Après avoir assisté à la course de totos, ce fut le banquet de célébration.
Après avoir passé un moment de joyeuses conversations près de l'arène, je retournai au village de Moribe, participai un peu aux préparatifs, et dus me rendre à la ville-château.
Le banquet de célébration devait débuter à la cinquième heure descendante. En comptant le temps de déplacement et de préparation, il fallait partir à la quatrième heure descendante. Je confiai la supervision des préparatifs à Yun=Sudra et remontai dans la charrette.
Nous étions cinq à nous rendre de là à la ville-château : moi, , Chim=Sudra, Iah=Fou=Sudra et Tour=Din. Les autres sont allés directement de l'arène au château de Genos, il n'était donc pas nécessaire de passer par le village des Ruu.
Celle qui s'agitait le plus sur la plateforme de la charrette était, comme prévu, Iah=Fou=Sudra, pour qui c'était la première fois dans la ville-château.
« Que ta première ville-château soit le banquet du château de Genos, c'est une sacrée histoire. Mais ne t'inquiète de rien, je ne te laisserai jamais seule. »
Quand je lui adressai ces mots, Iah=Fou=Sudra esquissa un sourire en disant « Merci beaucoup. »
Récemment, je m'efforçais d'employer un langage familier avec elle aussi. Puisque je parlais familiarité avec Chim=Sudra, utiliser le vouvoiement avec sa compagne Iah=Fou=Sudra m'avait semblé déplacé. D'ailleurs, tous deux étaient de deux ans mes cadets.
Iah=Fou=Sudra était une jeune femme au maintien très doux, au tempérament calme. Elle dépassait sa compagne d'une bonne dizaine de centimètres, mais c'était parce que Chim=Sudra était exceptionnellement petite. De corpulence moyenne, ses cheveux bruns étaient coupés courts et nets, et elle arborait toujours un sourire flottant. Sans posséder une personnalité écrasante ni des traits particulièrement réguliers, c'était une personne très attachante, dont la seule présence apportait une atmosphère apaisée.
« Bien sûr, tant que je suis là, je ne laisserai pas Iah=Fou courir le moindre danger. Cependant, il y a beaucoup de choses qu'on ne connaît pas à la ville-château, alors nous comptons sur la présence d' et des siens. »
D'un visage tiré, Chim=Sudra prononça cette déclaration.
Puis, avec une pointe d'inquiétude, il se tourna vers sa compagne.
« Je fais endurer à Iah=Fou des soucis inutiles. Mais il semblait difficile de refuser la proposition des nobles, alors supporte-le, je t'en prie. »
« Ma foi. Ne t'ai-je pas dit maintes fois que je n'ai pas besoin qu'on se fasse du souci pour moi ? La plupart des femmes envient même de pouvoir se rendre à la ville-château. Lors du rituel du baptême, nous n'avions pu mettre les pieds qu'à la grande cathédrale. »
C'est par ces mots qu'Iah=Fou=Sudra répondit, avec un sourire doux.
« Je me réjouis beaucoup de découvrir quel genre d'endroit est la ville-château. Et je suis sincèrement fière que mon compagnon ait accompli un tel exploit. »
« Je me suis juste trouvé sur le passage d'un hors-la-loi en fuite. Ce n'est pas une histoire dont on puisse se vanter. »
Tout en répondant ainsi, Chim=Sudra souriait avec embarras.
Peut-être à cause de leur jeunesse, ils avaient l'air frais comme des amoureux. D'une manière différente de Shimiral=Ririn, Vina=Ruu=Ririn, Darum=Ruu ou Sheila=Ruu, ils me réchauffaient le cœur.
« D'ailleurs, le château de Genos, même au sein de la ville-château, est un lieu particulièrement spécial, n'est-ce pas ? »
C'est Iah=Fou=Sudra qui me posa la question.
Sur celle-ci, je pus répondre « C'est exact » sans hésiter.
« La première fois que j'ai été invité au château de Genos, c'était juste avant la fête de la Résurrection. J'avais été convié plusieurs fois au petit sanctuaire atelé au château, mais la demeure du seigneur qu'est le château de Genos a bien une existence à part. »
« C'est-à-dire le banquet auquel vous a convié le diplomate de la capitale royale ? C'est là que Tour=Din et les autres ont goûté à une cuisine驚くべき ? »
Cette fois, Tour=Din hocha la tête en disant « Y-yes. »
« Celui qui a servi la cuisine était un cuisinier nommé Dia... C'était une cuisine et des pâtisseries vraiment incroyables. Encore maintenant, j'en rêve. »
« En rêve ? C'est dire. »
Iah=Fou=Sudra sourit avec sa douceur habituelle. Elle était de ces gens au sensibilité tout à fait moyenne à Moribe : tant que sa famille pouvait savourer de bons plats, elle était satisfaite.
En participant au commerce de rue, de nouveaux sentiments et idées s'ajoutent parfois, mais les gens de la lignée Fou aident surtout aux travaux de préparation, donc hormis Yun=Sudra, personne n'assumait ce rôle. De plus, pour le « Jour du Zénith », on leur avait demandé d'aider pour le « Giba rôti », mais Iah=Fou=Sudra n'y était pas incluse.
(Que sa première cuisine de ville-château soit celle de Dia, c'est aussi une sacrée histoire. Quel genre d'impression cela va-t-il lui laisser ?)
Tandis que je pensais à cela, la charrette atteignit la porte de la ville-château.
Un soldat guide nous y attendait déjà, je lui laissai les formalités et fis garder Giruru et la charrette. Nous prîmes place dans un imposant toto à caisse fermée, et direction le château de Genos.
Sur ma suggestion, Iah=Fou=Sudra regarda le paysage urbain par la fenêtre et poussa un « Wah » émerveillé.
Chim=Sudra n'y étant pas allé non plus tant de fois, il observait tout aussi intensément. Au milieu de cela, libérée de la conduite, avait l'air d'une guerrière s'apprêtant à affronter le champ de bataille.
« ... Ça va, ? Tu as l'air très tendue. »
« Rien de particulier, c'est comme d'habitude. Même sans le prétexte de garde du corps, protéger sa famille et ses frères d'armes est le devoir d'un chasseur. On ne peut jamais baisser sa garde. »
Certes, mais l' d'avant n'aurait pas été tendue à ce point. Nous avions passé pas mal de temps à tisser des liens avec les gens de la ville-château, donc elle n'aurait pas dû avoir besoin de se crisper autant qu'avant.
C'est l'apparition de Fermès qui a fait retrouver à son ancienne tension.
Est-il possible de nouer correctement des liens avec cette existence incompréhensible ? Pour moi comme pour , c'est un défi de taille.
« Je vous ai fait attendre. Nous sommes arrivés au château de Genos. »
Finalement, cette voix parvint.
En descendant du toto, la silhouette imposante du château de Genos, que j'avais déjà vue il y a une demi-lune, se dressa devant nous. Iah=Fou=Sudra se couvrit la bouche, retenant un cri d'admiration.
Un château immense, construit en pierre naturelle grisâtre.
Un bâtiment d'une solidité évidente, mêlant style occidental et arabe. Au centre s'élevait un donjon anguleux, flanqué de hautes tours circulaires de part et d'autre. L'entrée se trouvait au sommet d'un large escalier où une dizaine de personnes pouvaient marcher de front.
« Attention à vos pas. »
Guidés par le soldat, nous gravîmes cet escalier.
Après une vingtaine de marches en pierre, une porte massive à deux battants nous attendait. Quatre soldats de chaque côté la gardaient, comme dans mes souvenirs.
« Nous allons prendre vos sabres. »
et Chim=Sudra remirent leurs lames comme demandé.
Après avoir franchi la grande porte ouverte, une troupe de femmes de chambre et de pages nous attendait. Sous leur guidance, nous avançâmes dans un couloir recouvert d'un tapis couleur vin.
Première étape obligatoire : les bains.
Les bains étant séparés hommes et femmes, nous nous séparâmes en groupes de deux et trois pour entrer.
Tandis que nous nous débarrassions de nos vêtements sous le regard des jeunes pages, Chim=Sudra me chuchota à l'oreille.
« En de telles occasions, je trouve regrettable qu' soit une femme. Si elle était à mes côtés, je n'aurais à craindre aucun danger. »
« Mmh. Cela dit, il y a peu de chances qu'on rencontre un danger en ville-château. »
« Je le comprends intellectuellement, mais je ne parviens pas à chasser mon angoisse. Surtout aujourd'hui, puisque j'ai ma compagne avec moi. »
En disant cela, Chim=Sudra raffermit à nouveau son expression.
« , qui vient en ville-château avec à chaque fois, doit ressentir cela à chaque fois. Dans ce lieu où son regard ne porte pas, c'est moi qui assure la protection, alors n'a pas à s'inquiéter. »
« Ah, oui. Merci beaucoup. »
Chim=Sudra avait un visage si sérieux que je ne pus même pas trouver de mots pour masquer ma gêne.
Après nous être purifiés et être revenus au vestiaire, nous trouvâmes quelque chose d'inhabituel. Des manteaux écarlates, confectionnés dans ce qui semblait être de la soie.
« Bien qu'il n'y ait pas besoin de vous changer, voudriez-vous les revêtir ? Ce sont des manteaux qui prouvent votre statut d'invités venus de l'extérieur des murailles. »
C'est sur un ton formel qu'un page nous l'expliqua.
« Des preuves d'invités ? Les autres personnes les portent-elles aussi ? »
« Oui. Lors des banquets des tournois précédents aussi, nous les avons fait porter aux hommes de Moribe. »
Dans ce cas, pas de place pour la discussion. Nous remîmes nos vêtements d'origine, puis enfilâmes les manteaux.
La longueur descendait jusqu'aux hanches, et comme l'étoffe était fine, ce n'était pas étouffant. Le tissu écarlate était bordé d'or, un design des plus élégants.
Chim=Sudra grimaça légèrement et vint encore murmurer à mon oreille.
« Ce genre de chose flottante me met mal à l'aise. Je n'ai pas l'air trop ridicule comme ça ? »
« Pas du tout. Bien sûr, l'habit de chasseur te va mieux. »
Au moment où je répondis cela, le page ouvrit respectueusement la porte donnant sur le couloir.
« Alors, par ici, s'il vous plaît. Veuillez patienter un instant jusqu'au retour de vos compagnes. »
Nous attendîmes un moment dans le couloir, puis et les autres apparurent par la porte d'à côté.
Elles étaient toutes les trois en tenue de banquet de Moribe. Cela faisait un moment que je n'avais pas vu si resplendissante, et j'en eus le vertige.
Ses longs cheveux brun-doré tombaient dans son dos, ornés de l'ornement floral transparent que je lui avais offert, qui brillait.
Son plastron et sa ceinture avaient un design légèrement différent de d'habitude, et un voile aux reflets irisés flottait par-dessus. À son cou et à ses poignets, de discrets mais beaux ornements scintillaient. Le collier à la pierre bleue que je lui avais offert était bien là aussi.
Tour=Din et Iah=Fou=Sudra étaient vêtues de même. Tour=Din portait le collier offert par Odifia, Iah=Fou=Sudra celui offert par un noble de Gueld. Autrefois, Yun=Sudra portait le même collier, mais comme c'était un cadeau d'excuses fait à la maison Sudra, elles l'utilisaient à tour de rôle pour ce genre d'occasions.
Iah=Fou=Sudra pinçait son voile irisé, souriant avec un air un peu gêné.
« Porter la tenue de banquet avec les cheveux courts, c'est une sensation un peu étrange. Je n'ai pas l'air trop bizarre ? »
« Pas du tout. »
Chim=Sudra regardait sa compagne avec tendresse.
Comme l'avait dit Vina=Ruu=Ririn ce matin, la coutume à Moribe veut que les femmes mariées ne portent pas la tenue de banquet. Mais cette fois, c'était un banquet de célébration, et on avait annoncé que les femmes n'ayant pas de tenue de banquet en recevraient une au château de Genos.
(Pourtant, le sens commun des gens de Moribe, c'est que leur propre tenue de banquet suffit amplement.)
D'ailleurs, lors des précédents banquets de célébration, on avait toujours préparé des tenues de ville-château. Le bal du comte Dalaym, le bal masqué, le dîner de Fermès : à chaque fois, hommes et femmes avaient l'obligation de se changer.
Parmi tout cela, seuls le tournoi et la course de totos permettaient les tenues personnelles — sans doute parce que ces événements avaient été établis dès le départ comme des banquets invitant des non-nobles. C'est pour cela qu'avait été prévu ce manteau écarlate élégant.
Encore, comme les participants au tournoi étaient presque tous des hommes, il n'y avait probablement pas de règle établie pour les femmes. Et comme à la ville-château aussi les femmes s'habillent pour les banquets, on a dû juger qu'un simple manteau était insuffisant.
(Si le bal du comte Dalaym avait eu lieu avant le tournoi, les femmes auraient peut-être pris l'habitude de porter la tenue de ville-château pour ce genre d'occasions.)
Je me sentis presque béni que cela n'ait pas été le cas.
Je n'ai rien contre les tenues de banquet de la ville-château. Au contraire, voir les femmes de Moribe les porter me semblait très frais et me faisait battre le cœur.
Mais après tout, ce qui va le mieux aux femmes de Moribe, c'est bien la tenue de banquet de Moribe.
La beauté d' et des autres en était la preuve.
« ... Alors, je vais vous guider vers la salle d'attente. »
Guidés par le groupe de femmes de chambre et de pages, nous fûmes à nouveau conduits dans le couloir.
Lors du dîner précédent, on nous avait menés dans la pièce juste en face des bains, mais cette fois, une autre salle semblait préparée.
Sans monter d'escalier visible, on nous fit faire un long détour par le couloir du premier étage.
Ou bien est-ce que cet étage est en fait le deuxième dès le départ ? Puisqu'on nous a fait monter une vingtaine de marches avant d'entrer, il y a bien pu avoir un niveau sous ce plancher.
Pendant que je réfléchissais à cela, nous arrivâmes à la salle d'attente.
De chaque côté de la porte, un garde veillait. Après leur accord, une femme de chambre frappa.
« Excusez-nous. Nous amenons les invités de Moribe. »
La porte s'ouvrit, et un bourdonnement fiévreux nous parvint.
Son identité fut immédiatement claire. La pièce était remplie de tous nos frères d'armes de Moribe, conviés aujourd'hui.
« Oh, vous voilà enfin ! Ça fait une éternité qu'on attend ! »
Le premier à crier fut Geol=Zaza. Sans sa coiffe en fourrure de giba, il était vautré sur une banquette.
La femme de chambre tendit la main vers l'intérieur en s'inclinant respectueusement.
« Lorsque l'heure du banquet de célébration arrivera, nous viendrons vous chercher. D'ici là, veuillez vous reposer ici. »
Nous remerciâmes et entrâmes dans la pièce, coûte que coûte.
Une pièce assez vaste. Une douzaine de tatamis, peut-être. Des banquettes et des chaises en bois étaient nombreuses, permettant à tous les invités de se détendre à leur guise.
« Félicitations pour votre victoire, Shimiral=Ririn. Et toi aussi, Rudo=Ruu, félicitations pour ton classement. »
Shimiral=Ririn sourit joyeusement en répondant « Merci beaucoup. » À ses côtés, Vina=Ruu=Ririn, en tenue de banquet, souriait avec grâce.
Rudo=Ruu occupait une banquette avec Jiza=Ruu et Reyna=Ruu. En face étaient assis Dali=Sauti et Miru=Fei=Sauti. Près d'eux se tenaient le chef de famille de Vera et un chasseur des Zaza, tous deux encore en tenue de chasseur. Ils avaient accompagné les chefs de clan jusqu'ici, mais ces deux derniers ne pouvaient pas assister au banquet.
Jusqu'ici, tout était dans mes prévisions.
Mais il y avait aussi trois personnes qui n'étaient pas de Moribe. Un jeune homme à la peau jaune-brun, un homme mûr aux cheveux rouge vif, et un homme du Sud à la barbe touffue.
Et — pour ce qui est du jeune homme, j'avais l'impression de l'avoir déjà vu quelque part.
« Yo. Je ne m'attendais pas à te croiser ici. »
D'un air décontracté, il montra ses dents blanches. C'était ce jeune homme, habitant de la ville-relais, qui s'était occupé de mille façons du hors-la-loi rencontré lors du « Jour du Zénith ».
« Ah, vous êtes celui de l'époque... Que faites-vous dans un endroit comme celui-ci ? »
« C'est plutôt à moi de poser la question ! C'est par ma propre force que j'ai arraché le droit de rester ici. »
Alors que je promenais un regard perplexe, Rudo=Ruu me donna la réponse.
« Ces trois-là aussi ont survécu à la course. , tu regardais pas ? »
« Hein ? Le citoyen de Genos qui a fait partie des huit finalistes, c'était vous ? »
« Ouais. Je me débrouille pas mal avec les rênes de toto. Mes potes et moi on a tous participé, mais je suis le seul à être arrivé jusque-là. »
Certes, j'observais, mais impossible de distinguer les visages des cavaliers. Jamais je n'aurais imaginé que ce client habituel de mon étal ait pris part à cette bataille acharnée.
« Je suis un flâneur de la ville-relais, je m'appelle Danro. C'est un peu tard pour me présenter, mais bref, ravi de te connaître. »
« Ah, oui. Merci pour vos achats habituels. ... Et vous autres aussi, enchanté. »
« Quoi ? C'est pas la première fois qu'on se voit ! Je suis venu maintes fois à ton étal, et tu oses dire que je suis un inconnu ? ! »
C'est l'homme du Sud qui éleva la voix, mécontent.
« Et toi, tu utilises bien les ingrédients que j'apporte de , non ? Je suis le transporteur, Muratos ! »
« C-c'est vrai ? Je suis désolé. J'ai un peu de mal à reconnaître les visages des gens d'autres pays... »
« Hmph. Surtout les gens du Sud, avec leur barbe fournie qui leur cache la moitié du visage ! »
C'est l'homme aux cheveux rouge vif qui s'intercala ainsi. Il avait une carrure impressionnante, et une tenue pour le moins étranges. Autour du cou, une fraise blanche bouffante s'épanouissait, et son pourpoint était rayé de rouge et noir de façon criarde. Son visage dur portait d'anciennes cicatrices, ses cheveux rouges dressés comme une crinière de lion, ce qui rendait son look excentrique encore plus voyant.
« Je suis le chef de la compagnie de mercenaires "Croc Rouge", Doon ! Mes hommes m'ont parlé de toi, le tenancier de l'étal à giba ! »
« H-ha. Vos hommes, dites-vous ? »
« Ouais ! Seuls moi et mes cadres avons obtenu le laissez-passer pour la ville-château ! Les autres subordonnés restent toujours à la ville-relais ! »
Apparemment, son intérieur était tout aussi violent que son apparence.
« Ceci dit, la guerre n'ayant rien à voir avec Genos, je n'ai pas souvent l'occasion d'y venir ! Cette fois, j'ai eu envie de passer la fête de la Résurrection à Genos, et j'y ai mis les pieds pour la première fois depuis un an ! Depuis ce moment, mes subordonnés ne tarissent pas d'éloges sur ta cuisine ! »
« C-c'est un honneur de faire votre connaissance. »
À ce moment, Geol=Zaza, qui posait sa joue sur sa main l'air ennuyé, nous fit signe de la main.
« Si les présentations sont finies, installez-vous. Ces manteaux minables, accrochez-les au mur. Nous, on a fait pareil. »
Effectivement, les manteaux écarlates étaient alignés sur le mur. Tous les hommes en avaient reçu un.
Nous, qui étions restés près de l'entrée, avançâmes enfin vers le centre de la pièce. Et quand la silhouette d' apparut, le mercenaire Doon eut un « glup » de gorge serrée.
« C'est... tout le monde... »
« Hmm ? Qu'y a-t-il ? »
« Rien ! Puisque vous brandissez cette coutume embêtante, je ne peux rien dire ! »
Il voulait parler de la règle interdisant de complimenter l'apparence du sexe opposé. Comme Vina=Ruu=Ririn et les autres étaient là, il avait déjà dû se faire taper sur les doigts.
« Vous attendiez tous ici le début du banquet depuis tout à l'heure ? »
Je m'assis sur une chaise libre et demandai. Dali=Sauti répondit « Ouais. »
« Polaus et Leilis sont venus nous saluer, mais ils ont l'air bien occupés. Du coup, on a surtout discuté entre nous. »
« Oui. Nous avons pu passer un temps très significatif. »
Miru=Fei=Sauti, à mes côtés, ajouta ces mots.
Elle aussi portait la tenue de banquet de Moribe. D'ordinaire si digne, Miru=Fei=Sauti était si belle qu'on aurait voulu lui adresser des louanges, n'eût été cette coutume.
« Lors du jour de la fête de la Résurrection, j'ai pu échanger avec beaucoup de gens. Mais une occasion de s'asseoir et de discuter posément comme ça, c'est rare. Je pense que c'était vraiment significatif. Danro, le citadin de la ville-relais, Muratos, l'homme du Sud, et Doon qui parcourt divers territoires, nous ont raconté plein d'histoires intéressantes. »
« C'est nous qui devrions le dire ! Je n'aurais jamais cru que les gens de Moribe menaient une vie aussi compliquée ! »
Le grand rouquin Doon coupa la parole illico.
« Et vous autres, vous avez tous l'air d'avoir une force phénoménale ! J'aimerais bien vous recruter dans ma compagnie de mercenaires, mais c'est dommage que vous n'acceptiez pas ! »
En disant cela, Doon fixa d'un œil perçant.
« Et toi aussi... je me suis laissé troubler par ton apparence, mais tu as une aura qui n'a rien à envier à ces chasseurs. »
« Moi aussi je suis chasseuse. J'ai l'intention de posséder la force qui honore ce nom. »
D'une voix calme, répondit en plissant légèrement les yeux.
« Toi aussi... tu as une aura étrange. Un mercenaire, c'est quelqu'un qui vit de la guerre ? »
« Évidemment ! Pourchasser des bandes de voleurs fait aussi partie du boulot, mais le vrai rôle d'un mercenaire, c'est de couper l'ennemi sur le champ de bataille ! Cette année encore, j'ai fait mienne l'âme des soldats de Zélad ! »
« Je vois. »
répondit brièvement.
Peut-être a-t-elle ressenti chez ce Doon une aura similaire à celle de l'ancien Dag ou d'Ifius. On dit que ceux qui ont abattu de nombreux soldats ennemis sur le champ de bataille dégagent une aura particulière.
« Quoi qu'il en soit, c'est surprenant de voir autant de gens de Moribe invités. Franchement, c'est rassurant. »
C'est Danro, le citadin de la ville-relais, qui intervint sur le côté.
« Vous deux aussi, vous êtes pas nobles, mais vous avez déjà votre laissez-passer, c'est ce qu'on m'a dit. Bon, les gens de Moribe, c'est pas leur première fois en ville-château non plus, hein. »
« Ah, moi, c'est ma première fois à la ville-château. »
Iah=Fou=SDra répondit avec son doux sourire.
Danro fit un « Hé » ravi.
« Tu as un visage que je connais pas. Je croyais avoir mémorisé à peu près toutes les filles qui bossent à l'étal. »
« Je ne participe pas au travail de l'étal. Parfois, j'aide aux préparatifs à la maison de Fa, mais c'est tout. »
« Hé. Si tu veux bien me donner ton nom ? »
« Je suis Iah=Fou=Sudra, femme de la branche Sudra. Voici mon compagnon et chef de famille, Chim=Sudra. »
« Quoi, t'as déjà un compagnon ? C'est décevant. »
Après avoir dit ça, Danro sourit aussi à Chim=Sudra.
« Oups, j'aurais pas dû faire cette blague ? Si je t'ai vexé, je m'excuse. »
« Non. Ce n'est pas au point de me vexer, les excuses sont inutiles. »
D'un air grave, Chim=Sudra répondit ainsi.
Bah, Chim=Sudra a pas mal exploré la ville-relais, il doit bien connaître leurs coutumes. Il a aussi tissé des liens avec Ben, Revi, Cargo et les autres.
« Quoi qu'il en soit, c'est vrai que c'est rassurant. Un banquet au château de Genos, je trouvais ça drôle, mais en y repensant bien, tout le monde autour c'est des nobles. Comment on est censé se comporter, j'en avais un peu la tête qui tournait. »
« Y a rien à craindre ! Un banquet, c'est fait pour profiter de l'alcool, de la cuisine et des divertissements ! »
Doon s'adressa à Geol=Zaza.
« Ceci dit, moi aussi, ça fait deux ans que je vais pas à un banquet de Genos ! Au dernier tournoi, j'ai perdu contre un chasseur de Moribe ! »
« Celui qui t'a battu, c'est pas moi mais Shin=Ruu, non ? Si t'as des plaintes, va les dire à l'intéressé. »
« C'était un combat loyal, je n'ai pas à me plaindre ! Mais au prochain tournoi, je prendrai ma revanche, c'est juré ! »
« C'est pour ça que j'ai dit qu'on sait pas si Shin=Ruu y participera ! Combien de fois tu me fais répéter la même conversation ? »
C'est Rudo=Ruu qui répondit ainsi.
Apparemment, en attendant notre arrivée, ils avaient continué à approfondir leurs échanges de la sorte.
(C'est vrai que c'est un moment significatif.)
Au moment où je pensai cela, on frappa à la porte depuis l'extérieur.
Enfin, les préparatifs du banquet étaient terminés.
Pourrons-nous passer un moment significatif au banquet aussi ?
Bien sûr, rien que de pouvoir goûter à la cuisine de banquet de Dia, c'est déjà significatif. Mais quant à savoir si nous pourrons approfondir nos liens avec Fermès, cela dépendra aussi de nos propres efforts et de notre état d'esprit.