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Isekai Ryouridou

Chapitre 85

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Chapitre 85

Chapitre 85

Chapitre 85/17050%~12 min de lecture2 225 mots

Et nous nous retrouvâmes de nouveau devant la maison des Rutim.

Portant à deux une marmite en fer gigantesque.

« Oh ! Qu'est-ce qui vous prend, , ! À trimballer une marmite pareille ! Vous ne seriez pas venus me préparer un festin, par hasard !? »

« Danda=Rutim ! Vous êtes déjà rentré de la forêt ? »

C'est le chef de famille des Rutim en personne qui apparut sur le seuil de la demeure, qui n'avait rien à envier à la maison principale des Ruu.

Il n'était pas encore trois heures après le zénith. Pourtant, le chef nous accueillait déjà dans une tenue légère, débarrassé de son manteau et de son sabre.

« Ces temps-ci, les giba pullulent. J'ai eu mes cornes et mes défenses du jour, mais les jeunes des familles cadettes ont eu quelques bobos, alors on a coupé court et on est rentré illico ! Alors, qu'est-ce que vous nous mijotez aujourd'hui !? »

« Euh, en fait... on est venus pour parler à Gazlan=Rutim... »

« Ah, c'est ça... » Le chef laissa retomber ses épaules larges et tendues avec un soupir théâtral.

Il devait bien faire un mètre quatre-vingts, pour une bonne centaine de kilos de muscles. Crâne chauve, barbiche brune, bedaine proéminente. Le chef de la famille principale des Rutim, Danda=Rutim, rappelait un génie arabe ou Bouddha rieur, et il était en pleine forme aujourd'hui encore.

« Puisque Danda=Rutim est là, autant qu'il entende aussi. En fait, on a un petit conseil à demander. »

« C'est pas que je refuse de vous écouter, mais... »

Et le chef de faire la moue.

Arrêtez, vous allez piquer la spécialité de notre chef.

« Ah, , . Vous voilà. Votre discussion avec Kamyua=Yoshu, comment s'est-elle passée ? »

Son fils accompli apparaissait derrière le chef.

Une dynamique bien différente de celle des Ruu, entre le chef et son héritier.

« Désolés de vous déranger deux fois dans la journée. Euh, Ama=Min=Rutim... elle est... ? »

« Elle est partie chez les Ruu avec les autres femmes. Pour apprendre au plus vite à cuisiner des plats délicieux. Du coup, je suis livré à moi-même. »

« Haa, c'est donc ça... »

« Donc pas de gêne à avoir. Entrez donc. ... Pas de problème, hein, chef ? »

« Mmh... »

Juste "mmh".

Son infantilisait n'en finit pas.

Bref, et moi avons confié nos sabres et, accessoirement, la marmite, et nous sommes redevenus les hôtes des Rutim.

Une journée à faire des allers-retours.

Mais ce n'est pas le genre de problème qu'on peut reporter.

Plus les jours passent, plus risque de ne plus pouvoir remplir son devoir de chasseuse.

***

« Enfin, voilà à peu près la situation. »

L'explication fut longue, encore une fois.

Gazlan=Rutim croisa les bras en grognant : « Hmm. »

« Donc votre impression sur lui n'a pas changé. En revanche, derrière ses paroles et ses actes, on ne sent qu'un attachement fort — voire une obsession — pour les Moribe, et aucune once de tromperie envers nous. »

« Exact. En plus, on a enquêté sérieusement sur la ville-relais. De ce côté-là, oui, ouvrir une boutique ne poserait pas de gros problème, et si ça marche, on pourrait même avoir un certain succès. ... Reste à savoir si, au bout du compte, on parviendra à donner une vraie valeur marchande à la viande de giba elle-même, mais ça, on ne le saura qu'en essayant. »

Après avoir salué le jeune Leito et le père de Dora, nous avions arpenté les divers étals pour mener notre étude de marché.

Résultat : partout, les en-cas s'échangeaient entre 1 et 3 pièces de cuivre rouge, avec une vente journalière de 20 à 50 portions, et le gros du chiffre concentré autour du zénith.

Avec ça, on peut tenir — c'est ce que je me dis.

Gazlan=Rutim fit encore un « hmm ».

« Dans ce cas, je n'y vois aucun obstacle... Et vous, chef, qu'en pensez-vous ? »

« J'en pense rien. Pourquoi un habitant de la Cité de Pierre viendrait nous bassiner avec l'avenir des Moribe ? Les gens de la Cité, ils n'ont qu'à trimballer leurs pierres et rallonger leurs routes jusqu'au bout du monde. ... Laissez ça, . »

Et il me regarda de travers, le menton rentré, les yeux levés vers moi.

C'est pour ça que je disais : arrêtez de piquer le numéro de NOTRE chef.

« Tu veux régaler les gens de la Cité, mais moi, tu ne m'invites pas ? »

« Euh, c'est justement pour avoir votre avis sur ce point... Quelqu'un de ma position, est-ce qu'il peut vraiment ouvrir une boutique en ville-relais sans que ça pose problème ? »

« J'en sais rien. C'est à la chef de la famille Fa de trancher, non ? Pourquoi tu viens me demander MON avis ? »

« Haa. C'est vrai, mais... Est-ce que le simple fait d'ouvrir une boutique ne risque pas de froisser nos camarades Moribe ? Je voulais m'en assurer. ... Et puis, pour tout ce qui touche à la Cité, c'est la famille Sun qui gère, non ? Est-ce qu'on peut vraiment faire cavalier seul sans passer par eux ? »

« ... La famille Sun, dit-il ? » Les yeux ronds de Danda=Rutim brillèrent d'un éclat soudain.

« Laissez tomber cette bande d'idiots ! S'ils osent chipoter, ce sera l'occasion pour nous, les Rutim, de leur en mettre plein la vue ! Quoi, t'as l'intention de croiser le fer avec les Sun, ? »

« Faites pas cette tête réjouie ! C'est POUR ne pas devenir la mèche d'une guerre entre Moribe que je viens vous consulter ! »

« Quoi, c'est chiant. » Et Danda=Rutim retomba illico en mode apathique.

Gazlan=Rutim, comme si de rien n'était, enchaîna : « Sur ce point, pas d'inquiétude. »

« Les Sun ne gèrent que les échanges avec le château de . Si on parlait d'ouvrir boutique DANS l'enceinte, là oui, il faudrait passer par eux. Mais la ville-relais, c'est libre. »

« Vraiment... ... Mais quand même, une idée aussi farfelue, elle ne contrevient pas aux interdits et aux coutumes des Moribe ? »

« Pas non plus. Au contraire, nous, on nous a interdits de cueillir les dons du mont Morgan, de labourer nos propres champs ; on nous a laissés vivre ici à la seule condition de ne faire que chasser le giba. En d'autres termes, la SEULE chose qu'on nous autorise à vendre à la Cité, c'est le giba. »

« Je vois... »

« Et, . Sans rapport direct, mais... les Rutim sont dans une situation un peu embarrassante en ce moment. »

« Hein ? Qu'est-ce qui se passe ? »

« La viande... ne diminue pas. »

Son beau visage fin arborait un sourire rare, amer.

« Chez les Ruu, le banquet a dû écouler des quantités massives. Pas chez nous. Comme on saignait et découpait deux bêtes par jour, la chambre de conservation des familles cadettes s'est remplie à ras bord. Demain, on pourrait quasiment tout laisser en forêt, ça ne changerait rien. »

« Ah... oui, c'est logique. »

Chez les Fa aussi, la viande des giba qu' abat déborde. Même marinée dans les feuilles de pico, ça tient quinze jours, vingt grand max ; du coup, on a fini par faire des tonnes de viande fumée, et ça ne descend pas non plus.

« Si on pouvait convertir cette viande en pièces de cuivre, la vie serait plus large. Et puis... gâcher de la viande qu'on SAIT délicieuse une fois bien travaillée, en la donnant aux munto, c'est dommage. La chair pourrie des giba ratés suffit amplement à remplir leurs bedaines. »

« Demain aussi on saigne ! La viande peut bien pourrir, les côtes, elles, sont limitées ! »

Le chef brailla, tout mou.

Son fils hocha la tête, toujours un demi-sourire aux lèvres.

« ... Du coup, dès demain, tout sauf les côtes finira jeté en forêt. Pattes, épaules, hanches — saignées, éviscérées, correctement préparées. »

« Wahou, quel gâchis ! »

« Oui. Mais on ne peut pas la distribuer aux autres familles. Si on le faisait, les clans faibles risqueraient d'abandonner la quête des défenses et des cornes pour ne bouffer que la viande. »

Gazlan=Rutim durcit l'expression, se pencha vers moi.

« . Nous comptons transmettre la technique que tu nous as apprise à Min, Rei et les autres clans alliés. Et, in fine, je pense que tous les Moribe devraient la connaître. »

« Hein ? Les Sun aussi ? »

« Bien sûr. Si ça les pousse à chasser le giba plus sérieusement, c'est le meilleur des résultats. »

C'est vrai. Moi qui ne suis pas encore tout à fait un Moribe, je ne vois les Sun que comme des « ennemis intouchables ».

« Mais pour l'instant, c'est trop risqué. Les Sun, encore, ils ont la force. En revanche, les petits clans qui n'appartiennent ni aux Sun ni aux Ruu... leur donner ce savoir maintenant serait dangereux. »

« Pourquoi ? »

« Parce que la viande est TROP bonne. Jusqu'ici, les gens des petits clans jetaient la chair du tronc en se disant "c'est immangeable". S'ils découvrent le goût de ce tronc... s'ils n'arrivent pas à chasser le giba, ils pourraient céder à la facilité et se contenter de manger la viande. »

Est-ce que... c'est possible ?

Des gens qui, parce que la viande du tronc pue, s'acharnent à chasser toujours plus de giba... et dont la tension craquerait du jour au lendemain parce que « la viande est bonne »... Est-ce que ça peut arriver ?

Peut-être bien.

Puisque Gazlan=Rutim le dit, la probabilité n'est pas zéro.

Et moi, simple cuisinier, je ne peux pas les blâmer pour ça.

« À mon avis, c'est là que réside le poison du savoir. »

« Le poison du savoir... »

« Oui. Un remède trop fort devient poison. Si la force d' doit devenir poison, c'est dans ce genre de cas. »

Mon cœur fit un bond.

Ma force, du poison...

« C'est pourquoi je pense qu'on ne doit pas encore révéler ce savoir aux petits clans hors de notre alliance. Mais si la viande de giba devient échangeable en cuivre à la ville-relais, eux aussi pourront la vendre pour s'acheter des aria et des poïtan. »

« Oui... »

« Comme ça, ta force deviendra un remède pour tous. »

Et Gazlan=Rutim sourit avec force.

« Donc, si et trouvent leur voie et décident d'ouvrir boutique, je serai le premier à souhaiter votre succès. Et je ne lésinerai pas sur mon aide. — En ami. »

« Merci... beaucoup. Je vais réfléchir cette nuit et rendre ma décision. Une fois tranché, je viendrai vous le dire en premier, Gazlan=Rutim. »

Est-ce que quelqu'un comme moi a le droit d'être appelé « ami » par un homme de cette envergure ?

Si je n'en ai pas le droit, alors je ferai en sorte de le mériter.

Que l'existence de Gazlan=Rutim prenne autant de place en moi, je ne l'aurais jamais imaginé la nuit de notre première rencontre.

Tout ça, c'est les liens entre les gens.

La rencontre avec a mené à celle avec Rimi=Ruu, qui a mené à toute la famille Ruu, et à Gazlan=Rutim et Danda=Rutim.

Et Kamyua=Yoshu aussi —

Faire de cet homme un remède ou un poison, tout repose d'abord sur la décision d' et la mienne.

Reste à en parler avec .

Le cœur est pris.

« Merci. Vraiment... c'est bien d'avoir pu vous en parler, Gazlan=Rutim. »

« Entendre ça de votre bouche est un honneur, . ... Vous partez déjà ? »

« Oui. Désolés de vous avoir dérangés deux fois dans la journée. »

« Quoi, vous rentrez VRAIMENT ! » Danda=Rutim poussa un rugissement.

« Le soleil va pas tarder à coucher ! La maison des Fa, c'est loin, non ? Restez donc ici cette nuit, tant qu'à faire ! »

« Euh, quand même... » Je commençai à refuser, puis je repris mes esprits.

D'ici à la maison, une heure et demie de marche. On aurait le temps avant la nuit, mais pas le temps de faire sécher les poïtan au soleil.

Et tant que je n'ai pas de gigo — ce truc genre igname — je ne sais toujours pas cuisiner la pâte de poïtan liquide de façon mangeable.

« . Les femmes des Rutim ne sont pas encore revenues des Ruu. Et comme elles n'ont commencé l'apprentissage qu'hier, elles n'ont pas encore le niveau. ... Si ça ne vous dérange pas, pourriez-vous assurer le service du kamado ce soir ? »

Regardant tour à tour mon visage et celui du chef, Gazlan=Rutim en vint à proposer ça.

« ... Laissez-moi un peu en discuter avec la chef. »

Je pris mon air le plus solennel et me penchai à l'oreille d'.

« . Si on rentre ce soir, on risque de se retaper une vraie soupe de poïtan pur jus pour la première fois depuis longtemps. »

garda son air sévère, acquiesça une fois, et vint chuchoter à mon oreille.

« Non. »

Et c'est ainsi que nous héritâmes, tout heureux, de la garde du kamado chez les Rutim.

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