elle est un peu plus petite qu'Arishuna, et plus fine, pourtant on la sent bien plus forte. Une allure de jeune cerf, plein de vitalité juvénile.
Ses yeux finement fendus, son nez droit et ses lèvres minces sont fort réguliers. Ses joues ont une douceur qu'on doit à ses 13 ans. Et ce qui charme le plus, ce sont ses yeux violets, habités d'une volonté ferme.
« … Pourquoi, moi, vous fixez ? »
La rougeur qui s'était apaisée remonta au visage de Puratika. Qu'elle laisse ainsi transparaître ses émotions est sans doute aussi dû à son jeune âge.
« Ah, pardon. Je prends le manteau. »
« … Manteau et poignard. »
Après m'avoir tendu le manteau, Puratika détacha le poignard à sa ceinture, fourreau compris.
Une garde en argent terne gravée de stries antidérapantes, un poignard usé par les ans. Le fourreau en cuir portait des marques au fer rouge et brillait d'un beau couleur ambre.
« Celui-ci, héritage de mon père. Manipulation brutale, évitez, je vous prie. »
« C'est noté. … Moi aussi, je garde le sabre de mon père, alors je promets de ne jamais le traiter avec négligence. »
Les beaux sourcils fins de Puratika tressaillirent.
« … Toi, père, mort, séparés ? »
« Non, mon père n'est pas mort… Mais je ne pourrai plus jamais le revoir. »
Tout en rangeant soigneusement le poignard et le manteau de Puratika, je lui offris un sourire franc.
Puratika fronça les sourcils, comme pour retenir quelque chose. Mais ses petites lèvres ne s'ouvrirent pas davantage.
Quand j'entrai dans la mère-« Je vous ai fait attendre. Allons au fourneau. »
J'emmenai Puratika et Jilbé derrière la mère-« À vue de nez, c'est complet, alors je reste à l'entrée pour jeter un œil. … Oh, t'es en forme, Jilbé. »
Jilbé répondit par un aimable « Bafu ». On ne peut pas le dire tout haut, mais leurs mines et leurs gabarits se ressemblent un peu.
Lorsque j'introduisis Puratika dans le fourneau, les participants à la séance d'étude étaient alignés en rang.
Les habitués : Tour-Dîn, Yun-Sudra, Marfila-Naham, Rei-Matsu — l'équipe de service du jour : Riri-Ravittsu, Gaz, Rattsu,auro, Riddo — la stagiaire Kura-Sun, et la participante improvisée Reyna-Ruu — ainsi que les femmes Fou et Ran, restées après les préparatifs. Treize personnes au total.
Les femmes Fou et Ran devaient déjà être au courant. Elles regardaient Puratika avec une curiosité non dissimulée.
Je conduisis Puratika à un endroit d'où elle pouvait voir tout le monde, et lançai : « Bon. »
« Aujourd'hui, nous accueillons en invitée Puratika, cuisinière de Gueld. Elle est venue de Gueld en dix jours pour se perfectionner comme cuisinière. Pour les liens entre Gueld et Jenos, je pense que les gens de Moribe doivent lui accorder toute la commodité possible… Alors, s'il vous plaît, traitez-la bien. »
Puratika joignit les doigts d'une façon étrange et s'inclina.
« Moi, Puratika-Geru-Aamaya. Ennui, jamais ne cause, je promets. Observation, s'il vous plaît, permettez. »
Les femmes rendirent chacune leur salut. Alvah et les siens étant allés présenter leurs excuses et des cadeaux dans chaque maison du clan menacé par le "Parti du Typhon", la plupart des gens connaissaient leur existence. Puratika étant la cuisinière au service d'Alvah, elle ne suscita pas de grande méfiance.
« Bon, alors, commençons la séance d'étude… La fête des récoltes est dans deux jours, mais y a-t-il quelque chose qu'on voudrait revoir ? »
À mes mots, Riri-Ravittsu secoua la tête « Non ». Une femme âgée au visage impénétrable, toujours souriante, comme une petite statue de Jizô.
« Maintenant, s'entraîner encore, c'est comme jeter de l'eau sur une pierre chaude. Ne vous occupez pas de nous, faites comme bon vous semble, . »
« Compris. Alors… Puratika, un souhait particulier ? »
Puratika me regarda avec hésitation.
« Proposition, reconnaissante, mais commodité telle, trop, redoutée. »
« Non, nous n'avons rien d'urgent non plus. Si vous exprimez un souhait, ça nous arrangera même. »
Puratika plissa légèrement les yeux.
Son regard aigu parût se condenser davantage.
« Alors… Miso et huile de tau, cuisine, possible ? Alvah-sama, miso et huile de tau, très, s'intéresse. »
« Miso et huile de tau, hein. D'accord… Alors, montrons un potage et un sauté. »
D'abord, je me mis à préparer la sauce à nouilles.
Celle que j'avais mise au point en même temps que les soba au fuwa noir, une sauce à base d'huile de tau. Bien que la recette fût quasi achevée depuis plus d'un an, elle n'avait guère eu l'occasion de servir à Moribe.
« À Moribe, les soba et les udon ne se sont pas implantés. Ceux qui en faisaient régulièrement… c'était à peu près la famille Fa et les Ruu, non ? »
Sous mon regard, Reyna-Ruu acquiesça « Oui ».
« Mais même parmi les Ruu, ce n'est pas si fréquent. Une fois par mois… deux fois tout au plus, je crois. »
« Ouais. Contrairement aux pâtes, les soba et udon ont un répertoire étroit, et "aspirer les nouilles" n'était pas familier… Mais récemment, le "Ramen aux os de giba" s'est imposé comme plat de banquet, donc l'habitude d'aspirer les nouilles a un peu progressé, non ? »
« C'est possible. Que les soba et udon ne s'implantent pas à Moribe, c'est peut-être parce qu'il est difficile de les traiter en plats à base de giba. »
« Mmhmm. Puisque c'est l'occasion, essayons un plat de nouilles qui utilise bien la viande de giba. »
En parallèle à la sauce, je me mis à pétrir les nouilles.
Après réflexion, j'utilisai du fuwa blanc et du poïtan au lieu du fuwa noir. Je demandai aussi de préparer des œufs et des coquilles de kimusu, ce qui fit ouvrir grands les yeux à Rei-Matsu : « Are ? »
« Si on utilise l'œuf, c'est des pâtes, si on utilise la coquille, c'est des nouilles chinoises, non ? On ne faisait pas des udon ou des soba ? »
« Chez moi, ça s'appelait aussi soba. Selon les régions, le nom change, peut-être. »
Ce que je m'apprêtais à faire, c'était ce qu'on appelle le soki-soba. Du niku-udon aurait aussi fait l'affaire, mais je voulais montrer quelque chose de nouveau pour tous.
« La procédure, pas si différente des pâtes ou nouilles chinoises. Si tu veux bien, Rei-Matsu, tu m'aides de ce côté ? »
« Oui, compris ! »
Avec ce monde, la division du travail est aisée. Je demandai aussi à d'autres de préparer le mijotage de la viande de giba.
Sauce, nouilles, viande de giba : trois chantiers en parallèle. Puratika les inspectait tous d'un œil perçant.
(Des plats sans herbes aromatiques, mais est-ce que ça plaira à Puratika ?)
Mais c'est elle qui a réclamé des plats au miso et à l'huile de tau, ingrédients du . Elle devra les intégrer à sa cuisine par la suite. Si notre séance d'étude peut y aider, tant mieux.