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Isekai Ryouridou

Chapitre 644

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Chapitre 644

Chapitre 644

Chapitre 644/73088%~21 min de lecture4 094 mots

Valcas put enfin en mesure de se mouvoir normalement trois jours plus tard.

Apparemment, le corps de Valcas avait été passablement éprouvé par ce long voyage, si bien qu'il fut contraint de garder le lit pendant deux jours entiers.

Pendant qu'il était alité, Tartumai lui prépara ce qu'on appelle des plats médicinaux. Ce n'était rien d'autre que des décoctions d'herbes médicinales qu'on ne pouvait même pas qualifier de cuisine, aussi Valcas supplia-t-il qu'on lui fasse à manger des plats ordinaires, mais on lui répondit invariablement par un « c'est impossible » sec et sans appel.

Pourtant, c'est grâce à Tartumai que Valcas put se rétablir.

Le matin du troisième jour, Valcas se redressa sous la tente de Tartumai, en massant sa nuque et ses épaules complètement raidies, et poussa un « ah » d'expiration.

« Il semble que la fièvre soit enfin tombée. Ces deux jours, je vous ai causé bien des tracas, et je m'en excuse sincèrement. »

« Tant que vous allez mieux, c'est l'essentiel. ... Cela peut sembler déplacé de ma part, mais ne vaudrait-il pas mieux que vous rentriez vers l'ouest par vos propres moyens ? »

« C'est vrai. Si vous aussi vous veniez avec moi à Génos, je le ferais. Si je peux obtenir un talent comme le vôtre, ce seul fait aura valu le coup de venir au Shim. »

Lorsque Valcas répondit ainsi, Tartumai soupira sans expression.

« Vous dites encore ce genre de choses. ... Soit. Alors, je vous raccompagnerai jusqu'au village le plus proche, et vous y chercherez quelqu'un qui vous convienne. »

« Certes. Il ne doit pas y avoir beaucoup de gens qui manipulent les herbes aromatiques avec autant d'habileté que vous, ceci dit. »

Valcas sortit de la tente en compagnie de Tartumai.

Ce qui s'étendait devant eux était une steppe d'une désolation remarquable. Bien qu'on l'appelât steppe, des blocs rocheux abrupts y affleuraient çà et là, et ceux-ci, se superposant aux arbres clairsemés, bouchaient la vue. Le sol était bien recouvert de vert, mais c'était un paysage qu'on aurait plutôt envie d'appeler terre sauvage que steppe.

« ... Ici, nous sommes à la lisière occidentale du territoire des "Gi", une région frontalière. On ne manque pas de feuilles et de racines de yanmuru, mais il est difficile d'y récolter d'autres bienfaits, et l'endroit est éloigné de toutes les rivières. »

« Je vois. Je croyais avoir arpenté la région en long et en large, mais je n'ai fait qu'aller et venir aux confins du Shim, en somme. »

Enroulant son cache-col anti-poussière du nez jusqu'au menton, Valcas répondit ainsi.

Au bord de la tente se tenait un grand charriot, et de l'intérieur en provenait le grognement trouble d'une bête. Lorsque Tartumai ouvrit la porte de la caisse, deux totos et trois gyama en descendirent. C'étaient bien sûr les gyama qui poussaient des cris.

« Les totos et les gyama étaient donc dans la caisse. La nuit est-elle donc si dangereuse ? »

« Oui. Il ne devrait pas y avoir de bêtes dangereuses par ici, mais les insectes et serpents venimeux pullulent. Nous autres humains, si nous n'enduisons pas nos tentes d'huile répulsive contre les insectes venimeux, ne pouvons même pas passer la nuit en paix. »

« Je comprends. Moi qui n'ai perdu que mes totos, j'ai encore eu de la chance. »

Tartumai fixa Valcas avec un air dubitatif.

« Vous n'avez tout de même pas passé la nuit en plein milieu de la steppe sans dresser votre tente ? »

« Eh bien. Les premiers jours, j'ai pu me loger dans les villages que je croisais, mais ce jour-là, la nuit m'a surprise en pleine steppe. J'ai pensé qu'il était dangereux de faire courir les totos la nuit, alors j'y ai allumé un feu et j'ai passé la nuit là. »

Tartumai secoua la tête avec un gros soupir.

« Pourquoi avoir fait une chose aussi dangereuse ? Puisque vous aviez été hébergé au village jusqu'alors, les habitants auraient dû vous apprendre comment passer la nuit dans la steppe. »

« Ils me l'ont sans doute dit. Mais moi, je ne sais pas manier la langue de l'Est. »

« ... Et comment avez-vous pu continuer votre voyage, dans ce cas ? »

« Je communiquais par gestes. Je n'ai pas ressenti d'inconvénient particulier, en fait. »

« C'est à cause de cela que vous avez perdu vos totos, donc c'était bel et bien un inconvénient majeur. Ignorant la langue de l'Est, tenter de traverser le Shim tout seul... »

Là, le regard de Tartumai devint encore plus méfiant.

« ... D'ailleurs, la zone franche qui s'étend entre Seruva et le Shim est supposée être un secteur particulièrement dangereux. Vous n'avez tout de pas traversé cette zone tout seul, j'imagine ? »

« Non. À ce moment-là, j'ai demandé à une caravane qui rentrait de Génos au Shim de me laisser l'accompagner. Mais eux se dirigeaient vers la capitale royale du Shim, Laorim, donc nous nous sommes séparés là-bas. »

« Pourquoi ne vous êtes-vous pas rendu à Laorim, vous aussi ? Là-bas, au moins, vous n'auriez pas perdu vos totos, et vous n'auriez pas été tourmenté par la poussière. »

« Je déteste la foule autant que la poussière. L'odeur et la chaleur que dégage une multitude d'humains me donnent le tournis sur-le-champ. »

Tartumai baissa les épaules, l'air toujours impassible.

« C'est vraiment un corps qui donne du fil à retordre... À mon avis, quelqu'un comme vous n'aurait jamais dû quitter sa patrie. »

« Pourtant, à Génos, il est difficile de se procurer les herbes aromatiques du Shim. Ces derniers temps, les nobles les achètent en gros, si bien qu'elles nous parviennent encore moins. »

Valcas répondit ainsi.

« C'est pour ça que je dois me faire un nom suffisant pour travailler chez les nobles. Pour vivre comme cuisinier à Génos, il ne reste plus que cette voie. »

« ... Est-ce un acte qui vaille qu'on y risque sa vie ? »

Tartumai demanda d'une voix basse.

Valcas inclina la tête, ne comprenant pas le sens.

« Risquer sa vie, c'est un bien grand mot. Ce genre de parole convient plutôt aux chevaliers qui ont voué leur épée au royaume. »

« Alors pourquoi vous exposez-vous à une telle imprudence ? »

« C'est pour la cuisine délicieuse. Si on répugne à l'effort, on ne peut pas créer de plats délicieux. »

Là, Valcas se mit à tousser. De fines poussières s'étaient infiltrées par l'interstice de son cache-col.

Valcas enroula un second cache-col par-dessus le premier, puis se tourna vers Tartumai en disant « bon ».

« Quand part-on ? Les totos et les gyama ont l'air d'avoir commencé leur repas du matin. »

Les deux totos et les trois gyama broutaient l'herbe à leurs pieds. Après y avoir jeté un rapide coup d'œil, Tartumai poussa à nouveau un soupir.

« ... D'ici que j'aie fini de plier la tente, leurs ventres seront pour l'instant rassasiés. Veuillez patienter un peu. »

Valcas proposa son aide, mais elle fut poliment refusée. Tartumai ne voulait sans doute pas que Valcas refasse de la fièvre. Il commença à plier seule l'énorme tente avec efficacité.

Une fois celle-ci rangée sur la caisse, il attela les totos au charriot et guida à nouveau les gyama à l'intérieur. Il semblait avoir l'intention de faire galoper les totos dans la steppe, plutôt que de s'adapter au pas des gyama.

« Ce sera à l'étroit, mais montez vous aussi dans la caisse. Avant le zénith, nous devrions atteindre le village des environs. »

« Oui, merci. »

Lorsque Valcas monta dans la caisse avec son sac, Tartumai abattit son fouet en cuir sur la croupe des totos.

La steppe, qui paraissait douce, cache çà et là des bosses, comparée à une route pavée de pierre. Valcas dut endurer ces secousses en compagnie des trois gyama.

« ... Ces gyama, les élevez-vous pour leur lait plutôt que pour leur viande ? »

« Oui. Si on en fait de la viande, les bienfaits s'arrêtent là. Je vis tant bien que mal en vendant leur lait. »

« Je vois. Le lait a de multiples usages. Pas seulement l'alcool de lait, mais aussi la matière grasse, le lactosérum, le fromage sec, le beurre... Rien qu'à imaginer leurs saveurs, le cœur m'en bat plus vite. »

« ... Une fois au village au bord de la rivière, vous pourrez en goûter à volonté. »

Après avoir dit cela, Tartumai inclina la tête avec un « hum ».

« D'ailleurs, vous avez visité plusieurs villages, mais vous disiez que c'était la première fois que vous buviez de l'alcool de lait de gyama. »

« Oui. Les villageois avec qui j'ai partagé des repas buvaient tous de l'eau. D'ailleurs, dans les villages que j'ai visités, je n'ai guère vu de gyama. »

« Alors c'étaient sans doute des villages de colons libres, et non des gens de la steppe ? L'endroit où j'ai dressé ma tente se situait justement à la frontière entre le territoire des "Gi" et la zone de libre colonisation. »

« Effectivement. Maintenant que vous le dites, c'est bien possible. Même s'ils sont des colons libres, s'ils sont des gens de l'Est, je ne sais pas les distinguer. »

En regardant le dos de Tartumai, Valcas haussa une épaule.

« Donc, parce qu'ils sont de pauvres colons libres, ils mangeaient une cuisine aussi misérable ? ... Non, ce n'est pas ça. Eux aussi utilisaient généreusement des herbes aromatiques, donc s'ils avaient cuisiné correctement, ils auraient pu faire des plats bien plus merveilleux. »

« ... Moi qui suis encore plus démuni que les colons libres, je ne saurais y répondre. »

Sur ces mots, Tartumai se tut.

Faute de mieux, Valcas décida d'observer le comportement des gyama.

Les gyama sont des bêtes étranges, dotées de deux cornes et de six pattes. Leur corps n'est pas très grand, et ils bélaient d'une voix trouble. Valcas n'eut l'occasion d'en manger de la viande séchée qu'en venant au Shim, mais son goût était très sauvage et possédait une odeur assez forte.

(Cependant, dit-on, les gyama de montagne ont une odeur encore plus forte. Si on utilise correctement les herbes aromatiques, on devrait pouvoir en faire une viande excellente, sans odeur.)

À son avis, les gens de l'Est pensent probablement qu'en les associant simplement aux fruits de chitt et autres épices, l'odeur ne dérange plus. Pour Valcas, c'était de la supercherie et de la paresse. Pour transformer le défaut qu'est l'odeur de la viande en une qualité qu'est la saveur, un traitement extrêmement minutieux est nécessaire.

(Même ce Tartumai, son traitement de la viande de volaille était encore bien imparfait. Ce devait être un mélange d'herbes poussé jusqu'à l'harmonie avec la racine de yanmuru.)

Il y a trois jours, le bouillon que Tartumai avait préparé montrait une harmonie assez remarquable. S'il n'y avait eu que le bouillon sans ingrédients, il était proche de la perfection.

Mais le traitement grossier de la viande et des légumes gâchait cette harmonie. Et en prenant conscience de ce fait, Valcas entrevit le bon chemin.

(Le traitement de l'aria était aussi grossier, mais son bouillon avait dû donner de la profondeur à cette décoction. Si on fait sauter de l'aria dans de l'huile de rethen et qu'on y ajoute quelques autres légumes, on pourra en faire un plat encore plus délicieux. Et la viande de volaille... la viande elle-même avait une légère odeur, mais pas au point de se fondre dans le bouillon. Si on utilisait de la viande de kimusu avec la peau, cette harmonie d'herbes ne serait-elle pas brisée ? Avec un ajustement minutieux, serait-il possible de la maintenir ?)

Valca caressait machinalement le bout des doigts de sa main droite.

Il veut tenir son couteau de cuisine. Il veut tester de sa propre main l'idée qui vient de lui traverser l'esprit. La seule chose qui soit douloureuse d'avoir quitté sa patrie, c'est de devoir réprimer de tels désirs.

« Ces caisses en bois contiennent des ingrédients, je suppose ? »

Lorsque Valcas lui parla, Tartumai sur le siège du cocher tressaillit et rentra la tête.

« Vous n'étiez pas en train de dormir ? ... Oui, à peu près. De l'aria séché, des herbes aromatiques, de la viande de serpent séchée... et puis de l'alcool de lait à livrer aux villageois, ce genre de choses. »

« Vous livrez de l'alcool de lait pour obtenir de l'aria et des herbes aromatiques ? »

« Oui. Les légumes et herbes qu'on ne peut cueillir qu'au bord de l'eau, il n'y a pas d'autre moyen de se les procurer. Cela dit, le village au bord de la rivière où nous allons en regorge, donc ceux avec qui je traite, ce sont principalement les habitants de la zone de libre colonisation. »

Tartumai, qui n'est pas un homme de l'Est, ne doit pas pouvoir vivre au bord de la rivière fertile. C'est sans doute pour cela qu'il habite cette région frontalière désolée.

« Je ne comprends toujours pas pourquoi vous ne vous convertissez pas au dieu de l'Est. Avez-vous l'intention de retourner un jour vers Seruva ? »

« ... J'ai abandonné ma patrie il y a vingt ans. Il n'y a plus d'endroit où retourner maintenant. »

« Alors pourquoi ne pas changer de dieu ? Les gens de l'Est sont larges d'esprit, je ne pense pas qu'on vous évite même si vous renoncez au dieu de l'Ouest. »

Tartumai ne répondit pas.

Son dos maigre semblait rejeter fortement la question de Valcas. Ce sujet était visiblement un tabou pour Tartumai.

(Je n'ai fait que penser qu'être en position d'utiliser les herbes aromatiques à ma guise me rendrait plus heureux, pourtant.)

Mais s'il y a des circonstances qu'on ne peut pas échanger contre ce bonheur, ça ne peut pas s'aider. Valcas reporta son regard sur les gyama et reprit sa recherche mentale.

Combien de temps s'écoula-t-il ? Après plusieurs pauses, le charriot atteignit enfin sa destination.

Un village des gens de la steppe, au bord d'une petite rivière. Sur place, des tentes encore plus grandes que celle de Tartumai étaient alignées le long de la rive, et une foule de gens s'y pressait.

« ***** ? »

Un des villageois interpella en langue de l'Est.

Tartumai répondit aussi en langue de l'Est. Ils semblaient se connaître, car il n'y avait pas de méfiance à l'arrivée de Tartumai.

« On dit qu'on va nous guider jusqu'au doyen. Vous aussi, descendez de la caisse. »

Suivant les mots de Tartumai, Valcas mit pied à terre.

Les personnes présentes semblaient être presque toutes des femmes. Elles lavaient des choses à la rivière, séchaient des herbes aromatiques, tannaient des peaux de gyama. De jeunes enfants les aidaient, et on ne voyait presque personne qui jouait.

Les gens de l'Est aiment porter des vêtements en tissu aux beaux motifs en spirale. Des femmes et des enfants à la peau noire et à la taille grande et mince exécutaient leur travail sans expression, avec calme. Valcas avait déjà vu ce spectacle exotique plusieurs fois ces derniers jours, mais c'était la première fois qu'il voyait un village de cette ampleur.

« Les gens de l'Est, quand ils sont jeunes, il est difficile de distinguer les garçons des filles. Tous ont les cheveux longs, et les vêtements ne diffèrent guère. »

Lorsque Valcas fit cette remarque, le guide lui lança un regard perplexe. C'était une femme particulièrement grande et âgée. Valcas était plutôt grand pour un homme de l'Ouest, mais cette femme avait à peu près la même taille.

« *****. ******** ? »

La femme parla à nouveau, Tartumai lui répondit, puis se tourna vers Valcas.

« On m'a demandé pourquoi vous cachiez votre visage avec votre cache-col, alors j'ai expliqué les circonstances. Si ce n'est pas une maladie bizarre, on nous guidera jusqu'au doyen. »

« Merci. Les gens de l'Est sont tous aimables, en fait. Jusqu'ici, je n'ai pas été chassé une seule fois dans quelque village que ce soit. »

Alors, l'expression de Tartumai s'assombrit légèrement.

« Au sein du Shim, ce sont seulement les gens de la steppe vivant sur les territoires des "Gi" et des "Ji" qui sont aimables. Vous n'avez croisé que des gens de la steppe, donc vous pensez comme ça. »

À son ton, Tartumai semblait connaître aussi les gens de l'Est vivant sur d'autres territoires. Valcas allait lui demander naturellement, mais la guide fit demi-tour avant qu'il ne puisse le faire.

En le suivant, les gens qui remarquaient leur venue tournaient les yeux vers eux. Comme c'étaient des gens de l'Est aux expressions immobiles, on ne pouvait pas en être sûr, mais ils ne semblaient pas particulièrement sur leurs gardes.

« Ah, je vois. Les gens de l'Est manipulent le poison, donc ils n'ont pas de raison de craindre les voyageurs de l'Ouest. Parce qu'ils ont une grande force, ils peuvent aussi se montrer aimables envers autrui, c'est ça ? D'après ce que je vois, il n'y a presque pas d'hommes, alors si c'était un territoire de l'Ouest, on serait sûrement sur nos gardes. »

Tout en tenant les rênes des totos, Tartumai lança un regard de côté à Valcas.

« Les hommes et les jeunes femmes s'occupent probablement des gyama. Il n'y a que des vieilles femmes et des enfants, mais il doit y en avoir une centaine. Votre humeur va-t-elle bien ? »

« Oui. Dans un espace aussi vaste, il n'y a pas de problème. En plus, l'odeur des herbes aromatiques masque l'odeur des humains. »

Dans le village, d'énormes quantités d'herbes aromatiques étaient séchées ou fumées un peu partout. Valcas aurait voulu s'y précipiter sur-le-champ.

(Mais si je fais n'importe quoi, les ennuis retomberont sur ce Tartumai.)

Même Valcas savait se retenir de ce niveau. Pour l'instant, Tartumai était la personne qui l'intéressait le plus, donc il préférait ne pas le contrarier.

(S'il y a quelqu'un qui manie les herbes mieux que lui, peu importe... mais j'ai l'impression qu'un tel n'existe pas.)

C'était presque une intuition de Valcas.

S'il fallait donner une raison, ce serait que Tartumai a vécu à l'origine sur un territoire de l'Ouest. Il avait dit avoir vécu une vingtaine d'années dans la steppe, donc avant cela, il a dû passer plusieurs décennies sur un territoire de l'Ouest.

(Il a l'air d'avoir une cinquantaine d'années, donc pendant ses trente premières années, il a dû graver dans son corps la culture culinaire de l'Ouest. En vivant ensuite une vingtaine d'années dans la steppe, il a pu acquérir l'harmonie optimale des herbes aromatiques pour les gens de l'Ouest.)

De plus, Tartumai manie la langue de l'Ouest. Quel que soit le virtuose des herbes qu'on rencontre, si la langue ne passe pas, il est difficile de lui demander conseil.

(Je voudrais absolument recevoir son enseignement. ... Mais d'abord, il faut que je voie le niveau des gens de ce village.)

Pendant que Valcas pensait à cela, on le mena vers une tente particulièrement grande.

Elle était plus solidement construite que les autres, et le rideau de l'entrée portait une magnifique broderie. C'était sans doute la tente du doyen de ce village.

La guide appela vers l'intérieur.

Une voix rauque répondit de l'intérieur, mais les deux étaient en langue de l'Est, donc le contenu restait incompréhensible. Valcas passa le rideau sur les talons de la guide et de Tartumai.

Au fond de la tente, un vieillard était assis.

Lui aussi était grand et mince, les cheveux presque entièrement blancs. Son visage sans barbe portait de profondes rides, comme un vieil arbre.

« *****.... ********** »

Une voix rauque s'éleva de sa bouche.

On ne savait pourquoi, mais il dégageait une certaine dignité.

Poussé par Tartumai, Valcas plia les genoux vers le centre de la tente. Tartumai s'assit à côté, et la guide se tint près du doyen.

Un moment, Tartumai et le doyen échangèrent des paroles.

Même au ton, on ne pouvait pas deviner les émotions, donc imaginer la teneur de la conversation était difficile. Valcas avait l'impression d'écouter un chant dépourvu de mélodie.

« ... Le doyen dit que c'est la première fois qu'il voit un voyageur aussi insolite. »

Finalement, Tartumai lui transmit cela.

« "Aller seul dans la steppe et vouloir apprendre l'usage des herbes pour la cuisine, ça ne semble pas sérieux. Jure devant les dieux que tes paroles ne sont pas mensongères"... c'est ce qu'il dit. »

« Un serment ? C'est un serment au dieu de l'Ouest, je suppose ? »

« Oui, ça suffit. Nous sommes sur le territoire du Shim, donc le dieu de l'Est entend aussi ces paroles. »

« Entendu. »

Valcas retira le cache-col qu'il avait enroulé du nez au menton, puis se leva.

Il posa son poing gauche sur son cœur et étendit largement son bras droit. C'était le rituel de serment au dieu de l'Ouest Seruva.

« Moi, Valcas de Génos, je jure ici que je n'ai proféré aucun mensonge. Je suis venu dans ce Shim pour apprendre l'usage des herbes aromatiques. »

À l'origine, ce rituel sert à prouver qu'on est un enfant du dieu de l'Ouest. Même si on ment par d'autres paroles, son âme ne sera pas déchirée. Si ce rituel scellait tous les mensonges, le monde aurait une tout autre allure.

Cependant, il n'en reste pas moins que les paroles parviennent au dieu de l'Ouest, donc un homme de foi profonde ne pourra pas mentir leichtement. Pour sonder la vérité de l'autre, cela a une certaine efficacité.

Valcas termina le rituel, croisa les bras et se rassoit.

Le doyen porta son regard sur lui, et Tartumai hocha silencieusement la tête.

(Je vois. Ce vieillard ne comprend pas la langue de l'Ouest, donc il a vérifié auprès de Tartumai si j'avais bien prêté serment.)

Cela voudrait-il dire que Tartumai jouit d'une certaine confiance de la part de ce personnage ?

Quoi qu'il en soit, il sembla que les paroles de Valcas furent acceptées comme sincères.

« Il dit qu'il autorise votre séjour. Toutefois, il dit qu'il ne peut pas promettre d'être d'une grande aide. »

« Oui. Bien sûr, je n'ai aucune objection. »

« Il prie pour que la bénédiction du dieu de l'Ouest vous visite. Alors, je vais... »

Tartumai s'apprêta à se lever, alors Valcas lança « attendez ».

« Pendant que je serai hébergé dans ce village, ne pourriez-vous pas agir avec moi ? Comme je ne comprends pas la langue de l'Est, être seul me rend anxieux. »

« ... Mais vous, c'était votre intention dès le début en venant au Shim, non ? Et vous avez dit que jusqu'à notre rencontre, vous aviez toujours été seul. »

« C'est en vous rencontrant que j'ai réalisé la commodité d'avoir quelqu'un avec qui la langue passe. Je vous remercierai, alors s'il vous plaît, accordez-moi cette faveur. »

Tartumai baissa les yeux, hésitant.

Saisissant l'occasion, Valcas enfonça le clou.

« Je ne resterai ici que pour aujourd'hui. Juste aujourd'hui, achetez-moi votre temps. Je promets de ne faire rien d'étrange. »

Tartumai hésita un moment, puis répondit en soupirant.

« Alors, juste aujourd'hui... mais si vous comptez encore essayer de me convaincre, abandonnez cette idée. »

« Oui. Je ferai des efforts. »

Valcas mentit ici. Il n'avait pas l'intention d'abandonner Tartumai, pas une once.

(Mais je n'ai pas d'autre choix que de chercher les mots pour le convaincre.)

Au moment où Valcas pensait cela, le doyen éleva la voix.

Sur ses mots, la guide sortit. Après avoir échangé quelques mots avec le doyen, Tartumai transmit ceci :

« Bientôt ce sera le zénith, alors on va nous servir un repas. Des herbes aromatiques y sont utilisées, alors le doyen dit qu'il serait heureux que cela vous serve. »

« Oui. Transmettez-lui mes plus vifs remerciements. »

La poitrine de Valcas se gonfla d'attente. Ce n'était pas de l'attente envers les gens de ce village, mais envers les ingrédients et méthodes de cuisson inconnus. Quel que soit le plat misérable qu'on lui servirait, tant qu'y étaient utilisées les herbes du Shim, ce serait de la nourriture pour le Valcas actuel. Pour que Valcas vise des sommets encore plus hauts, les herbes du Shim étaient indispensables.

(On dirait que mon renvoi du restaurant était aussi une révélation divine. En restant dans un tel établissement, je n'aurais plus rien pu gagner.)

Tout en pensant cela, Valcas attendit qu'on apporte le repas.

Vu de l'extérieur, on ne s'en doutait pas, mais le cœur de Valcas battait comme celui d'un enfant.

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