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Isekai Ryouridou

Chapitre 765

Isekai RyouridouIsekai Ryouridou
Chapitre 765

Chapitre 765

Chapitre 765/86089%~26 min de lecture5 131 mots

Nous quatre, Reyna=Ruu, Fermes, Gemdo et moi, nous frayâmes un chemin à travers la place bouillonnante de chaleur.

Nous finîmes par atteindre le kamado suivant, où nous trouvâmes une rangée de visages familiers.

« Yo, Asta et Reyna-sœur. Vous deux ensemble, c'est pour guider des nobles ? »

Rudo=Ruu, assis sur un tapis, nous lança un joyeux sourire. Autour de lui étaient rassemblés de jeunes hommes, dont Chim=Sudra.

La plupart étaient les jeunes participants au concours de force des six clans. Mais on y voyait aussi quelques visages inconnus, au premier rang desquels des hommes de Jîne coiffés de fourrures de giba.

« Asta de la famille Fa, c'est ça ? Jusqu'ici, on n'a pas eu beaucoup l'occasion de se croiser. »

Tel qu'on l'attend d'un clan du nord, l'homme de Jîne possédait un corps robuste et un visage imposant. Il posa sur moi ses yeux brillants.

Alors, Chim=Sudra, assis à côté, me présenta l'autre jeune homme inconnu.

« Ce gars-là, c'est un membre de la famille Sun. Il voulait te saluer, Asta, alors c'est bien tombé. »

De taille moyenne, au visage vif d'un chasseur, le jeune homme baissa la tête. Je lui rendis son salut avec un sourire.

« Vous êtes donc de la famille Sun. Profitez-vous du banquet ? »

« Oui. Autant le concours de force des chasseurs que les plats du banquet m'ont profondément émerveillé. »

Peut-être par culpabilité, les gens de la famille Sun se montraient souvent humbles. Pourtant, sur ce visage serré, je ne percevais aucune servilité excessive.

« Ces gars-là, ils se croisent souvent sur les terrains de chasse des Sun. Moi aussi, j'aimerais bien aller en forêt avec des gars d'autres clans, de temps en temps. »

En croquant dans un "Croustillant de Giba rôti", Rudo=Ruu lança ça.

Par "ces gars", il devait désigner Chim=Sudra, l'homme de Jîne et celui de Sun. Que les chasseurs du nord et de Sudra se rendent tous les quelques jours sur les terrains des Sun était un fait connu.

De plus, Rudo=Ruu connaissait Chim=Sudra, et comme il avait séjourné au village du nord, il connaissait aussi l'homme de Jîne. C'est grâce à ces liens tissés qu'ils se retrouvaient ainsi tous ensemble.

« …… Si je ne m'abuse, vous êtes Chim=Sudra, n'est-ce pas ? »

C'est Fermes qui glissa ces mots avec légèreté.

« Posséder à votre âge une force digne d'un "Héros" doit être une rareté. Lors du concours de force en journée, j'ai plusieurs fois retenu mon souffle. »

Chim=Sudra, peu enclin à l'amabilité, dévisagea le beau sourire de Fermes d'un œil mauvais.

« Tu te souviens du nom de moi qui ai raté le titre de Héros ? Ta mémoire est aussi bonne que la rumeur le dit. »

« Oh ? Ma rumeur s'est propagée jusqu'à Moribe ? C'est un honneur. »

« C'est sûr. Même sans être noble ou diplomate, un type comme toi, on n'en trouve pas souvent. »

Rudo=Ruu s'immisça sur un ton familier. Fermes, bien sûr, ne montra aucun mécontentement et continua de sourire.

Pour l'instant, je présentai Fermes aux personnes présentes. Les jeunes hommes lançaient tous des regards scrutateurs à Fermes et Gemdo.

« …… Dis, Asta. Tant qu' ne peut pas bouger, je t'accompagne, moi ? »

Chim=Sudra me le chuchota discrètement. Je secouai la tête en disant « non ».

« Je ne pense pas qu'il y ait de quoi s'inquiéter. devrait bientôt pouvoir bouger. »

« C'est vrai. Si quelque chose arrive, appelle n'importe quel gars à portée de main. »

Le fait que Fermes s'accroche à moi était de notoriété publique, aussi certaines personnes veillaient-elles ainsi sur moi.

L'une d'elles, Reyna=Ruu, s'adressa à Fermes avec un sourire policé.

« Alors, allons au kamado suivant. Il doit bientôt y avoir celui des plats de fruits de mer. »

« C'est ça ? Mon ventre est à peu près plein, mais devant les plats, j'ai l'impression que ma main va s'étendre toute seule. »

Fermes, lui, était aimable avec tout le monde. Pour chipoter, on pourrait dire que ça frise l'obséquiosité. D'autant qu'il en était déjà ainsi dès la première rencontre, on ne sait pas trop si les liens se sont vraiment approfondis.

(Par contre, seulement avec Gemdo, il est décontracté, donc on sent bien son humanité.)

Mais Gemdo reste toujours d'un pas en retrait, et échange peu de mots avec Fermes. Pourtant, il a une belle voix qui ne lui cède en rien, mais les occasions de l'entendre sont bien limitées.

(Comment dire… le temps passe toujours comme ça, flou. C'est peut-être la preuve que Fermes essaie de remplir son devoir de diplomate à fond… mais c'est pas simple, hein.)

Pendant que je pensais à ça, nous atteignîmes le kamado suivant.

Flottaient de denses arômes de lait de karon et de fruits de mer. C'était une soupe style chowder, à la charge du groupe de Yun=Sudra.

« Ah, cette soupe aussi était délicieuse. Puis-je en avoir un bol, si vous voulez bien ? »

Quand Fermes demanda, une femme d'âge mûr du clan Ran répondit « Bien sûr » en souriant. La jeune femme du clan Fou qui travaillait avec elle jetait des regards furtifs au sourire de Fermes, un peu sur ses gardes.

« Et vous, Asta ? Avez-vous déjà goûté à ce plat ? »

« Ah, oui. On m'a demandé de goûter avant le début du banquet. …… Mais j'en prendrai un bol. »

La soupe fumante me fut tendue par la femme du clan Ran.

Non seulement les coquillages ressemblant à des pétoncles, mais aussi des maroôl semblables à des crevettes et des nunyonpa ressemblant à des pieuvres y étaient utilisés généreusement. En revanche, pas d'ingrédient type céleri, donc l'appeler "clam chowder" serait peut-être impropre. Mais le goût, lui, était garanti. Yun=Sudra avait reproduit à la perfection la recette que je lui avais transmise.

« Ah, c'est bon. Que des ingrédients apportés de la capitale permettent de faire un si bon plat, j'en suis fier. »

Quand Fermes sourit innocemment, la femme du clan Ran sourit à son tour, entraînée.

« Si un noble de la capitale dit ça, c'est nous qui sommes honorées. …… Ces maroôl et nunyonpa, c'étaient des ingrédients de la capitale ? »

« Oui. Ne le saviez-vous pas ? »

« Moi, l'origine des ingrédients, je m'en souciais pas trop. Les jeunes kamado-ban d'aujourd'hui, elles, ont l'air passionnées par ce genre de बात. »

« C'est ça. Maroôl et nunyonpa sont des créatures marines, donc ils ont forcément été transportés depuis la capitale. Les mers de Shim et Jagar sont trop loin, même pour Genos, on ne peut pas s'en procurer. »

Fermes et la femme âgée du clan Ran communiquaient plutôt aisément. Tout en dégustant la soupe, Reyna=Ruu observait la scène en silence.

Une fois le repas terminé, nous nous dirigeâmes vers les tapis dressés à côté.

Contrairement à tout à l'heure, c'était principalement des jeunes femmes, avec quelques jeunes hommes çà et là. Parmi elles, quelqu'un nous remarqua et s'exclama « Ah ».

« Asta, on a enfin pu se rencontrer. Je suis venue vous saluer tardivement, mais la première fournée de rāmen a été distribuée sans encombre. »

C'était Saris=Ran=Fou, qui avait travaillé avec moi sur le rāmen aux os de giba. Je baissai la tête en la remerciant.

« Désolée de ne pas être revenue. Yun=Sudra avait dit qu'elle surveillerait, mais ça allait ? »

« Oui. Le travail ici est fini, donc Yun=Sudra est retournée à son kamado. »

Pendant que je répondais, Saris=Ran=Fou fit un signe de tête à Fermes. Fermes lui rendit son salut avec élégance.

« Profitez bien du banquet. Juste, permettez-moi de vous saluer. »

Saris=Ran=Fou nous présenta les gens présents. Il y avait une jeune fille que je ne connaissais pas vraiment : c'était une femme du clan Vera, accompagnatrice de Dari=Sauti.

(Ah, c'est celle qui s'occupait de la viande fraîche, avant. Alors, peut-être…)

Comme je l'imaginais, le jeune homme à côté était un chasseur de Fou. J'avais entendu dire qu'une femme de Vera chargée de la viande fraîche et un homme de Fou chargé de la garde s'étaient mutuellement attachés.

(Les gens de Vera n'ont pas souvent l'occasion de venir au village de Fou. Si ça peut renforcer leurs liens, tant mieux.)

Après avoir échangé quelques mots, nous quittâmes les lieux.

Alors que nous nous dirigions vers le kamado suivant, Fermes me sourit.

« À voir comme ça, les gens de Moribe semblent approfondir leurs liens, qu'ils aient des liens de sang ou non. Avant, les échanges entre clans étaient plus minces, non ? »

« Oui. Parce qu'on valorisait les liens de sang, on finissait par s'éloigner de ceux qui n'en étaient pas. »

« Et c'est à l'occasion de la chute de la famille Sun que ça a été revu. C'est ce que m'a dit Gazlan=Rutim. »

Fermes plissa les yeux avec extase, comme une jeune fille amoureuse.

« Aussi, le fait qu'on ait commencé à manipuler les totos à la même époque a dû aider à renforcer les liens. Dans un village de Moribe aussi vaste, sans totos, approfondir les échanges entre clans aurait été difficile. »

« Exactement. C'est grâce à Kamyua=Yoshu et aux siens qui ont laissé des totos dans la forêt. Sinon, les gens de Moribe n'auraient pas si facilement commencé à les utiliser. »

« Et ces Kamyua=Yoshu ont introduit les totos à Moribe déguisés en caravaniers pour dévoiler le grand crime de la famille Sun. Alors ce n'est pas le fruit du hasard, mais le résultat inévitable de l'accumulation de probabilités. »

Reyna=Ruu, qui tendait l'oreille en cachette, cligna des yeux. Moi aussi, j'avais envie de remettre un peu mes idées en ordre.

« Je trouve belle cette ironie du destin. Dans ce monde, le hasard n'existe pas. Tout est accumulation de probabilités, et les humains appellent cela destin. …… Vous ne pensez pas comme ça, Asta ? »

« Heu. Pour moi, c'est un peu difficile. »

« C'est ça. De toute façon, réfléchir à ça n'a pas de sens. Quoi qu'on pense, les humains ne peuvent vivre qu'en suivant leur destin. »

Fermes laissa échapper un petit rire.

Puis, il porta son regard de l'autre côté de moi, là où nous marchions côte à côte.

« C'est pour ça que je n'ai pas l'intention d'interférer avec ton destin. Rassure-toi, . »

Je fus grandement surpris et me retournai.

Sans que je m'en aperçoive, marchait juste à côté de moi. Son regard acéré effleura ma joue pour se fixer sur Fermes.

« Tu m'as fait peur. Tu pourrais faire un peu de bruit, . »

« Vous aviez l'air de discuter si sérieusement que j'ai hésité à vous déranger. »

D'un visage fier et tendu, lança ça.

« On m'a enfin permis de quitter la place du Héros. Je vais moi aussi vous accompagner. »

« Oui, merci pour votre travail. Je n'ai rien fait qui vaille qu'on me gronde, alors soyez tranquille de ce côté-là aussi. »

« …… Je ne suis pas en position de gronder un diplomate de la capitale. »

Après cette réplique, me jeta un regard perçant.

C'est bon, lui fis-je comprendre avec un sourire. Avec Fermes, je n'avais eu que des échanges très calmes.

« Mais bientôt, on entendra sûrement la flûte traversière. Ton repas est fini, Asta ? »

« Ouais. Disons que mon estomac est rempli à 20 % environ. »

« Alors, tu n'es pas du tout rassasié. »

Les beaux sourcils d' se froncèrent sévèrement. C'est moi qui suis en position de me faire gronder par .

(Juste, je voulais faire le tour des kamado avec .)

J'aurais voulu m'expliquer ainsi, mais faire rougir devant Fermes me semblait cruel, alors je me tus.

« Bon, ben je vais bien manger maintenant. C'est quoi, le prochain kamado ? »

La foule autour du kamado était déjà sous nos yeux. En nous approchant, nous vîmes que ce n'était pas un kamado mais une souche d'arbre servant de table, et qu'on y servait des gratins depuis de grands plats résistants à la chaleur.

« Ah, Asta. Juste la nouvelle fournée sort du four. »

Yun=Sudra nous appela gaiement. C'était encore un plat de son groupe.

« Yun=Sudra, merci tout à l'heure. J'ai entendu parler de la part de Saris=Ran=Fou. »

« Oui. Finalement, ce sont les femmes du clan Ran qui ont repris le travail, donc je n'ai pas eu grand-chose à faire. »

Même ainsi, Yun=Sudra a dû faire la navette entre le kamado du rāmen et le sien. Pour la gestion des kamado, elle a un talent exceptionnel, au niveau de Tour=Din.

Yun=Sudra adressa aussi un sourire éclatant à Fermes, à mes côtés.

« Le gratin de fruits de mer est prêt. Fermes, vous en voulez ? »

« Merci. Alors, juste une demi-assiette. »

« Oui, bien noté. »

Un gratin à base de maroôl fut servi dans une assiette en bois.

Gemdo reçut la même chose, et moi, et Reyna=Ruu, nous prîmes un gratin à la saucisse de giba.

« …… Depuis qu'elle agit avec nous, Fermes n'a pas tenu de propos bizarres, il me semble. »

La voix de Reyna=Ruu chuchotant à l'oreille d' parvint faiblement. répondit brièvement : « Je te remercie. »

(On dit qu'un ennemi commun renforce la cohésion, mais si grâce à Fermes le lien entre et Reyna=Ruu se renforce, c'est ironique.)

Je dégustai le délicieux gratin avec des sentiments mitigés.

Yun=Sudra, qui causait avec Fermes, m'adressa aussi un sourire.

« Asta, sur l'autre tapis, il y a Tour=Din et les siens. »

« Ah, c'est vrai. Alors, je vais aller les saluer. »

Apparemment, Tour=Din et son groupe suivaient le même ordre pour le tour des kamado. Je venais à peine de les quitter, mais et Fermes ne les avaient presque pas croisés.

En y pensant, nous nous approchâmes du tapis un peu plus loin, et une agitation inhabituelle nous parvint. Partout c'est animé, mais là, l'ambiance était un peu spéciale.

« Quoi, vous nous avez suivis ? »

C'est Geol=Zaza, assis au bord du tapis, qui nous héla. Son visage imprégné d'alcool arborait un sourire joyeux, je pus souffler soulagé.

« Nous aussi, on fait le tour des kamado. …… Il s'est passé quelque chose ? »

« Non, rien de spécial. »

Geol=Zaza porta de nouveau son regard vers le centre du tapis. Y étaient assis Zei=Din et le chef de la famille Sun.

Le chef de famille Sun tenait les mains de Zei=Din, la tête profondément baissée. Une jeune femme de Sun posait doucement la main sur son dos. Ses yeux brillaient de larmes, et le chef de famille Sun versait aussi des larmes sur le tapis.

« …… Tu es vraiment un chasseur admirable, Zei=Din. Nous ne sommes plus de la même lignée, mais du fond du cœur, je suis fier… »

Le chef de famille Sun laissait échapper ces mots d'une voix tremblante.

Zi=Din, le visage crispé comme pour retenir quelque chose, écoutait ces paroles.

(Voilà. Zei=Din était à l'origine un pur membre de la famille Sun.)

La compagne de Zei=Din était morte jeune, et comme elle était de la lignée principale des Din, il avait été recueilli par la famille Din. Si Tour=Din n'était pas née, Zei=Din aurait vécu toute sa vie en tant que Zei=Sun.

Le chef de famille Sun était ému aux larmes de voir Zei=Din avoir retrouvé sa force de chasseur au sein de la famille Din.

En regardant, je vis que Tour=Din, qui veillait sur eux, laissait aussi couler des larmes.

« …… Tour=Din, ça va ? »

À côté d'elle, Odifia, assise en tailleur, prit sa main avec inquiétude.

Tour=Din sourit, le visage mouillé de larmes. « Ça va. »

« …… Il semble que moi aussi, j'avais un malentendu. »

Eurifia murmura d'une voix basse.

« J'avais cru que le grand crime avait été commis par les gens de la famille principale des Sun, donc les branches n'en subiraient pas tant les conséquences… mais c'était une erreur. »

« Hmph. La gravité du péché peut varier, mais l'ampleur de l'impact ne change pas. »

Geol=Zaza répondit d'une voix forte.

« Famille principale ou branche, ça fait plus de dix ans qu'ils ont arrêté le travail de chasse au giba. Que de tels humains cherchent à retrouver la force de chasseur, ce n'est pas une mince affaire. »

« C'est vrai, sans doute… »

« En plus, ce Zei=Din a coupé les liens de sang avec les Sun pour être recueilli par les Din. Comme il n'a pas le sang des Din, c'est comme s'il avait coupé les liens avec tous ses parents de sang. C'est une peine pas si différente de celle de Diga et Dodd qui vivent au village des Domu. »

Sur ces mots, Geol=Zaza ricana.

« Toutefois, Diga et Dodd ont l'existence l'un de l'autre, et Zei=Din a celle de Tour=Din. Ils n'ont pas manqué de soutien moral. »

« Oui. Nous aussi, on a soutenu Zei=Din et Tour=Din, je crois. »

Une voix de jeune homme s'éleva un peu plus loin. C'était l'aîné de la famille principale des Din, qui vivait avec Zei=Din.

Contrairement au chef de famille taciturne et peu aimable, cet aîné avait un caractère plutôt affable. Même face à Geol=Zaza, il ne bronchait pas et parlait en souriant.

« Et maintenant, Zei=Din est la fierté de la famille Din. Car parmi les chasseurs des Din qui ont reçu le nom de Héros lors de ces trois fêtes des moissons, Zei=Din est le seul. »

« Hmph. Le chef de famille Sun ne pleure pas par inquiétude, non plus. Il partage sa joie avec Zei=Din, tout simplement. »

« Maintenant que tu le dis, c'est vrai. Bon, fini les larmes, partagez votre joie en souriant. »

Il semblait préférable de laisser cet endroit à Geol=Zaza et aux hommes des Din. Eux aussi étaient autrefois de la parenté des Sun, ce n'était pas l'affaire d'autrui.

J'invitai du regard , Fermes et les autres, et nous nous éclipsâmes.

En marchant, Fermes laissa échapper des mots émus.

« Je pensais avoir fait le tour des principales maisons de Moribe, mais visiblement ce n'était pas suffisant. Il y a sûrement beaucoup de paroles qu'on ne peut entendre que dans des lieux où divers clans se rassemblent. »

« Oui. C'est bien ce que je pensais. »

« Une nuit très fructueuse. Melfried, Polars et Eurifia doivent penser la même chose. »

À ce moment, un groupe particulièrement bruyant s'approcha de nous.

Avant que je n'ouvre la bouche, l'un d'eux s'écria : « Ah, Asta et les autres ! » C'était Yumi, Terria=Masu, Jo=Ran, auxquels s'ajoutaient Rifureia, Sanjura et Musuru, un groupe pour le moins singulier.

« Ah, Fermes. Vous avez bien réussi à rejoindre Asta. »

Rifureia, d'un air composé, pinça sa jupe. Fermes répondit « Oui » avec un sourire.

« Vous étiez avec les gens de la ville-relais ? Depuis le concours de force, vous tissez des liens, on dirait. »

« Oui. Pour moi, ce sont les premiers amis que je me suis faits à la ville-relais. »

Yumi faisait la grimace d'être traitée d'amie, mais elle ne semblait pas déplaire. Au contraire, elle observait Fermes avec un regard méfiant.

« Tout à l'heure, le chef de famille Ran nous a ordonné de commencer le chant et la flûte. Si vous voulez, écoutez le chant de Yumi. »

Jo=Ran l'annonça en souriant, et Yumi lui donna un coup de coude dans le bras en disant « Mô ! ».

« Faut pas faire de pub comme ça ! Les nobles, vous entendez tout le temps des chants bien plus beaux, non ? »

« Est-ce si sûr ? Je n'arrive pas à imaginer quelqu'un qui chante mieux que Yumi. »

Après cette réponse, Jo=Ran parut un peu gêné et se recoiffa la mèche.

« En plus, Yumi est encore une habitante de la ville, donc elle n'a pas à respecter les coutumes de Moribe, mais quand nos peaux se touchent, mon cœur s'emballe. »

Il devait parler du coup de coude. Yumi rougit et cette fois, lui donna un coup de pied dans la jambe.

« Ça te va comme ça ? Allez, on y va ! »

« Oui. Alors, Rifureia et les autres, à plus tard. »

« Oui. Moi, j'ai hâte d'entendre le chant et la flûte. »

Yumi et Jo=Ran s'avancèrent vers le centre de la place.

Alors, Terria=Masu s'empressa de venir vers nous.

« Euh, est-ce que je peux rester avec vous jusqu'à la fin du chant de Yumi ? »

« Oui, bien sûr. »

Terria=Masu seule aurait eu du mal à gérer Rifureia et les autres. Elle parut soulagée et se blottit contre Reyna=Ruu.

D'ailleurs, Yumi était en tenue de banquet complète, mais Terria=Masu ne portait que sa tenue habituelle avec quelques ornements. Comme elle ne possède pas beaucoup d'ornements, elle les a sûrement empruntés à Yumi.

« Alors, nous aussi, profitons du chant et de la flûte ? »

Fermes acquiesça « Oui » avec un sourire.

Ainsi, accompagnés de Rifureia et des siens, nous cherchâmes un bon endroit pour écouter. Moi aussi, j'attendais le chant de Yumi, je voulais bien l'écouter.

Devant le feu rituel, de jeunes hommes commençaient à se rassembler. Ce devaient être ceux qui avaient appris la flûte traversière. Parmi eux, Rudo=Ruu s'était glissé sans complexe.

Nous trouvâmes un tapis libre d'où l'on pouvait voir la scène en biais, et nous y installâmes. Les gens alentour commençaient à acclamer Yumi et les siens pour les presser.

« On dit qu'il n'y avait pas de culture du chant à Moribe. C'est Yumi qui y a apporté la joie du chant, c'est ça ? »

« Oui. À Moribe, il n'y avait à peu près que des berceuses. …… Fermes, vous aimez le chant et la flûte ? »

« La flûte ne m'intéresse pas, mais le chant, je l'apprécie. »

Et Fermes de sourire.

« Le chant porte les pensées des gens qui ont vécu à cette époque. C'est intéressant que les paroles varient légèrement selon les lieux, et c'est agréable qu'une tradition profondément familière soit portée par une belle mélodie. »

Même en pareille occasion, Fermes raisonnait par la logique, c'était bien lui. Mais quoi qu'il en soit, s'il aimait le chant, c'était tant mieux.

À ce moment, le chef de famille Ran apparut on ne sait d'où et éleva la voix.

« Alors, lors de ce banquet aussi, nous ferons chanter Yumi. Beaucoup d'invités l'entendent pour la première fois, mais j'espère qu'ils en profiteront. »

La foule répondit par des acclamations.

Attendant qu'elles retombent, Jo=Ran souffla dans sa flûte traversière. C'était une mélodie que j'entendais pour la première fois.

Peu à peu, plusieurs hommes y superposèrent leur mélodie, et bientôt la voix de Yumi résonna.

« Hum. "La Sortie de la Princesse Chevalier", c'est ça ? »

Fermes murmura d'une voix basse.

Tempo enlevé, gai et vaillant, un morceau digne d'une ouverture. C'était le chant d'une princesse chevalier partant pour sa première bataille, et les paroles courageuses allaient parfaitement à la voix de Yumi.

« …… Ce serait peut-être le chant de la princesse chevalier Zeria ? »

Quand je demandai à voix basse, Fermes acquiesça.

« Dans les légendes transmises à Seruva, "princesse chevalier" désigne immanquablement Zeria. …… D'ailleurs, Asta, vous avez vu l'histoire de la princesse chevalier Zeria en spectacle de marionnettes, non ? »

« Oui. C'était un spectacle magnifique. »

Tout en me laissant bercer par la voix de Yumi, je répondis.

Fermes ferma les paupières et sourit : « C'est ça. »

« La technique de ces marionnettistes était assez remarquable. Vu leur jeune âge, ils méritent des éloges. »

« Oui. J'ai hâte du jour où ils reviendront à Genos. »

« …… Avez-vous vu d'autres spectacles de marionnettes, Asta ? »

La voix de Fermes était basse pour ne pas déranger l'audience captivée par le chant de Yumi. Je répondis de même par un « Oui » chuchoté.

« La veille de mon départ de Genos, j'en ai vu un seul. Le titre, c'était… "Miza et les Trois Serments", je crois. »

« L'histoire de la déesse du destin Miza. Celle-là aussi est intéressante. »

Le corps de Fermes se balançait doucement de gauche à droite. Il profitait pleinement du chant de Yumi tout en conversant avec moi.

« Dans les spectacles de marionnettes, celui que je préfère, c'est "Les Tourments de Saint Aresh". Vous connaissez, Asta ? »

« Non, première fois que j'entends. C'est une histoire célèbre dans le royaume de l'Ouest ? »

« Oui. Comme conte de fées, c'est l'une des plus connues. Au bal masqué, le seigneur Org était déguisé en Saint Aresh. »

Le déguisement d'Org, le bras droit de Fermes… Je me souviens qu'il était déguisé en forgeron populaire, ou quelque chose comme ça.

« Si l'occasion se présente, Asta devrait… si c'est au programme de ces marionnettistes, ce serait bien, mais comment ça se passera ? »

« Comment savoir. Quand Riko et les autres reviendront, je leur demanderai. »

« Oui, absolument. » À peine eut-il chuchoté ça que Fermes posa soudain sa main sur la mienne.

« C'est une sensation très apaisante. …… Cela fait bien longtemps qu'on n'a pas causé comme ça, Asta. »

« C'est, c'est vrai ? Depuis qu'on s'est vus à la ville-château, il ne s'est écoulé que six jours, il me semble… »

« À ce moment-là, j'étais en tant que diplomate… bien sûr, aujourd'hui aussi ça ne change pas, mais l'atmosphère débridée du banquet me met sans doute dans cet état. »

Les paupières de Fermes s'ouvrirent lentement, et ses yeux noisette d'une couleur étrange me fixèrent de près.

« Je voudrais approfondir nos liens en dehors de ma position de diplomate. Asta, vous le souhaitiez aussi, non ? »

« Euh, oui. En tant qu'individu, je serais heureux d'approfondir mes liens avec Fermes, mais… »

« Alors, ne pourriez-vous pas arranger ça ? »

À cet instant, une voix fiable — « Oï » — parvint de l'autre côté.

Inutile de me retourner, c'était . Ses yeux bleus brillants comme ceux d'un chat sauvage semblaient transparaître dans sa voix épineuse.

« Pourquoi vous serrez-vous comme ça ? Lâchez la main de mon homme de maison. »

« Oh… Il n'y a pas que le sexe opposé dont le contact est interdit, alors ? »

Fermes libéra ma main en riant.

« Mais j'avais quelque chose à dire à aussi, alors c'est tombe à pic. »

« Quoi. Dis-le. »

« Avant la fête de la Résurrection, je voudrais inviter Asta et à la ville-château. En tant qu'invités personnels, à moi. »

Fermes affichait son habituel sourire innocent.

Je me tournai vers l'autre côté et constatai le visage renfrogné d'.

« Invités personnels, ça veut dire sans lien avec ta position de diplomate, tu veux nous inviter ? »

« Oui. Mais je ne peux pas me détacher complètement de ma position de diplomate, donc j'aimerais aussi inviter les gens de la maison du marquis de Genos et ceux de la lignée légitime des chefs de clan. Pour vous aussi, ce sera plus rassurant, non ? »

garda son air amer et renifla : « Hmph. »

« Ce genre de बात, on en reparlera calmement plus tard. Là, on est en plein chant de Yumi. »

« C'est vrai. Moi non plus, je n'arrive pas à me calmer. Profitons de cette magnifique voix. »

Disant ça, Fermes referma les paupières.

me lança un regard noir, puis reporta son regard vers Yumi et les siens.

(Bon, bon. Cette nuit non plus, le fossé entre et Fermes ne se comblera pas.)

Et moi non plus, je ne suis pas mieux placé pour le dire. Je ne suis pas sur mes gardes comme , mais même après avoir passé tout ce temps ensemble, je ne parviens toujours pas à comprendre comment interpréter l'existence de Fermes.

(Bon, faut pas se presser, y aller petit à petit.)

En y pensant, je promenai vaguement le regard.

Au loin, sur le tapis d'en face, je voyais Jiza=Ruu, Dari=Sauti, Melfried et les leurs. Polars était un peu à l'écart, entouré de femmes âgées.

Sur le tapis d'avant, Tour=Din et les siens écoutaient le chant de Yumi. Le chef de famille Sun semblait s'être calmé, le dos bien droit.

Ceux qui restaient debout devant le kamado pour écouter, c'étaient Bozuru et sa bande. Shili=Rou, qui est assez proche de Yumi, avec quels sentiments écoute-t-elle ce chant ?

Et juste à côté, il y avait Rei=Matua et des jeunes femmes. Avant le chant, elles discutaient peut-être avec Bozuru et les siens.

Beimu et Nahamu semblaient toujours ensemble. La grande silhouette de Mora=Naham servait de bon repère.

Les hommes de Fou et les femmes de Vera cultivaient-ils leur lien en silence ? Leurs figures étaient noyées dans la foule, impossibles à confirmer.

D'ailleurs, aujourd'hui, je n'ai presque pas vu Dei=Ravittsu. Connaissant le bonhomme, il prend peut-être soin de ne pas s'approcher de moi et d'.

Dans l'audience, pas mal de gens battaient des mains. Ceux qui mettaient le plus d'ambiance, c'était le groupe de Gaz et Ratz. Ils n'ont pas dû souvent entendre le chant de Yumi, mais ils ont l'air de l'adorer.

Bref — tous ces gens venus de partout étaient là, le cœur uni, à écouter le chant de Yumi.

Après ça, il y aura sûrement une danse sur l'air de flûtes d'herbe. Un temps de danse sans lien avec la demande en mariage, introduit de la ville-relais.

Il y a à peine un moment, on n'aurait même pas pu imaginer que des gens sans liens de sang se rassemblent ainsi pour un banquet.

De plus, cette fois, on a invité des gens de la ville-château et de la ville-relais. Et c'est Yumi, une habitante de la ville-relais, qui unit maintenant le cœur de tous.

Au milieu d'eux, Fermes est assis, posé.

Difficile de lire son for intérieur, mais il écoute le chant de Yumi, et ce n'est sûrement pas de la comédie.

Les gens réunis ici ont traversé bien des événements pour en arriver à se serrer les coudes ainsi.

Avec Fermes aussi, viendra sûrement un jour où on se comprendra vraiment, où on partagera la joie. Je veux le croire.

(Quand j'ai entendu le chant de Yumi au "Vent d'Ouest", je me suis dit qu'il aurait été bien que Fermes soit là, aussi.)

Ce souhait s'est réalisé aujourd'hui.

À l'avenir aussi, si on avance comme ça, pas à pas, on parviendra bien à approfondir nos liens.

En pensant ainsi, j'abandonnai mon cœur à la douce voix de Yumi.

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