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Isekai Ryouridou

Chapitre 722

Isekai RyouridouIsekai Ryouridou
Chapitre 722

Chapitre 722

Chapitre 722/80090%~27 min de lecture5 317 mots

C'était la cinquième fois que j'assistais à un mariage moribe.

Le premier fut celui de Gazlan=Rutim et Ama=Min=Rutim, puis vint celui de Chim=Sudra et Iah=Fou=Sudra, suivi de Darum=Ruu et Sheila=Ruu, et enfin celui entre les hommes du clan Fou et les femmes du clan Sudra.

Cinq mariages en un an et demi, ce n'était pas si peu que ça.

Mais bien sûr, mes sentiments solennels n'en étaient pas diminués pour autant. Après tout, c'était le mariage de Shimiral=Lilin et Vina=Ruu, c'était tout naturel.

Les deux mariés se levèrent sur l'estrade et descendirent dans l'arène, guidés par Mère Mia=Rei et Uru=Rei=Lilin.

Devant le feu rituel se tenaient Jiba-baba et Reyna=Ruu.

Tous deux arboraient une expression très calme, et s'agenouillèrent devant Jiba-baba.

Mère Mia=Rei et Uru=Rei=Lilin durent jeter les herbes rituelles dans le feu. Une fumée blanche et un parfum envoûtant se répandirent, m'enivrant davantage encore.

Les gens observaient aussi ce rituel en silence.

Lara=Ruu, les yeux rouges et gonflés par les larmes, se retrouvait blottie contre Sheila=Ruu sans qu'on sache quand cela avait commencé.

Mère Mia=Rei et Uru=Rei=Lilin se retirèrent auprès de leurs époux respectifs, au premier rang.

Rudo=Ruu était là, Rimi=Ruu aussi. Jiza=Ruu, Darum=Ruu également. Tita=Min-baba, Mida=Ruu aussi. Gazlan=Rutim, Dan=Rutim également. Rau=Rei, Yamil=Rei aussi. Jii=Maamu, Dim=Rutim aussi.

Du coin de l'œil, on apercevait aussi Sati=Rei=Ruu, Ama=Min=Rutim et les autres, sortis devant la maison. Plus de cent membres du clan assistaient au mariage des deux époux.

Nous, les invités, observions la scène depuis le côté, sans gêner les membres du clan.

Au milieu de cela, Jiba-baba retira les couronnes de verdure des deux mariés et les passa délicatement dans la fumée blanche.

Elle replaça la couronne de Shimiral=Lilin sur la tête de Vina=Ruu, et celle de Vina=Ruu sur la tête de Shimiral=Lilin.

« Bénédiction… Ce soir, Vina=Ruu de la famille Ruu est devenue l'épouse de Shimiral=Lilin de la famille Lilin… Les maisons Ruu et Lilin approfondissent leur lien, et apporteront davantage de force et de prospérité à cette lisière de forêt… »

La voix de Jiba-baba résonna sur la place silencieuse.

Puis Jiba-baba offrit aux deux époux des cornes et des défenses de giba.

Les deux relevèrent le visage simultanément et déclarèrent d'une voix très calme :

« Shimiral=Lilin, reçoit de la forêt Vina=Ruu. »

« Vina=Ruu reçoit de la forêt Shimiral=Lilin… »

Une vague de cris d'allégresse explosa.

Sans m'en rendre compte, je semblais chanceler. Je sentis me soutenir doucement sur le côté.

Shimiral=Lilin et Vina=Ruu — non, Vina=Ruu=Lilin — se relevèrent lentement, répondant aux acclamations de la foule par un sourire apaisé.

Étrangement, aucune ne versa de larme.

Quelque chose m'avait trop ému, j'étais comme tombé dans un état d'oubli de moi-même.

Les acclamations qui faisaient trembler le sol me parvenaient au loin, les silhouettes des gens étaient floues. Au milieu de tout cela, seuls les deux époux, éclairés par le feu rituel, conservaient des couleurs nettes. Bien que je me tienne assez loin, j'avais l'impression de distinguer nettement les cils argentés de Shimiral=Lilin et même les traces de larmes sur les joues de Vina=Ruu=Lilin.

Cela peut sembler bizarre à dire — mais j'étais sur le point d'être écrasé par le bonheur.

Je ne savais même plus si je respirais correctement. Je n'étais que pure félicité, et je voulais m'y immerger pour toujours.

Et puis, une silhouette émergea du monde flou.

À mesure qu'elle approchait des deux époux, les couleurs revinrent. C'était Reyna=Ruu, tenant un grand plat en bois.

Avec le couteau à viande reçu de Reyna=Ruu, Vina=Ruu=Lilin découpa le plat posé sur l'assiette.

C'était une viande grillée au goût curry.

Après maints essais, nous avions décidé de badigeonner la viande embrochée sur des broches en fer d'une sauce au curry, et de la griller longuement.

C'était une méthode de cuisson inspirée du grillé de gilénus dont Valcas était friand.

Sur les conseils d'Alvaha qui disait « il manque de raffinement », j'avais imaginé un plat de viande qui exploiterait au maximum le goût du curry.

De la poudre de fuwano était aussi ajoutée à la sauce, lui donnant encore plus de parfum. La sauce contenait divers ingrédients : base de bouillon d'os de giba et d'algues, aria et myamuu hachés, râpé de ramamu, alcool distillé de nyatta, huile de tau, miel de panam, feuilles de pico, et par-dessus les épices de base du curry — ainsi naquit une nouvelle sauce pour ce plat.

Vina=Ruu=Lilin porta à la bouche de Shimiral=Lilin la viande qu'elle avait découpée.

Shimiral=Lilin écarquilla les yeux, stupéfaite.

Puis elle murmura quelque chose à Vina=Ruu=Lilin. Celle-ci porta la main à sa bouche, sourit, puis porta à son tour à ses lèvres la viande embrochée sur une broche en bois.

Les deux rétrécirent les yeux de bonheur, échangeant des sourires.

Alors, une voix grave résonna par-dessus les acclamations, me tirant de mon extase.

« Le serment du mariage est échangé ! À partir d'aujourd'hui, Vina=Ruu devient Vina=Ruu=Lilin, l'épouse de Shimiral=Lilin ! »

C'était la voix de Donda=Ruu.

À ce signal, les membres du clan se ruèrent vers les deux époux. Quand leurs silhouettes disparurent dans la foule, je retrouvai enfin pleinement mes esprits.

« Bon… Alors nous aussi, on reprend le travail au kamado. »

À cet instant, le visage tendu d' surgit devant moi.

« Hé, ça va, ? Tu as l'air… complètement endormi. »

« Ouais. J'avais l'impression de flotter dans un rêve. Du coup, j'ai même pas versé une larme, tu te rends compte ? »

« …C'est-à-dire que tu ne t'es même pas rendu compte que tu pleurais. »

fronça les sourcils, tira un tissu de ma poche et me frotta vigoureusement le visage.

« Hein ? Quoi ? C'est bizarre. Tout à l'heure, j'étais sûr qu'il n'y avait pas de larmes. »

« Laisse tomber, réveille-toi. Dans cet état, je ne te laisse pas approcher du kamado. »

Puis tourna le regard vers la foule devenue un tourbillon de chaleur.

« Et puis… tu n'as pas besoin de leur adresser des félicitations ? »

« Ouais. C'est d'abord aux gens du clan de les féliciter, non ? Moi, je leur parlerai tranquillement plus tard. »

Je rangeai le tissu à nouveau trempé en souriant à .

« Plus que ça, y'a la cuisine. Faut bien que les deux mariés goûtent à nos plats de fête. »

« C'est vrai… Alors, je vais te faire un peu mal. »

« Hein ? Ça veut dire quoi… Aïe aïe aïe ! »

Les doigts souples d' me pincèrent vigoureusement la joue.

« Je n'ai pas envie de te faire mal, mais c'est nécessaire. Tu es réveillé maintenant ? »

« Ouais, c'est bon, parfaitement. Je te remercie au passage. »

« "Au passage", quelle façon de parler. Je me souciais de toi… »

Comme commençait à dire ça, j'enfonçai mon doigt dans sa joue.

rougit violemment et m'attrapa par le col.

« …On dirait que tu n'es toujours pas tout à fait réveillé ? »

« Non, c'est bon. C'était juste une taquinerie. »

Je calmai et me dirigeai vers le kamado portable.

Il y avait déjà quatre gardiens du feu rassemblés, deux marmites en fer sur le feu. Sur la table d'à côté, les gâteaux de shaska étaient alignés.

« Yun=Sudra et Tour=Din sont aussi venus, mais on leur a dit de profiter du banquet. C'était bien comme ça, non ? »

Aux mots de Fey=Beimu, je hochai la tête « Oui ».

« Le reste du travail, on s'en charge. Pour la cuisson des nouilles, on peut vous faire confiance ? »

« Oui. Si nous pouvons être utiles. »

Ces quatre-là avaient déjà le niveau pour tenir un stand de pâtes. Comme je leur avais aussi appris à faire des ramen, ils en avaient probablement déjà fait plusieurs fois chez eux. Résultat : les ramen étaient confiés à Fey=Beimu et aux femmes de Matua, la soupe talapa à moi et Marufira=Naham, la vaisselle et les tâches diverses aux femmes de Rats.

Shimiral=Lilin et Vina=Ruu=Lilin s'étaient installées sur une natte près de l'estrade. Peu après, des femmes de la famille Lilin s'approchèrent en souriant.

« Nous venons chercher les plats. Est-ce un peu trop tôt ? »

« Oui. On vient juste d'allumer le feu, donc il faudra encore un peu de temps pour que les plats chauffent. »

« Compris. Nous repasserons plus tard. »

Celle-ci aide d'habitude le stand de la famille Ruu une fois tous les cinq jours. Vina=Ruu=Lilin, à l'avenir, passerait de une fois tous les trois jours à une fois tous les cinq jours, et le créneau vacant serait confié à d'autres clans.

(Mais comme les jours de stand coïncident avec les réunions d'étude de la famille Ruu, la voir une fois tous les cinq jours devrait être une grande joie pour la famille.)

Pendant que je pensais ça, m'adressa un regard sévère sur le côté.

« Hé, tu ne te remets pas à rêvasser ? »

« Ça va. Je suis bien réveillé. »

« Bon. Si tu rechutes, je te repince les joues quand tu veux. »

Apparemment, elle gardait encore rancune de ma contre-attaque tout à l'heure. Vêtue de sa magnifique tenue de fête, se tenait là, les bras croisés, fière.

Un groupe de petites silhouettes s'approcha.

C'était Rudo=Ruu, tiré par les bras par Rimi=Ruu et Tara.

« Yop, les ramen c'est pour quand ? »

« Encore un peu et ce sera prêt. Moi aussi j'ai hâte de leur faire goûter, j'en trépigne. »

« Ah, eux aussi doivent trépigner d'impatience. »

Rudo=Ruu riait gaiement, Rimi=Ruu affichait son sourire innocent habituel. Mais ça ne veut pas dire qu'ils sont plus insensibles que Lara=Ruu. Comme dit , la différence est juste entre l'extérioriser ou non, mais au fond, la même joie et la même tristesse doivent les habiter.

« Tara, on ne t'avait pas vu depuis un moment. Tu profites du banquet ? »

« Ouais ! J'étais tout le temps avec Rimi=Ruu ! »

Tara est une cliente habituée du stand, elle a été invitée plusieurs fois chez les Ruu, donc elle a tissé des liens avec Vina=Ruu=Lilin. Et puis, c'est le mariage de la grande sœur de sa Rimi=Ruu préférée, elle doit être sacrément excitée. Son sourire rayonnait autant que ceux des frères et sœurs énergiques des Ruu.

« Ah ! C'est les gâteaux de Tour=Din ! Y'en a autant ? »

Rimi=Ruu tira le bras de son frère vers la table d'à côté. Les gâteaux de shaska y étaient alignés.

« Wah, y'en a que Rimi connaît pas ! Hé hé, on goûte ! »

« Vrai ! C'est des formes rigolotes ! »

Les deux fillettes poussaient des cris de joie en libérant enfin le bras de Rudo=Ruu.

Pendant qu'on préparait les ramen, les femmes de Matua leur sourirent.

« Tout est délicieux. Moi, j'adore particulièrement celui enveloppé dans la feuille de gonomoki. »

C'était un gâteau inspiré du chimaki. On façonne le shaska en pâte, on y fourre de la pâte de fruits de bure, on l'enveloppe dans une feuille de gonomoki et on le cuit à la vapeur. Le nom serait probablement « maki gonomoki ».

La pâte peut être dangereuse pour les vieux et les petits enfants, risque d'étouffement. Comme on l'avait bien signalé, la pâte en surface était très fine. En contrepartie, plein de pâte à l'intérieur, et la pâte elle-même contenait un peu de sucre.

« Ça, Rimi l'a fait chez les Ruu ! Jiba-baba adore ! »

« Ah oui ? Rond et mou, c'est marrant ! »

« Mais celui-là, je l'ai jamais vu ! C'est quoi comme gâteau ? »

Ce que Rimi=Ruu désignait, c'était un gâteau imitant l'araré.

On fait du shaska en pâte, on le coupe fin, on le sèche, puis on le fait frire à l'huile de hoboï. Ça gonfle plus que les senbei, la texture croustillante est très agréable.

En plus, celui-ci est aromatisé aux fruits. Après avoir égoutté l'huile, on enrobe de jus de fruit sucré. Les fruits utilisés sont l'arô (genre fraise), le ramamu (genre pomme) et le shîru (genre citron).

Huile de hoboï genre huile de sésame et jus de fruit, j'avais douté au début, mais c'est un mariage exquis. Le parfum grillé de l'huile de hoboï et la saveur riche du jus créent un goût que je ne connaissais pas.

À part ça, on avait aussi préparé les senbei servis lors du dernier repas. Pour les arare et les senbei, c'était la première fois que les gens des Ruu y goûtaient.

« Sugee ! Ça aussi c'est du shaska ? Rimi veut apprendre à faire ! »

« Hé, c'est une texture bizarre. Jiba-baba pourrait pas manger ça. »

« Ah, mais l'araré, si on le garde dans la bouche, il ramollit et s'écrase tout mou. Avec ça, même Jiba-baba pourrait manger, non ? »

Tous trois s'amusaient comme des enfants. Enfin, Rimi=Ruu et Tara sont de vrais enfants. Rimi=Ruu brillait des yeux en se tournant vers les femmes de Matua.

« Hé hé, vous les avez donnés aux enfants de moins de cinq ans ? »

« Oui. Tour=Din et les autres les ont apportés en premier. Faut faire vite, sinon les petits s'endorment. »

« Ah oui. Alors, on les porte à Jiba-baba et Vina-nee… !  »

Rudo=Ruu allait parler, haussa un épaule et referma la bouche.

Peut-être allait-il dire « pas Vina-nee, mais Vina=Ruu=Lilin ». Les familles de la maison principale Ruu devront sans doute l'appeler ainsi désormais.

Laissant une petite question dans mon cœur, le trio inséparable s'en alla.

À leur place apparut un groupe drôlement bigarré. Marufira=Naham écarquilla les yeux.

« Ah, m-messieurs, vous étiez encore ensemble ? »

« Ouais. On voulait voir le maître de maison au travail. »

C'est un homme de Beimu qui répondit. Celui qu'on avait croisé lors du banquet des charpentiers, un type sympathique et doux.

Mais ses compagnons étaient des têtes inattendues. Mida=Ruu, Rau=Rei, Yamil=Rei, et Mora=Naham — un mélange surprenant.

« Oh, , , on peut enfin se parler. Au banquet, on a à peine pu échanger deux mots, alors j'ai débarqué chez les Fa ! »

Rau=Rei se pencha vers moi. Après lui avoir rendu son salut, je demandai :

« D'après Marufira=Naham, vous étiez ensemble depuis le banquet avec cette équipe ? »

« Ouais ! Au début, c'était Yamil, Mida=Ruu et moi, mais on parlait de Naham quand ces deux-là sont passés, alors je me suis dit : profitons-en pour créer des liens ! »

Donc les hommes et femmes de Naham et Beimu étaient à la base tous les quatre ensemble. En jetant un coup d'œil de côté, au-delà de la vapeur des ramen, Fey=Beimu avait les joues légèrement teintées.

« , c'est depuis le banquet. Tes ramen bien sûr, mais ce bouillon de talapa, je l'ai trouvé délicieux. Bien sûr, si on me servait tous les jours des plats sans giba, ça m'ennuierait, mais pour un banquet, c'est parfait. »

L'homme de Beimu me parla en souriant. Je le remerciai, puis levai les yeux vers l'immense Mida=Ruu.

« Mida=Ruu aussi a l'air de s'amuser. Les ramen seront bientôt prêts. »

« Un… Les plats d', c'était super super bon… »

Les yeux de Mida=Ruu allaient de moi à Marufira=Naham. Marufira=Naham posa son regard sur Mida=Ruu et sourit timidement.

« Ah, ah, merci. P-pouvoir aider un peu en un jour si joyeux, c'est vraiment… je suis très heureuse. »

« Un… » fit Mida=Ruu en clignant des yeux.

Quand ces deux-là se retrouvent, une atmosphère bizarre naît. Un éléphant géant et un flamant rose qui se feraient face tranquillement au bord de l'eau — une ambiance pastorale, presque touchante.

« … de la famille Fa », c'est Mora=Naham qui prit la parole cette fois.

« Ce plat avec des fruits de mer… n'a pas convenu à mon palais. »

« Je suis désolé de ne pas avoir pu vous satisfaire. »

« …Cependant, vos ramen… ont plus que compensé… c'était délicieux, il me semble. »

Une voix d'une lourdeur rocailleuse.

Je lui adressai un « Merci » en souriant.

Alors Fey=Beimu intervint d'une voix solennelle :

« Les ramen sont cuits. Voulez-vous les goûter ? »

« Oh, bien sûr ! C'est pour ça qu'on est venus ! »

Rau=Rei s'approcha joyeusement du kamado. Pendant ce temps, Yamil=Rei s'approcha de mon oreille.

« Pour les gens de la lisière, les plats aux os de giba semblent plus appréciés… Moi, je trouve la soupe d'ici plus bonne, mais. »

« Ah, c'est vrai ? Si vous l'avez trouvée bonne, je suis ravi. »

« Hmph. Ça fait dix ans que je brise le tabou sans vraiment manger de viande de giba, alors j'ai peut-être juste un palais pas comme les gens de la lisière. »

L'allure envoûtante de Yamil=Rei s'assombrit soudain.

Mida=Ruu la surplombait, la regardant de haut.

« Mais… Mida, les ramen aux os de giba, c'est plus bon… »

« Quoi, tu me fais peur. Tu veux m'écraser ? »

« Non… Mida et Yamil, vous avez brisé le tabou… mais maintenant, vous vivez correctement… ? Que Yamil trouve cette cuisine bonne… c'est juste que c'était un goût qu'elle aimait par hasard, je pense…  »

Les yeux de Mida=Ruu semblaient briller d'une lueur poignante.

Yamil=Rei releva ses cheveux soigneusement tressés et soupira.

« Arrête de me faire ce regard pour une blague. Et quand tu m'appelles, mets le nom de clan. »

« Un… Désolé… »

« C'est bon, va. Allez, tu voulais manger cette cuisine, non ? »

Yamil=Rei attrapa le poignet massif de Mida=Ruu et l'entraîna vers le kamado à ramen. Puisque le lien du sang était rompu, se toucher ainsi allait à l'encontre des coutumes, mais elles semblaient l'avoir oublié.

« Ah, c-ces deux-là… m-mais, elles ont gardé un lien fort malgré la rupture du sang…  »

Marufira=Naham murmura à mon oreille, à peine audible.

Je répondis du même volume : « Ouais. »

« Mais Ruu et Rei sont du même clan, donc pas de problème, non ? »

« C-c-c'est sûr. D-d'ailleurs, maintenant dans la lisière, on dit qu'il faut approfondir les liens même avec ceux qui ne sont pas du clan, donc… il n'y a aucun problème. »

Tout en disant ça, Marufira=Naham posa son regard sur moi.

Ses lèvres arboraient un sourire maladroit mais apaisé.

« M-moi, je regardais juste votre entente, et j'ai trouvé ça tellement touchant… Si pense pareil, ça me fait plaisir. »

« Bien sûr. » Je répondis en souriant.

Devant l'autre kamado, Rau=Rei et les autres s'exclamaient « Délicieux ! Délicieux ! »

« Ah, Rau=Rei. Si tu veux, tu pourrais porter ça à Shimiral=Lilin et les autres ? Ils n'ont pas encore mangé, je pense. »

« Quoi ? Mais tout à l'heure, j'ai vu Rudo=Ruu et les autres passer devant vous ? »

« Tout à l'heure, les plats n'étaient pas chauds. Ils n'ont apporté que les gâteaux. »

Rau=Rei fit « Fumu » en réfléchissant.

« Alors c'est à toi de les apporter, non ? Toi qui es proche de Shimiral=Lilin et Vina=Ruu… enfin, Vina=Ruu=Lilin. Tu pourras bien voir leur joie. »

« Non, je suis en plein travail. Et ce rôle revient aux gens du clan, non ? »

Rau=Rei fit « Oumu » en hochant la tête.

« Compris. Je décline ta proposition. »

« Ouais, merci… Hein ? Tu n'y vas pas ? »

« Ouais. Tes paroles ne me plaisent pas, alors je n'écoute pas. Si tu veux leur faire manger, va toi-même. »

Il dit ça, puis se tourna vers l'homme de Beimu.

« Bon, on va au prochain kamado. Curieux de voir qui on va croiser. »

« Ouais. C'est un honneur que le chef de clan de Rei nous guide… Alors, à plus tard. »

Le dernier mot était pour Fey=Beimu.

Fey=Beimu hocha la tête sans un mot, Mora=Naham marmonna « …à plus tard ».

Tandis que ce groupe bigarré s'éloignait, un autre arrivait. Marufira=Naham leur tendit des assiettes en bois, puis me regarda avec hésitation.

« Ah, ah, moi, je vais bien toute seule, alors , vous pouvez aller porter les plats si vous voulez. »

« Mouais… comment dire… , tu en penses quoi ? »

répondit sèchement « Je sais pas. »

« Les paroles de Rau=Rei ne sont pas incompréhensibles. Suis le chemin que tu juges bon. »

Elle dit ça, puis fit briller ses yeux bleus.

« Mais… avant ça, il semblerait qu'un devoir t'attende. »

Je suivis son regard — et vis arriver un groupe tout aussi flamboyant que le précédent. Gazlan=Rutim et Dari=Sauti en tête, suivis des invités de la ville-château.

« Yahhô, on vient pour le deuxième service, -dono ! »

À côté de Dari=Sauti, Poruas rit franchement. La tension semblait s'être dissipée, il retrouvait son sourire habituel.

« C'est pas mal, un banquet moribe ! Je connais pas vraiment les mariés, mais tout à l'heure, j'ai failli verser ma larme. »

« C'est vrai ? Moi, j'ai pleuré tellement que mon visage en est tout fripé. »

« Haha. C'est normal quand c'est quelqu'un de proche ! Quel banquet merveilleux ! »

Entendre ça de Poruas me faisait sincèrement plaisir.

Alors Dari=Sauti sourit doucement à son tour.

« J'ai croisé Gazlan=Rutim qui guidait, alors je me suis joint à lui. Vos plats aussi, je les ai savourés, . »

« Merci. Si vous avez apprécié les plats sans giba, tant mieux. »

« Ouais. J'ai eu pas mal l'occasion de goûter la cuisine de la ville-château. J'ai pas été aussi surpris que les autres, et j'ai pu les manger. Et je me suis dit… , t'es vraiment un sacré kamado-ban. »

« C'est un honneur que Dari=Sauti le dise. Mais pourquoi cette impression ? »

« J'ai comme compris pourquoi les gens de la ville-château te couvrent d'éloges. , tu arrives vraiment à réjouir les gens de la lisière et ceux de la ville-château de la même façon. Ça m'a paru… incroyablement grand. »

Dari=Sauti sourit encore plus doucement.

« En plus, cette fois, t'as réjoui pareil un noble de Shim, parait-il. Juste sur le chemin, j'ai entendu plein d'histoires. »

À ce moment, la voix grave d'Alvaha, le noble de Guérard, parvint jusqu'ici.

« …Ce gâteau, vraiment du shaska ? »

« Oui. Tout est fait en shaska. Le gâteau de pâte vous a plu ? »

C'était une femme de Matua qui répondait. En jetant un œil, on voyait Alvaha, le plus grand de tous, hocher la tête « Oumu ».

« Extrêmement délicieux. L'inventrice, c'est Tour=Din ? »

« Ah, vous connaissez Tour=Din ? Oui, a donné les grandes lignes, et Tour=Din l'a concrétisé, parait-il. »

« Incroyable, talent. …Tour=Din, où est-elle ? »

« Tour=Din est partie quelque part avec les gens de Din et Zaza tout à l'heure. Elle doit faire le tour des kamado pour goûter les autres plats du banquet. »

« Je vois. …Transmettre, mes impressions, nécessaire. »

Apparemment, Dari=Sauti avait aussi écouté, et il esquissa un sourire amer.

« Il est comme ça du début à la fin. Ce noble de Guérard a l'air d'un sacrée original. »

« Ahaha. C'est vrai… Mais on a l'air de pouvoir bien s'entendre avec les gens de Guérard, c'est rassurant. »

« Ouais, vraiment. » Dari=Sauti acquiesça — et une petite silhouette s'avança.

Celle qui s'était tue jusqu'ici : Fermes. Ses yeux noisette étaient tournés vers , à côté de moi.

« Excusez-moi. Pourriez-vous m'accorder un moment ? »

« …Pas à , mais à moi ? »

« Oui. Je souhaite approfondir nos liens, moi aussi, . »

Fermes souriait avec une grâce extrême.

Face à lui, avait le regard d'une chasseresse.

« Le banquet touche à sa fin… mais je t'ai mise mal à l'aise,  ? »

« Un noble n'a pas à se soucier de l'humeur d'une comme moi. Quels que soient mes sentiments, toi tu as ton rôle à jouer. »

« C'est vrai. Mais je tiens pour un être irremplaçable. Être détesté par toi, sa plus proche existence, serait bien triste… et pourrait causer des ennuis inutiles. »

« … »

« Plus j'exprime mon affection pour , plus tu sembles mécontente. C'est parce que tu portes un intérêt fort non pas à l'individu, mais aux « Gens sans étoiles » au destin particulier, et ça te dérange, non ? »

« …J'ai dit qu'à l'avenir, il faudrait aussi approfondir l'affection humaine, non ? »

« Exact. Mais même maintenant, je chéris du fond du cœur ma rencontre avec . Si quelqu'un essaie de blesser , ma poitrine brûlera de colère. Pour moi, vaut ça. »

Les yeux de Fermes vacillèrent d'une lueur trouble.

Mais on sentait qu'il se raccrochait désespérément pour ne pas laisser son cœur s'envoler ailleurs.

« Ce banquet aussi. Shimiral=Lilin a obtenu ce grand bonheur grâce à sa rencontre avec . Je bénis du fond du cœur leur rencontre. …Est-ce un sentiment erroné ? »

« Erroné… je ne pense pas. Sans la rencontre avec , Shimiral=Lilin n'aurait pas rencontré Vina=Ruu=Lilin. C'est un fait. C'est la Mère Forêt et le Père Dieu d'Ouest qui ont amené ce destin heureux, je crois. »

adoucit légèrement son regard, plissa les yeux comme pour réfléchir.

« Simplement… tu as l'air d'essayer de comprendre ce destin par la raison humaine. Ce qui m'agace chez toi… c'est qu'on a l'impression que tu traites la forêt et les dieux avec légèreté… peut-être. »

« Je n'ai aucune telle intention. Juste, je ne peux pas ressentir l'existence des dieux comme vous, alors je finis par me reposer sur la raison. »

« Je ne sais pas ce que c'est comme sensation… »

Là, se tut.

« …Quoi qu'il en soit, aujourd'hui est un jour de fête. Pas le moment pour ce genre de discussion. »

Fermes jeta un œil en diagonale arrière et sourit « C'est vrai. ».

« Pardon pour ce propos sans élégance. Gemdo, laissons-leur de l'espace. »

Fermes et Gemdo se retirèrent sur le côté.

De l'autre côté apparut nul autre que Shimiral=Lilin.

« Conversation, dérangée, aurons-nous ? Si c'est le cas, excuses, présentons. »

« Pas du tout. C'est moi qui n'ai pas le droit de déranger votre journée. »

Shimiral=Lilin fit un signe de tête, puis porta son regard de l'autre côté.

Là se tenaient Alvaha et Nana=Kueimu.

« Nous, même, sentiment. Juste, plus tard, salutations, ferons. »

« Attention, reconnaissante, pensons. Aussi, noble Guérard, banquet, ensemble, partager, pu, honoré, pensons. »

Alvaha et Nana=Kueimu hochèrent la tête et reculèrent un peu.

Enfin, les yeux noirs de Shimiral=Lilin se posèrent sur moi.

Ces prunelles noires contenaient une douceur infinie.

« . Banquet, plats, reçus, sommes. »

« H, hai… Le protagoniste du jour qui vient lui-même chercher la cuisine, c'est rare. »

Je plaisantai pour ne pas fondre en larmes sur l'instant.

« Oui. Cuisine d', attendions. Ce sentiment, pas pu retenir. »

« Ahaha. C'est honorifique, mais laisser la mariée derrière vous, c'est pas bien, non ? »

« Non. Vina=Ruu, dos, poussé. Alors, venue. Plats, puis-je ?  »

Alors, une femme de Matua tira ma manche.

« Si c'est le cas, , faites cuire les nouilles ! Moi, je prends votre place ! »

La part qu'elles avaient préparée était épuisée pour les nobles.

Je ne sais comment, l'esprit encore trouble, je me retrouvai devant le kamado à ramen.

Pendant que les nouilles cuisaient, Shimiral=Lilin et moi échangeâmes des propos sans importance. Le groupe de Poruas de la ville-château avait disparu on ne sait quand. était près de moi, mais n'intervenait pas.

« Nous, premier, plat, mangé. , Reyna=Ruu, fait, c'est ça ? »

« Ah, oui. C'est Reyna=Ruu qui l'a proposé. Le goût, c'était comment ? »

« Délicieux. "Giba-curry", première fois, mangé, même, choc. »

« Si Shimiral=Lilin le dit, c'est le comble du bonheur. Vous avez déjà goûté la cuisine de Reyna=Ruu ? »

« Oui. Shim, banquet, cuisine, imitée, non ? Celle aussi, délicieuse. Reyna=Ruu, attention, heureuse. »

Shimiral=Lilin reste peu expressive.

Mais ses mots imprégnaient lentement ma poitrine.

Bientôt, les ramen au miso d'os de giba furent prêts. Shimiral=Lilin prit le bol en bois à deux mains, comme un trésor.

Elle usa de l'ustensile en forme de fourchette pour aspirer les ramen avec adresse.

« Comme on s'y attend de quelqu'un qui a l'habitude du shaska, pas de maladresse. »

« Oui. Shaska, ramen, parecido. Alors, , ce plat, choisi, c'est ça ?  »

« Cette idée y était pour quelque chose. Et puis, le bouillon d'os de giba plaît à beaucoup de Moribe. »

« Oui. Shim, patrie, portée, Moribe, devenue, moi, plat, convenable, pense. »

Elle dit ça en plissant les yeux de bonheur.

« , attention,嬉しく思います. Et… ce plat, extrêmement, délicieux. »

Je fis un sourire.

Si j'ouvrais la bouche, un sanglot allait s'en échapper.

Heureusement, pas de larmes.

Juste un peu, je voulais féliciter sans pleurer, en souriant — c'est ce que je pensais alors.

Shimiral=Lilin, comme si elle comprenait mon cœur, continua son repas en silence.

Je la regardais, moi aussi en silence.

Finalement — après avoir bu jusqu'à la dernière goutte de bouillon, Shimiral=Lilin poussa un soupir satisfait et parla.

« Moi, heureuse. Jadis, patrie, famille, pas eu. Mais nouvelle famille, nouveaux camarades, beaucoup, obtenus. Du fond du cœur, heureuse. »

Les yeux noirs de Shimiral=Lilin m'enveloppèrent de leur regard.

« Moi, destin, changé. , rencontré, tout, commencement. …Mais, lecture étoiles, relation, non.  »

Moi, la gorge encore serrée, penchai la tête pour montrer mon incompréhension.

Shimiral=Lilin souriait très calmement.

« , "Gens sans étoiles". "Gens sans étoiles", impliqué, humains, destin, grandement, change. …Mais, destin, choisir, soi-même. Carte étoiles, destin, montre, mais, humains, carte étoiles, suivent, pas. Volonté humaine, carte étoiles, reflétée, c'est tout. »

Les yeux de Shimiral=Lilin se tournèrent aussi vers .

avait un visage sérieux, écoutant les mots de Shimiral=Lilin.

« Surface eau, humains, reflète. Carte étoiles, surface eau, semblable. Surface eau, forme humaine, reflète, carte étoiles, destin humain, reflète. Seulement ça. Destin, ouvrir, soi-même. Carte étoiles, ça, reflète, seulement.  »

« …Oumu. C'est une parole juste, je peux le croire du fond du cœur.  »

Ça faisait longtemps qu' n'avait pas parlé.

Shimiral=Lilin garda la même expression et fit « Hai » de la tête.

« Diplomate, origine , inquiet, entendu. Mais, tromper, pas besoin. , "Gens sans étoiles", donc, carte étoiles, pas reflétée. Seulement ça. "Gens sans étoiles", impliqué, humains, mouvement étoiles, irrégulier, devient. Seulement ça. Nous, de base, carte étoiles, mouvement, lire, pas possible, alors, relation, non. Nous, propre volonté, destin, choisi. »

Je veillai à ne pas laisser échapper de sanglot, et répondis « Hai ».

J'avais envie de me féliciter de ne pas avoir pleuré. Shimiral=Lilin souriait avec une telle gentillesse.

« Sur ce, je dis. Moi, , rencontré, heureux, pense. Destin, ouvert, soi-même, fier, pense. Propre destin, destin Vina=Ruu, destin , bénis. Mère Forêt, Père Dieu Ouest, jadis Mère Prairie, jadis Père Dieu Est… toutes existences, bénédiction, offrir, veux.  »

Là encore, je ne pus répondre que « Hai ».

Mais ça devait suffire.

(En un jour pareil, Shimiral=Lilin… se soucie de moi…)

C'est moi qui voulais remercier tous les dieux pour ma rencontre avec Shimiral=Lilin.

Le « Vase d'Argent » n'était resté à Genos qu'un mois à peine. À ce moment-là, j'ai commencé le commerce de stand, et j'ai rencontré Shimiral=Lilin — ce destin, je voulais le bénir du fond du cœur.

J'inspirai profondément, avalant le sanglot qui montait.

Les larmes, sûrement, ne coulaient pas.

De toutes mes forces, je souriais à Shimiral=Lilin.

« Moi aussi, je suis vraiment heureux d'avoir rencontré Shimiral=Lilin et d'être devenus camarades. …Encore, félicitations pour votre mariage, Shimiral=Lilin. »

Shimiral=Lilin me fit un sourire.

Ce n'était plus le sourire d'avant — c'était un petit sourire innocent, comme celui d'un enfant.

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