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Isekai Ryouridou

Chapitre 748

Isekai RyouridouIsekai Ryouridou
Chapitre 748

Chapitre 748

Chapitre 748/82091%~18 min de lecture3 526 mots

Le jour se leva, c'était le 7 du mois pourpre.

Après la réunion à l'auberge de la ville-relais et le banquet de célébration de la famille Ruu, ce jour marquait la fin de trois jours bien remplis. Nous quittâmes la ville-relais à l'aube comme prévu, en direction de la ville-château.

Nous avions trois objectifs pour aujourd'hui. Visiter le restaurant « Ginseidō » de Valcas, assurer le service du fourneau pour le goûter d'une dame noble, et faire une visite à pied de la ville-château.

La raison pour laquelle nous avions condensé tant de choses dans la journée était, bien sûr, la proximité de la fête de la résurrection du dieu soleil. À partir de la mi-mois pourpre, la ville-relais serait très animée et notre commerce également, aussi avions-nous décidé de boucler tous les événements prévus à la ville-château avant cela.

L'an dernier déjà, je m'étais fait appeler à la ville-château en pleine fête de la résurrection, et cette année encore, une convocation soudaine était possible. Mais ça, c'est ça. Mon vrai sentiment, c'était que je voulais marquer une pause ici, sur le plan de l'humeur.

D'abord, nous allions visiter la ville-château en nous dirigeant vers le « Ginseidō », savourer mutuellement nos cuisines, puis nous rendre au palais du Cygne, lieu du goûter. Après y avoir servi des pâtisseries aux dames nobles, nous referions une promenade dans la ville-château. Tel était le programme du jour.

Les participants à cet événement majeur étaient au nombre de quinze.

Poras nous avait dit qu'il ne pouvait délivrer que neuf laissez-passer, mais Euryphia s'était portée garante pour les participants au goûter, dont les laissez-passer furent délivrés par une autre voie.

Cinq personnes utilisèrent les laissez-passer préparés par Euryphia : moi, Tour=Din, Rimi=Ruu, , Rudo=Ruu.

Neuf personnes utilisèrent ceux de Poras : Jiza=Ruu, Gazlan=Rutim, Reyna=Ruu, Sheila=Ruu, Maimu, Vina=Ruu=Lilin, Yun=Sudra, Marfila=Nahamu, Rei=Matua.

À cela s'ajoutait Shimiral=Lilin qui participait avec son propre laissez-passer, pour un total de quinze personnes.

« Si les gens de la lisière de forêt marchent en un tel groupe, ils vont attirer tous les regards en ville, non ? »

C'est Yun=Sudra qui avait dit ça, depuis la benne du chariot. Moi qui étais ballotté dans le même chariot, j'avais répondu : « C'est sûr. »

« Enfin, habituer les gens de la ville-château à l'apparence des gens de la lisière de forêt, c'est aussi l'un des objectifs. Pour ne pas gâcher la gentille proposition de Poras et des siens, faisons attention. »

« Hé, hé, hé… C'est que, selon notre comportement, les gens de la lisière de forêt pourraient être évités par les citadins, c'est ça ? Ça, ça, ça me donne le trac. »

C'était bien sûr Marfila=Nahamu qui parlait ainsi. À côté d'elle, Rei=Matua affichait un large sourire. Apparemment, la joie de participer à l'événement d'aujourd'hui l'emportait sur le regret de n'avoir pas pu assister à la fête des Ruu hier.

D'ailleurs, Poras avait mis comme condition pour délivrer les laissez-passer : « Des gens dont je connais le visage et le nom ». Rei=Matua et Marfila=Nahamu s'étaient déjà rendues à la ville-château et avaient brièvement salué Poras à cette occasion, mais il était douteux qu'il se souvienne vraiment de leurs visages et noms. Peut-être cette condition n'était-elle qu'une formalité par crainte des oreilles des nobles de Fermes et Gerd.

Quoi qu'il en soit, leur admission était une grande joie. Avec Yun=Sudra, toujours gaie, elles manifestaient pleinement leur bonheur.

Tour=Din ne cachait pas non plus sa joie, tortillant son petit corps. Pour elle, s'ajoutait la joie de revoir Odiphia, donc son excitation était d'autant plus grande. Dans le chariot tiré par Giruru, conduit par , une telle atmosphère enjouée régnait.

Nous traversâmes la ville-relais encore peu animée à l'heure matinale, et quand nous arrivâmes devant le pont-levis, le chariot s'arrêta. Des chariots de Ruulu et Jidura descendirent les gens de la famille Ruu.

« Nous vous attendions, gens de la lisière de forêt. »

Une jeune femme s'approcha. C'était Sheila, servante de la comtesse Dalem, notre guide du jour. Elle était accompagnée d'un homme mûr, envoyé du marquis de Genos. Sheila s'inclina profondément.

« Aujourd'hui, je vous prie de bien vouloir m'excuser pour le dérangement.… -sama, cela fait longtemps. »

« Hum. C'est moi qui te prie de bien vouloir m'excuser pour aujourd'hui. »

répondit d'un air grave, et Sheila sourit, toute fondante. Son affection pour ne semblait pas avoir diminué.

« Alors, je vais vous remettre les laissez-passer. Pour les neuf personnes autorisées par la comtesse Dalem, ici s'il vous plaît. »

Moi et relevant du marquis de Genos, nous nous dirigeâmes vers l'homme mûr. Ce dernier venait souvent au stand de la ville-relais recevoir les pâtisseries de Tour=Din.

« Ces laissez-passer devront être rendus à votre retour. S'ils sont perdus, cela engendre des procédures compliquées, soyez donc très prudents. »

« Compris. Merci pour la peine. »

Je reçus le laissez-passer et l'examinai aussitôt.

C'était une fine plaquette de bois, de la taille d'une carte bancaire. Sa face portait de menus caractères gravés, et à son bord droit, le sceau brûlé du marquis était apposé en petit.

(À part le sceau, ça a l'air facile à falsifier, mais ce doit être un crime épouvantable…)

Tandis que je pensais ça, tout le monde eut reçu son laissez-passer.

« Allons-y. Il y a un poste de contrôle à l'intérieur de la porte de la ville. Présentez-y vos laissez-passer au préposé. »

Une formalité d'ordinaire dispensée grâce à l'intervention des nobles.

Menés par Sheila, nous franchîmes le magnifique pont-levis en deux files.

Comme il était encore tôt, peu de gens allaient et venaient par la porte. Je passai sous l'énorme porte, le cœur battant un peu.

Au-delà s'étendait une sorte de place, bordée d'un bon nombre de gardes. Mais la nouvelle avait dû passer : on ne nous dévisagea pas avec suspicion.

La place était ceinte d'une haute palissade en bois, qui masquait encore la ville-château. La palissade ne comportait qu'une seule ouverture, une porte à deux battants grande ouverte, mais solidement gardée par les soldats. Quiconque tenterait de forcer le passage sans laissez-passer aurait affaire à eux.

Le poste de contrôle était une bâtisse en briques, alignée le long de la palissade.

De plain-pied, longue, avec de grandes fenêtres à intervalles réguliers. Derrière, le personnel semblait attendre. Et à chaque fenêtre, un garde se tenait prêt.

« Nous, qui résidons en ville-château, passerons par le poste de gauche pour présenter notre certificat de résidents. Vous, veuillez utiliser le poste de droite pour vos laissez-passer. »

Sur l'indication de Sheila, nous nous dirigeâmes vers le poste de contrôle.

Il y avait plus de dix guichets, alors nous nous rangeâmes un par un à partir du bout. J'allai au guichet le plus au fond, et , qui tenait les rênes de Giruru, se mit derrière moi.

« Je vous en prie. » Je présentai mon laissez-passer au guichet.

Le préposé était un homme d'âge mûr au visage doux.

Lui aussi avait dû être prévenu. Il vérifia les caractères du laissez-passer sans s'étonner de nos visages, et consulta un document à la main.

« Le cuisinier de la lisière de forêt, -dono. Quel motif vous amène aujourd'hui ? »

« Oui. Sur demande d'Euryphia de la maison du marquis de Genos, nous nous rendons au palais du Cygne. Pour le temps libre, nous prévoyons de rendre visite à un restaurant d'une connaissance et de visiter la ville-château. »

« Noté. Si c'est pour aujourd'hui, vous pouvez entrer et sortir autant de fois, mais passer la nuit à l'intérieur des murs n'est pas permis. Rentrez avant le coucher du soleil, rendez vos laissez-passer ici. »

« Oui, compris. »

Sans aucun contretemps, je fus autorisé à passer.

« Ne t'éloigne pas trop », dis-je, et ce fut au tour d' de présenter son laissez-passer. L'échange fut似たようなもの.

Quand nous rejoignîmes Sheila, tout le monde était déjà réuni sans trop attendre.

Vint ensuite la question des chariots.

On pouvait soit les laisser ici, soit les faire entrer en ville, les deux étant payants.

« Si on autorisait l'entrée des chariots sans condition, les rues seraient trop encombrées. C'est pour ça que le droit d'entrée est plus cher que le dépôt. »

On nous l'avait expliqué à l'avance.

Aujourd'hui, nous ferions entrer seulement le chariot de Giruru. Sa benne contenait les plats à livrer à Valcas et aux siens.

Une fois les chariots des Ruu déposés, nous pénétrâmes enfin dans la ville-château.

Nous passâmes sous la porte gardée par les soldats, et posâmes le pied à l'intérieur.

Ce qui nous attendait, c'était la majesté d'une ville de pierre.

Bien sûr, nous avions déjà vu ce paysage maintes fois depuis la fenêtre du chariot à toto.

Mais c'était la première fois que nous y entrions de nos propres pieds.

« Waah, c'est incroyable ! Le sol aussi, les maisons aussi, tout est en pierre ! »

On ne sait quand, Rimi=Ruu s'était collée contre et poussait des cris d'émerveillement. , l'œil vif, scrutait les alentours en répondant : « Hum. »

En effet, comme disait Rimi=Ruu, le tout-pierre était impressionnant.

Moi qui viens d'un monde plus avancé, les villes de béton et d'asphalte sont mon quotidien, mais l'aspect est bien différent.

Comme la civilisation est peu développée, rassembler autant de pierres naturelles et de briques a dû être un labeur énorme. Et penser que tout a été bâti à la main donne le tournis.

Devant la porte s'étendait une large et belle rue. À peu près la même envergure que la grand-rue traversant la ville-relais. Une dizaine de mètres de large, du pavé droit devant soi.

De part et d'autre, des bâtiments en briques se pressaient. Tous imposants, de quatre étages. Et ça continuait à perte de vue, c'était vraiment majestueux.

« Voyez-vous l'ombre d'un bâtiment au bout ? C'est le château de Genos, où résident les nobles. »

Dit Sheila. Je plissai les yeux, mais au bout de la rue, on ne distinguait qu'une masse noire ponctuelle, impossible d'en deviner la forme.

« La ville-château est construite en enserrant le château de Genos. Le plus à l'extérieur, le quartier des résidents ; plus à l'intérieur, les commerces et auberges ; plus loin encore, les temples et salles de réunion ; et au centre, le quartier des nobles. »

« Je vois. Le pavillon d'hôtes où on nous invite d'habitude se trouve dans le quartier des nobles ? »

« Non. C'était à l'origine le manoir du comte Turan, situé près du quartier commerçant. Probablement choisi pour faciliter l'appel des marchands qui traitent les denrées. »

Ah, c'est vrai. C'était l'un des manoirs que possédait Cykléus. À l'origine une villa, elle était devenue comme le manoir principal pour faciliter les tractations commerciales, ou quelque chose comme ça.

« Alors, je me retire ici. »

L'homme du marquis s'inclina très poliment. Derrière lui stationnait un grand chariot à deux toto. Il rentrerait au château avec ça.

« À la montée du cinquième koku, un viendra vous chercher au "Ginseidō". Sheila-dono, je compte sur vous pour la suite. »

« Compris. Bon retour. »

Le chariot fila sur la rue.

En le regardant partir, Jiza=Ruu hocha la tête d'un air pensif.

« Come to think of it, on a le droit de faire galoper les toto en ville-château. D'habitude on est dans le chariot, donc c'est pas nouveau, mais… si les piétons partagent la même rue, il faut faire un peu gaffe. »

« Oui. Mais dans les ruelles étroites, faire galoper les toto est interdit, donc les collisions sont rares. Quand vous avancez sur la rue, tenez-vous sur le bord. »

Après cette réponse, Sheila tendit la main vers la rue.

« Alors, guidons d'abord jusqu'au "Ginseidō". Veillez à ne pas vous perdre. »

Menés par Sheila, nous nous mîmes en marche sur la rue.

Comme tirait le chariot, nous étions en queue de cortège. De là, on profitait pleinement de l'allure enjouée des filles.

Surtout Yun=Sudra et Rei=Matua, qui regardaient partout avec une évidente gaieté. Tour=Din et Marfila=Nahamu semblaient un peu intimidées, mais tout de même excitées.

Les aînées Reyna=Ruu et Sheila=Ruu échangeaient des propos calmes. Le couple Shimiral=Lilin et Vina=Ruu=Lilin aussi. Gazlan=Rutim, en tête, interrogeait Sheila. Jiza=Ruu et Rudo=Ruu s'étaient placés un par un entre les filles pour couvrir toute la file.

Et près de nous marchaient Rimi=Ruu et Maimu.

Rimi=Ruu était la plus excitée, comme dit. Maimu, elle, avait l'air songeuse.

« Qu'est-ce qu'il y a, Maimu ? Un souci ? »

« Ah, non, c'est pas ça… Je me disais juste que ça ne me fait pas spécialement un effet de "retour aux sources". »

Elle dit ça en souriant.

Elle étant devenue une fille de la lisière de forêt, elle portait le voile et le châle de ville. Même en plein jour, sa robe à spirales semblait fraîche et adorable.

« Les souvenirs d'avant 5 ans, c'est dur de s'en rappeler. Moi non plus, j'ai presque rien gardé de cette époque. »

« C'est comme ça ? » demanda , perplexe.

« Plus le temps passe, plus les souvenirs s'effacent… mais on ne devrait pas tout oublier complètement. »

« Hé hé, ça dépend des gens, non ? Y en a qui se souviennent de 1 ou 2 ans, mais moi, avant 5 ans, c'est tout flou. »

« C'est bien… une mémoire bien peu fiable. »

« La mémoire d', elle, est exceptionnelle. Moi et Maimu, on doit être dans la majorité, je pense. »

Je dis ça en souriant à Maimu.

« Enfin, l'important c'est pas le passé mais le présent. Profite de cette promenade avec tout le monde, c'est pas mieux ? »

« Oui ! » sourit-elle, et Maimu trottina vers l'avant. Elle sauta dans le dos de Tour=Din, l'enlaçant par derrière. Yun=Sudra et les autres poussèrent des cris joyeux.

« Come to think of it, Maimu et Mikel ont changé trois fois de statut : citoyens de la ville-château, gens de Turan, gens de la lisière de forêt. C'est un destin assez romanesque, pas moins que le mien. »

« Hum… c'est possible. »

La voix d' en réponse avait une résonance étrangement mélancolique.

Ses yeux posés sur moi semblaient pleins d'une inquiétude diffuse.

« Qu'est-ce qui t'arrive ? Un souci ? »

« Non… » hésita-t-elle, puis m'appela. Je m'approchai, et ses lèvres vinrent à mon oreille.

« Tu as perdu ta mère à 7 ans, non ? Si tes souvenirs d'avant 5 ans sont flous… ça veut pas dire que tes souvenirs avec ta mère sont bien peu nombreux ? »

Une parole si inattendue me laissa un instant coi.

Puis une chaleur douce se répandit dans ma poitrine.

« C'est bon. Même si je me rappelle pas les détails, le bonheur des jours avec maman, ça je peux pas l'oublier. »

Quand je lui sussurai ça, sourit doucement : « C'est vrai. »

« Désolée. Moi non plus, j'aime pas qu'on parle de mes parents… mais j'ai pas pu m'empêcher de demander. »

« Pas la peine de t'excuser. Je suis sincèrement reconnaissant pour ta prévenance, . »

D'une banale conversation, comment peut-elle en arriver à une telle attention ? C'est cette gentillesse sans fond d' qui me serre le cœur.

Tout en parlant, la file avançait. Tous les quelques dizaines de mètres, une ruelle plus étroite apparaissait, mais pas l'ombre d'un passant.

« Y a autant de maisons, mais peu de monde… Pourtant, d'habitude y a plein de gens qui marchent, non ? »

Rimi=Ruu lança ça à personne en particulier.

se contenta de « Hum », alors je donnai mon avis.

« D'habitude on nous appelle vers le zénith ou l'après-midi. À cette heure, tout le monde est déjà parti à ses occupations ou travaille à la maison, non ? »

« Hmm, c'est vrai. J'veux vite voir les gens de la ville-château ! »

Le vœu de Rimi=Ruu fut exaucé en quelques minutes.

Sheila s'engagea dans une énième ruelle, l'enfonça, et nous débouchâmes sur une grande place.

Probablement plus belle que la place Vairas de la ville-relais. Tout le pourtour était garni d'étals, et des jeunes femmes, des enfants, des vieillards allaient et venaient sans cesse. On voyait aussi des gens du Sud tirant des chariots à toto, et des gens de l'Est à capuches profondes.

Au centre de la place trônaient un immense socle et une statue de lion en pierre, qui semblaient surveiller la foule. Une animation fouillis, pas moindre que la ville-relais à midi.

« Cette place se trouve entre le quartier résidentiel et le quartier commerçant. Il n'y a aucun danger, vous pouvez la visiter librement. »

Sur les paroles de Sheila, nous formâmes un groupe compact et fîmes le tour de la place.

Et les gens de la place nous regardaient, eux aussi, perplexes. Les gens de la lisière de forêt ont une carnation différente de ceux de l'Est, et leurs vêtements sont singuliers. Et l'existence des chasseurs, manteaux de fourrure et sabres au côté, devait être bien insolite.

« … La plupart des citadins ne connaîtraient même pas l'apparence des gens de la lisière de forêt, c'est bien ça ? »

À la question de Jiza=Ruu, Sheila acquiesça avec un air un peu gêné.

« Honteusement, moi non plus, avant de rencontrer -sama au manoir Dalem, je ne connaissais pas l'allure des gens de la lisière de forêt. Moi qui allais souvent à Dalem, j'en étais là ; les résidents ordinaires n'ont donc jamais eu l'occasion de voir les gens de la lisière de forêt. »

« Le manoir Dalem ? C'est le manoir de la comtesse, ça ? »

« Oui. Quand -sama a été enlevé en ville-château, -sama a été accueillie là-bas. »

Sheila rougit légèrement, et se gratta vigoureusement la tête. Dans ce manoir, avait dû enfiler des vêtements de ville-château, et c'était Sheila qui l'avait aidée.

« La plupart des résidents de la ville-château ne vivent qu'à l'intérieur. Ceux qui, comme moi, servent une maison comtale, ont parfois à se rendre sur leurs terres… mais sinon, ils n'ont pas de raison de sortir par la porte, je pense. »

« Je vois. C'est pas spécialement bizarre. Les gens de la lisière de forêt non plus, à part les filles qui font les courses, ne sortaient guère… et les gens de Dalem disaient qu'à part ceux qui font du commerce à la ville-relais, ils n'ont pas d'affaires ailleurs. »

« C'est exact. » C'était Gazlan=Rutim qui acquiesçait.

« Sans courses ni commerce, pas besoin d'aller ailleurs. Du coup, les gens se divisent en deux catégories, non ? »

« Deux catégories ? »

« Oui. Ceux qui rendent l'âme sans avoir fait un pas hors de leur lieu de naissance, et ceux qui vont de ville en ville — les seconds, ce sont Kamyua=Yoshu, les saltimbanques, les gens de caravane, etc. Et l'exception, ce sont ceux qui, par leur haut rang, doivent avoir des échanges avec d'autres terres — les nobles de Gerd, le diplomate Fermes, le marquis de Genos, Melfried, etc. Le marquis lui-même serait allé à la capitale royale, dit-on. »

« Hum. Alors nous, on tombe dans quelle catégorie ? Nous voilà venus jusqu'en ville-château, et autrefois on est allés à la ville-relais et à Dalem. »

Jiza=Ruu et Gazlan=Rutim discutaient ainsi. Pour moi, c'était une scène assez rare. Bien sûr, ils parlent beaucoup hors de ma vue, et aux banquets je les ai vus de loin, mais quel genre de conversation ont-ils entre eux ? — c'était une petite curiosité de longue date.

Ignorant ou non mon sentiment, Gazlan=Rutim continua d'un air serein.

« Pour faire large, on est de ceux qui rendent l'âme sans avoir quitté leur lieu de naissance. La lisière de forêt, la ville-relais, Dalem, la ville-château, tout est territoire de Genos. Nous ne quitterons probablement jamais la terre de Genos avant de rendre l'âme. »

« Hum. C'est exact, en effet. »

« Cependant, nous sortons ainsi de la lisière de forêt. Les citadins qui n'ont jamais franchi la porte sont comme ceux de la lisière qui n'ont jamais quitté le village. Bien sûr, la ville-château reçoit beaucoup d'étrangers, donc on ne peut comparer au village de la lisière… mais passer une vie comblée sans quitter sa terre natale, ce n'est pas si étrange. Mon grand-père Ra n'a jamais mis le pied hors de la lisière, dit-on. »

« Pour les hommes de la lisière, c'est le cas le plus courant. Chez les Ruu, les gens comme Ra=Rutim sont devenus rares, peut-être. »

Alors, Rudo=Ruu cria : « Nā nā ! »

« Jusqu'à quand vous causez, les grands frères ? Nous, on est venus voir la ville-château, non ? »

« C'est ça ! Allons voir ce qu'y a aux étals ! »

Rimi=Ruu enchaîna, s'accrochant au bras costaud de Jiza=Ruu.

Jiza=Ruu, qui a l'air de toujours sourire, plissa ses yeux fins en un sourire forcé.

« Bon sang, quel manque de patience, mes frère et sœurs… Bon, visitons cette place. »

« Yatta ! » Rimi=Ruu sauta sur place.

Et nous fîmes enfin notre entrée dans la place grouillante de citadins.

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