Aller au contenu principal

Isekai Ryouridou

Chapitre 506

Isekai RyouridouIsekai Ryouridou
Chapitre 506

Chapitre 506

Chapitre 506/52097%~14 min de lecture2 623 mots

« Excusez-moi d'avoir inutilement fourré mon nez dans vos affaires. Mais je pense tout de même que laisser s'enfuir des brigands blessés est une chose dangereuse. »

Tout en riant, l'homme qui se présentait sous le nom de Kamyua=Yoshu s'approcha à petits pas de Pino et des siens.

D'une manière différente de Pino et des autres, c'était un homme d'une apparence étrange.

Il avait les cheveux brun doré longs jusqu'aux épaules, et une barbe négligée de la même couleur autour de la bouche. Ses yeux aux coins tombants étaient violets, et rien qu'à les voir, on n'aurait pu croire qu'à un homme du Nord.

Toutefois, il n'avait pas la carrure robuste des gens du Nord, il était maigre comme un clou. Sa peau avait aussi cette teinte jaune-blanc commune chez les gens de l'Ouest. Et surtout, il n'aurait pas pu mentir sous le serment sacré adressé au dieu.

« Quoi qu'il en soit, je suis surpris que cette "Lune de Tarès" se soit fait aussi brillamment mettre en déroute. Vous, qui êtes-vous donc ? »

« Nous sommes de misérables saltimbanques. Je suis le chef de troupe, Gamurei. »

« Ah, le nom de "la troupe de Gamurei" m'est déjà parvenu aux oreilles. On dit que vous possédez un art tout à fait remarquable. »

Sans se soucier le moins du monde de l'état lamentable des brigands rampant à ses pieds, Kamyua=Yoshu riait insouciamment.

« Au fait, vous avez sauvé une dame que cette "Lune de Tarès" pourchassait hier, n'est-ce pas ? Ne pourriez-vous pas me permettre de m'entretenir avec elle ? »

« … Comment savez-vous une chose pareille ? »

« En fait, je veillais sur vous depuis l'ombre. Comme je ne connaissais pas votre identité, je n'ai pas pu vous aborder facilement… mais cette "Lune de Tarès" est revenue, alors je me suis dit que ce soir serait le bon moment. »

« Donc, vous nous suivez depuis hier. »

Gamurei, lui aussi, esquissa un sourire narquois.

« Nous avons des gars au flair affûté, et pourtant vous avez réussi à nous tromper. C'est fort. Mais quel business avez-vous avec cette fille ? »

« Oui. Elle devrait posséder quelque chose qui appartient à un ami à moi, et je pensais le récupérer. »

Gamurei hocha la tête : « C'est entendu. »

« Nous n'avons aucune raison de refuser à des gens de passage. Si ça marche bien, tous les ennuis pourraient être réglés d'un coup. »

« C'est bien ce que je pense. Finissons ces ennuis cette nuit. »

Tout en gardant son air décontracté, Kamyua=Yoshu finit par jeter un œil aux brigands à ses pieds.

« Avant cela, il vaudrait mieux leur lier les mains et les pieds. Ensuite, je me charge de m'en occuper. »

« C'est ça. Alors… Zan, Dilo, Lolo, vous vous en occupez. Pino, amène ce monsieur par ici. »

Gamurei disparut de l'autre côté du chariot.

Kamyua=Yoshu porta son regard vers Pino, qui se tenait silencieusement.

« Vous aussi, vous avez fait preuve d'une belle maestria. Maîtriser une telle mêlée sans tuer personne, ce n'est pas donné à tout le monde. »

« C'est mon réplique, ça. C'est quoi, votre genre ? Un maître d'épée ? »

Tout en caressant du bout des doigts le bâton de grigi posé sur son épaule, Pino sourit d'un air mystérieux.

« Bah, si vous nous débrouillez les ennuis, c'est bienvenu. Nous aussi, on se creusait la tête pour savoir comment régler leur sort. »

« Il semble que vous aussi, vous aviez vaguement deviné la vérité. »

Pino et Kamyua=Yoshu firent le tour du chariot, côte à côte.

Au centre des chariots disposés en cercle, un espace vide. Là aussi brûlait un feu rougeoyant, et plusieurs humains ainsi que de nombreux totos y avaient pris place.

Tout près du feu, Niya et Elisa se serraient l'une contre l'autre.

De part et d'autre du feu se tenaient Gamurei et Zetta. Zetta était enveloppée de la tête aux pieds dans une couverture, et dans son ombre, ses yeux jaunes brûlaient comme le feu.

« Les autres sont allés s'occuper des brigands étendus de l'autre côté. Allez, finissons ces ennuis. »

« Oui, oui, c'est noté. … Enchanté. Je suis Kamyua=Yoshu, "Gardien". »

« G-Gardien… ? » Elisa, anxieuse, se blottit contre la poitrine de Niya.

Tout en l'enlaçant fermement, manteau compris, Niya faisait une mine dubitative.

« Un "Gardien", c'est un garde qui protège les manoirs des riches ou les voyageurs, non ? Qu'est-ce qu'un "Gardien" veut à Elisa ? … Serait-ce un survivant des gardes qui escortaient la famille d'Elisa ? »

« Non, non. Je souhaiterais simplement que cette demoiselle me rende un bien qui appartient à mon ami. »

En disant cela, Kamyua=Yoshu tira un collier de l'ouverture de son manteau.

Une gemme d'une couleur indéfinissable brilla faiblement dans l'obscurité.

« C'est le collier qui prouve la qualité de "Gardien". Vous devez l'avoir aussi, demoiselle ? »

« Pourquoi Elisa aurait-elle un truc pareil ? Cette Elisa est la fille héritière d'un grand marchand ! »

« En effet, ce collier appartenait à l'origine à mon ami. Mais il y a une demi-lune, il a été attaqué par la "Lune de Tarès", et lui ainsi que la caravane qu'il escortait ont été dépouillés de tout. »

Tout en remettant le collier sous son manteau, Kamyua=Yoshu répondit ainsi.

« Tous les autres ont rendu l'âme, mais lui seul a miraculeusement survécu. Alors, à l'article de la mort, il m'a laissé comme dernier vœu de récupérer ce collier. Il avait mis toute sa fierté à être "Gardien", aussi ne pouvait-il pas mourir en paix en laissant son insigne aux mains des brigands. »

« Alors, fouillez les poches des brigands ! Elisa n'a rien à voir là-dedans ! »

« Non, mais il y avait une bande gênante qui cherchait à s'accaparer le butin des brigands. Une bande de voleurs de Seruva, aussi infâme que la "Lune de Tarès", la "Bande de la sorcière Ragia". »

En caressant son menton où flottait la barbe, Kamyua=Yoshu dit cela.

« Cette "Bande de la sorcière Ragia" est de mauvaise qualité : non contents de dépouiller nobles et grands marchands, ils excellent à voler le butin d'autres voleurs et brigands. Eh bien, cette fois ils se sont fait retourner, et leurs subordonnés ont tous été tués… mais ils ont tout de même réussi à emporter le butin de la "Lune de Tarès", n'est-ce pas ? »

« …… »

« Un collier de "Gardien" a un nom gravé dans la pierre, on ne peut pas le revendre. Et des brigands fiers de leur force comme la "Lune de Tarès" l'auraient sûrement gardé précieusement comme preuve d'avoir tué un "Gardien". Alors, ne pourriez-vous pas me le rendre ? »

« Tu te fous de ma gueule ! Tu vas pas me dire que cette Elisa… »

La voix de Niya s'éteignit en chemin.

Car Elisa, qui s'accrochait à sa poitrine, venait de sortir un poignard de sa poche et de le pointer vers sa propre gorge.

« Ajouter un crime ne vous apportera rien. Vous n'avez aucun moyen de fuir d'ici. »

Sur un ton insouciant, Kamyua=Yoshu dit cela, et Elisa hurla : « Ferme-la ! »

« Arrête de radoter des conneries… t'as quoi contre moi, au juste !? »

« Je n'ai aucune rancune. Je veux juste qu'on me rende le souvenir de mon ami. »

« Pff ! Mes trésors, c'est mes trésors ! Je risque ma vie pour les avoir, j'en donnerai pas un seul ! »

C'était une métamorphose qui faisait mentir son allure langoureuse d'un instant plus tôt.

Ses yeux marron brillaient comme ceux d'une bête, et un sourire tordu flottait sur son visage régulier.

Niya, presque en larmes, regardait ce visage d'Elisa.

« M-Mensonge, Elisa ? Tu es la fille héritière d'un grand marchand, pour ton petit frère resté au pays… »

« Ferme-la, beau gosse ! Tu veux plus jamais parler !? »

Elisa enfonça le poignard, et une fine goutte de sang rouge perla à la gorge de Niya.

« C'est évidemment une invention ! J'ai jamais vu la tronche de ton père ! Je suis née et j'ai grandi dans les taudis d'Abûf, moi, la sorcière Ragia ! »

« C-C'est pas vrai… »

« Allez, attelle les totos à l'autre chariot ! Jette le superflu, charge un max d'eau et de bouffe ! »

« C'est à moi que vous parlez ? » Gamurei sourit avec amusement.

« Dommage, je suis handicapé pour le port de charges. Je ne pourrai pas répondre à vos attentes. »

« Alors appelle tes sbires ! Ou bien tu laisses crever ton précieux camarade !? »

« Ça m'ennuierait. Même s'il est bouché, c'est mon irremplaçable camarade. »

Tout en répondant ainsi, Gamurei leva lentement son bras droit au-dessus de sa tête.

« Puisque vous avez blessé mon camarade, goûtez un peu à la peur. »

« Pff ! Faites-le, si vous en êtes capable ! »

« Très bien. Regardez bien. »

D'un geste théâtral, Gamurei abaissa son bras droit.

Au même instant, les magnifiques cheveux bruns d'Elisa — non, de la voleuse Ragia — s'enflammèrent d'un coup.

Et le bâton de grigi lancé par Pino brisa le poignet de Ragia qui tenait le poignard.

Poussant un cri lamentable, Ragia resta plantée là.

La tête embrasée d'un feu rugissant, elle avait l'air d'une déesse vengeresse aux cheveux de feu.

Niya s'effondra sur place, le visage mêlant larmes et rires.

« Au secours, au secours ! De l'eau, quelqu'un… ah, chaud, chaud, chaud, chaud ! »

« Voix déplaisante. Bien loin du chant de Niya. »

Gamurei agita son bras droit.

Et le feu infernal qui dévorait Ragia s'éteignit comme par magie.

Ragia s'effondra comme un bâton et ne bougea plus.

« Bon, ça nous évite de retourner jusqu'à Abûf. Merci d'avoir réglé les ennuis, Kamyua=Yoshu ou comment vous appelez-vous. »

« Mais non. Je ne suis venu que pour mon ami. »

Gamurei et Kamyua=Yoshu riaient ensemble comme si de rien n'était.

En les comparant, Pino haussa les épaules.

Quoi qu'il en soit, les ennuis qui duraient depuis hier semblaient enfin terminés.

***

« En d'autres termes, vous saviez depuis le début qui était vraiment cette fille. »

Le lendemain matin.

Alors que Pino attelait les totos au chariot, Kamyua=Yoshu, qui observait, lui parla ainsi.

« Ah, je pensais pas qu'elle était la cheffe des voleurs, mais son histoire de fille de grand marchand, je la croyais pas une seconde. »

« Et pourquoi donc ? »

Comme ils avaient trinqué jusqu'à tard la veille, Kamyua=Yoshu parlait désormais sur un ton familier.

Pino arrêta son travail et renifla avec un « Hn » coloré.

« Cette gamine disait qu'elle faisait le commerce de tissus à Iraca, et qu'elle allait jusqu'à Shim pour vendre. C'est impossible, voyons. »

« Est-ce si sûr ? Iraca est réputée pour ses tissus, non ? Il doit y avoir pas mal de grands marchands qui y ont fait fortune. »

« C'est pour ça que c'est louche. Pour les tissus, le savoir-faire de Shim est le top sur ce continent, c'est du bon sens. Pour les gens d'Iraca, les marchands de Shim sont des rivaux mortels. Et puis, apporter des tissus de l'Ouest jusqu'à l'Est, qui en voudrait, ne serait-ce qu'un seul rouleau ? »

« Hé, c'est donc comme ça. Vous avez l'air de bien connaître les contrées lointaines. »

Comme Kamyua=Yoshu le disait avec admiration, Pino releva les lèvres : « C'est sûr. »

« Dommage qu'on ne puisse pas mettre les pieds à Mahidora, mais Seruva, Shim et Jagar, on les a arpentés en long et en large. Si vous mentez, faites au moins l'effort de pondre un mensonge un peu mieux fichu. »

« Je vois. Cependant, ce jeune ménestrel, lui, s'est fait complètement avoir. »

« Ah, ce boulet a rejoint la troupe y a pas si longtemps. Il connaît pas le monde comme moi et le chef. »

Kamyua=Yoshu fit : « C'est ça », et acquiesça avec un sourire.

À ses pieds, un feu brûlait déjà, et une fumée étrangement noire s'élevait droit vers le ciel. C'était un signal de fumée pour alerter les soldats du royaume de l'urgence.

Vingt-et-un brigands, et la voleuse Ragia la tête brûlée, étaient ligotés un peu plus loin. Comme la garde frontalière d'Abûf devrait arriver s'ils attendaient là, il avait été convenu que Kamyua=Yoshu monterait la garde en attendant.

« … Ils seront sans doute condamnés aux travaux forcés. Au royaume de l'Ouest, c'est la peine la plus lourde, plus dure que la mort. »

Kamyua=Yoshu murmura cela comme pour lui-même.

Pino haussa les épaules : « C'est bien malheureux. »

« Dans ce cas, les tuer était plus charitable, non ? Bah, moi je suis pas assez charitable pour ça. »

« Moi non plus. Si possible, je préfère ne pas tacher ma lame de sang. Laissons les sales besognes aux nobles du royaume. »

Kamyua=Yoshu rit sans un bruit, tout en caressant le long cou du toto que Pino soignait.

« Au fait, une chose m'intrigue depuis hier soir. »

« Oui, oui, quoi encore ? »

« Le sort de feu avec lequel Gamurei a fait souffrir Ragia, y avait-il un truc ? S'il la soupçonnait déjà, il a pu truquer ses cheveux… mais même avec ça, c'était une belle prestation. »

Pino se couvrit la bouche de sa manche flottante et éclata de rire.

« Demander le truc d'un tour de magie, c'est du vulgaire. Un magicien qui vend la mèche, ça n'existe pas, Kamyua=Yoshu. »

« C'est vrai. C'est peut-être bien ça. »

Kamyua=Yoshu rit innocemment comme un enfant.

Là, Lolo, qui préparait le départ sur le chariot d'à côté, vint les appeler : « Euh… »

« T-Tout le monde a l'air prêt à partir. On fait quoi, Pino ? »

« Quoi faire ? Si c'est prêt, on y va. Selon le plan initial, pas vers Abûf, mais vers Shim. »

Lolo acquiesça vivement, puis se tourna vers Kamyua=Yoshu.

Son visage tacheté de taches de rousseur s'étira en un large sourire bête.

À côté, sur la plate-forme du chariot, Nachara, et plus loin encore, Shantô, chacun souriait et faisait signe de la main à Kamyua=Yoshu. En une seule nuit, ils avaient réussi à tisser de solides liens d'amitié.

Niya, au fond du désespoir, était restée cloîtrée dans le chariot même le matin, donc c'était Doga qui tenait les rênes aujourd'hui. Après avoir adressé un sourire à ces visages revêches, Kamyua=Yoshu se tourna à nouveau vers Pino.

« C'est dommage de se quitter comme ça. Gamurei ne pourrait pas venir faire ses adieux ? »

« Ce chef a horreur de la lumière du jour, alors là, c'est l'heure de sa vraie sieste. »

Pino sauta légèrement sur le siège de cocher.

« Mais vous aussi, vous courez tout le continent, non ? Alors on se recroisera bien quelque part. À ce moment-là, en tant qu'artiste, je vous ferai bien marrer. »

« Oui, j'attends ce jour avec impatience. Bon voyage. »

« Ouais, vous aussi. »

Ainsi, les sept chariots quittèrent les lieux sans se retourner.

Vers l'est, toujours plus à l'est — ils avaient perdu une journée, mais ce n'était pas un voyage pressé. Pour eux, ce genre de tumulte n'était peut-être qu'un divertissement pour colorer des jours monotones.

Kamyua=Yoshu et la "troupe de Gamurei" allaient encore se croiser maintes fois quelque part sur le continent, et se trouver mêlés à maints incidents. Mais cela est une autre histoire.

Le soleil levant, apparu au bout de l'est, brillait aujourd'hui encore gaiement, comme pour bénir leur rencontre.

Swipez pour naviguer

Commentaires

0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.