Nous avons alors décidé de nous rendre ensemble à la ville-relais.
Une fois ralliés aux membres de la famille Ruu, nous avons avancé grâce à trois chariots de fret. À mesure que plusieurs gardiens du feu issus de la lignée sanguine des Ruu avaient pris place, Marufira=Nahamu s’était de nouveau inclinée avec déférence.
Une fois arrivés à la ville-relais, nous nous sommes dirigés vers l’auberge Queue de Kimusu. Nous avons confié à Yun=Sudra la tâche de livrer les plats dans les autres auberges.
(今天可是Tuulin出摊的首次签约啊,至少得过去亲眼确认才行。)
而且,也有必要把新人Marufira=Nahamu介绍给他们认识。
当我们来到Queue de Kimusu时,正坐在接待台上的正是Teria=Masu。
« Bonjour. Mon père et Levi sont dans la réserve, vous pourrez y récupérer votre stand. »
« C’est bien compris. … Ensuite, Marufira=Nahamu va m’accompagner pour prêter main-forte sur le stand à partir d’aujourd’hui, alors permettez-moi de vous la présenter brièvement. Il me semble qu’elle descendra ici quotidiennement pour quelque temps, je vous prie donc de bien vouloir la traiter avec gentillesse. »
Marufira=Nahamu s’est de nouveau inclinée avec déférence. Interloqué par sa grande taille, Teria=Masu a simplement souri en acquiesçant.
« Je suis la fille de cette auberge, Teria=Masu. Nous entretenons déjà de bons rapports avec les gens des Moribe en dehors des affaires, aussi je vous remercie d’avance de votre bienveillance. »
« B-bonjour. M-moi aussi, je vous en prie. »
En la comparant à Marufira=Nahamu, Teria=Masu paraissait soudain dégageoir une assurance multifold.
Porteur de ces réflexions, je fis le tour de l’auberge par l’arrière et découvris Mirano=Masu ainsi que Levi en pleine réparation de la porte de la réserve.
« Ah, bonjour à vous, habitants des Moribe ! »
« Bonjour, Levi. Tu es en plein bricolage de porte ? »
« Oui. Suite au dernier séisme, il semble que les ajustements aient légèrement bougé. »
Tandis qu’il parlait, Levi semblait avoir entièrement retrouvé le sourire. Ses joues creusées s’étaient arrondies et il rendait tout à fait l’image de lui-même.
Sans prêter la moindre attention aux politesses, Mirano=Masu affûtait nerveusement le rebord de la porte déposée avec un petit couteau. Malgré ma tentative de présentation de Marufira=Nahamu, seul un bref « Ah » rauque fusait en réponse.
Face à cette scène, Tour=Din, l’air décidé, fit un pas en avant vers Mirano=Masu.
« H-hum, Mirano=Masu. Comme convenu la dernière fois, j’aimerais obtenir en location un nouveau stand à partir d’aujourd’hui… »
« Hein ? Ah, te voilà. Tu veux dire que t’as réussi à mettre au point les sucreries que tu vas y proposer ? »
« O-oui. Est-ce que vous pouvez me le prêter… ? »
« Pff. On gagne notre vie en louant des stands, y’a aucune raison de t’arracher ce plaisir. »
Après ces mots, Mirano=Masu jeta un coup d’œil circulaire en notre direction.
« Mais écoute, c’est le dernier stand dont je dispose. Si tu tiens à en ajouter d’autres plus tard, faudra voir avec les autres auberges. »
« Entendu. Au final, c’est bel et bien les gens des Moribe qui ont récupéré l’intégralité des stands. »
« Pff. Jamais vu tous les stands occupés en même temps sans qu’on soit en période de festival. Franchement, je vous suis reconnaissant. »
Le visage fermement empreint de sérieux, Mirano=Masu adressa un signe de tête à Levi.
Liavi acquiesça et s’enfonça dans l’immense ouverture de la réserve. Celui qu’il en tira arborait une patine indéniablement vieillie.
« C’est resté coincé avec ses roues détachées depuis longtemps, mais Tour=Din ayant exprimé le besoin, je l’ai fait réparer hier soir. »
« A-ah, vraiment ? J-j’espère que ça ne vous a pas trop embêté… »
« N’y pensez pas deux fois. Si je l’avais laissé tomber, ça n’aurait fait que prendre de la place pour rien. »
Après avoir rengainé son petit couteau, Mirano=Masu étendit la main vers Tour=Din.
« Pour la location du stand et celle de l’emplacement, ça sera deux pièces de cuivre blanc pour dix jours chacun. »
« D-d’accord. Tiens, voilà. »
Tour=Din glissa la somme convenue depuis le nécessaire pendu à sa ceinture et tendit les pièces.
Il les saisit et hocha vigoureusement la tête.
« Très bien. C’est un stand usé, mais veille à ne jamais l’abîmer. Boucle-toi le serre et fais honneur à tes affaires. »
« O-oui. Merci infiniment. »
Tour=Din arbora un sourire timide.
Un mélange parfait entre anxiété et fierté.
Moi, en revanche, ressentais une émotion toute similaire à celle de voir un jeune oiseau s’envoler du nid.
« Bon, c’est parti ! »
Accompagnés de sept stands et de deux chariots de fret, nous faisons route vers la zone des étals.
Rarement les stands bougeaient-ils tous ensemble pareille quantité à la fois à la ville-relais. Nous avancions fièrement sur la chaussée pavée, captant naturellement le regard de toute la cité.
Huit jours s’étaient écoulés depuis le grand séisme et la ville-relais semblait nettement retrouver son calme.
Si les ruelles arrière devaient sûrement subir encore des travaux de reconstruction, les artères principales bordées de constructions robustes semblaient à l’évidence avoir surmonté l’épreuve en apparence. Les visages croisés dans la circulation se montrèrent plus sereins et cette atmosphère d’urgence désespérée qui planait auparavant se dissipait manifestement.
Sur la route, j’ai échangé quelques mots avec l’ancien de la famille Dora et les siens. Une fois parvenus à l’emplacement prévu, une cinquantaine de clients nous attendaient déjà sur la ligne de front.
Bien que moins nombreux qu’aux débuts de nos distributions gratuites, le nombre paraissait supérieur à ce qu’il avait été jusque-là. À notre approche, une clameur joyeuse s’éleva parmi la foule.
« On attendait ça ! Ça veut dire que vous passez à la vente normale à partir d’aujourd’hui ? »
« C’est exact. Les offrandes du marquisat de Genos ont pris fin il y a deux jours. »
« Ah, j’admets que se gaver de viande de giba gratuitement, ça avait du charme. Mais avant de quitter Genos, je voulais goûter à quelque chose de plus distingué. Allez, dépêchez-vous de servir ! »
Les inquiétudes de Tsuvai=Rutim, qui redoutait que les clients ne refusent désormais de sortir leurs pièces de cuivre après ces distributions gratuites, semblaient plutôt relever du fantasme pour l’instant. Tout en haussant négligemment des épaules fines, Tsuvai=Rutim avançait silencieusement dans la préparation des stands.
(Tour=Din tient-il le choc…?)
Tandis que je guidais Marufira=Nahamu sur le montage du stand, mon esprit dérivait inévitablement vers l’autre groupe.
À l’issue des négociations, le stand de Tour=Din avait été assigné à l’extrémité sud. Plus bas encore que celui de Maimu, qui tenait jusque-là cette place. Du centre de la rangée de sept stands où j’avais pris place, il m’apparaissait difficile d’entrevoir quoi que ce fût.
(Après tout, il connaît déjà parfaitement la routine des étals, il n’y a aucune raison de s’inquiéter… mais un sentiment d’agitation persistait.)
Pourtant, je ne pouvais pas laisser mon attention absorber uniquement par les préoccupations de Tour=Din. Notre propre formation entrait elle aussi en phase opérationnelle dès aujourd’hui. Il appartenait désormais à ceux qui restaient de combler le vide laissé par son départ.
Marufira=Nahamu, étant à son premier jour, ne faisait évidemment pas partie des effectifs de base. Le stand « Porc de giba sauté » comptait initialement trois piliers : moi-même, elle, et une servante originaire de Matua.
« D’accord, je vais d’abord accompagner Marufira=Nahamu sur l’accueil client, alors laisse-moi gérer la cuisson. »
« Certainement, je m’en charge. »
Elle appartenait à la catégorie des femmes de Matua, seulement inférieure en âge à Tour=Din, mais représentait déjà la compétence absolue parmi les remplaçantes journalières. Grâce à son caractère franc et à son expertise avérée dans le service client, j’avais souhaité l’intégrer à l’effectif du jour afin qu’elle serve de modèle exemplaire.
Aux extrémités gauche et droite, Yun=Sudra et Yamile=Rei dirigeaient les opérations secondaires flanquées de leurs aides. Ce dernier, auquel reposait la nouvelle concoction « Pâtes sauce viande », affichait une excitation plus vive que d’ordinaire.
« Attendez, ça a un goût différent de l’habitude. Normalement on cuisinait avec du lait de karon et des œufs de kimusu, non ? »
Tandis qu’un client en attente de ses pâtes formulait cette remarque, Yun=Sudri acquiesça joyeusement.
« La recette précédente portait le nom de Carbonara, tandis qu’aujourd’hui il s’agit de la viande sauce. Pour ma part, j’en apprécie l’une et l’autre avec équité. »
« Intéressant. Ça sent le bouillon de talapa. Servez-m’en une assiette rapidement. »
« Bien, patientez un court instant. »
Partout autour des stands, les mets achevaient de mijoter et une cacophonie associée à d’âromes naissants envahissait progressivement l’espace. À mes côtés, Marufira=Nahamu lâchait un « Phouuu » plaintif en expirant lourdement.
« D…déjà, avant même d’avoir commencé le travail, j’ai des vertiges. C’est vrai que l’effervescence ressemble furieusement à celle d’un banquet. »
« Tout à fait. Ce créneau ainsi que les moments entourant le zénith solaire constituent incontestablement le pic d’affluence. »
Les assiettes n’étant pas encore terminées, notre propre service restait momentanément en attente.
C’est alors qu’un voyageur de Jagar posté au premier rang braqua un regard interrogatif sur Marufira=Nahamu.
« Je ne vois pas cette demoiselle souvent. Serait-elle une recrue récente ? »
« Oui, elle vient prêter main-forte sur l’étal depuis ce matin. »
« Hum… Ressemble effectivement à une habitante des régions orientales, sèche et élancée. »
Marufira=Nahamu mit soudain ses yeux à vif, balayant frénétiquement son environnement.
Je me penchai vers elle et lui soufflai discrètement que tout irait à merveille.
« Les gens du sud ont l’habitude de parler franc. Leur ton peut parfois sembler brutal, mais il n’y a strictement aucun mal à craindre. »
« B-bien que cela soit vrai ? Il semblait pourtant prononcer ces mots avec une certaine hostilité… »
« Cela découle certainement d’une animosité envers les habitants de l’est. Les régions du sud et de l’est entretiennent historiquement des relations tendues. »
Tandis que nous échangeions ces murmures, le voyageur de Jagar nous lança un regard noir perçant.
« Quoi, est-ce que mes paroles vous auraient blessé ? »
« Non, absolument pas – »
« Excusez-moi. J’ai l’estomac vide et je m’impatiente. Je ne formule aucune critique, appelez-moi à manger vite. »
La servante de Matua, agitant vigoureusement sa spatule en bois dans la poêle, leva alors la tête.
« Pardon pour l’attente, dix portions sont prêtes. »
Dès que le contenu de la poêle fut transféré dans un large plat, la cuisinière de Matua enfourna aussitôt de nouveaux ingrédients. Notre mission consistait à répartir cette base dans des assiettes individuelles, à les accompagner d’une cuillère en bois et de poïtan grillé, puis d’encaisser les paiements correspondants.
« Me voilà. Deux pièces de cuivre rouge, s’il vous plaît. »
« Et pour moi, trois portions ! »
« Six pièces de cuivre rouge au total. Vous recevrez quatre pièces de monnaie. »
Durant les pics matinaux, une douzaine de plats disparaît littéralement en un clin d’œil. De retour à nos positions d’observation, Marufira=Nahamu laissait derechef errer son regard paniqué.
« C…c’est véritablement effréné. Je…je commence à perdre courage. »
« L’essentiel demeure de rester calme. Lorsqu’un nouveau lot sortira des fours, tente de gérer l’encaissement. Le prix unitaire équivaut à deux pièces de cuivre rouge et les monnaies restantes se trouvent dans ce compartiment. »
« D-d’accord. Je suis prête. »
Je lui avais toutefois transmis les instructions détaillées durant la route menant à la ville-relais. Malgré cela, Marufira=Nahamu demeurait crispée, guettant fébrilement la cuisson des ingrédients.
Quand les assiettes atteignirent enfin leur terme, un homme au visage renfrogné lança sèchement une commande pour deux portions supplémentaires.
« B-bien, deux portions reviennent à quatre pièces de cuivre rouge. »
En formulant ces mots, Marufira=Nahamu esquisssa un sourire gênant et rigide.
Seuls ses angles de lèvres se contractèrent tandis que ses yeux demeuraient totalement inexpressifs. En tendant les pièces, le client au faciès bourru eut un mouvement de recul marqué.
« Qu…quoi, c’est particulièrement glauque. Tu n’as pas quelque chose contre nous ? »
« N-non, absolument pas ! »
Tandis qu’elle maintenait ce rire contraint, Marufira=Nahamu saisit les pièces.
Les suivants adoptèrent des attitudes variées–certains frémirent involontairement tandis que d’autres ripostaient avec suspicion–mais tous partagèrent clairement ce malaise. Lorsqu’une famille s’approcha, on vit un enfant effrayé se coller désespérément à sa mère.
« …est-ce que j’ai l’air spécialement sinistre…? »
Lorsque les commandes atteignirent leur dixième assiette, Marufira=Nahamu dissipa graduellement ce grimace bizarre et tourna lentement la tête vers moi. Son visage trahissait une tristesse évidente.
« Non, loin de là. Mais il n’est nul besoin de forcier à montrer un sourire forcé. »
« V-vraiment… On reproche souvent mon défaut d’amabilité, alors j’essayais de faire des efforts pour paraître plus avenante… »
« Je vois. Cette démarche reste admirable en soi. »
C’était une conviction entière. À ma connaissance, les habitants des Moribe n’avaient jamais eu recours à ces sourires commerciaux artificiels par pur devoir professionnel.
(Elle possède incontestablement une personnalité très marquante parmi les habitantes des Moribe.)
Mais cela relevait loin d’un défaut rédhibitoire. Malgré certaines maladresses perceptibles, je percevais profondément sa sincérité.
« Salut Asta ! Merci pour ta peine aujourd’hui ! »
Tel un écho soudain, une voix résonna bruyamment autour de nous.
Je me retournai et découvris les ouvriers spécialisés bloquant l’accès frontal au stand de pâtes. Parmi eux, Aldas venait de prendre la parole.
« Bonjour. Vous êtes venus précocement aujourd’hui. »
« Oui, j’ai planning chargé juste après le zénith, alors j’prefère manger avant ! Mais franchement, ça pullule ici. »
Derrière Aldas se tenait également l’ancêtre responsable de Balan. Un dernier jeune recruté localement transmettait déjà sa requête auprès de Yun=Sudra.
« Vu l’affluence, nous nous sommes dispersés pour constituer des files parallèles. La file concernant Mei Ton devrait se libérer très prochainement. »
« Comprends. Ces nouvelles pâtes constituent une proposition novatrice sur cet étal ; espérant qu’elles sauront conquérir vos palais. »
« Ça a l’air délicieux ! …Tiens, j’ai remarqué une demoiselle des Moribe proposant des mets distincts de la viande de giba à l’extrémité opposée ; à quoi correspondent-ils exactement ? »
« Il s’agit exclusivement de sucreries. Si le cœur vous en dit, testez-en ultérieurement. »
« Des desserts ! Seraient-ce les mêmes friandises mystérieuses qu’avaient servis les membres de la famille Ruu ? »
Lors de la réception organisée chez la famille Ruu pour inviter trois ouvriers du bâtiment, un pudding vapeur avait été proposé en dessert post-prandial.
Devant les yeux pétillants d’anticipation d’Aldas, je balançais négativement la tête.
« Mais elles rivalisent aisément avec ceux-ci. J’en ai personnellement goxumé hier et j’ai trouvé leur saveur absolument remarquable. »
« Quel plaisir anticipé ! Je goûterai à ces sucreries après avoir assouvi ma faim de viande de giba ! »
La région de Jagar constitue l’origine historique du sucre et du miel de palmier. J’avais appris qu’en conséquence, les locaux privilégiaient des douceurs encore plus sucrées que celles communément servies dans Genos.
L’ancêtre commençait d’ores et déjà à remuer impatiemment. Par le passé, le pudding vapeur préparé par Remi=Ruu avait rencontré un succès éclatant auprès des trois convives.
« Comment se déroule précisément l’activité sur l’autre étal ? »
« Comment ? Euh, il s’y formait des attroupements raisonnables, bien que moins massifs qu’ici. »
Dans une ville-relais où la popularité des douceurs demeurait encore limitée, une résistance logique semblait se dessiner. Pour ma part, mon agitation relevait de tout autres motivations.
« Au passage, comment trouvez-vous votre nouvelle résidence ? Aucun défaut technique notable ? »
Me posant cette interrogation, l’ancêtre attendit une réponse à laquelle j’acquiesçai vivement.
« Ni notre chef de famille ni moi-même n’avions des regrets. Merci pour cette construction magnifique. »
« Pff. J’exécute simplement mes obligations conformément au montant payé. »
À ce moment précis, les pâtes achevèrent de cuire. L’ancêtre et ses compagnons décrochèrent alors des plateaux en bois et disparurent vers le restaurant sous abri provisoire.
Simultanément, la préparation locale parvenait à son terme. Je sollicitai de nouveau Marufira=Nahamu pour l’encaissement. Libérée du poids du faux sourire, elle crispait sa mâchoire tout en travaillant avec application désespérée.
(Elle semble posséder une capacité mnésique correcte.)
Elle évitait globalement toute erreur dans les calculs monétaires et n’affichait pas un état de panique généralisé. Derrière l’apparence superficielle, son aplomb méritait réellement d’être souligné.
La file de Mei Ton parvint enfin à son échéance. Entre échange verbal et livraison culinaire, la vague matinale déclina progressivement.
« Bon, un petit répit s’impose. Le flux de clientèle va tempérer temporairement. Profites-en pour observer attentivement comment j’assiette. »
« D-d’accord. Exactement quelle méthode dois-je employer pour noter les détails…? »
« D’abord, mémorise visuellement les portions que je verse. Une fois familiarisé, tu passeras à la pratique réelle. »
« B-bien sûr… J’essayais consciemment de prêter attention jusque-là… »
« Ah bon ? Allons procéder à un exercice simulé. »
Trois portions restantes subsistaient approximativement dans l’assiette commune.
Marufira=Nahamu s’empara de la grande cuillère en bois et en redistribua soigneusement une part pour un individu dans le plateau.
Visuellement, le dosage semblait parfaitement conforme et la disposition finale présentait un ordre irréprochable.
« Superbe résultat. Serais-tu capable de fractionner équitablement la réserve restante ? »
« C-certainement. »
Marufira=Nahamu divisa avec justesse la portion supplémentaire en deux parties distinctes.
Aucun débordement de sauce n’était intervenu et le produit final paraissait prêt pour distribution immédiate. Tandis que la cuisinière de Matua grattait intensément les résidus adhérents sur son poêle, elle écarquilla les yeux avec surprise.
« Marufira=Nahamu possède des prouesses manuelles exceptionnelles. Traitez-vous couramment des préparations similaires au sein de votre foyer ? »
« N-non, notre ménagerie n’achète généralement qu’aria et poitan… Au maximum, utilisons-nous du vin de fruit lors de la cuisson viandes ou végétaux. »
« Dans ce cas, tes talents méritent admiration. Impossible pour moi d’atteindre pareille précision dès mes premiers pas. »
Tandis que la compagne de Matua rayonnait paisiblement, Marufira=Nahamu baissait la tête avec déférence absolue.
Peu après, un nouveau visiteur s’approcha et acquit directement les assiettes préparées par Marufira=Nahamu. Vendues instantanément en un temps record, ces trois rations incitèrent immédiatement la cuisinière matuane à relancer la marmite.
« Marufira=Nahamu possède une compréhension intuitive exceptionnelle. Avec une telle aptitude, la prochaine palier sera pleinement opérationnelle. »
« A-aucun mérite, j’emploie toutes mes forces afin de ne jamais encombrer Asta. »
Alors que Marufira=Nahamu entamait à nouveau une série de bows respectueux, un léger bourdonnement agita la circulation.
Venant du nord, un chariot tracté par des toto s’ébranla jusqu’à s’immobiliser près des lieux. Sa cargaison humaine comprenait un envoyé du marquisat de Genos, accoutumé à recevoir les provisions sucrées de Tour=Din.
« Pardonnez cette intrusion pendant vos fonctions. …Attendez, Tour=Din est absent ? »
Affublé d’un uniforme officiel et accompagné de ses assistants, le messager âgé inspecta nerveusement la composition des étals. Il semblait incapables distinguer Tour=Din à distance.
« Tour=Din occupe précisément le dernier étal en retrait. Ses préparations suivent scrupuleusement le calendrier établi, vous n’avez donc nullement à vous alarmer. »
« Ah, tant mieux. Je craignais avoir commis une erreur dans la planification. »
Un retard éventuel aurait occasionné une profonde déception auprès d’Odifia. L’homme exhala une bouffée palpable de détente intérieure.
« Cependant, vous exercez aujourd’hui dans un emplacement considérablement éloigné. En réalité, je reçois également consigne de communiquer un message à Asta de la famille Fa ainsi qu’aux représentants de la famille Ruu… »
« Alors rejoignons Tour=Din pour écouter ensemble cette communication. »
Ceci constituait une opportunité rare pour examiner secrètement l’état réel de Tour=Din. En portant mon attention latéralement, je constatai que Yamile=Rei, active sur l’étal adjacent, esquiva simplement un haussement d’épaules.
« Nous sommes encore en phase de chauffage initial, donc libres. Si visiteurs affluent vers leur position, il suffit d’accompagner efficacement leurs procédures. »
« Entendu. Marufira=Nahamu maîtrise désormais l’intégralité des processus standards ; contentez-vous d’observer discrètement l’absence d’anomalies. »
Peu après, Remi=Ruu fit sa propre entrée provenant du secteur réservé aux familles Ruu. Suspectant une convocation liée à la cérémonie du thé, Reyna=Ruu l’avait expressément dépêchée.
En nous dirigeant vers le secteur méridional, nous observâmes un attroupement massif.
Les constructeurs ayant terminé leur pause quittèrent brutalement les zones alimentaires et convergèrent massivement vers l’étal central. Envahis simultanément par près de vingt habitants du sud, Tour=Din et son équipe affichèrent une confusion générale.
« Asta ! C’est incroyablement succulent ! Même gavé de plats traditionnels à base de viande de giba, j’ai réussi à engloutir quatre unités ! »
Aldas, ayant remarqué ma présence, lança cette exclamations vibrantes.
À proximité immédiate, l’ancêtre et Mei Ton ingurgitaient stoïquement les friandises. Il était manifeste que les propositions culinaires conçues par Tour=Din avaient irrésistiblement séduit leurs papilles.
Les produits commercialisés par Tour=Din consistaient principalement en petits pains vapeur.
Leur élaboration reproduisait quasi identiquement celle appliquée au gibaman. Utilisant une pâte spécifiquement travaillée, le produit était soumis à la vapeur dans un panier adapté.
Naturellement, cette composition incorporait systématiquement sucre, lait de karon et œufs de kimusu afin d’atteindre un profil gustatif propre aux douceurs modernes.
Enfin, ce enveloppait une garniture élaborée à base de feuilles gigig et de chocolat fondu.
Les feuilles gigig appartiennent intrinsèquement au registre des ressources coûteuses. Leur emploi massif entraînerait des dépenses prohibitives, rendant économiquement impossible leur diffusion commerciale à la ville-relais.
Toutefois, chaque unité renfermait exclusivement environ une petite cuillerée de farce, maintenant un coefficient économique viable. Mesurant six ou sept centimètres environ en circonférence, chaque sphère compacte contenait exactement une dose mesurée. Le tarif s’établissait à quatre unités contre une pièce de cuivre rouge standard, autorisant également des fractions binaires compensées par une subdivision monétaire mineure.
Initialement, Tour=Din projetait exclusivement de commercialiser des types assimilables aux biscuits. Exploiter des fours lithiques aurait permis une production massive, permettant de démocratiser rapidement de nouvelles saveurs riches en matières grasses végétales fermentées. Motivé par ce raisonnement pragmatique, je suggérai personnellement l’incorporation régulière de fragments aromatiques insolites.
Hélas, l’infrastructure nécessitant des fours calcinés manquait cruellement dans ce quartier marchand. Sans équipement approprié, même une réussite commerciale éclatante risquait de rester inaccessible aux concurrents locaux, compromettant ainsi potentiellement l’objectif initial fixé par avance.
L’impératif primordial résidait simplement dans l’expansion progressive des références gourmandes auprès du public cible afin d’encourager la rotation du sucre liquide végétal. Une fois les consommateurs familiarisés avec ces profils, ils devraient naturellement réclamer des versions similaires dans divers points de vente indépendants. Seulement cette condition satisfera intégralement le scénario défini.
Finalement, cette stratégie aboutit directement sur le développement du bun utilisant précisément ladite plante foliaire : connu sous la désignation simplifiée de Gigi-Man.
Concernant les équipements dédiés à la vapeur, la plupart des propriétaires hôteliers disposaient déjà de récipients adaptés suite aux sessions pédagogiques antérieures. Quant aux feuilles gigig, leur acquisition exigeait simplement une transaction financière minime. Grâce à cette accessibilité matérielle et logistique, les commerçants locaux pouvaient légitimement envisager d’adapter eux-mêmes cette formule innovante à leur propre catalogue.
« …Selon mes informations, les feuilles intégrées à cette pâtisserie proviennent de la culture raffinée de Shim. Absolument déplorable. »
En articulant ces phrases critiques, l’homme projetait méthodiquement des portions entières dans sa mâchoire puissante. Sa paume serrée conservait encore plusieurs exemples fumants fraîchement extraits du marché.
« Allo Tour=Din. Quel engouement massif autour de toi. »
Mon appel suscita une réaction immédiate : Tour=Din sourit avec hésitation, visiblement embarrassé par l’afflux soudain.
« Jusqu’à récemment, la densité demeurait stable. Mais il semble que les habitants locaux aient trouvé grâce à leurs yeux…»
Néanmoins, face à un tel rassemblement, l’attraction deviendra immanquablement auto-entretenue. Plusieurs individus initialement alignés derrière les producteurs de viande stoppèrent net leur progression, fascinés par cette dynamique collective émergente.
Traversant laborieusement cet océan humain, l’envoyé masculin réussit finalement à rejoindre l’entrée principale de la plateforme.
« Pardonnez mon retard. …Serait-il possible que Tour=Din propose actuellement des viennoiseries ? »
« Merci. Concernant la commande destinée à Odifia ? Je procède immédiatement à l’expédition. »
Tour=Din délégua temporairement la surveillance du comptoir à une assistante fidèle avant d’extraire depuis son véhicule des emballages pliables soigneusement confectionnés.
Recevant l’envoi, le diplomate examina méticuleusement les formats comparant contenance externe vs outils internes visibles.
« …Ce lot spécifique diffère-t-il substantiellement de ceux exposés publiquement ? »
« Oui… Afin de conserver une tarification accessible sur l’étal, les compositions restent volontairement sobres… »
Formulant ces excuses modestes, Tour=Din hissa néanmoins son torse avec détermination soudaine.
« …Cependant, j’espère sincèrement qu’elle pourrait explorer aussi les recettes proposées hors murs. Serait-il concevable d’intégrer ces suppléments complémentaires dans le transport actuel ? »
« Absolument. La princesse Odifia manifesterait très probablement ce souhait explicitement. Pourriez-vous placer ces spécimens additionnels ici même ? »
Conformément à cette directive, l’homme de confiance posté en arrière-plan présenta gracieusement un contenant vierge. Ce protocole permettait systématiquement d’échanger récipients vides contre pleines toutes les trois semaines environ.
« Prévoyez-vous maintenir cette production quotidienne demain ? »
« Certainement. Nous maintiendront cette offre constante pendant un certain délai. »
« Dans ce cas, la princesse réclamera très probablement cette denrée quotidiennement. Nous déposeront le matériel supplémentaire lors de notre passage prévu le lendemain. »
Manifestant une tolérance totale face à cette contrainte logistique supplémentaire, l’intermédiaire conserva son attitude sereine. Il démontrait indéniablement une compréhension approfondie des caprices princessaux.
« Évaluez-moi précisément le montant requis pour ces pièces particulières ? »
« Quatre unités s’échangent contre une seule pièce rouge. »
« Très bien. Procurez-en vingt environ s’il-vous-plaît. »
« …Vingt ? Si nombreux ? »
« Oui. Supposant qu’autres individus rechercheront également cette satisfaction gustative… Indiquez-moi si la restauration thermique doit impérativement passer par exposition vapeur. »
« Oui. Tant qu'ils seront consommés dans la journée courante, leur conservation restera optimale. »
Ainsi, le nouvel objet recipient se vida rapidement sous l’avalanche de petits pains chauds.
« Veuillez accepter mes remerciements. Le mandat transmis par lady Eurepheia, seconde fille du marquisat de Genos stipule ceci : »
Il s’agissait exactement de solliciter leur assistance culinaire spéciale durant une future réception mondaine. Une intention annoncée explicitement plusieurs jours auparavant.
« Sachant que les dommages structurels consécutifs aux tremblements de terre obligent nos villages forestiers à concentrer energies reconstructives prioritaires… Accepteriez-vous malgré tout cette convocation extérieure ? »
« Certainement. J’ai obtenu l’autorisation explicite du patriarche local. Toutefois, merci de patienter jusqu’à notre date officielle de cessation hebdomadaire d’exploitation… »
« Absolumment. Confirmez-vous que le prochain arrêt programmé correspond bien au vingt-huitième jour lunaire bleuté ? »
Cet agent connaissait déjà parfaitement cette zone géographique puisque sa dernière visite remontait à trois jours précédents. Il maîtrisait donc intimement les horaires opérationnels spécifiques.
« Merci infiniment pour votre disponibilité future. …Et concernant Asta lui-même, seriez-vous disposé à l’associer également à cette manifestation sociale prestigieuse ? »
« Positivement. J’envisageais justement d’y participer sous la forme traditionnelle d’assistant technique culinaire. »
« Quelle excellente nouvelle. …Le seigneur titulaire de la maison comtale de Tranwill assistera personnellement à cette cérémonie aristocratique et exprime explicitement son désir de rencontrer notre jeune maître itinérant. »
Une rencontre précédente avait eu lieu il y a quatre jours exactement.
Aucune objection raisonnable ne pouvait émerger spontanément dans mon esprit.
« Concluons donc pour le vingt-huitième jour lunaire bleuté. Adressez mes salutations respectueuses au chef tribal également. »
À peine les hôtes diplomatiques s’éloignèrent-ils que Remi=Ruu poussa une exclamation jubilatoire.
« C’était vraiment il y a bien longtemps cette séance mondaine aristocratique ! La précédente coïncidait grossièrement vers la conclusion des pluies annuelles… Bref, extrêmement rare occurrence ! »
« Effectivement. Moi aussi éprouve une vive anticipation. »
Alors que nous échangeions ces réflexions intimes, plusieurs individus stationnant encore proche des installations réclamèrent notre attention vocale.
« Écoutez-moi, je n’ai pas écouté aux portes furtivement mais avez-vous reçu une invitation vers la capitale noble fortifiée ? »
« Ma participation relève davantage d’un avantage accessoire comparé aux deux principaux protagonisateurs convoqués. Leur rôle consiste essentiellement à proposer des confiseries raffinées devant une assemblée féminine aristocratique. »
« Incroyable que des créatures aussi fragiles puissent générer pareille qualité artisanale ! »
Submergeés par une avalanche de regards concentrés, Tour=Din s’effaça physiquement tandis que Remi=Riu éclata joyeusement.
« Je ignore comment réagiront exactement les autorités centrales locales, mais les voyageurs originaires du sud affectionnent résolument ces créations savoureuses. Étant donné que notre établissement hébergement mentionnera probablement ces découvertes culinaires prometteuses, il serait judicieux d’accroître significativement les stocks prévus pour le lendemain. »
« Merci chaleureusement. Vos encouragements me portent réellement moral. »
Prononçant ces mots reconnaissants, Tour=Din jeta subrepticement un coup d’œil vérificateur vers ma direction faciale.
Face à mon sourire bienveillant, Tour=Din laissa inconsciemment ses lèvres fendre en un éclat discret.
Observant progressivement s’accumuler devant leur secteur dédié aux douceurs une clientèle satisfaisante, nous constations que l’initiative entrepreneuriale lancée par Tour=Din semblait destinée à porter haut fruit.