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Isekai Ryouridou

Chapitre 71

Isekai RyouridouIsekai Ryouridou
Chapitre 71

Chapitre 71

Chapitre 71/12059%~14 min de lecture2 634 mots

« Re-=Ruu ? Qu'est-ce qui t'arrive donc ? »

=Ruu, vêtue de son habit de cérémonie, m'enveloppait de son corps.

Elle s'accrochait à ma poitrine.

Ses yeux, emplis d'une détermination désespérée, me fixaient de près.

« ... » Ses petites lèvres charnues firent sortir une voix légèrement étranglée.

« J'ai une faveur à te demander, . »

« U-une faveur ? »

« Deviens un membre du clan Ruu. »

Ses yeux bleus brillaient d'une lumière terriblement sérieuse, me scrutant à quelques centimètres.

« Quitte la maison Fa, deviens l'un des nôtres... deviens notre famille. »

« Qu-qu'est-ce que tu dis, tout d'un coup ? Donda=Ruu et Jiza=Ruu n'accepteraient jamais une chose pareille ! »

« Mon père, je le convaincrai. Jiza-nii aussi... si je lui parle, il finira par comprendre. »

Je ne pouvais pas l'imaginer un seul instant.

Ou plutôt.

C'est moi qui ne souhaitais pas une telle issue.

« ... Pourquoi dis-tu ça brutalement ? Je ne comprends pas du tout ta façon de penser, =Ruu. »

« Je veux être avec ! Je veux t'accueillir comme membre de ma famille ! Il n'est pas rare qu'un clan ayant perdu sa force intègre une autre maison. Les Moribe vivent ainsi, en s'entraidant les uns les autres. »

Et =Ruu saisit fermement le tissu de mon T-shirt au niveau de la poitrine.

« Père a sûrement déjà reconnu ta valeur. Si c'est une décision du chef de clan, Jiza-nii ne pourra pas s'y opposer. Après ça, je le convaincrai moi-même, en prenant le temps qu'il faudra ! »

« ... Mais dans ce cas, Ai=Fa se retrouvera de nouveau toute seule ! Tu comptes dire que ça t'est égal ? »

Je me demandais quelle expression j'avais.

=Ruu fronça les sourcils, visiblement peinée.

« J'ai déjà exposé mes sentiments à Ai=Fa. Pas besoin que ce soit Darumu-nii. Il y a beaucoup de célibataires dans les branches cadettes. S'ils posent leur sabre et se décident à entrer comme gendre... Père Donda lui-même a déjà poussé Ai=Fa à se marier dans la famille principale, tant il appréciait sa personnalité. Proposer une telle chose à quelqu'un d'un clan dont la lignée s'est éteinte comme les Fa, c'est normalement impensable... »

« Mais Ai=Fa a refusé, non ? »

Elle a eu cette conversation avec Ai=Fa, en plein milieu du banquet.

La porte close étouffait le brouhaha de la fête.

Et.

Ma poitrine se trouva bouchée par une émotion proche de la tristesse.

« ... Même ainsi, je veux être avec . »

=Ruu enfouit son visage contre ma poitrine.

« Ai=Fa est une femme forte. Une force qui fait peur. Je n'ai pas pu la faire changer d'avis. Mais... Ai=Fa s'en sortira, toute seule. Elle est assez forte pour ça. »

« C'est possible, en effet. »

Effectivement, Ai=Fa a survécu seule ces deux dernières années.

Sans croiser mon chemin, elle aurait continué à vivre seule, c'est certain.

Mais --

Nous nous sommes rencontrés.

« Ai=Fa est une chasseuse. Elle a choisi de pourrir dans la forêt en chassant le giba, au lieu de donner la vie. Mais dans ce cas -- quel sens y a-t-il à accueillir un homme comme membre du clan Fa ? Le sang des Fa s'éteindra avec Ai=Fa. Alors, , en tant qu'humain du clan Ruu... »

« =Ruu », dis-je en saisissant ses épaules lisses.

« J'ai compris tes sentiments. Tu te soucies à ce point de mon avenir, merci. ... Mais c'est impossible. »

=Ruu releva la tête, comme frappée.

Alors que d'énormes perles de larmes se formaient dans ses yeux bleus, je dis :

« Donda=Ruu et Ai=Fa n'ont rien à voir là-dedans. C'est moi qui ne le veux pas. Je n'ai pas l'intention de quitter la maison Fa. »

« Pourquoi... ? Même les hommes des branches cadettes, qui étaient si obstinés, reconnaissent désormais ta force. Si tu parviens à convaincre Jiza-nii avec le temps, tous les membres du clan Ruu t'accueilleront... »

« Moi aussi, j'aime tout le monde ici. Mais malgré ça, je suis un homme de la maison Fa. »

Tout en repoussant doucement le corps de =Ruu, je me redressai à demi sur le sol.

Elle resta accroupie près de mes genoux, et finit par laisser couler de grosses larmes sur ses joues.

« Pardon. ... Il me reste du travail. »

=Ruu se releva en pleurant.

Et.

Ses yeux mouillés de larmes brillaient d'une lumière incroyablement forte, tandis qu'elle me lançait un dernier regard.

« ... Je n'abandonnerai pas. »

Sur ces mots, elle s'élança hors de la porte.

Par la large ouverture, le bourdonnement fiévreux du banquet reflua lentement.

Je hissai mon corps, devenu lourd comme de la boue, depuis le sol.

(Pour =Ruu... est-ce là le bon chemin ?)

M'accueillir comme membre du clan, un humain aussi incertain que moi, et vivre ensemble.

Si c'était =Ruu qui m'avait ramassé, au lieu d'Ai=Fa -- quel bonheur, quelle joie ce serait.

Mais.

Même ainsi.

C'est Ai=Fa que j'ai rencontrée.

Un avenir où je vivrais séparé d'Ai=Fa, je ne peux même pas l'imaginer maintenant.

Je me frappai deux ou trois fois les tempes, puis me dirigeai vers la chambre de maturation de la viande.

Cependant.

Mes pas s'arrêtèrent à nouveau.

Un cri de femme, déchirant comme de la soie qu'on déchire, parvint depuis l'autre côté de la porte.

=Ruu ?

Non, ce sont plusieurs voix de femmes.

Un incident s'est-il produit ?

Peut-être que -- la suite de plats monstrueux comme les spare-ribs et les hamburgers a fini par faire exploser la colère de l'un des hommes ?

Alors que ces pensées me traversaient l'esprit avec impatience, je bondis hors du garde-manger.

Je traversai le long de la maison en courant, franchis le côté de la tour de guet, et pénétrai dans la grande place.

La place était agitée d'une manière anormale.

Comme si la joyeuse rumeur d'il y a peu n'avait été qu'un mensonge -- elle bouillonnait d'une passion négative.

Tous les regards étaient tournés dans la direction opposée à la tour.

De ce côté-là se trouve la sortie de la place.

Est-ce que Rei et les autres chefs de clan sont partis furieux ?

Je m'avançai vers le centre de la place, près du feu rituel, en prenant garde de ne pas heurter les gens massés là.

Alors -- une scène invraisemblable s'étala devant mes yeux.

(Qu'est-ce que c'est que ça ?) Sur le coup, je ne compris pas la situation.

Comment, pourquoi, par quel enchaînement un tel spectacle a-t-il pu se produire ? Mon imagination n'y suffisait pas.

Le fourneau le plus proche de la sortie s'était effondré.

Les hamburgers et les légumes sautés qui devaient être dessus gisaient éparpillés au sol.

Et -- la tête enfoncée dans ce fourneau effondré, un énorme giba gisait, mort.

Il est immense. Il doit faire près de cent kilos.

Mais c'est un giba très vieux, sans doute. Son pelage est terne, et une de ses cornes est brisée.

Et ce qui est planté dans son corps massif -- ce sont plusieurs lances en bois de grigi.

Sa fourrure brun-noir est souillée par une grande quantité de sang, et l'odeur est insupportable.

Et le feu du fourneau n'étant pas tout à fait éteint, il grille encore par endroits les poils de la tête du giba.

L'odeur sauvage de la bête, l'odeur du sang, l'odeur du pelage qui brûle -- tout cela emplissait la place comme une malice venue souiller la nuit de la bénédiction.

Le giba a foncé dans le fourneau, et les hommes l'ont abattu ?

Mais le giba, bien que féroce, est aussi peureux. J'ai entendu dire qu'il fuit à la vue d'un humain, sauf s'il se retrouve nez à nez à très courte distance.

Qu'un giba se jette de lui-même dans une grande place où se pressent plus de cent personnes, qui plus est dans un fourneau flamboyant, c'est difficile à concevoir.

Et -- presque hors de moi, je pus confirmer que mon intuition était juste.

Sous le cadavre du giba, une planche plate était posée.

Cette planche était munie de poignées en lianes.

C'est une planche de transport, celles qu'on utilise pour déplacer les marmites en fer ou les jarres d'eau.

Le giba n'est pas mort ici.

On a apporté son cadavre ici, et on l'a violemment projeté contre le fourneau.

Par la malice de quelqu'un --

« Qu'y a-t-il, qu'y a-t-il ? Pour un banquet si joyeux, voilà qu'on entend plus une mouche voler ? »

Une voix masculine, malveillante.

Une voix de jeune homme, légèrement chevrotante.

Une voix vaguement connue -- grave, mais un peu pâteuse et traînante.

Je relevai lentement le regard.

Au-delà de la fumée noire qui couvait -- trois hommes se tenaient là.

L'un est un grand jeune homme.

Cheveux brun-noir coupés courts, yeux bleus, grand -- mis à part sa taille, rien de particulier ne le distingue.

Un autre est un peu plus petit, lui aussi jeune.

Petit de stature, mais des muscles compacts sur tout le corps, visage carré, une gueule de komainu. Cheveux hirsutes et yeux brillants comme ceux d'un chien errant, de la même teinte que son compagnon.

Et le dernier -- un homme au corps de ballon, plus massif encore que Donda=Ruu ou Dan=Rutim.

Près de deux mètres de haut, visage, bras, ventre, jambes, tout est gonflé à en éclater, on dirait qu'il roulerait plus vite qu'il ne marcherait.

Son front est fuyant, seule la base des oreilles porte des cheveux noirs et drus en tourbillons.

Ça le fait paraître très vieux -- mais son visage bouffi est étrangement juvénile, et cette discordance me glaçait le sang.

Ce dernier, le ballon de viande, je ne l'ai jamais vu. Mais les deux autres sont gravés dans ma mémoire.

Il y a près d'un mois, je les ai croisés une seule fois : l'héritier de la famille principale Sun, Diga=Sun.

Et il y a une semaine, j'ai noué une mauvaise relation avec le second fils de la famille principale Sun, Dodd=Sun.

Sans conteste, ce sont des hommes du clan Sun, la lignée qui dirige les Moribe.

« Où est le chef de clan ? Dan des Rutim et Donda des Ruu, où se sont-ils planqués ? Nous, de la famille principale Sun, on est venus spécialement vous fêter, et pas un mot de bienvenue du chef ? Hein ? »

La voix chevrotante de Diga=Sun résonna dans la place imprégnée d'odeurs nauséabondes.

Probablement -- ils sont ivres.

Du moins, à en juger par les jarres de vin de fruit que tenaient l'aîné et le second, tels que je les connaissais.

« Le cadeau de fête ne vous plaît pas ? Un giba aussi gros, y a pas de quoi se plaindre, non ? Les cornes et les défenses, y en a bien trois d'attachées. C'est la bénédiction de l'aîné Diga=Sun, du second Dodd=Sun, et du cadet Mida=Sun des Sun principaux. Recevez-la avec gratitude, vous, la famille Rutim ! »

Le cadet -- il a dit cadet, tout à l'heure ?

Alors ce ballon de viande est le plus jeune ?

Même l'aîné Diga=Sun ne paraît pas avoir vingt ans --

Non.

Peu importe, pour l'instant.

Je serrai les poings, et jetai un coup d'œil discret aux alentours.

Les femmes sont terrorisées.

Les hommes -- sont en furie.

Au point que le moindre déclencheur les ferait saisir le sabre à leur ceinture -- tous, sans exception, avaient l'œil et la mine de chasseurs enragés.

C'est normal.

On a souillé le banquet de leur clan.

Ces goujats qui n'ont pour titre que d'être de la lignée du chef, qui déboulent dans la fête sous cette forme, aucun chasseur fier ne peut les tolérer.

Pourtant, personne ne bouge.

Serre les dents jusqu'à en faire craquer le son, serre les poings jusqu'à en faire perler le sang, tous les hommes restent immobiles dans leur rage silencieuse.

Croiser le fer avec la famille Sun, c'est diviser les Moribe en deux et risquer l'anéantissement de tout le peuple -- c'est ce qu'on m'a dit.

C'est pour ça qu'ils ne bougent pas ?

Donda=Ruu et Dan=Rutim sont quelque part dans cette place, eux aussi immobiles dans leur rage silencieuse ?

Mais moi -- je ne peux pas me taire.

Et.

Précisément parce que je ne suis ni des Ruu ni des Rutim, je me dis qu'il y a un rôle que seul moi je peux jouer.

Je contournai le giba, et me trouvai face aux hommes, non plus à travers la fumée noire, mais directement.

À cet instant -- deux des trois paires d'yeux s'allumèrent d'un éclat féroce.

Mais.

Leur regard était trouble.

« Qu'est-ce que c'est que ça, vous !? »

J'aboyai ma colère.

Leur regard devint encore plus sauvage.

« On n'a pas été prévenus d'invités supplémentaires ! Cent membres du clan Rutim allié aux Ruu, c'est le nombre de plats que j'ai accepté de préparer ! Je n'ai pas entendu parler d'invités surprises qu'il faudrait accueillir ! »

« Étranger... toi qui squattes chez les Fa, va ! »

Diga=Sun fit un pas en avant.

Il a bien sûr un sabre à la ceinture, mais la distance n'est pas encore à portée de bond -- probablement.

« Vous invitez un pareil étranger au banquet sans même nous convier, les Sun ! À l'origine, les Min, il y a quatre-vingts ans, étaient une branche des Sun -- inviter un tel étranger et dire que les Sun n'ont pas le droit de fêter, on ne vous le permettra pas ! Vous, les Ruu ! Vous, les Rutim ! »

« Ce genre de discussion, faites-la avec les chefs des Ruu et des Rutim ! J'ai reçu la commande de la maison Rutim, je suis responsable des fourneaux de ce banquet ! Qui que ce soit, je ne laisserai personne perturber mon travail ! »

Céder le pas à Dan=Rutim et aux autres.

En assénant de bons arguments à ces goujats qui ont perdu la tête, créer une situation favorable à notre camp.

Tel était le calcul dans un coin de ma tête -- mais en même temps, je vomissais ma propre colère.

La rage qui montait du fond de mes entrailles, je la laissais jaillir de ma gorge en paroles brutes.

Je pointai du doigt le cadavre misérable du giba.

« Enlevez ce cadavre de giba, tout de suite ! On parlera après ! Vous comptez manger du giba en regardant un cadavre de giba ? Boire la soupe de giba en humant l'odeur du sang de giba ? Dans le banquet dont j'ai la charge, de telles manières sont inacceptables ! Sortez ce giba de la place, immédiatement ! »

« Gamin, toi... ! »

« Si les chefs des Rutim l'autorisent, je vous servirai à manger aussi ! Mais les plats que vous avez gâchés, impossible de les refaire cette nuit ! Si vous tenez à perturber davantage mon travail, la facture ira aux Sun ! »

Diga=Sun tremblait de tout son corps.

Derrière lui -- Dodd=Sun tira son sabre.

Les femmes poussèrent des cris entrecroisés.

« Oser dégainer au milieu d'un banquet, espèce de crétin ! »

Une voix d'acier trancha les cris des femmes.

Une voix bien plus imposante que celles des fils gâtés des Sun, que la mienne -- une voix emplie de fierté et de colère.

La voix d'Ai=Fa résonna.

« Mon kamado-ban et moi sommes ici dans le cadre d'un accord avec l'aîné Gazlan=Rutim de la maison Rutim ! Nul n'a le droit de nous en faire reproche ! Quant à votre sort, il appartient au chef des Rutim -- mais si vous tournez votre lame vers un humain de la maison Fa, je ne ferai pas de quartier ! »

Et Ai=Fa, qui s'avançait du côté opposé au mien.

Était vêtue de son magnifique habit de cérémonie.

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