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Isekai Ryouridou

Chapitre 491

Isekai RyouridouIsekai Ryouridou
Chapitre 491

Chapitre 491

Chapitre 491/52094%~19 min de lecture3 656 mots

Le lendemain, c’était le 18e jour du mois jaune.

Conformément à la déclaration, Kukurueru et les siens vinrent inspecter le tracé de la route dès le matin.

Depuis la ville-château, la nouvelle était parvenue à la maison des Sauti juste avant le coucher du soleil de la veille. Dari=Sauti ayant dépêché un messager avec diligence, les familles Fa et Ruu purent aussi se rendre sur place pour assister à la visite.

« Tout de même, voilà une matinée bien agitée. Même sans ta présence, on aurait pu obtenir l’accord pour présenter cet homme à Shimiral, non ? »

Tout en tenant les rênes de Giruru, Ai=Fa parlait sur ce ton.

« Non, moi-même je suis intrigué par ce Kukurueru. J’ai eu envie d’entendre de quoi il allait parler avec Shimiral. »

« Tu as des curiosités bien inutiles. Enfin un jour de repos qui arrive, ton corps tient-il le coup ? »

« Ça va. C’étaient cinq jours chargés mais agréables. »

L’échoppe fermait un jour tous les cinq. Mais cette fois, le deuxième jour d’ouverture coïncidait avec les noces des Ruu, et le dernier jour, un atelier pâtisserie avait été organisé, si bien que je m’étais retrouvé passablement débordé.

De plus, la famille Ruu avait fermé boutique le jour des noces et le lendemain, alors il avait fallu préparer le double de plats chez les Fa. De quoi corser encore l’affaire.

Pourtant, je n’avais pas fait le dur : j’étais en pleine forme. Le mariage de Sheila=Ruu et Darum=Ruu m’avait procuré un bonheur exceptionnel, la fatigue s’était envolée. Même quatre jours après, l’écho de ce bonheur flottait encore dans mon cœur.

« Et toi, Ai=Fa, ça va ? Ces temps-ci, tu chasses deux ou trois giba par jour comme si de rien n’était, non ? »

« C’est l’effet du pouvoir du Brave, ma peine s’en trouve au contraire allégée. Puisque je raccourcis le temps passé en forêt, d’autant plus. »

Jusqu’ici, Ai=Fa restait souvent en forêt du zénith au crépuscule. Mais on a découvert que le Brave accumulait de la fatigue si c’était quotidien, alors elle a pris un jour de demi-repos tous les quelques jours.

Les jours de demi-repos, elle vérifie simplement les pièges et rentre illico. Le reste, elle le passe à se reposer avec le Brave ou à s’entraîner sans forcer.

« Depuis que le Brave est à la maison, je n’ai pas utilisé une seule fois les “fruits attractifs à giba”. Et j’obtiens ce résultat, la puissance du Brave est bel et bien grande. »

« C’est vrai. Un chien de chasse, c’est vraiment impressionnant. On ne remerciera jamais assez Shimiral. »

Ne pas employer les fruits attractifs, c’est d’autant moins de danger pour Ai=Fa.

Secoué dans la benne, je caressai la tête de Brave avec toute ma reconnaissance. Évidemment, Ai=Fa n’envisageait pas de le laisser garder la maison.

« Yo, vous êtes matinaux, Asuta, Ai=Fa. »

À notre arrivée au village Ruu, Rudo=Ruu nous accueillit en bâillant.

À ses côtés, Rimi=Ruu collée à lui lança un énergique « Bonjour ! » avec un grand sourire.

Ce frère et cette sœur curieux de tout avaient aussi demandé à nous accompagner aujourd’hui.

« Avec vous deux, ça fait pile six. Une charrette suffit. J vais chercher Jiza-nii, attendez un peu. »

« D’accord. Et l’autre, c’est qui ? »

« Darum-nii ! Rimi va l’appeler ! »

« Ah, alors je vais aller le saluer moi aussi. »

Ai=Fa n’ayant pas l’air intéressée, je me dirigeai vers la maison de Darum=Ruu avec Rimi=Ruu.

Celle qui jouxte la maison de Shin=Ruu, autrefois habitée par Mida=Ruu. Rimi=Ruu frappa, et la voix de Sheila=Ruu répondit illico « Oui ».

La porte s’ouvrit sur Sheila=Ruu, même tenue qu’hier. Derrière elle, Darum=Ruu en vêtements de chasseur s’avança.

« Déjà l’heure ? Bon, j’y vais. »

« Oui. Prends garde, Darum. »

Sheila=Ruu sourit doucement, et Darum=Ruu répondit d’un bas « Ah ».

Rien n’avait changé en apparence, pourtant une chaleur nouvelle flottait. Je ressentis à nouveau, en secret, une émotion profonde.

« Ehehe. Je suis contente d’être avec Darum-nii ! »

Rimi=Ruu rit en s’accrochant au bras de son frère.

Cela faisait quatre jours qu’ils vivaient séparément. Pour Rimi=Ruu qui admire Darum=Ruu, c’était un temps de communication précieux.

Une fois montés sur la benne, Rudo=Ruu et les autres arrivèrent bientôt.

Jiza=Ruu, Darum=Ruu, Rudo=Ruu, Rimi=Ruu : un groupe assez costaud. Une fois tout le monde calé, Ai=Fa claqua le fouet sur Giruru.

« C’est quand même du monde. Je ne m’attendais pas à ce que Darum=Ruu vienne aussi. »

Quand je le dis, Darum=Ruu me lança un regard de travers.

« Toujours aussi insouciant. Tu crois que c’est grâce à qui que je dois me lever si tôt ? »

« Euh ? C’est ma faute, peut-être ? »

« … Si tu n’avais pas dit vouloir amener cet suspect Oriental chez les Ririn, je n’aurais pas été mobilisé. »

Aux mots de Darum=Ruu, Rudo=Ruu éclata d’un « Hahah ».

« C’est pas qu’on t’a forcé, c’est toi qui as proposé de venir. Avec moi et Jiza-nii, y a pas de souci. »

« Souci ? Tu te méfies de Kukurueru ? »

« Pas nous, Vina-nee. Elle était toute molle depuis hier soir, peur que cet Oriental ne fasse un mauvais coup à Shimiral qui a renoncé à Shim. »

C’est moi qui ai fait une bêtise.

Et me voilà encore ému par Darum=Ruu qui s’est levé exprès pour sa sœur.

« Moi aussi j’ai vu Kukurueru, mais c’est pas le genre à faire des coups fourrés. Je lui ai dit “faut pas t’inquiéter”, mais elle a pas voulu écouter. »

« Les Orientaux manipulent le poison. Nous ne pouvons pas baisser la garde. »

Jiza=Ruu parla d’un ton calme.

Lui, en tant que chef de clan par intérim, assistait à l’inspection.

« On dit que Shimiral cachait à l’origine une quantité incroyable de plantes toxiques sur elle. Tout a été scellé chez les Ririn, mais Girin=Ririn a dit qu’avec ça, elle pourrait repousser dix hors-la-loi qui l’entoureraient. »

« Ah, le truc “pour attaquer un voyageur de Shim il faut dix hors-la-loi”. Nous aussi, dix hors-la-loi, on les plierait tout seul. »

« En d’autres termes, un Oriental maniant le poison a la même valeur qu’un chasseur de la lisière. Nous devons en être conscients. »

Ceux qui ont vraiment croisé Kukurueru, c’est moi, Rudo=Ruu et Rimi=Ruu à peu près. La conversation tourne donc un peu au vif.

En plus, ni moi ni Rudo=Ruu ne connaissons les pensées intimes de Kukurueru. La vigilance de Jiza=Ruu et des siens est peut-être naturelle.

Pendant qu’on causait, la charrette avançait bon train.

Au milieu de l’échange, Ai=Fa fit « Hum ? » en serrant les rênes.

« Oi. On dirait que Shimiral nous attend. »

À peine la phrase finie, la charrette s’arrêta.

Depuis l’espace près du siège du cocher, Shimiral pointa le nez dans la benne.

« Je vous attendais, Jiza=Ruu. Moi, accompagnement, c’est bon ? »

« Qu’est-ce ? Les invités de Shim devaient être conduits chez les Ririn après l’inspection, non ? »

Aux mots de Jiza=Ruu, Shimiral fit « Oui » de la tête.

« Mais moi, aller, je pensais. Inconnu, chez Ririn, inviter, un peu, inquiétant. »

« Hmm. Mais notre charrette est pleine, nous. »

« C’est bon. Famille Rei, totos, emprunté. »

Au-dessus de la tête de Shimiral, un totos au regard un peu vif pointa le museau dans la benne. C’est le jeune totos que Rau=Rei a acheté pour son compte.

« Après tout, il faut se méfier des Orientaux, hein ? »

À la question de Jiza=Ruu, Shimiral secoua la tête « Non ».

« “Plumes noires du vent”, célèbre compagnie. Son chef, humain inconnu, mais fiable, je pense. … Juste, mon jugement, s’il est faux, chez Ririn, malheur, j’appelle. D’abord, mes yeux, vérifier, je pensais. »

« Ça marche. Alors viens avec nous. »

« Merci. »

Ainsi, Shimiral sur son totos des Rei nous accompagna en parallèle.

Moi, Rimi=Ruu et Rudo=Ruu, nous avons relevé la bâche arrière pour essayer de la voir. Shimiral, s’en apercevant, ralentit l’allure, si bien que Rimi=Ruu lança un « Wa-i ! » de joie.

« C’est chouette. Moi aussi, après, je monterai sur Rulurū ! »

« Hmm. Les gens de Shim, ça gère bien les totos, apparemment. »

Effectivement, Shimiral à cheval avait une allure impeccable.

Dos droit, rênes tenues naturellement. Une posture banale, pourtant le totos semblait galoper avec une vitalité extraordinaire.

Les gens de la lisière aussi manient bien les totos. Mais Shimiral et les siens dégagent une atmosphère d’un autre niveau, une véritable union homme-bête.

Nous descendîmes la piste une bonne heure avant d’atteindre le village des Sauti.

Mais comme le rendez-vous avec Dari=Sauti et les siens était sur place, nous traversâmes l’entrée du village sans nous arrêter et filâmes plus au sud.

Après avoir dépassé les villages des Fei et Tamul, vassaux des Sauti, la destination était proche.

Finalement, Ai=Fa fit « Hum » en relâchant les rênes.

« Je vois. C’est donc ça qui a été bâti. »

Passant du trot au pas, elle fit avancer la charrette.

Depuis l’arrière de la benne, je pus confirmer ce qu’Ai=Fa avait repéré.

Un peu avant un carrefour à trois branches, une grande porte avait été érigée.

Et elle servait à contrôler les allées et venues vers les villages par où nous venions.

Actuellement, la porte est grande ouverte. Mais les piliers sont solides, le vantail aussi. Plus de deux mètres de haut, fermée, elle empêcherait de voir au-delà.

Toutefois, les côtés de la route sont des forêts.

En s’engageant dans la forêt, on peut contourner aisément une porte aussi belle.

Mais l’important, c’est de signifier qu’au-delà, on ne peut pas pénétrer librement. C’est une mesure pour que les voyageurs emprunting le nouveau chemin ne s’aventurent pas par mégarde dans les villages de la lisière.

« Les nobles sont déjà là. »

Juste après la porte ouverte, Ai=Fa arrêta la charrette.

Nous descendîmes et fîmes le tour à l’avant. Là se tenaient les soldats familiers.

Des officiers de la Garde rapprochée, directement sous les ordres de Melfried. Leur mission normale est de garder le château royal, mais ils doivent accompagner Melfried quand il quitte la ville-château.

« Yaho, mesdames messieurs des Ruu et des Fa. Merci de vous être déplacés. On est arrivés un peu en avance, mais Dari=Sauti était déjà là, alors on a commencé. »

Polaus, entouré de ces gardes, nous fit signe d’approcher avec un sourire. Depuis l’affaire Reiris, c’est la première fois qu’on se voit. Plus d’un mois doit s’être écoulé.

Derrière lui, Melfried en tenue d’officier élégante — pas en armure.

Et face à Melfried, Kukurueru, entouré de quatre Orientaux.

« Melfried, ça fait un moment. Nos gens des Ruu et des Fa aimeraient assister à la visite. »

« Ah, Jiza=Ruu. Ravi de vous voir en forme. … Voici le chef de la “Plume noire du vent”, Kukurueru. »

Parmi les Orientaux, Kukurueru seul avait baissé sa capuche.

Kukurueru salua, puis tourna le visage vers moi et Rudo=Ruu.

« Je m’appelle Kukurueru=Gi=Adumufutan. Rudo=Ruu, ravi de vous revoir. »

« Ah, je me souviens de toi. T’as l’air en forme. »

Rimi=Ruu, qui l’avait vu hier, salua aussi en souriant.

Après cet échange, Melfried se tourna à nouveau vers nous, bras tendu.

« Rudo=Ruu, Rimi=Ruu, Asuta, vous avez déjà des liens, m’a-t-on dit. Voici le chef de clan par intérim de la lisière, Jiza=Ruu, son frère Darum=Ruu, et la chef de la famille Fa, Ai=Fa. »

À présent, Melfried avait noué des liens avec tous ces gens. C’était assez émouvant.

« Et… celle-ci est Shimiral, devenue servante des Ririn. Kukurueru souhaitait la rencontrer, mais c’est elle qui est venue jusqu’ici ? »

Shimiral aussi, quand elle a demandé à devenir servante de la lisière, a dû rencontrer Melfried et Polaus.

Shimiral attacha les rênes du totos à la benne et s’avança d’un « Oui ».

« C’est vous, Shimiral. C’est un honneur. »

Kukurueru salua, et Shimiral fit de même.

« C’est moi qui suis honorée. “Plume noire du vent”, depuis longtemps, réputation, j’entendais. »

Âge et couleur de cheveux différents, mais toutes deux nées de Shim. Face à face, leur aura se ressemblait à s’y méprendre.

Seule différence : Kukurueru a un regard un peu plus aigu. Mais c’est une lueur de force tranquille comme celle de Ryada=Ruu, rien de désagréable.

Après les avoir observées un moment, Melfried dit « Bon » pour reprendre la main.

« Alors, finissons le travail. Je donnais justement les explications détaillées sur le nouveau tracé. »

De façon à ce que Jiza=Ruu et les autres entendent, Melfried recommença.

La première partie reprend ce que j’avais dit à Kukurueru hier. Impossible de le berner dans cette configuration, et pas besoin de le faire de toute façon.

« … Les giba s’approchent peu des humains d’eux-mêmes, le danger est faible. De plus, nous avons eu une idée ingénieuse, nous voudrions l’avis des gens de la lisière. »

Sur un signe de Melfried, un officier tendit un objet étrange.

Trois plaques de fer de la taille et forme de bandes courtes, empilées. Un trou en haut, une lanière de cuir les relie en un paquet. La lanière étant lâche, quand Melfried le secoua légèrement, les plaques s’entrechoquèrent avec un vacarme métallique strident.

« Les giba n’aiment pas le bruit, dit-on. Si on fixe cet outil sur la benne, ça les écartera encore plus, non ? »

« Ah, c’est le même son que l’outil de traque qu’on utilise chez les Sauti. »

Aux mots de Dari=Sauti, Melfried acquiesça.

« C’est un outil fabriqué sur la base des paroles de Dari=Sauti. Est-ce un travail superflu ? »

« Non. Si le bruit de la charrette s’y ajoute, même un giba affamé renoncera à approcher. Les giba détestent particulièrement les sons aigus de métal. »

« Alors, pour les futurs voyageurs, on en fera d’autres. Heureusement, des forgerons de Jagar séjournent en ville-château. »

Ce serait peut-être Diarl et sa bande.

On retrouve du travail aux endroits inattendus.

« Et nous avons une question pour Kukurueru. Jusqu’où les Orientaux peuvent-ils lire l’écriture de l’Ouest ? »

« L’écriture ? Ça dépend des gens. Les jeunes, la plupart ne savent pas lire. »

« Je vois. Il faudra donc écrire la même chose en caractères de l’Est. Venez par ici. »

Melfried nous guida vers la porte qu’on venait de franchir.

Sur son ordre, les officiers la fermèrent. Sur le vantail, du texte était gravé à foison.

Gravé puis encré en noir, ça ressort net. Mais c’est l’écriture de l’Ouest, style idéographique, illisible pour moi.

« Ici sont inscrites les lois de Genos pour la lisière. Le même panneau sera dressé à l’autre extrémité du tracé. »

Sur un nouveau signe, un officier commença à lire le texte posément.

D’abord, la loi dans la forêt de Morga.

Cueillir les fruits de la forêt est un crime grave. Le contrevenant subit fouet, stigmate de criminel, et bannissement de Genos.

De plus, la forêt de Morga abrite giba, munto, gîzu, divers insectes venimeux ; il est interdit d’y entrer sans raison.

Par ailleurs, nuire aux bêtes de la forêt avec des poisons apportés de l’extérieur est un tabou fort. Même peine que ci-dessus.

— Là, je tiltai la tête.

(Utiliser du poison pour la chasse au giba, c’est pas seulement interdit par les règles de la lisière, c’est aussi un crime selon la loi de Genos ? Et même peine que piller les ressources de la forêt, c’est ultra-lourd…)

D’origine, la règle de la lisière prévoit le scalpage pour qui saccage les dons de la forêt, donc c’est plus léger, mais mon doute ne s’est pas dissipé.

Pourtant, l’ambiance n’était pas à m’immiscer, je me tus.

Vint ensuite la partie sur les villages de la lisière.

D’abord, la loi de Genos s’applique intégralement dans les villages.

Entrée non autorisée dans une maison, violences sur un habitant, pillage de biens : tout est interdit. Évidence.

Deux points méritent attention.

Premier : il est interdit d’entrer dans un village sans motif valable.

Deuxième : les gens de la lisière ont un droit d’autogestion pour protéger la sécurité du village.

Quand un non-allié pénètre, les gens de la lisière ont le droit de lui demander raison. Si le motif n’est pas jugé légitime, ils peuvent l’expulser de force, c’est écrit noir sur blanc.

De plus, un criminel dans un village de la lisière peut être jugé selon les règles de la lisière. C’est plus lourd que la peine de Genos, mais les gens de la lisière ont le droit de l’appliquer.

« Par exemple, un voleur pénètre dans une maison de la lisière. Selon Genos, c’est fouet et stigmate. Mais selon vos règles ? »

« Entrer sans permission dans la maison d’autrui, c’est amputation des orteils. »

À la réponse de Jiza=Ruu, Melfried fit « Je vois » en hochant la tête.

À côté, Polaus rit jaune « Ahaha ».

« Quand vous attrapez le coupable, vous pouvez appliquer vos règles, ou le livrer aux gardes. Choisissez selon le cas. »

« Hmm. Moi je pense que les gens de la ville doivent être punis selon la loi de la ville… mais “choisissez comme vous voulez”, c’est une offre appréciable. »

« Oui. Et je fais confiance aux gens de la lisière pour ne pas blesser autrui sans preuve. »

Que Melfried dise ça, c’est sans doute parce qu’on a lutté ensemble contre Sykleus.

À l’époque, les gens de la lisière, quelque fût leur colère, n’ont pas tiré l’épée sans preuve. Melfried l’a vu de près.

« Les gens de la lisière ont montré leur force au dernier tournoi. Sachant qu’ils ont ce pouvoir d’autogestion, les hors-la-loi n’oseront plus s’attaquer aux villages. »

« Je le souhaite ardemment. On ne peut pas mettre en danger les enfants et les femmes du village. »

« À terme, on voudrait installer un poste de garde ici. Pour protéger voyageurs et villageois, ce sera nécessaire. »

Melfried et Jiza=Ruu discutaient, observés de côté par Kukurueru et les siens. Eux-mêmes surveillés par Darum=Ruu et Shimiral. Un tableau assez surréaliste.

« Et le dernier point. C’est une affaire majeure, donc inscrit à part. »

Sur l’ordre de Melfried, un officier lut la dernière ligne.

« Quiconque met le pied sur le mont Morga au centre de la forêt encourt la peine de mort. » Une phrase choc.

« Pour les gens de la lisière comme pour ceux de Genos, c’est connu : fouler le mont Morga est le tabou absolu. Qu’on vienne de Shim ou de Jagar, qui le viole est passible de mort sans possibilité de défense. Gravez-le en vous. »

Kukurueru plissa légèrement les yeux, fixa Melfried.

« Il n’y a aucune raison de traverser la forêt des giba pour aller vers la montagne, mais pourquoi cet acte est-il un si grand crime ? »

« La forêt de Morga est dominée par trois bêtes : les loups de Varbu, le grand serpent Madarama, et l’Homme rouge sauvage. Si on les irrite, Genos périrait. Jadis, les pionniers libres qui vivaient ici vénéraient le mont Morga comme un dieu. »

« Ah, le mont Morga était un sanctuaire. Compris. »

Kukurueru acquiesça simplement, puis entrecroisa les doigts en une forme complexe.

« Je le ferai savoir largement à mes compatriotes. La gravité de profaner un sanctuaire, les Orientaux la connaissent sans doute mieux que les Occidentaux, alors pas d’inquiétude. »

« Je l’espère. … De même pour la loi sur le poison tout à l’heure, transmettez-la pareillement. »

« “Ne pas nuire aux bêtes de Morga par le poison”, c’est ça ? Ça aussi, c’est lié à la foi en Morga ? »

« Oui. Si on est attaqué par des giba sur cette route, utiliser du poison est permis. Mais entrer soi-même en forêt et empoisonner les bêtes de Morga est un tabou fort. Pour le respecter, les chasseurs de la lisière chassent le giba sans poison. »

« Hé. C’était un pacte avec le seigneur de Genos, ça ? Je croyais que c’était interdit parce que le poison, c’est lâche. »

Rudo=Ruu posa la question familièrement, et Jiza=Ruu le toisa de ses yeux-fil.

« Tu as déjà entendu le Donda expliquer l’origine de toutes les règles, Rudo. »

« Mémoriser tout, impossible. De toute façon j’utilise pas de poison. … J’ai compris, arrête de me regarder comme ça. »

Rudo=Ruu semble avoir affiné sa technique : repli avant la gronde.

Après cet échange, Melfried se tourna de nouveau vers Kukurueru.

« Ne pas fouler le mont Morga. Ne pas empoisonner ses bêtes. En échange du respect de ces pactes, les humains ont obtenu le droit de vivre au pied de Morga. Ce pacte a été transmis des pionniers libres à la maison marquisale de Genos. Au nom de l’amitié Est-Ouest, je vous prie instamment de ne pas violer ces interdits. »

Je sentis une tension piquante dans le dos, et levai les yeux vers le mont Morga qui se dressait à l’est.

Comme ce piémont, des crêtes couvertes d’un vert luxuriant. Une silhouette majestueuse et fraîche, qui ne colle pas aux terribles légendes.

(Il y a 200 ans, avant l’arrivée des Genos, cette montagne était un dieu… Et ceux qui la vénéraient, c’étaient les ancêtres de Mirano=Masu, Shili=Rou, Reima=Geito…)

Aujourd’hui, les gens de la lisière appellent la forêt du piémont « Mère ».

Nous vivons avec, au centre de la mère forêt, un sanctuaire énigmatique.

(Et Melfried et les siens ne croient pas que Morga est un dieu, mais ils maintiennent farouchement l’interdit de ne jamais y mettre les pieds. C’est aussi une drôle d’histoire…)

Pendant que je ruminais, l’explication de Melfried revenait sur le tracé lui-même.

Le mont Morga, indifférent aux calculs et à l’activité des humains mesquins, ne faisait que montrer sa dignity dans la brume matinale.

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