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Isekai Ryouridou

Chapitre 718

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Chapitre 718

Chapitre 718

Chapitre 718/80090%~20 min de lecture3 819 mots

Et enfin arriva le quatorzième jour de la Lune bleue.

C'était le jour du banquet de noces de Shimiral=Lilin et Vina=Ruu.

La veille au soir, j'étais si excité que j'avais mis un temps fou à m'endormir. Mais je dus m'être endormi d'un coup à un moment donné, car je me réveillai net à l'aube.

Je me contentai d'accomplir les tâches minimales — la vaisselle, la toilette, la coupe du bois et la cueillette d'herbes aromatiques — puis je me mis en route pour la maison Ruu. , qui préparait le fendage du bois, observait mes allées et venues avec un regard d'une douceur inhabituelle.

« , tu as l'air… sincèrement ravi. »

« Oui. C'est le banquet de noces de Shimiral=Lilin et Vina=Ruu, après tout. La vraie difficulté, c'est de ne pas trop m'emporter. »

« C'est ainsi… Ta joie est ma joie. »

esquissa un sourire flottant.

C'était elle, plutôt, qui avait l'air si heureux. Moi qui étais dans un état d'excitation un peu anormal, j'en eus le cœur qui battait la chamade dès le matin.

« Bon, j'irai chez les Ruu une fois mon travail de chasse terminé. Le char est bien prêt, j'imagine ? »

« Ah, oui. Je l'ai laissé chez les Nahmu pour que Rurulu le récupère sur le chemin. On sera sept, mais nos bagages sont légers, ça ira. »

J'interpellai ensuite Tia, qui errait en portant un fagot de bois.

« Alors, Tia, tu es bien décidée à ne pas venir ? »

« Tia attendra le retour d' et des siens chez les Fou. »

En sept jours, Tia s'était remise au point de ne plus craindre le voyage en char. Mais sa dette envers moi étant acquittée, elle n'avait plus de raison de me coller jour et nuit.

« Mieux vaut que Tia évite de croiser les gens de la ville, non ? Alors elle restera sage chez les Fou. D'ailleurs, si elle allait jusqu'à la maison Ruu, elle ne ferait que perturber le repos des femmes enceintes et des enfants. »

Une docilité incomparable à la Tia d'autrefois. Son obstination à rester près de moi venait sans doute de ce besoin impérieux d'expier sa faute. Et elle était restée à mes côtés autant que possible — me protégeant magnifiquement, qui plus est.

« Tu as l'air fort en confiance avec Saris=Ran=Fou… Dans ce cas, pourquoi ne pas rester chez les Fou désormais ? »

À la proposition d', les mouvements de Tia s'immobilisèrent net.

Ses yeux rouges comme des grenats se tournèrent lentement vers .

« … Tia passera-t-elle l'avenir chez les Fou ? »

« C'est à toi que je le demande. Bardo=Fou semblait peinée que la famille Fa s'occupe de toi. Maintenant que ta faute envers est lavée, on m'a proposé de te confier aux Fou. »

« … N'est-ce pas au chef de famille, , et à Bardo=Fou d'en décider ? »

Tia fixait avec une intensité dévorante.

fronça légèrement les sourcils, perplexe.

« Je peux trancher, mais je voulais d'abord connaître ton avis. Histoire de ne pas me faire assommer par tes plaintes après coup. »

« Tia n'a aucun droit de se plaindre. Il faut suivre ce qu' et Bardo=Fou souhaitent. »

Dès qu'elle eut dit cela, les yeux de Tia se voilèrent de larmes.

s'écarquilla les yeux, stupéfaite.

« Quoi, pourquoi pleures-tu ? Tu n'as aucune raison de verser des larmes. »

« … Si c'était possible, Tia voudrait rester chez les Fa jusqu'à son retour à la montagne. Mais, comme le dit , Tia n'a plus de raison de rester chez les Fa. Tia s'en fiche, qu'on choisisse la voie la plus souhaitable pour et les siens. »

Tia retenait ses larmes de toutes ses forces. Elle serrait les lèvres, ses épaules menues tremblaient. Face à cela, se gratta la tête avec brusquerie.

« Si c'est si douloureux que tu en pleures, dis-le tout net ! Je n'ai pas dit qu'il fallait absolument aller chez les Fou ! »

« … Mais c'est un caprice de Tia. Désobéir aux gens de Moribe qui lui ont tant donné, Tia n'en a pas le droit. »

Une larme roula sur la joue de Tia, marquée de ces étranges motifs.

s'approcha d'un pas lourd, lui arracha le fagot des mains.

« C'est bon ! Tu resteras chez les Fa jusqu'à ce que ta blessure guérisse ! Je le dirai à Bardo=Fou ! »

« … Vraiment ? Les sentiments de Tia n'ont pas d'importance. »

« Tais-toi ! Ce genre de paroles, tu les diras une fois que tu auras retenu tes larmes ! »

Tia s'essuya les yeux du revers de la main et adressa à un sourire éclatant.

« Si on me permet de rester chez les Fa, Tia en sera sincèrement heureuse. Tia aime beaucoup et . »

, toujours chargées du fagot, poussa un profond soupir.

Je m'approchai à mon tour, m'accroupis pour scruter le visage de Tia.

« Moi aussi, j'aime beaucoup Tia. On continue ensemble, d'accord, Tia ? »

« Oui. Vous rentrez demain matin, n'est-ce pas ? Tia vous attendra chez les Fou. »

Les yeux de Tia, encore humides, brillaient comme des joyaux.

Cela faisait des mois qu'elle vivait hors de sa patrie, pourtant elle n'avait pas perdu une once de sa candeur. Les Rouges de Morga l'accueilleraient à coup sûr — j'en avais la conviction.

Une fois cette scène close, le bruit d'un char approcha.

C'était bien le char des Fafa dont on parlait tout à l'heure. Les rênes étaient tenues par un grand gaillard au visage long comme une statue de Moai — Mora=Nahmu, l'aîné des Nahmu.

« O, o, on vous a fait attendre. E, est-on en retard sur l'heure convenue ? »

Et de la plate-forme descendit en hâte Marfila=Nahmu. Je lui souris d'un « Oui ».

« D'ailleurs, on n'avait pas fixé d'heure précise. On avait dit "quand chacun a fini son travail du matin", non ? »

« Ah, c, c'est vrai. C, c'est une habitude, excusez-moi. »

Derrière Marfila=Nahmu qui s'inclinait à répétition, Tour=Din et Yun=Sudra descendirent à leur tour. Elles étaient venues chercher les femmes des foyers situés plus au nord que chez les Fa. Étrangement, toutes tenaient de gros paquets dans les mains.

« C'est quoi ça ? Les cadeaux de noce, ce sont des cornes et des défenses de giba, non ? »

« Ah, ce sont nos tenues de cérémonie. La maison Ruu a fait passer le mot : les femmes doivent porter la tenue de cérémonie. »

« Ah, c'est vrai. » dis-je en me tournant vers Marfila=Nahmu.

« Hé ? Du coup, Marfila=Nahmu aussi, elle va porter la tenue de cérémonie cette fois ? »

« Ah, o, oui. Puisque j'ai obtenu le droit de prendre un époux… j'ai enfin le droit de recevoir la tenue de cérémonie. »

Je compris intérieurement. Dans les autres familles, même les enfants portaient la tenue de cérémonie, mais chez les gens du sang de Ravitt, il semble exister une coutume selon laquelle on ne la revêt qu'une fois autorisé à célébrer son mariage.

« … Alors, avant le coucher du soleil, je reviendrai. »

Mora=Nahmu, sans descendre, fit mine de faire demi-tour avec Fafa. Je l'interpellai d'un « Hé ».

« Au banquet, c'est un homme et une femme par famille qui y vont, non ? Pour les Nahmu, c'est encore Mora=Nahmu qui y va, j'imagine ? »

« … S'il ne doit pas rendre l'âme en forêt aujourd'hui, ce sera lui. »

D'un ton sans expression, Mora=Nahmu s'en alla prestement.

« M, m, mille excuses. E, euh… »

Marfila=Nahmu, comme un poisson rouge qui s'étouffe, se tourna vers pour dire quelque chose.

« E, est-ce que vous me permettriez de chuchoter quelque chose à  ? »

« … Ce n'est pas spécialement contraire aux coutumes de Moribe. »

Tout en disant cela, affichait une tête de bouddhe furieuse. Quelqu'un de timide aurait retiré sa proposition sur-le-champ, mais Marfila=Nahmu s'inclina « Ah, ah, merci » et porta sa bouche à mon oreille.

« Ah, ah, mon frère Mora a très honte d'avoir dévoilé ses sentiments pour Fei=Beimu devant l'autre fois. Du coup, il a pris un air distant, mais ce n'est pas par méchanceté envers , alors, s'il vous plaît, pardonnez-lui. »

« Ah, c'était ça. Non, Mora=Nahmu a toujours été comme ça, alors je m'en suis pas formalisé. »

« Ah, c, c'est vrai. D, désolée d'avoir dit une chose inutile. »

Notre confidence prit fin, mais les yeux d' brillaient toujours d'un éclat perçant.

Je désignai le char de Giruru à Yun=Sudra et aux autres, qui attendaient sans occupation.

« Bon, montez dans le char. Les bagages sont déjà chargés, on peut partir. »

« Compris. » Yun=Sudra et les autres grimpèrent sur la plate-forme. Pendant ce temps, je rapportai à le contenu de la confidence.

« … Je vois. C'était cette histoire. »

« Oui. Je voulais juste pas que Yun=Sudra et les autres entendent, ne t'inquiète pas. »

« Moi, je… » commença , avant de pincer les lèvres.

« … Certes, voir recevoir une confidence d'un autre m'a un peu agacée. Mais je n'aurais pas dû le montrer. »

« Vraiment ? Tu avais l'air furax. »

Sans un mot, me donna un coup de pied dans la jambe.

Un coup de pied doux, presque câlin.

« Bon, j'y vais. Toi aussi, fais gaffe, . »

« Oui. … Si Fermes et les autres apparaissent avant moi, toi aussi, sois sur tes gardes. »

Ainsi quittâmes-nous enfin la maison Fa.

En route, nous prîmes les femmes des Matua, des Ratts et Fei=Beimu, cap sur la maison Ruu. Elles aussi, toutes, tenaient l'emballage de leur tenue de cérémonie.

« Ah, vous aussi, vous avez reçu les ornements offerts par les gens de la montagne ! »

s'exclama une femme des Matua d'une voix pétillante.

« Oui. » Ce fut Yun=Sudra qui répondit.

« Porter des ornements si beaux me gêne un peu, mais comme c'est moi qui ai été attaquée par les hors-la-loi de la montagne, le chef de famille me les a confiés. »

« Moi aussi ! D'ailleurs, presque tous ceux qui sont ici étaient au même endroit à ce moment-là. »

« Celle qui n'y était pas, c'est peut-être moi ? Les Ratts n'étaient pas de corvée ni au stand ni pour la préparation, après tout. »

D'un ton nullement regretteur, une femme des Ratts l'affirma. Elle ne devait pas considérer comme enviable le fait d'avoir été visée par des flèches enflammées.

« Mais Tour=Din, elle, n'a pas reçu d'ornement, dit-on ? »

« Ah, o, oui. J'en ai bien reçu un du chef de famille, mais je l'ai cédé à une autre femme. »

« Pourquoi ? Tour=Din n'a pas à se retenir ? »

« Euh, ce n'est pas de la retenue… J'avais déjà reçu un ornement d'Odifia, alors j'ai trouvé que c'était suffisant. »

« Ah, je vois. Porter plusieurs beaux ornements toute seule, ça ferait un peu gêne, effectivement. »

La voix de la femme des Matua se rapprocha soudain du siège du cocher.

« Hé, . Aujourd'hui, aussi va porter la tenue de cérémonie, non ? »

« Ah, oui. Au banquet de noces, c'est ce qu'on fait. »

« Ça va être chouette ! On vous aidera à l'habiller, encore ! »

La femme des Matua était surexcitée, pas moins que moi.

Non, tous les autres devaient être dans le même état. Marfila=Nahmu et Fei=Beimu sont du genre insondable, mais il n'y a pas de kamado-ban qui ne ressentirait rien face à la grande cérémonie des Ruu. Sur la plate-forme, on sentait déjà l'enthousiasme de ces femmes bouillonner et tourbillonner.

Le char qui nous portait finit par atteindre la maison Ruu.

Sur la place des Ruu, les préparatifs avançaient peu à peu : l'estrade pour les mariés, les kamado provisoires, le feu rituel étaient déjà tout prêts.

De plus, on devait préparer le banquet depuis ce matin. De plusieurs kamado sortait une fumée blanche, et des femmes s'affairaient çà et là. En les saluant au passage, nous avancâmes le char jusqu'à devant la maison principale, où plusieurs silhouettes se tenaient.

« Ah, . Vous arrivez drôlement tôt. »

« Bonjour, Ama=Min=Rutim. Et toi, Morun=Rutim, tu es déjà rentrée ? »

« Oui. Hier, les femmes des Domu m'ont ramenée. »

Morun=Rutim, qu'on n'avait pas vue depuis un moment, nous accueillit de son sourire habituel. À ses côtés, Ama=Min=Rutim tenait Zeldias=Rutim dans ses bras.

« Moi aussi, je suis venue avec les femmes qui font le travail de kamado. Malheureusement, je ne pourrai pas accomplir un vrai travail… »

« L'Ama=Min=Rutim d'aujourd'hui accomplit le travail le plus important de tous. Une fois le banquet commencé, on vous apportera les plats. »

« Merci. » Ama=Min=Rutim sourit, ravie.

« Cette fois, aussi prépare les plats du banquet. Ça me rappelle forcément mon propre banquet de noces. »

« Oui. Moi aussi, je pensais à la même chose. »

Il y a un an et demi environ, Ama=Min=Rutim célébrait ses noces en ce lieu. Aujourd'hui, elle sourit en serrant son enfant chéri contre elle. Sa silhouette semblait prédire l'heureux avenir de Vina=Ruu, et ma poitrine se réchauffa.

« Ah, et les autres sont venus. Bienvenus à la maison Ruu. »

Depuis l'arrière de la maison, Mirea=Rei mère arriva. Aujourd'hui, tout le monde souriait de bonheur.

« J'ai laissé le kamado de la maison Shin=Ruu libre. Aujourd'hui, tu peux l'utiliser toute la journée. Moi et Reyna, on restera enfermées dans le kamado de la maison principale. »

« Merci. Alors, tout le monde, à tout à l'heure. »

Nous fîmes demi-tour sur la place avec le char. Morun=Rutim allait sans doute rejoindre le travail. Lors des grands banquets, il est de coutume chez les Ruu, depuis peu, que les femmes de la parenté aident aussi au travail de kamado.

Nous nous dirigeâmes vers le kamado de la maison Shin=Ruu, que nous connaissions par cœur, et commençâmes par dételer Giruru. Juste à côté, la maison de Darum=Ruu envoyait déjà de la fumée de cuisine. C'était sans doute Sheila=Ruu qui y dirigeait les opérations. Les hommes devaient encore dormir, on n'en voyait nulle part — mais en y songeant, je remarquai trois silhouettes, grandes et petites, blotties dans le kamado.

« Oh, enfin là. Merci du boulot, . »

C'étaient Rudo=Ruu, Shin=Ruu et Mida=Ruu qui se reposaient dans le kamado. Des hommes qui trainent dans un kamado, c'était un spectacle pour le moins insolite.

« Salut, vous faisiez quoi là ? »

« Rien d'spécial. C'était trop bruyant dehors pour dormir, alors on tuait le temps. Comme ça, on sait direct quand vous arrivez. »

En disant ça, Rudo=Ruu et les autres sortirent en file.

« Du coup, vous aviez un truc à me demander ? »

« Y'a pas de truc. Juste que Mida=Ruu a dit qu'il voulait voir . »

Ce Mida=Ruu me dévisageait de ses yeux ronds. Il parle peu, peine à changer d'expression, mais il m'est très attaché. Heureux de tout cœur, je lui souris.

« Aujourd'hui, c'est un banquet rare. Tu as hâte de voir le festin, hein ? »

« Oui… Aujourd'hui aussi cuisine, alors c'est encore plus chouette… »

C'était la réplique de ce qu'avait dit Ama=Min=Rutim. Aux noces de Darum=Ruu et Sheila=Ruu, seul le plat spécial des mariés m'avait été confié. Comme il n'y avait guère d'invités hormis et moi, la règle voulait que le festin soit préparé par le sang Ruu.

« Ah, e, alors, nous empruntons ce kamado aujourd'hui. »

Marfila=Nahmu s'inclinait devant Shin=Ruu et Mida=Ruu. Elle semblait connaître non seulement la maison principale, mais jusqu'à la structure des branches. Shin=Ruu est le chef de cette famille, Mida=Ruu en est un membre.

« Ah… toi, Mida te connaissait ? »

Mida=Ruu pivota de tout son corps massif vers Marfila=Nahmu.

Marfila=Nahmu roula des yeux « Hein ? Hein ? »

« Ah, o, oui. J, je suis Marfila=Nahmu, la troisième sœur des Nahmu, qui suis venue saluer l'autre jour. C, c'est un honneur de vous rencontrer. »

« Non non, c'est pas ça. Mida=Ruu a entendu parler de toi par Sheila=Ruu, à ce qu'il paraît. »

Rudo=Ruu, les mains derrière la tête, donna cette explication supplémentaire.

« Mon frère et Sheila=Ruu habitent la maison que Mida a construite, mais le dîner, on le prend ensemble chez Shin=Ruu. À ce moment-là, ton nom est revenu plusieurs fois, apparemment. »

« Oui. Moi aussi, je me souviens l'avoir entendu plusieurs fois. Mais les Nahmu n'étaient pas familiers, alors Mida et moi, on avait oublié. »

Shin=Ruu ajouta d'une voix calme.

Marfila=Nahmu, tout embarrassée, roulait des yeux.

« C, c'est vrai… J, j'espère qu'on n'a pas dit du mal de moi… »

« Pas de mal. La nouvelle kamado-ban qui aide a un talent incroyable, répétait-elle sans cesse. Cela dit, ça fait déjà pas mal de temps. »

« C'est ça. Puisque tu vas aider aujourd'hui, le festin s'annonce encore plus chouette, non ? »

En disant cela, Rudo=Ruu tapa ponpon sur le ventre saillant de Mida=Ruu. Au lieu de hocher la tête, Mida=Ruu cligna frénétique des yeux.

« Oui… Mida aussi, il a hâte… »

« N, n, pas du tout. Moi, je suis juste une débutante qui ne pense qu'à ne pas rater son coup. »

Et là, soudain, Marfila=Nahmu fixa Mida=Ruu de son regard.

Elle leva les yeux vers son corps imposant et y plaqua un sourire maladroit.

« M, mais… si tout le monde se régale, je serai super heureuse. »

« Oui… » Mida=Ruu cligna encore des yeux.

Une composition qui réchauffait le cœur, sans raison claire.

« Bon, ben, on commence le travail. L'heure est juste, en plus. »

« Vous commencez déjà et c'est juste ? On gêne pas, on peut rester mater ça un moment ? »

« Oui, ça me dérange pas. Mais pour l'instant c'est surtout de la préparation, alors y aura peut-être pas beaucoup de goûter. »

C'est ainsi que nous commençâmes le travail sous les yeux de Rudo=Ruu et compagnie.

Avec sept kamado-ban, l'espace était assez large. Rudo=Ruu et Shin=Ruu s'installèrent près de l'entrée. Mida=Ruu, lui, ne pouvait pas faire pareil, alors il prépara des fagots juste devant l'entrée et y posa son corps massif.

« Au fait, cette fois, la tournée des familles du sang a été annulée. »

Au bout d'un moment, Rudo=Ruu lança cette remarque.

« Hein ? C'est la coutume où les mariés font le tour des maisons en plein jour, ça ? »

« Oui, oui. Puisque presque toutes les femmes sont réunies ici, non ? La fois d'avant, chez Darum, c'était une période de repos, donc les hommes restaient chez eux. Mais aujourd'hui, passé le zénith, la plupart des maisons seront vides. »

Effectivement, c'était vrai. Il restait peut-être des enfants et des vieux qui ne peuvent pas aider au kamado, mais ce devait être une poignée.

« Du coup, pour un mariage qui rassemble tout le sang, faire le tour n'a plus de sens. Passé le zénith, on ira chasser le giba comme d'habitude. »

« Ah oui… Une coutume de plus qui change chez les Ruu. »

« Hm ? T'as l'air déçu. »

« Non, je suis pas déçu. Mais une coutume qui dure depuis longtemps qui change, ça fait un petit pincement au cœur… Et c'est sûrement parce que j'ai apporté des méthodes de cuisine compliquées à Moribe. »

« Faut pas s'en faire. Personne a plus envie de bouffer de la soupe de poïtan, de nos jours. »

Rudo=Ruu éclata d'un rire ensoleillé.

« En plus, un mariage qui rassemble tout le sang, ça arrive pas souvent. Y'a les hommes de la maison principale, les chefs de famille de la parenté, et puis les aînés des maisons principales des Rutim et des Rei, à peu près. Cette fois, comme c'est le mariage de Shimiral=Rilin qui venait de l'extérieur, on a spécialement réuni tout le monde. »

« Ah, c'est vrai. Moi, j'ai connu que les grands mariages, mais c'était par hasard. »

« Oui. Depuis ma naissance, y'en a eu deux ou trois autres. Le mariage de Jiza, et… ah oui, celui de Giran=Rilin. Les autres chefs de maison principale s'étaient mariés avant ma naissance. »

Tout en avançant la préparation, je dis une deuxième fois « Ah, c'est vrai ».

Aux noces de Gazlan=Rutim comme à celles de Darum=Ruu, j'avais vu le défilé revenir vers la maison Ruu, et j'en avais été profondément ému. La perte de cette coutume me laissait un goût amer — mais il n'y avait rien à y faire.

« Quoi, t'as toujours pas digéré ? »

Rudo=Ruu s'approcha à grands pas.

Ses yeux marron clair scrutaient mon visage de côté.

« Écoute, la coutume du mariage, c'est pour partager la joie, non ? Le fait de faire le tour des maisons du sang a juste laissé place à la coutume de prendre du temps et des efforts pour faire de la bonne cuisine. Mais partager la joie, ça n'a pas changé. C'est pour ça que t'as pas à t'en faire, je te dis. »

« O, oui, désolé. J'ai inquieté Rudo=Ruu ? »

« J'suis pas inquiet pour . J'veux juste pas que tu fasses la tronche le jour du mariage de ma grande sœur. »

Rudo=Ruu détourna la tête et tira la langue.

Un geste mignon, tout comme Lara=Ruu. Grâce à ça, je pus enfin chasser mes pensées noires.

« Compris. Pour Rudo=Ruu, c'est le mariage de sa grande sœur chérie. Moi aussi, je vais me donner à fond. »

« C'est normal. Ceux qui attendent la cuisine d', c'est pas que Mida=Ruu. »

Rudo=Ruu regagna enfin le côté de Shin=Ruu.

Tandis que je faisais bouillir une grande quantité d'eau dans le chaudron en fer, je leur lançais :

« Au fait, Vina=Ruu et Shimiral=Rilin, ils font quoi jusqu'au soir ? Ils vont pas aider aux préparatifs ni partir chasser le giba, quand même ? »

« Vina est enfermée dans la chambre de Jiba-baba depuis ce matin. Shimiral=Rilin est venu avec les femmes des Rilin, alors il doit bien s'occuper des gamins quelque part. »

Shimiral=Rilin était déjà à la maison Ruu.

Cette seule nouvelle réchauffa doucement mon cœur.

« Tu veux saluer Shimiral=Rilin ? Je peux aller voir où il est. »

« Non… c'est bon pour l'instant. Mon boulot, c'est de réussir un festin digne de ce nom. Une fois qu'ici c'est calmé, j'irai le saluer comme il faut. »

Maintenant, Shimiral=Rilin partageait sûrement tranquillement sa joie avec les autres du sang. Imaginer sa silhouette discutant avec les femmes enceintes des Rilin et les enfants me faisait sentir comme si je recevais une part de ce bonheur.

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