Aller au contenu principal

Isekai Ryouridou

Chapitre 706

Isekai RyouridouIsekai Ryouridou
Chapitre 706

Chapitre 706

Chapitre 706/75094%~17 min de lecture3 314 mots

Quelques koku plus tard, nous nous étions installés comme prévu à l'Auberge Vent-Ouest.

et Jo=Ran, qui nous avaient rejoints plus tard, partageaient la même table. Cela dit, comme la fois précédente, les gens de Moribe étaient dispersés un peu partout dans la salle, si bien que Jo=Ran se trouvait très loin. À notre table, c'étaient Ben et Cargo, ce duo de garnements, qui avaient pris place.

« Cela dit, on n'aurait jamais cru se faire épier par un noble de la capitale. On était tellement absorbés par le jeu de guerre qu'on n'a pas remarqué le moindre signe. »

C'est Ben qui fit cette remarque en savourant le plat de giba de l'Auberge Vent-Ouest. Aussitôt, fronça les sourcils, si bien que Cargo éclata de rire gaiement.

« n'apprécie vraiment pas ce noble, hein ? Mais enfin, il n'a rien fait de mal, alors pas la peine de se formaliser comme ça, non ? »

« Je sais », répondit-elle avant de marmonner d'une voix que seul je pouvais entendre.

« Toutefois, s'il prévoyait sa venue, il aurait pu au moins nous en glisser un mot… De la part de Gazlan=Rutim, c'est quand même peu prévenant. »

« Qu'est-ce que tu marmonnes ? Regarde, le nouveau plat arrive ! »

On vit Shiru, la mère de Yumi, apporter de nouvelles assiettes en bois. Elles contenaient un plat de soupe à base de miso. À l'Auberge Vent-Ouest aussi, on était parvenu à se procurer du miso sans encombre.

On distribua le même plat aux autres tables, où montèrent des acclamations. Gens de Moribe, jeunes de la ville-relais, mais aussi clients hébergés et voyageurs de passage s'étaient pressés en nombre, et l'Auberge Vent-Ouest affichait complet ce jour encore.

« Hé, celui-là aussi passe pas mal. Il a l'air un peu différent de la soupe qu'on vend au stand de la famille Ruu, non ? »

Sur les paroles de Ben, je saisis ma cuillère en bois en disant « Voyons voir ».

Je goûtai d'abord le bouillon seul : sa texture était étonnamment onctueuse, presque comme un ragoût. En vérifiant le goût, la saveur du lait de karon était riche, pour un résultat qui rappelait exactement un ragoût crémeux au miso.

« Ah, je vois. C'est une tentative intéressante… Reyna=Ruu, qu'en penses-tu ? »

Comme j'étais assis dos à dos avec Reyna=Ruu, je me tournai pour lui demander. Elle se retourna avec un air sérieux.

« En tant que tentative, je trouve ça intéressant. Il faudrait encore ajuster les proportions de miso et de lait de karon… Et puis ajouter un bouillon pour donner de la profondeur, peut-être. »

« Ah, c'est sûr. Et il y a de la marge pour ajuster le goût avec de l'huile de tau ou du sucre. Je lui en parlerai à Yumi plus tard. »

« Oui. J'ai comme l'envie irrésistible d'y retoucher. J'ai l'impression qu'on est tout près d'obtenir une véritable harmonie. »

C'était là une déformation professionnelle typique des gardiens du feu de Moribe.

Bon, continuer ce genre de confidence n'avait pas beaucoup de sens. Je me retournai vers ma propre table pour profiter du repas et de la conversation.

« Mais putain, Zwei=Rutim m'a bluffé ! Et Rau=Rei aussi. On dirait pas qu'ils ont appris le jeu de guerre il y a quelques mois à peine, ils ont un niveau dingue. »

Cargo, d'ordinaire au tempérament si paisible parmi les jeunes, était aujourd'hui passablement loquace. Depuis, il avait affronté Zwei=Rutim plusieurs fois sans jamais gagner, et son bilan contre Rau=Rei était quasi à égalité, semblait-il.

« est arrivée trop tard, on a pas pu s'affronter. Mais elle a dû pas mal progresser, non ? »

« Disons qu'elle est plus habile que quand elle venait de l'apprendre. »

« La prochaine fois, compte sur moi ? Moi aussi, je me mettrai sérieusement à m'améliorer ! »

Comme Cargo et Ben relançaient la conversation avec entrain, , d'ordinaire peu causante, finit par y prendre part correctement. De son côté, elle avalait sans doute ses vrais sentiments — l'envie de rester tranquillement à la maison, celle de goûter ma cuisine — pour tenter de tisser des liens avec les gens de la ville-relais.

Yamil=Rei et Zwei=Rutim devaient partager le même état d'esprit. Elles étaient chacune attablée un peu plus loin avec leur chef de famille respectif et les jeunes de la ville-relais. Je me demandais un peu quel genre de conversation elles avaient.

« Rebi et Teria=Masu auraient pu venir, quand même. C'est dommage pour une réunion comme celle-ci. »

« Ah, c'est vrai. Aujourd'hui, ils n'ont pas réussi à se libérer, apparemment. »

« Leur auberge à eux marche bien tous les jours, aussi… Cela dit, ils se mettent ensemble quand, ces deux-là ? Leur commerce de stand roule, c'est le moment propice, non ? »

« À Moribe, s'immiscer dans le mariage d'une autre famille est considéré comme un manque de respect. »

« Mais eux, ils ne sont pas de Moribe, ce sont des gens de la ville-relais. Les charrier un peu, c'est ça la gentillesse. »

« Charrier, ça serait de la gentillesse ? »

écarquilla les yeux, sincèrement surprise. Sa réaction les fit rire, Ben et Cargo.

« Enfin, on le fait pas par gentillesse, nous. Mais quand tout le monde vous pousse, ça peut vous donner le coup de pouce qu'il faut. Dire à un couple bien assorti qu'il l'est, c'est quand même une forme de prévenance, non ? »

« Hmm… Difficile d'être pleinement convaincu, mais c'est vrai que ça peut ouvrir la bonne voie. »

« C'est ça. Enfin, et , elles, n'ont pas besoin qu'on les pousse. »

Les yeux d' brillèrent d'un éclat féroce et un « C'est flippant ! » projeta Ben en arrière avec sa chaise.

À ce moment, Yumi s'approcha, un plateau chargé de plats à la main.

« Ah, enfin fini le coup de main ! Tout le monde s'amuse ? »

« Pourquoi t'es pas allée voir Jo=Ran, alors ? »

« Tais-toi ! … De toute façon, y avait plus de place là-bas. »

« Alors faut les appeler. Allez, j'y vais. »

Sans écouter Yumi qui tentait de l'arrêter, Ben se leva prestement. À cette vue, Cargo engloutit ce qui restait dans son assiette.

« Moi, je vais causer un peu avec Rau=Rei et les autres. Pas question qu'on me traite comme un intrus. »

« Mais arrête ! Inutile de t'occuper de ce qui te regarde pas ! »

Devant Yumi qui rougissait, Cargo s'en alla à son tour. Yumi répétait « Mais arrête ! » tout en avalant son vin de fruit par dépit.

« … Toi non plus, tu n'as rien dit aux autres à propos de l'histoire avec Jo=Ran ? »

« J'ai rien dit du tout ! C'eux qui fourrent leur nez partout tout seuls ! »

« Je vois. Alors autant tout leur dire, non ? Ce sont tes amis précieux, après tout. »

se souciait de cette histoire depuis un moment. Le fait qu'elle l'ait confiée à Rebi et Teria=Masu mais la cache à Ben et Cargo allait à l'encontre des valeurs de Moribe, sans doute. Yumi rougit encore plus en la dévisageant.

« Ce genre de truc, j'ai pas envie de l'étaler partout. Eux, c'est sûr, ils vont nous charrier. »

« … Pourtant, je viens d'entendre que charrier peut être une forme de prévenance. »

« C'est la logique de ceux qui charrient, ça ! Moi… bon, moi aussi je charrie Vina=Ruu parfois, mais… »

« Alors d'autant plus que tu devrais leur dire, non ? »

Yumi s'affala sur la table, vidée.

« Arrête… Ne me coince pas avec un regard si franc… aussi, avouer ce genre de truc, c'est gênant, non ? »

Heureusement, Yumi ayant le visage caché sur la table, put éviter qu'on ne voie ses joues rougir.

« Je ne dis pas qu'il faut avouer ses sentiments. Je me disais juste qu'il vaudrait mieux les informer de la façon dont vos deux familles cherchent la voie droite. Si elles le savent correctement, l'envie de vous charrier aveuglément s'éteindra peut-être. »

« C'est pas vrai ! Eux, ils sont pas comme les gens de Moribe. Ils vont charrier encore plus fort, c'est sûr ! »

« Soit… C'est effectivement un peu délicat. »

Yumi releva légèrement le visage et eut un petit rire.

« Ton ton est tout raide, mais on dirait une conversation normale entre filles de notre âge, non ? J'aurais cru jamais pouvoir avoir ce genre de discussion avec . »

« C'est vrai », répondit en caressant ses joues rougies.

Là, Jo=Ran s'approcha d'un pas léger.

« Ah, Yumi. Tu as enfin fini le travail. Ben est venu me prévenir. »

« Ouais, enfin… Et l'idiot, il est où ? »

« Si par idiot tu parles de Ben, il est assis à ma place. On a dit qu'on échangeait nos places. »

Ben avait sans doute fait preuve de la même délicatesse que Cargo. Jo=Ran s'assit en souriant à côté de Yumi et inclina légèrement la tête, intrigué.

« Yumi, tu as un peu le visage rouge. Tu as trop bu de vin de fruit ? »

« C'est rien ! T'as pas à t'en faire ! »

« Je vois. Fais attention à ne pas trop boire de vin de fruit. »

Jo=Ran souriait béatement. Certains le trouvent charmant, d'autres le trouvent benêt et s'en lassent. Les deux existent. Pour ma part, j'étais à peu près soixante-dix pour cent pour le premier, trente pour cent pour le second.

(Si Yumi était de Moribe, il lui aurait déjà demandé sa main en mariage, disait Jo=Ran.)

C'était curieusement très proche de ce que Dik=Domu avait dit à Morun=Rutim. Malgré la différence de position, ils se trouvaient dans des circonstances assez semblables.

(Jo=Ran et Yumi, Dik=Domu et Morun=Rutim, Rau=Rei et Yamil=Rei, Shimiral et Vina=Ruu… Et maintenant, Mora=Nahamu et Fei=Beimu aussi. Tous, ils sont tombés amoureux de quelqu'un avec qui le mariage n'est pas simple.)

Et nous, et , c'était pareil.

C'est pour ça que je ne peux pas considérer leur situation comme étrangère.

Bien sûr, je souhaite le bonheur à Shin=Ruu, Lara=Ruu, Rebi et Teria=Masu. Mais ce sont les gens dans des situations plus difficiles vers qui je ressens la plus forte empathie.

(Peut-être que… moi et , on est vus comme ça par les autres, aussi.)

C'est en y repensant que je me tournai vers .

Elle picorait le reste de son plat, se tourna vers moi — et rougit instantanément. m'attira par l'épaule et porta sa bouche à mon oreille.

« Arrête. Pourquoi tu me regardes avec cet air-là ? »

« C'est une réplique qu' me sort souvent, mais à ce moment-là, j'ai quel genre d'yeux, moi ? »

Je chuchotai en retour, et me vrilla l'oreille droite douloureusement. « Aïe, aïe ! » criai-je, et les deux en face nous regardèrent, perplexes.

« Qu'est-ce qu'il y a ? a fait une bêtise ? »

« aussi a trop bu de vin de fruit ? »

« C'est rien ! » lança-t-elle en me relâchant l'oreille. La douleur disparut tout de suite, elle avait dû doser.

« Hé, Yumi, elle chante toujours pas ? »

C'était Rudo=Ruu qui l'appelait depuis la banquette arrière. Yumi faillit recracher sa soupe.

« Qu'est-ce que j'ai à chanter à chaque fois, moi ? Et d'ailleurs, comment Rudo=Ruu il sait ça ? »

« Parce que t'as eu du succès en chantant ici, du coup t'as chanté au banquet de célébration du mariage de Fou et Sudra, non ? Yumi qui chante, c'est quand même un truc de dingue. »

Rudo=Ruu avait lui aussi entendu Yumi chanter au banquet de célébration du mariage de Fou et Sudra. Pendant que Yumi se grattait la tête en disant « Mince alors… », Jo=Ran se retourna les yeux écarquillés de surprise.

« Yumi, tu n'avais pas l'intention de chanter ? Moi, j'avais hâte d'accompagner ton chant à la flûte traversière… »

« C'est juste que… quand y a trop de connaissances, c'est un peu gênant, quoi. »

« C'est ainsi… Quand j'accompagne ton chant à la flûte, je ressens un bonheur étrange. Sans même te toucher du doigt, j'ai l'impression de ne faire qu'un avec toi. »

Yumi rougit à nouveau et gifla le dos de Jo=Ran.

« Toi… avec ton air hyper sérieux, tu racontes n'importe quoi ! »

« Ai-je dit quelque chose d'étrange ? Pourtant, c'est mon sincère sentiment… Si tu n'y vois pas d'inconvénient, est-ce que je peux encore jouer de la flûte aujourd'hui ? »

Dans les yeux de Jo=Ran au visage sérieux brillait une lueur émouvante. Yumi se tritura les cheveux, puis lui tapa à nouveau dans le dos.

« J'ai compris, alors arrête de me regarder comme ça ! … Pff, grand comme tu l'es, tu fais gamin… »

« C'est donc qu'on te perçoit comme un petit frère ? »

Comme Jo=Ran se penchait en avant, paniqué, Yumi lui fourra dans la bouche le poïtan grillé qu'elle n'avait pas encore touché. Jo=Ran inclina la tête, mais mâcha le poïtan grillé pour l'instant.

(Quelque part, Jo=Ran aussi fait un peu chien. Pas la même race que Rau=Rei, mais quand même.)

Je retins mon rire en songeant cela.

Peu après, Yumi et Jo=Ran, ayant fini de manger, se levèrent et s'avancèrent vers le centre de la salle. Rien que ça suffit pour que tout le monde comprenne, et des acclamations s'élevèrent déjà.

« Bon, bon… Puisque c'est comme ça, je vais en chanter quelques-uns. Vous voulez entendre quoi ? »

Aussitôt, divers titres fusèrent de partout. « Tout d'un coup, je peux pas savoir ! » brailla Yumi, et je lui parlai en coin à .

« Pouvoir entendre le chant de Yumi encore aujourd'hui, c'est une vraie chance. Jo=Ran aussi connaît pas mal de nouveaux morceaux, on aura peut-être droit à de nouvelles chansons. »

« C'est vrai », répondit , mais elle avait une mine renfrognée. Elle aussi devait avoir une affection exceptionnelle pour le chant de Yumi, pourtant elle avait l'air boudeur.

« Qu'est-ce qui t'arrête ? Tu t'inquiètes encore pour Fermes ? »

« Ouais. Qu'il discute avec en mon absence, ça me déplaît. »

« J'ai à peine discuté avec lui. Aujourd'hui, Fermes avait l'air absorbé par Gazlan=Rutim. »

« La façon dont s'exprime Gazlan=Rutim me préoccupe aussi. Qu'est-ce qu'il veut dire par "il est à plaindre", au juste ? »

Le regard d' était sérieux, alors je répondis sérieusement.

« C'est sans doute le fait qu'il se consume pour un vœu inaccessible qui a paru pitiable. Vouloir voir jusqu'au bout tout ce qui existe au monde, c'est au-delà des forces humaines, après tout. »

« Évident. Est-ce qu'il tenait vraiment ces absurdités du fond du cœur ? »

« Ouais. Je crois qu'il n'a jamais été aussi sérieux. »

garda son air sérieux et secoua lentement la tête.

« C'est une pensée trop folle. Comment a-t-il pu se laisser posséder par une telle obsession ? »

« Mystère. Moi, je ne peux pas comprendre ça… Mais peut-être que pour Fermes, s'immerger dans ce genre de pensée, c'est ce qui lui procure du bonheur. »

« Tu dis que s'adonner à une telle obsession lui procure plus de bonheur que de vivre au jour le jour ? »

En disant cela, promena son regard autour d'elle.

Le morceau semblait enfin choisi : Yumi et Jo=Ran chuchotaient en se concertant. La plupart pressaient de commencer, les autres profitaient du repas et de la conversation.

Rudo=Ruu et Reyna=Ruu, Gazlan=Rutim, Zwei=Rutim et Dim=Rutim, Rau=Rei et Yamil=Rei — Cargo discutait avec Rau=Rei et les siens, Ben vidait son vin de fruit à une autre table. Une quinzaine de gens de Moribe, et le double de gens de la ville-relais. Tous avaient les joues rouges de chaleur, profitant de cette réunion de tout cœur.

« … . »

« Ouais, c'est ça. »

Nous hochâmes la tête en parfait accord, par télépathie.

On avait l'impression que les mots de Gazlan=Rutim nous étaient soudain devenus limpides.

Souhaiter connaître le monde entier plutôt que de vivre de tels jours — le fait que cela puisse paraître plus heureux, c'est… une chose terriblement pitiable, songea-t-on.

(Bien sûr, ce n'est pas mal en soi. Dans mon monde d'origine non plus, il y en avait plein comme ça. Des savants qui s'immergent dans la recherche en négligeant vie quotidienne et relations humaines… Tiens, Valcas, dit comme ça, c'est peut-être le même type.)

Pourtant, Valcas est relié à plein de gens par la cuisine. Ses disciples semblent le vénérer de tout cœur, et à Moribe aussi, beaucoup lui sont attachés.

Mais Fermes, lui ? Existe-t-il quelqu'un qui approuve, vénère et partage ses actes de tout cœur ? Au fond, on a l'impression qu'il ne cherche même pas ça, au départ.

(Ça y est… C'est pour ça que, malgré toute la bienveillance et la gentillesse qu'il distribue, Fermes n'arrive pas à se faire apprécier des gens de Moribe. Il a un côté qui rappelle Kamyua… Et il est encore plus déconnecté de la réalité que Kamyua, non ?)

Je ne sais plus quand, mais Barcha avait critiqué Kamyua=Yoshu. Kamyua=Yoshu lui-même n'était pas là, et c'est à Reito, qui le vénérait comme mentor, qu'il avait adressé des mots durs.

C'était, si je me souviens bien — sur la parole de Reito disant que Kamyua=Yoshu avait combiné les liens tissés en divers endroits pour dessiner le plan de renversement de Cycléus, Barcha avait déclaré que c'était comme si un dieu ou quelque chose jouait avec le destin des humains. Pour Barcha, Kamyua=Yoshu traitait les humains comme des pions et s'adonnait à une partie de jeu de guerre.

(Mais moi, de Kamyua aussi, je peux désormais sentir une tendresse humaine. Kamyua n'est pas quelqu'un qui ne voit les autres que comme des pions.)

C'est parce que cela s'est transmis que Kamyua=Yoshu a fini par être accepté par les gens de Moribe.

Et Fermes, alors ?

Lui aussi, au-delà de l'intérêt purement académique, peut-il cultiver une affection humaine ? D'ailleurs, le jour du banquet avec Diaru, quand il est apparu, il a dit qu'il serait heureux qu'une affection entre humains naisse entre lui et nous.

(Nous non plus, on n'a pas d'autre choix que de viser ça. Avec Kamyua, il a fallu pas mal de temps pour vraiment s'ouvrir. Pour approfondir des échanges humains avec Fermes… Il n'y a qu'à avancer pas à pas.)

Au moment où je pensai cela, enfin, la mélodie de la flûte traversière se mit à flotter dans la salle.

Des acclamations éclatèrent, puis retombèrent promptement. Aussitôt après, le chant de Yumi se superposa à la mélodie de la flûte.

C'était une chanson joyeuse que je ne connaissais pas.

Les gens, sans déranger le chant et la musique, se mirent à battre des mains en rythme.

Le chant de Yumi a décidément le pouvoir de remuer les cœurs. Moi qui m'immergeais dans des pensées peu agréables, je sentis mon cœur se délier, envahi par une sensation de bien-être.

Les gens aussi écoutaient, captivés, un sourire satisfait aux lèvres.

Je me retournai : avait les paupières closes, s'abandonnant elle aussi au chant de Yumi.

(Comment cette chanson résonne-t-elle pour Fermes ?)

Après avoir effleuré cette pensée une dernière fois, je saisis la main d' sous la table.

Elle tressaillit un instant, surprise, mais me la serra en retour sans un mot.

Sur son visage aux yeux fermés flottait un sourire d'une grande douceur.

Je le gravai bien dans ma mémoire, puis fermai à mon tour les paupières.

Partager la joie de l'instant avec l'être qu'on chérit. Y a-t-il quelque chose de plus heureux que cela ?

C'est peut-être ça que je voudrais demander à Fermes.

Swipez pour naviguer

Commentaires

0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.