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Isekai Ryouridou

Chapitre 499

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Chapitre 499

Chapitre 499

Chapitre 499/52096%~19 min de lecture3 738 mots

Nous avons suivi le chemin que Teria=Masu nous avait indiqué pour nous rendre sur la place de la ville-relais où se tient le marché aux viandes.

Nous sommes partis avec une bonne marge de temps, donc il n'y a encore pas beaucoup de monde. Mais en posant le pied sur la place, nous constatons que plusieurs charrettes sont déjà arrivées et s'affairent à préparer leur commerce.

« Ah, vous êtes vraiment venus. »

Une voix connue nous interpelle.

Je me retourne et tombe nez à nez avec Mars, le chef d'escouade des gardes.

« Ah, Mars, vous avez enfin repris du service ? »

« Ouais. La force de mon bras n'est pas encore totalement revenue, mais si je me repose trop longtemps, je vais finir par me dessécher. »

En disant cela, Mars ouvre et ferme les doigts de sa main droite.

Lors des travaux d'ouverture de la route vers la lisière de la forêt, il s'était gravement blessé à la main. Le voici enfin rétabli dans ses fonctions de garde.

À la vue de Mars, Rudo=Ruu lance lui aussi un « Yo ».

« Ton bras cassé a enfin soudé. Content de te voir en forme. »

« Ouais, chasseur de la famille Ruu. L'autre fois, on t'a été redevable. »

D'un air digne, la poitrine bombée sous son armure de cuir, Mars exprime sa gratitude avec fermeté.

Survient alors Rimi=Ruu, qui pointe le bout de son nez derrière Rudo=Ruu.

« C'est super que ton bras soit bien guéri ! C'est sûr que c'est grâce à tout le giba que tu as mangé ! »

Pendant sa convalescence, Mars passait chez notre étal tous les quelques jours. Pour Rimi=Ruu et Reyna=Ruu, c'était déjà un client habituel bien connu.

Salué avec un sourire par Reyna=Ruu, Mars se gratte le bout du nez, l'air mal à l'aise.

« Bon sang, trop de connaissances, c'est pénible... Vous êtes venus vendre de la viande ? Alors dépêchez-vous de commencer les préparatifs. »

« Oui. Mars, vous êtes en patrouille ? »

« Plutôt en faction ici. Là où s'amassent les pièces de cuivre, les hors-la-loi ont tendance à se rassembler. »

Effectivement, lors de ma précédente visite, j'avais aperçu ça et là des silhouettes de gardes.

Mais maintenant qu'il le dit, leur nombre me semble légèrement plus élevé aujourd'hui.

« Quand vous avez commencé votre commerce d'étal, vous avez foutu un beau bordel en ville, non ? On a émis l'hypothèse que la même chose pourrait se reproduire, alors on a renforcé la surveillance. »

« Par "bordel en ville", vous voulez dire que des clients de l'est et du sud ont failli se battre ? »

« Ouais. C'était parce que les plats étaient en rupture de stock, non ? Aujourd'hui non plus, on n'est pas à l'abri d'un même esclandre. »

Sur ce point, nous avions reçu un conseil de Poraasu à l'avance.

La viande de giba risque de partir en un clin d'œil ici aussi, alors il vaut mieux prévoir un tirage au sort, nous avait-on dit.

« Alors, nous allons commencer les préparatifs. »

Nous approchons notre charrette le long du mur.

L'usage veut qu'on se range à partir du bord, donc nous garons notre véhicule à côté de gens qui descendent des caisses en bois à trois.

L'un d'eux se retourne vers nous avec un air suspicieux.

« Ah, c'est vous les vendeurs de viande de la lisière. J'en ai entendu parler. »

À son ton distant, je devine vaguement son identité. Ce sont sûrement des gens de la boucherie karon venus de Dabagg.

« Le giba fait enfin son entrée sur le marché, hein. Ça va faire un sacré tapage, paraît-il. C'est vrai ? »

« Comment savoir. On l'espère, en tout cas. »

Les gens de Fou et de Dai étant occupés à décharger leurs caisses, c'est naturellement moi qui réponds.

Le marchand de Dabagg grogne « Hum » et s'essuie le front.

« Bon, on va voir ce que vous valez. Ça nous concerne directement pour la suite de notre commerce. »

« Oui. Comptons sur votre bienveillance. »

Ce ne sont pas des éleveurs, mais des marchands qui récupèrent la viande au ranch pour la livrer dans d'autres villes. Hier la ville-château, ce matin la ville-relais, puis retour à Dabagg. Puisqu'ils ont le droit de loger en ville-château, leur tenue a l'air passablement soignée.

(Ils sont un peu sur les nerfs, forcément. Plus on vend de giba, plus ils y perdent.)

Mais c'est justement pour ça qu'il faut faire attention à tisser les bons liens avec ce genre de gens.

Pendant que j'y songe, un murmure s'élève sur la place.

Une charrette à caisse d'allure fort imposante avance posément.

De part et d'autre, des gardes tirant des toto apparaissent.

Ils portent des armures plus belles que celles de Mars et des siens : ce sont des gardes de la ville-château. Ils sont quatre, chacun tenant par la bride un toto sellé. C'est l'unité de cavalerie au toto qui nous escorte à chacune de nos venues en ville-château.

« Nous sommes venus récupérer la viande de giba. Le responsable est-il présent ? »

La charrette s'arrête devant nous, et un homme d'apparence distinguée en descend pour nous adresser la parole.

Une femme de la famille Dai, qui aidait au déchargement chez Fou, s'avance d'un « Oui ».

« La viande de giba est sur notre charrette. Cinq caisses de cuisse, quatre d'épaule, trois de poitrine et trois de dos, soit quinze caisses au total. »

« Merci. Nos gens vont charger la marchandise. »

De leur charrette surgissent trois hommes de forte carrure.

Ils transfèrent les caisses en bois de la charrette des Dai vers la leur. C'était convenu que les Dai géreraient la livraison à la ville-château.

« Quinze caisses, c'est bon. Veuillez vérifier ceci. »

L'homme tend un petit sac en tissu.

Petit, mais qui a l'air lourd.

Une femme de Dai en sort les pièces une par une pour les passer à une femme de Reen, et c'est alors que Zwei=Rutim s'approche discrètement de ce côté.

Le montant devrait s'élever à 1710 pièces de cuivre rouge.

Même si 1000 pièces sont couvertes par une pièce d'argent, il reste 71 pièces de cuivre blanc. L'absence de monnaie équivalant à 100 pièces de cuivre rouge est un peu embêtante.

« Oui, c'est exact. Nous avons bien reçu la somme. »

« Alors, nous vous remettons ceci aussi. Ce sont des tallies. »

« Des... tallies ? »

« Oui. Dorénavant, quiconque viendra récupérer de la viande de giba devra présenter la moitié correspondante de la tally. En poursuivant ce commerce, on ne peut exclure qu'un imposteur tente de se faire passer pour le destinataire pour s'emparer de la marchandise. »

D'après Poraasu, cet homme n'est pas un noble mais un marchand grossiste. Le fait qu'il soit escorté par des gardes vise à montrer qu'il s'agit d'un commerce impliquant la noblesse.

« Alors, nous prenons congé. »

Sans un mot de trop, ils repartent aussi posément qu'ils sont arrivés.

Tandis que nous les regardons partir, les femmes de Dai remettent le sac en tissu renfermant les pièces à Diil=Dai. Une telle somme, ce sont bien les hommes qui doivent la porter.

La place est encore un peu agitée. Il est rare que des gens de la ville-château viennent récupérer la marchandise jusqu'à l'extérieur des murs de pierre.

Pourtant, les marchands de viande de Dabagg à côté de nous n'ont pas l'air particulièrement intéressés. Eux aussi, en ville-château, font affaire avec ce genre de grossistes.

« J'ai eu un peu le trac. Il ne reste plus qu'à vendre le reste ici sur place. »

Les femmes de Dai et de Reen nous rejoignent. Pour la vente sur le marché, tout le monde travaille ensemble, sans distinction de clan.

Pendant que nous recevions les clients de la ville-château, les autres vendeurs de viande arrivaient les uns après les autres. Des gens qui semblent être des clients apparaissent ça et là. L'heure du début du marché, le quatrième koku, approche à grands pas.

« Oh oh, c'est moi qui suis arrivée la première ? »

Une grande silhouette tirant une charrette à bras s'approche.

C'est Jîze de l'auberge "L'Enroulement de Ramuria".

Tous les Ruu, sauf Jiza=Ruu, la connaissent, alors les salutations fusent. Je profite de l'occasion pour la présenter aux gens de Fou et de Dai.

« On va sûrement se croiser souvent à partir de maintenant. Yoroshiku, tout le monde de la lisière. »

Avec ses manières souples, sa politesse et la chaleur qui se dégage de ses moindres gestes, Jîze est du genre à être bien acceptée par les gens de la lisière.

Après avoir salué tout le monde présent, son regard se pose sur la dernière personne et elle fait « Oh » en plissant les yeux.

« Vous, ça fait longtemps. Vous vous souvenez de moi ? »

« ...Ben, ton visage, je m'en souviens. »

C'est bien sûr Zwei=Rutim.

Elle aussi a croisé Jîze lors de la réunion du début du mois.

« Merci pour la réunion. Comment va Mida=Ruu ? »

« Je sais pas. Les Ruu et les Rutim sont de la même parenté, mais on vit à des endroits différents. »

« C'est ça... C'est un peu triste. »

Zwei=Rutim n'a pas révélé son passé. Jîze ne sait donc pas qu'elle et Mida=Ruu étaient frère et sœur.

Pourtant, le fait que Zwei=Rutim ait froncé les sourcils pour défendre Mida=Ruu et l'ait même fait venir de force du village de la lisière l'a dû marquer. Jîze sourit gentiment, pendant que Zwei=Rutim fait la moue en détournant la tête.

« ... Bientôt le quatrième koku. »

Mars, qui surveillait les alentours, revient avec ses quatre subordonnés.

« Hum. Je craignais que la foule ne se presse avant même l'ouverture, mais c'était une crainte infondée. »

« Oui. On a prévenu à l'avance qu'un tirage au sort aurait lieu pile au quatrième koku, pour éviter l'émeute du "premier arrivé, premier servi". »

« C'est bien prévu. Mais tout de même, il y a drôlement peu de monde... »

Au moment où Mars esquisse cette remarque, des gens tirant des charrettes à bras arrivent en file.

Je reconnais quelques visages. Ce sont des aubergistes.

« Hein ? Les gardes, vous voulez quoi ? Vous allez pas nous pourrir notre commerce, j'espère ? »

Le grand gaillard en tête toise Mars sans la moindre peur.

Mars cache un soupir, puis lui rend son regard.

« Si vous ne faites pas d'histoires, on n'a pas à intervenir. Respectez la loi de Genos et faites votre commerce. »

Laissant Mars et un autre garde sur place, les trois autres reculent derrière le groupe d'aubergistes.

Le grand gaillard souffle par le nez et tourne les yeux vers nous.

« On est venus acheter de la viande de giba. On a qu'à attendre ici, c'est ça ? »

« Oui. Veuillez patienter jusqu'au quatrième koku. »

Je ne suis que spectateur, mais je ne peux pas ignorer des connaissances. À l'avenir, ce genre d'accueil devra être géré par les gens de Fou et de Dai.

En portant mon regard vers le coin vente, je vois que toutes les femmes nous observent avec une expression sérieuse, suivant l'échange entre l'aubergiste et moi.

N'ayant jamais participé au commerce d'étal, elles ont peu eu l'occasion de côtoyer les gens de la ville. On sent qu'elles essaient d'apprendre désespérément comment se comporter avec eux à l'avenir.

« ... Ça a l'air de faire pas mal de monde, quand même. »

Mars, en retrait près du coin vente, marmonne tout bas.

Effectivement, la foule grossit. Des visages connus, d'autres pas. Les aubergistes ne viennent pas tous en personne, et il me semble qu'un bon nombre de simples particuliers sont aussi là.

On n'a pas fait de grande annonce pour le grand public. Mais on n'a pas caché l'info non plus, alors le bouche-à-oreille a dû faire son œuvre. Le projet de vente de viande de giba date du début du mois, il y a eu le temps pour que la rumeur se répande.

« Hum. Avec ça, on devrait pas avoir de reste. »

Au moment où Rudo=Ruu marmonne cela, un son aigu, comme un sifflet, résonne depuis le centre de la place.

Au milieu se dresse un grand socle portant un cadran solaire. Il indique le quatrième koku, et le garde de service signale l'ouverture du marché.

Les gens qui patientaient devant le coin vente se mettent à affluer.

Une femme âgée de Fou reprend son souffle, puis lance d'une voix forte :

« Alors, nous commençons le commerce. Tout d'abord, ceux qui souhaitent acheter de la viande de giba, pouvez-vous lever la main ? »

Les gens, serrés jusqu'au fond, lèvent la main l'air perplexe.

La femme jette un coup d'œil derrière elle. Un homme de Fou, monté on ne sait quand sur le siège du cocher, scrute la foule et murmure : « 31 personnes. »

« Très bien. Nous allons mettre 31 plaquettes en bois dans cette boîte. Chacun en tirera une. Vous achèterez la viande de giba dans l'ordre des numéros, du plus petit au plus grand. »

C'est la méthode de tirage au sort que j'ai imaginée.

Autrefois, à l'étal, j'avais déjà organisé un tirage pour vendre le "Giba-katsu-sand" en quantité limitée. Cette fois, c'est une application du même principe.

Rien de bien compliqué. On met des plaquettes numérotées dans une boîte, chacun en tire une. On vend dans l'ordre croissant, et quand c'est fini, c'est fini.

Le hic, c'est que les gens de la lisière ne savent pas lire ni écrire.

Du coup, les plaquettes portent des symboles. De 1 à 9, ce sont des petits points ; les dizaines, de gros points. "31", c'est "trois gros points et un petit". Par sécurité, on avait préparé jusqu'à "50", mais on n'en a mis que 31 dans la caisse. Le couvercle ne laisse qu'un trou rond pour passer une main d'adulte, impossible de voir à l'intérieur.

« Alors, un par un, s'il vous plaît. »

Une femme de Ran tend la boîte.

L'aubergiste qui s'était pris la tête avec Mars tout à l'heure se tourne vers Jîze à ses côtés.

« T'étais la première dans la file, toi. Alors tire la première. »

« Oh, c'est aimable. »

Jîze sourit, glisse sa main fine dans le trou de la boîte.

Elle ferme les yeux, remue le contenu un moment, puis retire une plaquette.

Un seul petit point y est marqué.

« Ah... C'est le numéro 1. »

Même la femme de Ran laisse échapper un cri de surprise, et des gémissements de désespoir montent de partout.

L'aubergiste qui a cédé la place à Jîze se fait taper l'épaule par les voisins, et boude : « C'est pas ma faute. »

« Alors, pourriez-vous acheter votre viande de giba ici ? Cela déterminera le nombre de personnes pour la suite. »

« Ara ara, c'est bien aimable... Si j'achète les 15 caisses toute seule, tout le monde va m'en vouloir terriblement. »

À ses mots, l'entourage recule d'effroi.

« Hé, grand-mère Jîze, pitié ! »

« Ufufu... Moi toute seule, je peux pas porter 15 caisses. Et si je fais la gloutonne et qu'il m'en reste sur les bras, ce sera la catastrophe. »

Du coup, Jîze demande une caisse de filet, une de poitrine et une d'épaule.

Ne pas toucher aux cuisses, les plus nombreuses, montre un certain sens du choix.

« Combien ça fait, alors ? »

« Oui, un instant. Euh... »

La femme de Dai porte la main à la bouche et se met à réfléchir.

Zwei=Rutim l'observe fixement depuis le côté.

« Poitrine et dos à 150 pièces de cuivre rouge chacune, épaule à 90... Soit 390 pièces de cuivre rouge. »

« Donc 39 pièces de cuivre blanc. »

Jîze paie les pièces demandées, charge les trois caisses sur sa charrette. Malgré sa silhouette fine et son âge, elle soulève sans peine les caisses de 15 kilos.

« Merci pour tout. J'ai hâte de vous revoir. »

Elle nous salue aussi, puis s'en va prestement.

L'aubergiste bougon avance : « À mon tour. »

Mais il tire le "22".

Il ne reste que 12 caisses. Ce chiffre est quasi désespéré. L'aubergiste laisse tomber les épaules, l'air abattu, et se retire.

Les tirages s'enchaînent, et les scènes de joie et de déception se succèdent.

Le jeune homme qui a eu le "3" faillit sautiller de joie ; l'homme qui a eu le "7" fait une tête bien compliquée. Si les cinq premiers achetaient trois caisses chacun, le stock serait épuisé.

Vers le milieu, quelqu'un tire le "2".

Une jeune femme inconnue, mais qui semble liée à une auberge. Elle pousse un cri de joie : « Yatta ! » Les autres, qui n'ont pas encore tiré, la regardent avec envie et déception.

« Alors, je veux deux caisses de cuisse et une de dos ! »

« Oui. Alors... euh... 90 pièces fois deux, plus 150... 300... 300 et 20... »

« 330 pièces. » tranche Zwei=Rutm net.

La femme de Dai s'incline, puis reçoit les pièces de la jeune fille.

« Je t'avais dit qu'en vendant à la caisse, tu comptes en cuivre blanc, pas en rouge ! Les petits chiffres, c'est plus facile à compter ! »

Pendant que la fille charge les caisses, Zwei=Rutm enchaîne à voix basse, et la femme de Dai, toute confuse, s'excuse en baissant la tête.

« Alors, moi aussi j'achète, d'accord ? »

Le jeune homme qui avait eu le "3" arrive en souriant.

« Ah, oui, bien sûr. Quelle viande voulez-vous ? »

« Euh... Je prendrai 20 portions de cuisse. »

Au prix de la ville-relais, une portion fait 250 grammes, donc 20 portions = 5 kilos.

La moitié environ de la foule pousse des cris de reproche. Ce doivent être les gens des auberges. Quand quelqu'un achète au détail, la part soumise à remise diminue.

« Faut bien. On est une famille de cinq. J'ai ramené tout le cuivre que j'ai pu. »

Tout en disant ça, il a l'air ravi.

Et quelqu'un crie « C'est ça ! » en fendant les protestations. Quelqu'un qui, comme lui, veut acheter au détail. Si les cinq premiers avaient tous été des aubergistes achetant trois caisses chacun avec remise, les particuliers n'auraient pas eu leur tour.

« 20 portions de cuisse... Ça fait 60 pièces de cuivre rouge. »

La femme de Dai annonce le prix, puis jette un regard inquiet à Zwei=Rutm.

Zwei=Rutm, bras croisés, ne dit rien. Pour la vente au détail, la cuisse est à 12 pièces le kilo, soit 3 pièces la portion. Il n'y a pas d'erreur possible.

(On a fait des séances d'entraînement au calcul pour aujourd'hui, mais l'examen et la réalité, c'est pas la même sensation. Normal qu'elles mettent du temps.)

Cela dit, à cette occasion, nous avons revu nos prix. Avant, les quatre coupes avaient toutes des prix différents. On a aligné filet et poitrine, cuisse et épaule, en prenant la valeur intermédiaire. Ça devrait diviser par deux l'effort de mémorisation et de calcul.

(Moi et Zwei=Rutm, on est des cas à part. Les autres, faut qu'elles s'habituent à leur rythme. Y a pas le feu.)

Pendant que je pense à ça, le tirage avance tranquillement.

Avant que la dernière plaquette ne soit tirée, le "4" et le "5" sortent, et ce sont encore des gens d'auberges. L'un d'eux prend même quatre caisses, il ne reste plus qu'une caisse de poitrine et 10 kilos de cuisse.

À ce stade, tous les aubergistes partent. Ils n'avaient pas envie de payer plus cher au détail, apparemment.

Il reste une dizaine de personnes.

Sur les 31, une vingtaine étaient des aubergistes, à en juger. En repartant après avoir rendu leur plaquette, ils nous ont dit : « Revenez vendre le plus vite possible. »

Une fois les restants servis dans l'ordre des numéros, le stock s'épuise au cinquième acheteur. L'un d'eux a pris 30 portions d'un coup, donc les 25 kilos sont partis en un clin d'œil.

« Ah, j'ai réussi à en avoir ! Ma famille va être aux anges. »

Le dernier jeune homme, qui a pris la poitrine et la cuisse restantes, 10 portions chacune, sourit en disant ça.

Ses yeux marron brillants balayent tout le coin vente, et s'arrêtent sur moi.

« Vous êtes Asuta de la famille Fa, non ? Ma grand-mère est toujours très bien servie chez vous. »

« Hein ? Votre grand-mère ? »

« Oui. Je suis le petit-fils de Mishiru, la vendeuse de légumes. »

Je suis sincèrement surpris.

Le jeune homme sourit gentiment.

« Je viens souvent en ville pour les achats, alors je mangeais parfois à votre étal. Mais le reste de la famille n'a pas trop l'occasion. Du coup, ils m'ont saoulé pour que je ramène absolument de la viande de giba. »

« C'est ça... Merci beaucoup. »

« C'est moi qui devrais remercier. Ma femme apprend à cuisiner chez les Dora. Grâce à ça, l'heure du dîner est devenue un pur bonheur. »

Un sourire bien franc, qu'on n'attendrait pas du petit-fils de la vieille Mishiru.

« Tiens, d'ailleurs, je n'ai vu personne des Dora aujourd'hui. Vous les aviez prévenus, j'imagine ? »

« Oui. Mais ils ont dit qu'ils voulaient laisser la chance à ceux qui n'ont jamais mangé de giba, alors ils s'abstiennent pour l'instant. »

« Ah, je vois. En gros, pour des gens comme ma famille. C'est une attention qui fait plaisir. »

Il salue en tenant son sac de viande.

« Je vais faire cuisiner ce bon giba par ma mère et ma femme. Je repasserai à l'étal, alors à ce moment-là, yoroshiku. »

« Oui, c'est nous qui vous remercions. Merci pour votre achat. »

Une fois ce jeune homme parti, la journée s'achève.

Nous avons vendu un peu plus de 200 kilos de giba à quatre auberges et six foyers. Et la même quantité à la ville-château. C'est le résultat du jour.

Le chiffre d'affaires total, converti en cuivre rouge : 3660 pièces. Deux caisses ayant été vendues au détail, leur prix a été majoré d'autant.

Pour un premier jour, c'est un bon score.

Ce commerce, né du souhait d'apporter une vie plus aisée à la lisière de la forêt, vient de franchir une nouvelle étape.

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