Des jours d'entraînement inlassable continuèrent ensuite.
C'étaient des jours passés à perfectionner les six plats que sa mère avait appris d'.
La « soupe de giba », le « steak de giba », les « boulettes de viande de giba », le « sauté de viande et légumes », le « ragoût de viande de giba au vin de fruit » — et le « poïtan grillé », ces six plats.
Parmi ceux-ci, le plus difficile fut le « ragoût de viande de giba au vin de fruit ».
Quelque nombre de fois qu'elle s'y essayât, elle ne parvenait jamais à un goût qui la satisfasse pleinement.
Bien sûr, les autres plats avaient aussi, sans doute, d'infinies marges d'amélioration. Mais pour le « ragoût de viande de giba au vin de fruit », la forme achevée restait invisible. Quelque essais qu'elle fît sur les proportions des ingrédients ou l'intensité du feu, elle avait l'impression qu'il manquait toujours quelque chose. Pourtant, sa famille le mangeait avec joie, mais pour Marufira=Naham, c'était comme s'enliser dans la boue.
Une lueur d'espoir apparut quand la lune fit son tour et qu'arriva le mois du thé.
Ce jour-là, Naham et Vin devaient célébrer un banquet de noces.
Vin était un clan devenu parenté de Ravitts ces derniers mois. À l'origine, ils soutenaient l'action de la famille Fa, mais résolus à voir leur lignée s'éteindre s'ils restaient ainsi, ils avaient demandé à devenir parenté de Ravitts.
Pour l'instant, seules des femmes de Vin s'étaient mariées chez Ravitts, et c'était le premier banquet de noces entre Naham et Vin.
Autrement dit, c'était un rituel important où Naham et Vin scellaient pour la première fois un lien de sang. Bien que les mariés fussent tous deux issus de branches cadettes, ce jour-là, tous les parents de sang furent rassemblés au village de Ravitts pour un grand banquet.
« De plus, cette fois, c'est le premier banquet depuis qu'on a reçu l'enseignement de la cuisine délicieuse. Ça risque de faire pas mal de bruit, non ? »
Sa mère avait dit cela.
Ces mots apportèrent une révélation à Marufira=Naham.
« M-m-man. D-d-donc, pour le banquet ce jour-là, on utilisera plus d'ingrédients que d'habitude ? »
« Hein ? C'est l'usage de préparer un festin somptueux pour un banquet. Ces temps-ci, on n'a pas de souci de pièces de cuivre, alors il faudra bien préparer du talapa, du tino, du myamuu. »
Après avoir répondu ainsi, sa mère sembla aussi s'en rendre compte.
« Ah, c'est vrai. Nous n'avons appris d' de la famille Fa que la façon de traiter la viande de giba, l'aria et le poïtan. Mais puisqu'on est capables de faire un si beau potage, si on y fourre plein de choses... »
« A-a-alors, est-ce qu'on ne pourrait pas me laisser réfléchir à la façon d'utiliser le talapa, le tino et le myamuu ? »
« Toi ? » Sa mère fronça légèrement les sourcils.
« Oui... enfin, tu es devenue très douée pour le travail au kamado. Tu ferais ça bien mieux que nous. »
C'est ainsi que Marufira=Naham se vit confier la direction de la préparation des plats chez Naham.
Le lieu de travail était la hutte au kamado du village de Ravitts. Ayant reçu l'information que les femmes disponibles pouvaient commencer dès que leurs tâches étaient finies, elle s'y rendit l'après-midi avec sa mère et sa cadette.
« Oh oh, vous allez déjà préparer le festin ? »
Celle qui les attendait à la maison principale de Ravitts était Lili=Ravitts, l'épouse du chef de famille. Une femme de petite taille, dodue, d'une grande douceur apparente mais qui avait un côté strict.
« Oui. Comme nous allons utiliser des légumes qu'on ne maîtrise pas, nous voulons faire de notre mieux pour préparer un festin digne de ce nom. Les gens des branches viendront aussi dès que le travail de la maison sera fini. »
Quand sa mère répondit ainsi, Lili=Ravitts sourit en disant « Je vois. »
« Tant que vous ne négligez pas le travail de la maison, faites comme bon vous semble. Chez les Ruu ou les Fa, pour ce genre de banquet, on commence les préparatifs dès le matin, paraît-il. »
« Dès le matin ? Je n'arrive pas à imaginer des plats qui demandent tant d'efforts. »
Après cet échange, elles furent guidées vers la hutte au kamado de la maison principale.
Autrefois, c'était ici qu' de la famille Fa avait initié sa mère et Lili=Ravitts à la cuisine. En y pensant, Marufira=Naham s'emballa sans raison.
« Les ingrédients, j'ai préparé du talapa, du tino et du myamuu. Y en a beaucoup, servez-vous comme vous voulez. »
« Eh ! Vous en avez préparé autant de légumes ? »
Dans le garde-manger de la hutte, sa mère poussa un cri de surprise. Effectivement, talapa, tino, myamuu y étaient entassés en quantités qu'elles n'avaient jamais vues.
« La maison de Ravitts, en aidant le travail de la famille Fa, a gagné plus de pièces de cuivre qu'avant. On a décidé d'en utiliser une partie pour le banquet d'aujourd'hui. »
« C'est vrai... mais l'autre jour, vous avez même distribué le surplus de médicaments à Naham et Vin... »
« C'est moi qui représente la parenté de Ravitts pour aider le travail de la famille Fa. Il est normal de partager le paiement entre la parenté. Si je l'accaparais, je ne serais pas différente des anciens Sun. »
En disant cela, Lili=Ravitts sourit aimablement.
Toujours d'une douceur apparente, elle avait pourtant quelque part un côté effrayant. C'est sans doute ça, la mesure d'un aîné. Tout en restant discrètement près de sa mère, Marufira=Naham fut impressionnée intérieurement.
En même temps, son cœur battit la chamade devant la montagne d'ingrédients. Elle n'avait pas imaginé qu'on en eût préparé autant.
« Moi aussi, j'ai demandé à comment utiliser le tino, le talapa et le myamuu. Il a dit que c'est tous des ingrédients faciles, qu'il n'y a pas à tant s'inquiéter. Le tino et le talapa, c'est plus simple de les mijoter que de les griller. »
« C'est vrai ? Alors ton idée pourrait marcher. »
Sa mère se tourna vers Marufira=Naham, et Lili=Ravitts posa aussi son regard sur elle.
« Tu es la troisième fille de la maison principale de Naham, non ? Tu avais une idée ? »
« O-o-oui. N-nous comptions faire le "ragoût de viande de giba au vin de fruit" qu'on a appris avant. E-e-et nous pensions y mettre du talapa et du myamuu. »
« Du talapa et du myamuu ? »
« O-o-oui. C-c-ce plat, on a l'impression qu'il lui manque l'essentiel... Je me suis dit qu'en y mettant du talapa et du myamuu, on pourrait combler ce manque. »
Lili=Ravitts plissa les yeux en fils et murmura à nouveau « Hmm... ? »
« Du talapa et du myamuu dans un mijoté... C'est toi qui as eu cette idée ? »
« O-o-oui. C-c-c'est une première tentative, je ne sais pas si ça marchera... »
Lili=Ravitts regarda Marufira=Naham un moment sans parler.
À la fin, elle releva le coin des lèvres : « C'est ça. »
« Alors, fais comme tu veux. Puisque c'est la première fois qu'on met du talapa ou du myamuu dans un plat appris d', personne ne se plaindra, quel que soit le résultat. »
« M-m-merci. Je f-ferai de mon mieux pour que tout le monde se régale. »
Ainsi commença la cuisine.
Mais tout était à tâtons. Si elle utilisait d'emblée la grande quantité d'ingrédients et ratait, ce serait irréparable. Marufira=Naham décida donc de faire d'abord un plat pour goûter.
« Ah, laissez-moi vous dire une chose. »
Au moment où Marufira=Naham et les autres commençaient le travail, Lili=Ravitts prit la parole.
« Pour faire ressortir fortement l'arôme du myamuu, a dit qu'il faut le faire revenir d'abord dans la graisse de giba. »
« L-l-la graisse de g-giba ? C-c-compris. M-merci pour le conseil. »
Suivant les mots de Lili=Ravitts, Marufira=Naham fit revenir du myamuu finement tranché dans de la graisse de giba.
Instantanément, une arôme nostalgique remplit l'espace entre les kamados. L'odeur du myamuu qu'on ne sentait chez Naham et Ravitts que lors des banquets.
« Mmm, bonne odeur ! L'odeur du myamuu, ça donne faim ! »
En chuchotant pour ne pas être entendue par Lili=Ravitts, sa cadette lui parla. Lili=Ravitts ne rentra pas chez elle, mais resta là à observer leur travail.
Marufira=Naham, mal à l'aise sous ce regard, fit avancer le travail. Avant que le myamuu n'attache, elle y ajouta de l'aria finement hachée et la fit revenir longtemps jusqu'à ce qu'elle change de couleur.
Pendant ce temps, sa mère faisait griller la surface de la viande. Il ne restait qu'à mettre la viande dans la marmite en fer, ajouter sel et feuilles de pico, puis mijoter au vin de fruit — mais elle décida d'y ajouter du talapa.
« Dis dis, Marufira-sœur, tu disais que l'acidité de ce plat te gênait ? Si tu mets du talapa, ça ne va pas le rendre encore plus acide ? »
Sa cadette, qui l'aidait, lui demanda cela.
Marufira=Naham chercha ses mots : « E-e-eto... »
« C-c-c'est vrai que je le pense... mais le talapa, quand on le mijote, il devient sucré, non ? C-c-cette douceur pourrait adoucir l'acidité, non ? »
« Eh ? Le talapa devient sucré ? Mijoté, l'acidité s'atténue un peu, c'est tout, non ? »
« U-un. D-donc c'est ça, je pense que c'est grâce à la douceur du talapa... c-c-est-ce que c'est pas ça ? E-e-et puis, l'acidité du talapa et celle du vin de fruit qui se superposent, je me disais que ça pourrait améliorer la texture en bouche... »
« Hmm, je sais pas ! Mais bon, fais comme tu veux, Marufira-sœur ! »
Sa cadette sourit innocemment.
Comme la cuisson prendrait du temps, elles décidèrent d'avancer la préparation du plat principal. Pour nourrir toute la parenté, il fallait hacher finement une grande quantité d'aria.
« ...Moi, chez les Ruu et les Fa, j'ai pu observer le travail de préparation... »
Lili=Ravitts commença soudain à dire cela.
« Ce que tu fais, ça ressemble beaucoup à la préparation chez les Ruu. Eux, au lieu de viande grillée, ils mijotent comme des boulettes de viande aplaties. »
« C-c-c'est vrai ? D-donc ça irait aussi avec le goût des boulettes ? »
« Oui. Mais les boulettes n'ont pas besoin de mijoter si longtemps... Donc c'est quand même un autre plat, non ? »
En effet, si on mijotait des boulettes si longtemps, elles s'effondreraient.
De plus, sans longue cuisson, le bouillon de viande ne s'infuse pas dans le jus de cuisson. Ce serait alors un plat différent.
(Mais... puisque ce sont les gens des Ruu qui le font, il y a peut-être une autre délicatesse ? Pas un plat où la viande et le jus s'imprègnent mutuellement, mais un jus de cuisson fait pour faire ressortir le goût de la viande... peut-être que c'est ça.)
Marufira=Naham sentit son dos fourmiller.
Elle voulait désespérément connaître cette délicatesse.
« A-a-alors, comment le fait-on ? »
« Hein ? Tu parles du plat des Ruu ? Voyons... À part la façon de traiter la viande, ça ne me semble pas très différent du mijoté. On fait revenir du myamuu et de l'aria hachés, on mijote ensemble le talapa et le vin de fruit, on assaisonne avec sel et feuilles de pico... Ah, mais eux, ils mettent beaucoup de talapa et juste un trait de vin de fruit. »
« Après, on y met la viande comme des boulettes ? »
« Oui. On fait griller la surface de la viande, on la mijote dans le jus, et quand le cœur est chaud, c'est fini. À la ville-relais, c'est le plat qu'on appelle giba-burger. »
Lili=Ravitts sourit en coin.
« Si tu veux, pourquoi ne pas essayer celui-là aussi ? Bientôt les femmes de Ravitts arriveront, on pourra leur confier le hachage de la viande et de l'aria. »
« V-v-vous confiez à ma fille la direction de la préparation des plats de Ravitts ? »
Sa mère s'étonna, et Lili=Ravitts acquiesça.
« Avec juste le mijoté, on n'écoulera pas tout ce talapa ? Les femmes de Vin préparent le potage habituel et le poïtan, alors pour le talapa et le myamuu, on ne savait pas comment les utiliser. »
« P-p-pour le potage... » Marufira=Naham commença à dire, puis se tut précipitamment. Lili=Ravitts plissa les yeux amusée : « Quoi ? »
« A-a-ah, n-non, je pensais qu'en mettant juste un tout petit peu de myamuu dans le potage, ça pourrait être bon... mais je ne l'ai pas essayé moi-même, alors je ne sais pas. »
« Du myamuu dans le potage. Mais ce n'est pas une méthode si étrange, non ? Jusqu'ici, on fourrait bien le talapa, le tino, le myamuu dans le potage. »
« O-o-oui. Mais jusqu'ici, on y mettait aussi le poïtan. Avec le poïtan, le goût s'épaissit, et comme la viande de giba avait une forte odeur, je pense que combien de myamuu on en mettait, le goût ne se cassait pas. »
« Le goût, se casser... »
« O-o-oui. Mais maintenant, l'odeur du giba a disparu, et le potage sans poïtan est devenu très délicat. Si on y met trop de myamuu, j'ai l'impression que sa saveur si délicate serait effacée. »
« Délicat, hein... »
Lili=Ravitts sourit encore plus joyeusement.
« Bon, j'ai compris. Alors, c'est toi qui décides combien de myamuu mettre dans le potage. »
« O-o-oui. M-merci. »
« Attends ! » Sa mère cria, alarmée.
« Tu te rends compte ? Le banquet d'aujourd'hui est particulièrement important ! Si on servait un festin raté un jour comme ça... »
« Nous, on faisait le festin avec de la viande de giba non saignée et du poïtan ? Tant que ce n'est pas pire que ça, personne ne se plaindra. »
Lili=Ravitts coupa la parole à sa mère.
« Essaie de diriger. C'est le banquet de Naham et Vin, alors c'est plus normal que ce soit un humain de Naham qui dirige, pas moi. »
Ainsi Marufira=Naham fut chargée de diriger trois plats.
Enfin, il ne restait probablement qu'à préparer du « steak de giba ». Jusqu'ici, les banquets n'avaient que de la viande grillée et du potage, donc c'était déjà un nombre de plats largement suffisant.
Marufira=Naham courut entre les huttes au kamado et s'acquitta tant bien que mal de ces tâches.
Quant à savoir si elle était satisfaite du résultat, c'était difficile. Manipuler des ingrédients qu'on ne touche qu'une fois tous les quelques mois est rudement compliqué.
Mais les gens rassemblés au banquet mangèrent tous avec satisfaction, alors Marufira=Naham put souffler.
(Faire un plat délicieux, c'est un travail si difficile. Il faut que je m'efforce encore plus.)
Revinrent alors les jours d'entraînement.
Les ingrédients utilisables restaient limités, mais il n'y avait pas de fin à ce qu'il y avait à apprendre. En commençant par l'intensité du feu, la quantité de sel, les proportions, il y avait autant de marge de progression que pour le traitement de chaque morceau de giba, et même celui des abats.
De plus, lors des fêtes de récolte et des banquets de noces, on put utiliser encore plus de légumes.
Du chatcu, du nénon, du giigo — des légumes qu'elles avaient déjà goûtés quelques fois. Comment les combiner avec les ingrédients existants, là encore elle dut beaucoup réfléchir.
Celle qui leur donna des indices sur ces ingrédients fut Lili=Ravitts.
Lili=Ravitts allait chez la famille Fa environ une fois tous les trois jours, et elle transmit sans réserve à la parenté les connaissances qu'elle y acquérait.
Pour Marufira=Naham, c'était comme recevoir l'enseignement d' de la famille Fa qu'elle n'avait jamais rencontré.
Mais selon Lili=Ravitts, ce n'était encore que les bases de l'initiation.
« La ville-relais déborde d'ingrédients qu'on n'a jamais vus. Il est encore trop tôt pour y toucher, alors je n'achète que les légumes que je connais. »
Lili=Ravitts parlait ainsi.
Depuis qu'elle aidait le travail de la famille Fa, elle faisait aussi les courses pour la parenté sur le chemin du retour. Marufira=Naham n'était donc pas descendue à la ville-relais depuis un moment. D'ailleurs, avant de connaître la grandeur de la cuisine délicieuse, elle n'avait pas d'intérêt pour les nouveaux ingrédients, donc ses souvenirs d'avant étaient flous.
(Bon, même si je m'intéresse aux nouveaux ingrédients, ça ne sert à rien. D'abord, il faut que je maîtrise le chatcu, le nénon, le giigo.)
Les jours passèrent en un clin d'œil.
Le changement survint environ six mois après la rencontre de Marufira=Naham avec la cuisine délicieuse — quand arriva le mois bleu.
Le 10 du mois bleu. Enfin, lors du conseil des chefs de famille, le bien-fondé de l'action de la famille Fa fut mis en question.
Le commerce qu' et les autres font à la ville-relais est-il un bien ou un mal pour les gens de Moribe ? La conclusion allait être tirée.
Même si le commerce à la ville-relais était arrêté, on n'interdirait probablement pas de faire de la cuisine délicieuse — mais Marufira=Naham passa quand même une nuit sans dormir.
« Ça va, ça va ! Les chefs de famille non plus, ils n'ont plus envie de sucer du potage de poïtan fait avec de la viande de giba qui pue ! »
Sa cadette disait ça.
La réponse fut donnée le lendemain matin.
Le chef de famille rentré du village des Sun annonça : « Tout a été reconnu. »
« La cuisine délicieuse, le commerce à la ville-relais, l'histoire de devoir lier des liens justes avec les gens de la ville — toutes les主張 de la famille Fa ont été reconnues comme justes. »
En entendant ces mots, Marufira=Naham s'effondra mollement.
Le chef de famille, d'ordinaire peu expressif, la soutint en s'étonnant : « Qu'est-ce qui t'arrive ! »
« P-p-pardon. H-hier, j'ai à peine pu dormir... »
« Tu t'inquiétais à ce point ? Même si l'affirmation de la famille Fa était rejetée, l'existence de la cuisine délicieuse n'aurait pas été niée. »
Le chef de famille sourit doucement.
« Le fait que la cuisine délicieuse nous donne une grande force et joie, on l'a bien compris ces six mois. Continue de t'efforcer dans ton travail de kamado-ban. »
« O-o-oui. Je f-ferai de mon mieux pour que tout le monde se régale. »
Les jours paisibles revinrent — en apparence.
Mais pour Marufira=Naham, le vrai changement arriva peu après, d'une direction totalement inattendue.
Quelques jours après le conseil des chefs de famille, un grand tremblement de terre fit s'effondrer la maison de la branche. Alors qu'ils étaient en plein travail de reconstruction, le chef de famille fut convoqué dès l'aube chez Ravitts, et quand il revint, il emmenait Lili=Ravitts.
« Marufira, j'ai un peu à te parler. Repose tes mains et viens ici. »
Marufira=Naham, qui transportait du bois, le mit en place puis alla vers le chef de famille et Lili=Ravitts.
Le chef de famille avait l'air grave, Lili=Ravitts souriait doucement. Mais c'était leur visage habituel, impossible de deviner leurs pensées.
« Tout à l'heure, les chefs de famille de Ravitts, Naham et Vin ont discuté et décidé d'une chose. On a besoin de ton aide. »
« O-o-oui. Ravitts et Vin aussi ont eu des maisons effondrées, non ? S-s-si c'est moi, j'irai n'importe où. »
« Non, ce n'est pas ça. En fait, on a reçu une nouvelle proposition de la famille Fa. »
Lili=Ravitts sourit en coin.
« Apparemment, la personne de la famille Din qui aidait le travail d' a décidé d'ouvrir son propre stand. Pour combler ce vide, on a demandé du personnel à la parenté de Ravitts. »
« N-n-naruhodo. C-c-c'est dur, au milieu de la reconstruction... »
« ...Et c'est toi que je veux y envoyer. »
« E-eh ? À la place de la personne de Din, m-moi qui ferais le travail de la famille Fa — »
Là, Marufira=Naham bondit littéralement : « Eeeh !? »
« P-p-pourquoi moi ? C-c-c'est un travail qui influence l'avenir de Moribe, un travail si important ! »
« Qu'est-ce que tu dis. Le travail de juger le bien-fondé de la famille Fa est fini, non ? Maintenant, c'est juste aider en tant que kamado-ban. »
Lili=Ravitts avait l'air de s'amuser follement.
« En plus, toi, tu voulais aider le travail de la famille Fa depuis le début, non ? C'est ce que j'ai entendu de ce chef de famille. »
« C-c-c'est vrai, mais... m-moi, une jeune novice, aider le travail de la famille Fa... »
« Mais tu as de la force, tu es habile de tes mains. Et maintenant, tu es la meilleure kamado-ban de la parenté de Ravitts, non ? »
« C-c-ce n'est pas vrai. Je n'ai toujours pas fait un seul plat qui me satisfasse... »
« Pourtant, c'est toi qui as fait les plus beaux plats aux banquets. Qui tu demandes, tout le monde répondra ça. »
Là, Lili=Ravitts fit briller ses yeux fins comme des fils.
« Nous non plus, on ne peut pas envoyer un incapable. Si on aide le travail de la famille Fa, il faut envoyer quelqu'un qui ne perd face à aucun autre clan, sinon on n'a pas de face. Si on pensait : "La parenté de Ravitts a de mauvaises relations avec la famille Fa, donc ils ont exprès envoyé un incapable"... ça serait trop désagréable, non ? »
« C-c-c'est vrai, mais... »
« C'est pour ça que je t'ai choisie. Si jeune sois-tu, tu es la meilleure kamado-ban de la parenté. »
Lili=Ravitts adoucit son expression.
En fait, elle sourit doucement depuis le début, mais ses sentiments semblaient changer sans cesse.
« En plus, nous, on a aussi pris le travail de vendre de la viande de giba en ville. Ça va nous apporter assez de richesse pour enfin toucher aux nouveaux ingrédients. Mais pour en apprendre l'usage, il faut un kamado-ban solide qui reçoive l'enseignement d'. Je ne peux pas porter ce grand rôle toute seule, alors je veux que tu m'aides aussi. »
« Oui. C'est un rôle extrêmement important, qui décidera si on peut apporter une grande joie à la parenté. »
Le chef de famille le dit d'une voix sévère.
Marufira=Naham fit nager ses yeux et se tourna vers lui.
« M-m-mais alors, il faut choisir quelqu'un de plus compétent... »
« C'est Lili=Ravitts qui a jugé que c'était toi. »
Le chef de famille posa sa main sur l'épaule de Marufira=Naham.
Une grande main, très chaude.
« Je suis fier qu'un tel grand rôle te soit confié. Alors, je veux que toi aussi, tu te prépares. »
« V-v-vraiment, moi, je peux ? »
« C'est toi qu'il faut. »
À la place du père, Lili=Ravitts répondit.
Mais les yeux du père semblaient dire la même chose.
Le cœur de Marufira=Naham battait la chamade.
L'espoir et le désir qu'elle avait jetés il y a six mois gonflaient dans sa poitrine avec le double d'élan.
« C-c-compris. Je suis encore immature, je vais sûrement vous causer des ennuis... Mais en tant que membre de la parenté de Ravitts, je p-p-promets de m'y consacrer sans épargner mes forces. »
Ainsi Marufira=Naham se mit à aider le commerce de la famille Fa.
Elle ne pouvait pas imaginer à quel point ce serait plein de joie et de stimulation, mais une chose était claire.
(Je vais enfin pouvoir goûter ce qu'a fait de la famille Fa. Et recevoir l'enseignement de cuisine d' lui-même.)
Il n'y avait pas moyen que ce ne soit pas un bonheur.
Elle allait enfin faire face à de la famille Fa, qui avait bouleversé ses valeurs depuis la base.
Quand elle s'en rendit compte, Marufira=Naham versa à nouveau des larmes torrentielles, surprenant grandement son père et Lili=Ravitts.
( de la famille Fa, c'est quel genre de personne... J'espère qu'elle n'est pas trop effrayante.)
En entendant les voix de son père et de Lili=Ravitts, Marufira=Naham y réfléchit vaguement.
Comme les larmes ne s'arrêtaient pas, le monde se brouilla. La lumière du matin s'y diffusa, et Marufira=Naham eut l'impression que tout son corps était enveloppé d'une douce lumière.