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Isekai Ryouridou

Chapitre 707

Isekai RyouridouIsekai Ryouridou
Chapitre 707

Chapitre 707

Chapitre 707/75094%~23 min de lecture4 538 mots

Le mois noir, très animé, touchait à sa fin et un nouveau mois arrivait.

Ce nouveau mois était la Lune d'indigo. Quel que soit le mois, l'animation restait la même, mais en repensant à la Lune d'indigo de l'an dernier, on ne pouvait s'empêcher de penser à quel point elle avait été animée.

Ce qui me revient en premier à l'esprit, c'est ma rencontre avec Valcas.

Strictement parlant, j'ai rencontré Valcas le 27 du mois noir. Je me souviens de la date parce que c'était le lendemain de l'anniversaire de Dan=Rutim. Donc, pour être précis, c'est lors de la Lune d'indigo que Valcas et moi avons pour la première fois été chargés de la cuisine le même jour.

C'était un banquet pour accueillir les gens de Banam qui avaient commencé le commerce avec Genos. Sur la demande de Welhyde, qui voulait faire connaître à ses compatriotes le fait que la viande de giba est délicieuse, j'ai été chargé du kamado.

Après avoir mené ce travail à bien, Valcas et moi avons noué des liens. Nous en sommes arrivés au point où Valcas m'a dit ces paroles pleines de gratitude : nous nous sommes sans doute rencontrés pour nous polir mutuellement.

Le lendemain, je me suis rendu pour la première fois à Doreimu, où l'on m'a fait visiter les champs de la famille Dora, et quelques jours plus tard, j'ai même dû me rendre dans la ville voisine de Dabagg.

Ce sont aussi des souvenirs inoubliables pour moi. J'ai fait la connaissance du père Dora et de la famille de Zashuma, et j'ai pu voir à quoi ressemblent les kimusu et les karon. De plus, le voyage à Dabagg incluant une nuitée, nous avons passé notre première nuit hors de Genos.

Et comme j'étais en voyage à Dabagg, c'est justement à cette époque que j'ai rencontré Arishna.

Tout comme pour Valcas, notre première rencontre a peut‑eu lieu vers la fin du mois noir. C'est lors de la Lune d'indigo que nous nous sommes revus à l'étal et que j'ai reçu un talisman de voyage.

Arishna aussi était une existence importante pour moi. Sans raison aussi claire qu'avec Valcas, elle m'avait marquée d'une façon étrange dès notre rencontre.

C'est aussi elle qui m'a dit pour la première fois clairement que j'étais un « peuple sans étoiles ». Lilanos de la « troupe de Gamurei » l'avait aussi fait, mais pour les astrologues de haut niveau, c'est une évidence au premier coup d'œil. Arishna a donc dû percevoir mon existence comme quelque chose de spécial dès le début.

Cependant, Arishna ne s'est pas approchée par simple curiosité intellectuelle. Elle porte sincèrement de la bienveillance et de l'affection à mon égard en tant qu'individu. Quels que soient les efforts des gens de l'Est pour cacher leurs émotions, je n'ai jamais douté de ce point.

Après notre retour de Dabagg, nous avons ouvert un restaurant en plein air à l'étal.

Ce fut aussi un grand tournant pour nous. Sans cet établissement, il aurait été difficile d'étendre nos affaires à cette échelle. En utilisant des assiettes, des cuillères et autres ustensiles, nous avons pu diversifier nos plats d'un seul coup.

Qui plus est, c'est à cette époque que la parenté de Sauti a été frappée par la calamité du « Maître de la forêt », un giba géant. Le jour même de l'ouverture du restaurant en plein air, la nouvelle tragique est arrivée de la famille Sauti, laissant un souvenir intense.

À ce moment‑là, les élites chasseurs et gardiens du feu sont restés plusieurs jours au village de Sauti. Ils ont fini par exterminer le Maître de la forêt, mais au prix de blessures graves pour , Donda=Ruu, Darum=Ruu et les autres.

s'étant gravement blessée aux côtes, elle a été contrainte à une vie handicapée. C'était une blessure si lourde qu'elle a dû s'absenter tout le mois violet suivant de son travail de chasseuse.

Mais grâce à cela, j'ai pu passer toute la période de la fête de la Résurrection aux côtés d'. Comme était blessée, on ne peut pas le dire trop fort, mais pour moi, ce furent des jours heureux comme une lune de miel.

Bref, la Lune d'indigo de l'an dernier a été riche en événements et en incidents.

Qu'en sera‑t‑il cette année ? Les événements imprévus sont les bienvenus, mais je prie la mère forêt et le père dieu occidental pour qu'aucun accident ne blesse qui que ce soit, et j'aborde cette deuxième Lune d'indigo sur cette terre.

***

Voici donc venu le premier jour de la Lune d'indigo.

Ce jour‑là, ce n'était pas un événement imprévu, mais un événement prévu depuis le mois précédent qui s'est tenu sans encombre : une réunion d'amitié chez la famille Dora à Doreimu.

Cette fois‑ci, c'était officiellement sous l'égide de la famille Ruu, mais on avait aussi invité et moi. Celle qui a le plus insisté, c'est bien sûr Rimi=Ruu. Jiba=Ruu avait décidé d'y participer, et Tara vit chez les Dora. Lors de la précédente réunion, ces quatre personnes avaient dormi dans la même chambre, donc Rimi=Ruu n'avait sans doute pas oublié ce bon moment.

C'est ainsi qu'après avoir fini le commerce à l'étal, nous avons rejoint le détachement venu de Moribe et nous nous sommes rendus chez les Dora.

Seule arrive en retard à cause de son travail de chasseuse, mais tous les membres de la famille Ruu sont présents. Côté femmes : Jiba=Ruu, =Ruu, Lara=Ruu, Rimi=Ruu, Sheila=Ruu. Côté hommes : Jiza=Ruu, Darum=Ruu, Rudo=Ruu, Shin=Ruu, Dan=Rutim. Seul l'ancien chef de famille Rutim s'est joint à eux, sa curiosité déjà vive ayant fait une rupture à cause du séjour de Rau=Rei et de sa non‑participation à la réunion d'échange de la ville‑relais.

« Regarder le visage de Zedia à la maison me suffit amplement pour être heureux ! Mais, avant qu'on s'en rende compte, la fin de la période de repos est sous nos yeux ! Je me suis dit qu'il fallait bien sortir une fois de Moribe, et c'est pour ça que je me suis porté volontaire ! »

L'intéressé le déclarait en riant « gahaha ».

Certes, on avait dit que les jeunes devaient participer à la réunion d'échange de la ville‑relais, mais pour cette rencontre, l'âge n'a pas d'importance. Au contraire, la moitié des gens qui nous attendent chez les Dora sont âgés, donc il vaut mieux que nous ne soyons pas uniquement des jeunes pour équilibrer.

Provisoirement, cette fois encore, les gardiens du feu font une rotation pour la cuisine. D'abord, =Ruu, Lara=Ruu et moi sommes de service, et nous finissons le travail en initiant les dames de la famille Dora à la cuisine.

De leur côté, deux hommes font le guet dehors en tant que gardes. Les premiers sont Jiza=Ruu et Rudo=Ruu, les autres profitent de la conversation avec les Dora. — Ceci dit, le père et les fils sont encore aux champs, donc il ne reste dans la grande salle que Tara, sa grand‑mère et son grand‑oncle, trois personnes.

« Nos vieux font toujours la tête, mais bon, quoi qu'ils en disent, ils avaient l'air de se réjouir de la venue de la doyenne. »

C'est la mère de Tara qui nous l'a confié en catimini dans la cuisine. La femme du frère cadet de Tara sourit aussi : « C'est vrai. »

« Hier soir, tous les deux étaient tout agités. Ils ne font que râler à voix haute, « c'est embêtant », « c'est une nuisance »… mais au fond, ils doivent être attirés par la personnalité de la doyenne. »

« C'est ça. Jiba aussi attendait beaucoup cette journée, on est reconnaissants. »

En préparant le repas, =Ruu répond avec un sourire.

« Mishir vient aussi ce soir, non ? Jiba a dit qu'elle avait hâte de la revoir. »

« Ah, la vieille Mishir est pareille. Elle ne montrera pas un sourire, mais elle doit se marrer intérieurement. »

Nous non plus, ça fait des mois qu'on ne s'est pas vus, mais la communication passe sans problème. Les deux femmes nous accueillent avec une gaieté remarquable.

« Vous êtes en bons termes avec les gens de la capitale, maintenant ? Alors venez jouer plus souvent. »

À ces mots de la mère, le sourire de =Ruu devient un peu flou. Les gens de Dora ont croisé Fermes lors de son inspection de Doreimu, mais ils n'ont pas échangé de mots personnellement, donc il est difficile de partager la méfiance des gens de Moribe.

Mais nous non plus, nous ne soupçonnons pas Fermes d'être un méchant. Il y a juste trop de choses qu'on ne comprend pas, donc on suspend notre jugement.

C'est sans doute pour cela qu'on a jugé qu'il ne fallait pas afficher notre méfiance. =Ruu a un peu hésité, puis a souri : « C'est vrai. »

« Seulement, hors période de repos, il est difficile d'emmener les hommes avec nous… J'espère qu'on aura l'occasion de vous revoir. »

« Hein ? Quand vous faites le commerce à la ville‑relais, vous n'avez pas d'escorte non plus ? Doreimu est bien plus tranquille que la ville‑relais, y a pas de souci à se faire. »

« Oui… mais comme on vient rarement à Doreimu, et que c'est loin du village de Moribe, les inquiétudes s'accumulent. »

« C'est ça. Et puis récemment, y a eu des histoires de hors‑la‑loi qui débarquent à Moribe, une dinguerie. Donda-papa doit pas être à l'aise d'envoyer les femmes seules dans un endroit qu'il connaît peu. »

Lara=Ruu, qui n'a pas le concept de timidité, vient en aide à sa sœur avec entrain. La mère dit « Je vois » en baissant un peu les sourcils.

« Au fait, à ce moment‑là aussi, a eu des ennuis, paraît‑il. J'ai été surpris quand mon mari me l'a raconté. »

« Oui, désolé de vous avoir inquiétés. Grâce à tous, ça s'est fini sans gravité. »

« Pourquoi c'est toujours qui prend cher ? … Bon, ça prouve peut‑être qu' est quelqu'un d'exceptionnel. »

Reprenant contenance, la mère esquisse un sourire.

« Bon, ben, on se met au boulot ? Aujourd'hui, c'est quoi comme menu ? »

« Oui. Aujourd'hui, je pensais faire des plats à base de miso. »

Le miso se vend aussi à la ville‑relais, au même prix que l'huile de tau, donc le père en achète souvent. « C'est bien pratique », dit la mère en faisant une mine encore plus réjouie.

Aujourd'hui la famille Ruu est à l'honneur, donc le choix du menu est laissé à =Ruu et aux siennes. Elles ont choisi : un sauté de viande et légumes au miso, un plat mijoté, et un cream stew.

« Hé ? Vous mettez du miso dans le cream stew ? J'y aurais jamais pensé ! »

Le cream stew lui‑même, je leur avais déjà appris à le faire chez les Dora.

Face à la mère stupéfaite, =Ruu répond « Oui » avec un sourire.

« En fait, c'est un plat auquel j'ai apporté ma touche personnelle après l'avoir goûté hier soir à l'« Auberge Vent-Ouest » de la ville‑relais. »

« Vous l'avez goûté pour la première fois hier soir, et vous l'avez déjà approprié ? C'est fort ! »

« C'était un plat qui m'a vraiment touchée, alors ce matin, avec Sheila=Ruu, on a bidouillé dans tous les sens. Les gens de la maison nous ont regardés avec des yeux ronds. »

Tout en ayant l'air gênée, =Ruu expose grosso modo la recette. L'original de l'« Auberge Vent-Ouest » était une version simplifiée du cream stew, donc on ne fait pas blondir la farine de fuwano dans la graisse de lait, on lie avec du poïtan cru. D'après les essais de =Ruu, la version simplifiée convient mieux quand on utilise du miso.

« Aujourd'hui on utilisera de la viande de giba, mais avec de la viande de kimusu ça devrait être bon aussi. Essayez si vous voulez. »

« Ouais, merci. Nous aussi, on achète de la viande de giba de temps en temps, mais c'est un luxe qu'on s'offre une fois tous les deux mois. »

En échangeant gaiement, nous commençons la cuisine.

Pendant ce temps, des rires incessants nous parviennent de la grande salle. La majorité étant des gens taciturnes, Rimi=Ruu, Tara et Dan=Rutim doivent compenser. Tant que tout le monde passe un bon moment, c'est parfait.

« Au fait, aujourd'hui, les sept frères et sœurs sauf Vina=Ruu sont tous là, hein. »

Alors que je lance le sujet sans arrière‑pensée, Lara=Ruu, qui hachait de l'aria à côté de moi, se penche vers moi.

« J'avais invité Vina‑sœur, mais elle a refusé en disant qu'elle n'était pas d'humeur. La réunion de la ville‑relais vient de se finir, elle doit être un peu fatiguée. »

« Hein ? Mais la participation de Vina=Ruu à la réunion d'échange, c'était il y a trois jours déjà, non ? »

De plus, les participants des trois premiers jours sont rentrés avant la tombée de la nuit. Hier, =Ruu et moi, qui sommes restés à la ville‑relais jusqu'au soir, on est en forme, alors que Vina=Ruu, qui a l'air plus costaud, se sente fatiguée, c'est pas très clair.

« C'est pas le physique, c'est le moral. … Quand elle croise Shimiral, elle devient comme ça. »

Lara=Ruu baisse la voix et ajoute :

« Puisque c'était la période de repos, Vina‑sœur et Shimiral se voyaient plus que d'habitude. Tant qu'elles sont ensemble, elle va bien… mais dès que ça s'arrête, elle s'effondre. »

« C'est un peu… non, c'est très inquiétant. »

« Ouais. Mais ça prouve bien que Vina‑sœur veut être près de Shimiral. C'est parce que c'est agréable ensemble que la séparation est douloureuse, sûrement. »

D'un air inhabituellement sérieux, Lara=Ruu explique.

« Moi, je pense que ces deux‑là devraient se marier. Vina‑sœur qui s'inquiète pour un homme comme ça, c'est la première fois. Si ça marche pas… Vina‑sœur n'aura plus personne pour se marier. »

« Ouais. Moi aussi je le souhaite, mais… faut d'abord que Shimiral prenne le nom de clan de Ririn. »

« C'est pour quand, ça ? Si on traîne, Shimiral va partir de Genos. »

D'un air qu'on ne sait s'il est fâché ou triste, Lara=Ruu lâche ça.

« Que Shimiral parte six mois sans même se marier, c'est hors de question. Vina‑sœur est trop pitoyable. »

Les mots francs de Lara=Ruu me touchent en plein cœur. Elle dit sans hésiter ce que je n'ose pas dire. C'est ça, la force de Lara=Ruu.

(Je suis nul. Je regardais Vina=Ruu et Shimiral avoir l'air heureux, et je me rassurais avec ça.)

Shimiral aussi doit avoir son lot d'anxiétés et de tourments. Même si elle est plus posée et fiable que moi, ce n'est pas une raison pour se rassurer.

« … Les gens de Ruu reprennent le travail de chasseurs demain, c'est ça ? »

« Ouais. Depuis la fête des récoltes, hier faisait pile quinze jours. Comme y'avait cette réunion aujourd'hui, on a dit qu'on reprenait demain. … Ça t'inquiète ? »

« Non, je me dis juste que j'aurais dû passer chez les Ririn une fois. »

Lara=Ruu hausse les épaules avec un air gouailleur.

« Même si tu y vas, ça changera rien. Prie la forêt et le dieu occidental pour que les discussions avancent bien. »

« Je le fais tout le temps. Mais je me dis que s'il y a un truc en plus que je peux faire… »

« Y en a pas. , reste tranquille. … Ça sent l'embrouille. »

Je tressaillis intérieurement. Lara=Ruu a sans doute deviné que Vina=Ruu m'avait fait des avances autrefois. Sinon, elle n'aurait pas sorti cette réplique.

(Est‑ce que mon inquiétude est déplacée ? … Bon, moi je suis juste un étranger qui ne sait faire que la cuisine.)

Et me voilà à broyer du noir. Là, Lara=Ruu me tape soudain dans le dos.

« Allez, l'aria est finie. Après, on fait quoi ? »

« Aïe aïe aïe… Je suis juste assistant, c'est à =Ruu qu'il faut demander les instructions, non ? »

« Ah, c'est vrai ? J'avais complètement oublié. »

D'un air détaché, Lara=Ruu saisit le néon. Elle a dû voir ma mine morose et vouloir me remonter le moral. C'est encore une de ses qualités.

« …  et Lara, vous chuchotiez quoi depuis tout à l'heure ? »

=Ruu, qui s'occupait des dames, demande curieusement. Lara=Ruu, en hachant le néon, réplique « Rien d'spécial ».

« Ça concerne pas ‑sœur. … De toute façon, ‑sœur est pas du tout fiable pour ce genre de trucs. »

« Euh, c'est quoi ça ! » fait =Ruu en boudeant.

Puis, remarquant mon regard, elle rougit en paniquant.

« M… Mille excuses. J'ai laissé voir un côté indécent. »

« Mais non, faut pas t'excuser. »

Au contraire, j'apprécie ce geste décontracté qu'elle ne montre qu'à sa famille.

Mais je ferais mieux de ne pas le dire. À Moribe, les hommes et les femmes non mariés doivent garder une distance convenable.

« Désolé désolé. Fais pas cette tête. Moi non plus je sers à rien. … Ah, pourquoi y a‑t‑il si peu de femmes fiables comme Ama=Min=Rutim chez les Ruu ? »

« J'sais pas de quoi tu parles, mais si c'est un truc où t'as besoin d'Ama=Min=Rutim, demande à Sati=Rei, non ? »

« Mais Sati=Rei a du mal physiquement, et Ama=Min=Rutim a les mains pleines avec le bébé. … Bref, c'est pas le genre de truc qu'on peut régler en s'en mêlant. »

« C'est pour ça que j'dis que j'comprends pas ! »

=Ruu fait une tête de plus en plus boudeuse. Ses yeux bleus me jettent un regard un peu reprocheur.

« … C'est parce que je suis une personne peu fiable que vous ne me dites rien ? »

« C'est pas ça. Si ça t'inquiète, parle avec Lara=Ruu quand t'as le temps. »

=Ruu comprend alors que ce n'est pas une conversation pour devant les gens de Dora. Elle rougit à nouveau, un peu honteuse, dit « C'est ça » et se remet aux ingrédients.

(Certainement, comme dit Lara=Ruu, ce n'est pas une histoire qu'on peut régler de l'extérieur. … Pourtant, Ama=Min=Rutim ou Sati=Rei=Ruu pourraient‑elles apaiser le cœur de Vina=Ruu ?)

Tout en y pensant, je me reconcentre sur le travail.

***

Après plusieurs koku, le soleil commence à pencher à l'ouest, et la table accueille les convives prévus.

Huit personnes de la maison Dora, dix de la parenté Ruu, trois invités spéciaux — moi, et la grand‑mère Mishir — soit vingt‑et‑une personnes dans une joyeuse cohue.

« Hé ! Toi aussi, tu pratiques les jeux de plateau ! Alors, après le dîner, j'aimerais bien une partie ! »

C'est Dan=Rutim, particulièrement bruyant, qui lance ça avec un grand éclat de rire. Son adversaire est le grand‑oncle de Tara, un homme d'âge mûr. Celui‑ci jette un regard de côté au sourire de Dan=Rutim et grogne « Hmpf ».

« Des gars qui ont appris les jeux de plateau hier‑aujourd'hui, ça ne fait pas le poids. Si tu veux pas faire honte, abstiens‑toi. »

« Perdre n'est pas une honte ! Si t'as confiance en ton bras, c'est encore plus une raison de jouer ! »

Même cet incarnation de la bougonnerie ne peut rien face à Dan=Rutim.

De même, la grand‑mère de Tara et la grand‑mère Mishir, du même acabit, échangent quelques mots avec Jiba=Ruu. L'ambiance est loin d'être pétillante, mais on y sent une atmosphère douce et confortable.

et moi partageons la table où la moyenne d'âge est la plus haute. Jiza=Ruu et =Ruu encadrent Jiba=Ruu, le reste est à la table d'à côté.

Sur la table, la moitié sont nos plats de giba, l'autre moitié des plats de kimusu et légumes préparés par les Dora. Les chasseurs de Moribe, peu intéressés par les viandes autres que le giba, mangent sans broncher l'hospitalité des Dora. Ils doivent préférer ces plats rustiques aux mets complexes de la ville‑château.

« Au fait, l'autre jour, Tara a encore été bien prise en charge. Comment ça s'appelait déjà ? Réunion d'échange ? Tara m'a raconté, mais ça a l'air d'avoir été costaud. »

À la table d'à côté, le père Dora a déjà le visage rouge de vin de fruit et lance la conversation. Rudo=Ruu, qui mangeait à côté de Tara et Rimi=Ruu, répond « Ma‑ouais » en souriant.

« Nous aussi, on descend souvent à la ville‑relais ces temps‑ci. Mais passer autant de temps, c'est possible seulement pendant la période de repos. Les autres aussi avaient l'air de s'éclater. »

« Oui oui. Que les gens de Moribe puissent aller jouer à la ville‑relais sans gêne, c'est vraiment une bonne époque. Moi aussi, si j'étais un peu plus jeune, j'aurais voulu me joindre à vous. »

« Tara, on l'invite aux festins de Moribe, mais toi, t'as jamais l'air. C'est seulement pendant la saison des pluies que tu peux bouger ? »

« C'est ça. Si je me donne un peu de mal, je peux passer la nuit… mais bon, faut laisser les occasions aux jeunes. »

« C'est ça. Le père et Tara, ils voient et les autres presque tous les jours. »

Le frère cadet de Tara intervient avec un doux sourire. Ça fait déjà longtemps qu'ils sont invités aux festins des Ruu.

Là, Tara, qui discutait avec Rimi=Ruu, tire la manche de Rudo=Ruu : « Hé hé ! »

« L'invitation de Tara au festin, c'est vieux. Récemment, y a pas eu de festivités ? »

« C'est vrai. La fête des récoltes, on a décidé de la faire entre gens du clan. Du coup, les seules occasions d'inviter des gens, c'est les mariages… mais Lara a encore 14 ans. »

Lara=Ruu, en face, rougit et fait mine de jeter sa cuillère en bois. À côté, Shin=Ruu, qui grignotait un sauté de kimusu à la graisse de lait, rougit sans changer d'expression.

« Chez les branches non plus, y a pas de projet de mariage… Dis‑disons, parmi les filles de la parenté qui aident à l'étal, y en a qui vont se marier ? Comme ça, Tara les connaîtrait.  »

Rudo=Ruu nous interpelle. =Ruu, qui aidait Jiba=Ruu à manger, secoue la tête : « Non. »

« Si elles se marient, continuer à aider à l'étal devient dur. Du coup, on fait appel à des jeunes de 13‑14 ans. »

« Hé ? C'est comme ça. Maintenant que tu le dis, parmi ceux qui bossent à l'étal, celles qui sont mariées, c'est Sheila=Ruu et les filles de Ririn. »

Auparavant, Oura=Rutim était du nombre, mais depuis la naissance de Zedia=Rutim, elle a arrêté l'étal. Sheila=Ruu, à côté de Darum=Ruu, sourit discrètement : « C'est exact. »

« Moi, je suis responsable de l'étal, donc je continue, mais d'habitude, quand on se marie, on cède sa place. Pour Ririn, comme il n'y a pas de filles non mariées, ils ont décidé de n'en faire travailler qu'une tous les cinq jours. »

« Hou … C'est que le travail de la maison est chargé, hein. »

« Oui. Ririn a peu de monde à la base, et beaucoup de jeunes enfants, donc c'est d'autant plus dur. »

« Mais toi aussi, t'es mariée, c'est pas les affaires des autres. Si tu as un gamin, tu pourras plus bosser à la ville‑relais un moment, non ? »

C'est la mère qui lance ça sur un ton enjoué.

« Au fait, quand t'es venue pendant la saison des pluies, t'as fourré ton nez partout. Mais bon, t'as fini avec un si bel homme, c'est le principal. J'ai hâte de voir quel joli bambin va naître entre vous. »

Sheila=Ruu rougit légèrement et sourit « Merci ». Darum=Ruu fait une drôle de tête en se grattant les cheveux noirs.

Laissant ce jeune couple de côté, Rudo=Ruu grogne encore « Hmm ».

« Pour les filles en âge de se marier, y a Vina‑sœur, ‑sœur et Yamil=Rei… Bon, y aura pas de mariage pour un bout de temps. »

« Hein ? Vina=Ruu bien sûr, mais =Ruu est une grande beauté, et pourtant pas de prétendant ? »

Le père tourne la tête, intrigué. =Ruu répond par un sourire poli.

« Oui. J'ai dit que je voulais me concentrer sur ma formation culinaire pour encore quelques années… donc je pense pas me marier avant un moment. »

« Je vois. =Ruu, si elle le veut, elle a l'embarras du choix, y a pas à se presser. »

Le père s'arrête là et n'évoque pas Vina=Ruu. Il connaît l'affaire Shimiral et juge qu'il ne doit pas s'immiscer. Tara fait « Ah oui » en baissant les épaules, déçue.

« J'veux encore aller jouer chez les Ruu. … Si y a un truc, appelle‑moi, promis ? »

Rimi=Ruu répond « Oui ! » avec un sourire rayonnant. Tara sourit à son tour, l'affaire est close.

(Je sais pas pourquoi, mais ces temps‑ci, j'ai souvent l'occasion de réfléchir au mariage. … Bon, l'âge du mariage est plus tôt que dans mon monde d'origine, c'est normal.)

Alors que je pense ça, se penche : « Qu'est‑ce qui t'arrive ? »

« Rien… Juste un peu, Shimiral me tracasse. »

« Shimiral ? Pourquoi ? »

« Si tu me demandes pourquoi… C'est parce que le jour où Shimiral partira en voyage approche à grands pas. »

Selon mes calculs, le « Vase d'Argent » arrivera à Genos vers la mi‑Lune violette, dans un mois et demi. Même en comptant un mois de séjour à Genos, dans deux mois et demi, Shimiral sera partie pour son long voyage. L'arrivée de la Lune d'indigo fait sentir tout ça de plus en plus proche.

« … Même si tu t'en fais, ça ne sert à rien. On ne peut que prier pour que le bon chemin s'ouvre à nos amis chers. »

« Ouais. Lara=Ruu m'a dit la même chose. J'aimerais pouvoir aider ne serait‑ce qu'un peu… mais c'est difficile, hein. »

fronce légèrement les sourcils et se rapproche encore.

« Ne fais pas ces yeux tristes. Moi aussi, j'ai le cœur serré. »

« Ouais, désolé. Aujourd'hui, j'arrive pas à changer d'humeur. »

« Alors… pourquoi ne pas préparer un bon plat ? Ta cuisine donne de la force à n'importe qui. »

Je ris involontairement « Ahaha ».

La gentillesse d' qui se soucie de moi me réchauffe le cœur. S'il n'y avait pas de regards, j'aurais repris sa main.

« C'est vrai. Ce que je peux faire, c'est cuisiner. … Dis, =Ruu, demain, je peux m'entraîner chez les Ruu ? »

Quand je l'appelle, le visage de =Ruu s'illumine.

« Bien sûr. … Ah, non, c'est Mia=Rei qui décide, mais ça ne posera pas de problème. »

« Alors demain au retour, je lui en parlerai. … Et, si possible, j'aimerais que Vina=Ruu participe aussi. Tu pourrais lui transmettre ? »

=Ruu penche la tête, intriguée, mais acquiesce : « Compris. »

Bien sûr, je ne pense pas cuisiner *pour* Vina=Ruu. Je veux lui transmettre le savoir‑faire du curry délicieux que j'ai peaufiné récemment. Ce que je peux faire, pour l'instant, c'est à peu près ça.

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