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Isekai Ryouridou

Chapitre 446

Isekai RyouridouIsekai Ryouridou
Chapitre 446

Chapitre 446

Chapitre 446/51087%~18 min de lecture3 501 mots

Depuis le jour de l'attaque par un giba affamé jusqu'à la fin du mois du Thé, les travaux d'ouverture de la piste à la lisière de la forêt furent interrompus pendant cinq jours.

L'incident avait fait une trentaine de blessés, ce qui amena une nouvelle discussion sur la sécurité.

On en vint même à remettre en cause la possibilité d'utiliser un lieu aussi dangereux comme route principale.

Sur ce point, il aurait dû être acté que « tant qu'on reste sur le chariot tiré par un toto, il n'y a pas de problème ». Si l'on assure une largeur suffisante pour que le toto tractant le chariot puisse courir à plein régime, la distance peut être franchie en trois ou quatre heures ; en la parcourant sans pause, le risque d'attaque de giba est nul, tel était le jugement.

Le problème restait donc la poursuite des travaux.

Cette tragédie était aussi due à des gardes paniqués qui avaient provoqué le giba sans raison ; avec une réaction calme, elle n'aurait pas eu lieu. Le giba ne pouvant sauter plus haut que sa propre taille, il suffisait de se réfugier sur le plateau du chariot ou sur les bois, et d'utiliser habilement les fruits répulsifs reçus des Sauti pour s'en tirer sans dommages.

Le point crucial était donc l'état d'esprit des gardes.

Ils avaient rencontré un giba terrifiant en forêt pour la première fois, et étaient totalement paralysés par la peur.

Heureusement, il n'y eut pas de morts, mais le fait qu'un seul giba ait blessé trente personnes les avait fait trembler.

Bien sûr, si les nobles ordonnaient la poursuite des travaux, les gardes ne pouvaient désobéir. Mais si la même tragédie se répétait, il y aurait peut-être des morts cette fois. Et si les gardes tombaient dans la panique, ils ne pourraient plus assumer leur mission de surveillance, laissant filer les gens du Nord.

Sur le lieu du tumulte, les gens du Nord ne s'étaient pas décomposés.

Mieux encore, c'étaient eux qui avaient finalement abattu le giba.

Ce rapport sembla inquiéter davantage encore les nobles.

Voici la conclusion.

Après cinq jours de délibérations, il fut décidé que les chasseurs de la lisière de la forêt seraient aussi mobilisés sur le chantier.

Non comme ouvriers ou guetteurs, mais comme gardes chargés de protéger ces derniers.

Si un giba affamé apparaît, ils le repoussent par les moyens appropriés. C'est là leur unique tâche, et c'est ainsi que les chasseurs de la lisière furent conviés sur le chantier.

« Mais avec tout ce monde qui fait du bruit, un giba normal n'approcherait même pas. L'autre fois, c'était un giba affamé qui avait perdu la tête ; à l'avenir, les gardes n'auront probablement rien à faire. »

Tels étaient les propos de Rudo=Ruu.

Pourtant, ce que les nobles recherchaient, c'était une tranquillité d'esprit. On offrit une forte prime aux gens de la lisière pour qu'ils prêtent leur force afin que les travailleurs puissent œuvrer l'esprit tranquille.

« Ils devront rester plantés sous la pluie du matin au soir ? Un boulot aussi chiant, très peu pour moi ! Moi, je refuserais direct ! »

La plupart des chasseurs partageaient sans doute l'avis de Rudo=Ruu, mais c'était une commande officielle émise au nom du seigneur de Genos, le marquis Marstein. En tant que sujets de la lisière, ils n'avaient d'autre choix que d'obéir dans la mesure du possible.

« Toutefois, on ne peut pas négliger le travail de chasseur. Cette garde ne peut être confiée qu'aux clans en période de repos. »

Les chefs de clan tranchèrent ainsi.

Or, quels clans étaient en période de repos à cet instant ? Ce furent, contre toute attente, les trois clans rattachés à la lignée Lavitts.

Jusqu'au début du mois du Thé, c'était le clan du Nord qui était en repos. Juste après, ce fut le clan Sun, et il y a quelques jours à peine, le clan Lavitts entra à son tour en période de repos.

« Bon, si on nous donne des pièces de cuivre juste pour rester plantés là, y a pas plus facile… mais quel boulot stupide. »

Même Dida=Lavitts aurait tenu de tels propos.

Quoi qu'il en soit, cela assurait les effectifs pour une dizaine de jours à une quinzaine. Vers la mi-mois du mois Rouge, leur période de repos s'achèverait, et le tour reviendrait probablement aux Sauti.

« D'ailleurs, la prime devrait être versée intégralement au clan qui aura accompli la mission. Les autres clans n'auront fourni aucun effort. »

Sur proposition de Donda=Ruu, il fut décidé que la prime irait au clan exécutant.

S'il avait été question que le clan Ruu assume cette tâche, Donda=Ruu n'aurait-il pas plaidé pour en faire un bien commun de tous les gens de la lisière ?

Toujours est-il que tout finit par se régler.

Nous continuâmes notre travail habituel à la ville-relais, tout en apprenant au fil de l'eau l'avancement de ces tractations par les gens des Ruu et des Fou.

« Franchement, quel ennui ils nous ont causé. Nous, on était en plein préparatifs du banquet, c'est vraiment une histoire importune. »

Exceptionnellement, maman Mia=Rei laissait échapper une plainte.

Pendant ces cinq jours, les chefs de clan avaient été convoqués à la ville-château ou s'étaient réunis entre eux, menés tambour battant ; or, cette période comprenait les anniversaires de Donda=Ruu, Rudo=Ruu et Kota=Ruu.

Surtout Donda=Ruu, en tant que chef de la maison principale des Ruu, son anniversaire devait être fêté plus fastueusement que celui des autres membres.

Pourtant, on était en pleine saison des pluies.

Normalement, le banquet se tient sur la place, mais cette fois c'était impossible. Le dîner fut avancé en début de soirée, et les chefs de branches et de parentés vinrent présenter leurs vœux lors de la beuverie qui suivit, un format inhabituel.

« Les années où il y a le mois d'Or, la fin du mois du Thé tombe inévitablement en plein milieu de la saison des pluies. D'habitude, on arrive juste à utiliser la place, mais là… »

C'est vrai, cette année comportait un mois intercalaire, tous les trois ans. Sans cela, la saison des pluies arrive généralement vers le mois Rouge.

La maison principale des Ruu est particulièrement grande, mais le nombre de personnes qu'on peut y accueillir d'un coup reste limité. Les invités ne s'attardent donc pas, défilant les uns après les autres. Pour maman Mia=Rei qui les reçoit, c'est une épreuve différente du banquet sur la place.

Mais c'est une affaire interne aux Ruu et à leurs parentés.

La maison principale des Ruu a vu cinq anniversaires se succéder récemment, mais je ne l'ai su que par ouï-dire.

J'ai été invité en tant qu'invité aux anniversaires de Lara=Ruu et de la grand-mère Tito=Min, mais depuis, les Ruu préparent eux-mêmes leurs plats de fête. C'est un peu triste, mais à la base, l'anniversaire ne se fête qu'entre parents de sang.

Hormis ça, je n'ai été convié qu'à l'anniversaire de Dan=Rutim.

Dan=Rutim avait ri fort : « L'an prochain aussi, j'attends ça avec impatience ! » mais c'est sans doute dû à sa largesse. Dans les mois qui suivirent, Gazlan=Rutim, Ama=Min=Rutim et d'autres prirent aussi un an, mais je ne fus pas invité à leurs fêtes, et il n'existe pas à la lisière de coutume jugeant cela « distant ».

De mon entourage, Tour=Din, Mida, Zwai et d'autres ont aussi fêté leur anniversaire discrètement. Je ne l'ai su qu'incidemment lors de conversations anodines ; ce n'est pas le genre de chose qu'on annonce activement aux gens d'autres foyers.

Par conséquent, les seuls anniversaires que je dois honorer sont ceux d'Ai=Fa et le mien.

Et voilà que le mois Rouge est arrivé.

En même temps que la seconde moitié de la saison des pluies, j'allais enfin accueillir l'anniversaire d'Ai=Fa.

***

Dix jours après la reprise des travaux d'ouverture.

Le dixième jour du mois Rouge, jour où Ai=Fa est née dans cette lisière.

Ce jour-là aussi, je travaillais à la ville-relais.

Par ironie, la veille était mon jour de repos.

Je pouvais décaler ce repos, mais Ai=Fa m'avait dit : « Inutile. »

« Si tu me prépares un bon dîner, ça me suffit. Même si tu décalais ton travail, il n'y a rien de spécial à faire, non ? »

Telle fut la réponse solennelle du chef de famille.

Dans la lisière, les anniversaires se fêtent en effet très sobrement. On prépare un repas un peu meilleur que d'habitude, et les membres de la famille offrent des fleurs de célébration. En somme, c'est tout. L'important n'est pas la forme, mais le sentiment.

Et dès le début du mois Rouge, j'avais soumis une proposition à Ai=Fa.

L'anniversaire devant se fêter entre parents de sang, en ayant bien conscience de cela, je proposai d'inviter tout de même des invités cette fois.

« Pour Ai=Fa, qu'est-ce qui est le plus souhaitable ? Je veux que ce jour se passe comme toi tu le souhaites le plus. »

Mes « invités » étaient Rimi=Ruu et la grand-mère Jiba.

L'an dernier, le jour de son anniversaire, Ai=Fa avait froidement renvoyé Rimi=Ruu, et elle le regrettait amèrement. Je pensais qu'en les invitant, on apaiserait le cœur des deux côtés.

Face à ma proposition, Ai=Fa s'inquiéta beaucoup.

« Mais… l'an dernier je l'ai éconduite sans ménagement, et cette année je l'inviterais en tant qu'invitée… ne passerai-je pas pour une personne égoïste ? »

« Rimi=Ruu ne pensera pas ça. Elle sera aux anges, c'est sûr. »

« Hum… c'est peut-être vrai, mais… »

D'ordinaire, Ai=Fa affiche un visage résolu, mais là, elle paraissait anxieuse comme une enfant.

« Alors… est-ce que tu pourrais en parler à Rimi=Ruu de ma part ? … Et si, par malheur, elle faisait la tête, dis-le-moi sans rien cacher… »

« T'inquiète pas. Ai=Fa, t'es trop inquiète. »

Bien sûr, les craintes d'Ai=Fa s'avérèrent infondées. Le lendemain, quand je lui en parlai, Rimi=Ruu fut d'abord très surprise, puis ravie à en pleurer.

« Mais… c'est bien ? Ai=Fa, tu veux pas passer ton anniversaire rien qu'avec Asta ? »

« Nous, on est tous les deux chaque soir. Pas la peine de se faire du souci pour ça. »

« Alors j'y vais ! La grand-mère Jiba sera contente aussi ! »

Et Rimi=Ruu sauta au cou, les yeux brillants de larmes.

« C'est Asta qui l'a dit, hein ? Ai=Fa, elle arrive pas à le dire elle-même, c'est son caractère. »

« Ouais. Rimi=Ruu connaît bien le caractère d'Ai=Fa. »

« Évidemment ! C'est ma meilleure amie, celle que j'aime le plus ! »

Ce soir-là, je rapportai fidèlement à Ai=Fa tout ce qui s'était passé.

Ai=Fa porta la main à son front, baissa profondément la tête et murmura : « C'est bon… »

« Si Rimi=Ruu n'a pas été peinée, tant mieux… Asta. »

« Ouais. »

« … Ta délicatesse me touche profondément. »

La voix d'Ai=Fa tremblait légèrement.

Peut-être ses yeux étaient-ils mouillés.

Je fis semblant de ne pas m'en apercevoir et répondis simplement : « Ouais. »

Et voici le jour venu.

Le commerce continua, mais je pris congé pour la séance d'étude. À l'heure convenue, je me rendis au village des Ruu pour retrouver Rimi=Ruu et les siennes.

Pour accueillir la doyenne Jiba à la maison Fa, Donda=Ruu avait posé une seule condition : qu'un homme les accompagne.

Il n'y aura sans doute aucun incident dangereux à l'intérieur du village, mais laisser la doyenne et un enfant se rendre seules au dîner d'une autre maison va à l'encontre des usages de la lisière. Sans compter l'œil strict de Jiza=Ruu ; il n'y avait pas à discuter.

L'homme désigné fut Rudo=Ruu.

De toute façon, les hommes des Ruu les plus liés à la maison Fa sont Rudo=Ruu ou Shin=Ruu. Et comme Rudo=Ruu vit sous le même toit que Rimi=Ruu, c'était le choix idéal. Donda=Ruu avait même fait de ce jour un jour de repos pour Rudo=Ruu, il n'y avait rien à redire.

« Merci pour aujourd'hui, Asta… la grand-mère est vraiment contente… »

Vêtue de sa cape de pluie, menée par la main par Rudo=Ruu, la grand-mère Jiba sortit en souriant doucement.

Pour le retour, ils prendraient le chariot des Ruu. La grand-mère Jiba allait autrefois jusqu'à Doreimu et la ville-relais, un tel déplacement ne lui posera pas de problème. À mes yeux, sa démarche semblait même plus légère qu'avant.

« Moi, je resterai discreet dans un coin. J'attends un bon repas, hein, Asta ? »

Sur ces mots, Rudo=Ruu s'installa sur le siège de cocher.

Les emmenant avec moi, je rentrai à la maison Fa.

Après avoir raccompagné Tour=Din et les siennes, je retrouvai dans la pièce du kamado de nombreuses femmes. Celles à qui j'avais confié la préparation de la veille.

« Bienvenue, Asta. On vient juste de finir le gros du travail. »

« Merci beaucoup. Vous m'aidez énormément. »

Je voulais consacrer tout le temps restant à la préparation du dîner, alors j'avais demandé à ces femmes de commencer les préparatifs plus tôt que d'habitude.

La cuisson était déjà terminée, tout le monde s'attaquait au nettoyage. Même sans la cheffe Tour=Din et Yun=Sudra, l'épouse du chef de famille Fou avait pris le relais et le travail avançait sans accroc.

« On vous dérange… oh mon, quelle animation… »

Un peu en retard, la grand-mère Jiba et les siennes entrèrent dans la pièce du kamado.

Les femmes interrompirent leur travail et se tournèrent vers elles.

« C'est vous, la doyenne Jiba=Ruu des Ruu ? Je n'aurais jamais imaginé vous rencontrer un jour. »

L'épouse du chef de famille Fou s'inclina avec déférence.

Pendant que Rimi=Ruu lui retirait sa capuche, la grand-mère Jiba sourit calmement.

« Pas la peine de vous formaliser pour une vieille… continuez votre travail… »

Les femmes saluèrent à leur tour et reprirent leur ouvrage comme demandé.

Les plus jeunes jetaient des regards furtifs vers la grand-mère Jiba dans l'intervalle. Le titre de doyenne des Ruu bien sûr, mais voir une personne d'un tel âge était déjà rare en soi. Tour=Din et Yun=Sudra avaient réagi de même lors de leur première rencontre avec elle.

« Bon, ça ira comme ça. Alors, Asta, on vous laisse. »

« Oui. Merci vraiment. Demain matin aussi, on compte sur vous. »

« On viendra vers le coucher du soleil avec « ça ». »

C'étaient les femmes du clan Ran qui disaient ça.

Elles avaient leur propre surprise en préparation.

Je répondis « Oui » en souriant et les regardai sortir de la pièce du kamado.

« Bon, ben, on commence la préparation du dîner ? »

« Ouais ! On va faire plein de bons plats ! »

Rimi=Ruu, qui attendait, accourut à petits pas.

Le dîner pour Ai=Fa, nous le préparons à nous deux. Ça valait vraiment le coup de l'inviter.

« On commence par la base du ragoût ! Faut pas trainer, faut faire mijoter les os de kimusu ! »

Il était proche du troisième koku, il restait environ trois heures et demie avant le coucher du soleil. Partir des os pour faire le bouillon, c'était juste dans les temps.

Mais c'était une tâche qu'on ne pouvait confier à personne d'autre. Nous devions achever nous-mêmes, par nos seules forces, les plats du banquet de ce jour.

« Jiba=Ruu, êtes-vous sûre de ne pas préférer rester dans la pièce principale ? On va allumer le feu au kamado, donc il ne fera pas froid, mais ce ne sera pas très confortable… »

« C'est bon… j'ai fait le chemin jusqu'à la maison Fa, je veux savourer cette joie jusqu'au bout… »

La grand-mère Jiba était assise en seira sur la natte le long du mur. Elle avait ôté sa cape de pluie et portait à la place un manteau apporté des Ruu. Son escort Rudo=Ruu, à côté, réprimait un bâillement.

D'après ce qu'on m'a dit, c'est la première fois que la grand-mère Jiba mettait les pieds à la maison Fa.

Qu'ils soient vieux amis ou non, la doyenne des Ruu ne se rend pas sans raison chez un petit clan, ce n'est pas l'usage de la lisière. De plus, la distance posait problème : à pied, l'aller-retour entre la maison Fa et la maison Ruu prend deux heures.

La grand-mère Jiba et Rimi=Ruu se promenaient vers le nord, Ai=Fa s'entraînait à la marche sur bois vers le sud, et elles s'étaient rencontrées par hasard à mi-chemin, m'avait-on raconté.

Depuis, lors de leurs promenades, la grand-mère Jiba et Rimi=Ruu allaient toujours vers le nord, et Ai=Fa, pour son entraînement, allait toujours vers le sud, multipliant consciemment les rencontres fortuites pour tisser un lien discret.

On ne parle guère de la nature de leurs échanges, mais à imaginer la jeune Ai=Fa et Rimi=Ruu jouant comme des chiots, je ne peux m'empêcher d'avoir le cœur chaud.

« Vous avez dit que la grand-mère Jiba et Ai=Fa s'étaient connues il y a environ six ans, non ? »

Demandai-je à la grand-mère Jiba pendant que Rimi=Ruu et moi nous attaquions aux os de kimusu.

La grand-mère Jiba hocha la tête : « Ah… »

« Mais ça fait déjà plus de six ans… Ai=Fa avait juste avant ses douze ans, et voilà qu'elle en a dix-huit… »

« Donc Rimi=Ruu avait deux ans et la grand-mère Jiba soixante-dix-neuf. C'est incroyable. »

Deux ans, onze ans, soixante-dix-neuf ans. Avec un tel écart, une amitié ne naît pas facilement.

Pourtant, Ai=Fa et elles l'ont nouée. Plus de six ans plus tard, elles continuent de se chérir mutuellement.

« Mais justement, au moment où Ai=Fa a perdu son père, j'ai moi-même eu des problèmes de jambes… Au moment où j'aurais dû être le plus près d'elle, je n'ai pas pu être là… C'est un regret qui ne s'effacera jamais… »

« Ce n'est la faute de personne. Juste une malchance qui s'est accumulée. »

« Ouais… mais c'est à partir de là que j'ai commencé à trouver la vie à la lisière douloureuse… Pendant qu'Ai=Fa souffrait, je n'avais yeux que pour ma propre douleur… C'est vraiment impardonnable… »

« Ai=Fa a dû ressentir la même chose. Si elle avait été en forme, elle se serait faufilée jusqu'à la grand-mère Jiba, même en cachette. »

Et c'est Rimi=Ruu qui a fait le va-et-vient entre la maison Fa et la maison Ruu à la place de ces deux-là qui ne le pouvaient pas.

Rimi=Ruu, qui luttait contre l'écume qui montait à la surface de la marmite, se tourna vers la grand-mère Jiba avec un sourire.

« Mais maintenant, on est encore plus proches qu'avant, alors c'est bien, non ! La forêt nous a récompensées pour ces deux années dures ! »

« Ah, peut-être bien… »

Rudo=Ruu, qui s'ennuyait à côté, acquiesça : « Ouais, ouais. »

« De toute façon, si on cherche un responsable, c'est les Sun, non ? S'ils n'avaient pas fait leurs histoires bizarres, Ai=Fa n'aurait pas pensé à couper les ponts avec les étrangers. »

C'est Exactement ça.

De surcroît, si Ai=Fa n'avait pas remis Diga à sa place, elle n'aurait pas attiré l'attention de Donda=Ruu, ni reçu la demande en mariage de Darum=Ruu. Cet épisode l'a poussée à prendre encore plus de distance avec les Ruu : une chaîne négative où le malheur appelle le malheur.

« Mais ils ont été punis comme il faut, alors c'est bon ! Grand-mère Jiba, arrête de dire des trucs tristes sur le passé ! »

« Vraiment, vous avez raison, Rimi et Rudo… Ces temps-ci, ce sont les jeunes qui nous montrent le bon chemin… »

La grand-mère Jiba riait, le visage tout plissé.

Moi aussi, je ne compte plus le nombre de fois où l'innocence et la gaieté de Rimi=Ruu et Rudo=Ruu m'ont sauvé.

« Au fait, c'est quand l'anniversaire de la grand-mère Jiba ? Depuis que je la connais, elle ne l'a pas encore fêté, non ? »

Pour briser l'émotion qui menaçait, je changeai de sujet.

« Moi, c'est le mois Cramoisi prochain… C'est le même mois que Reyna, tiens… »

« Le mois prochain, la saison des pluies sera finie. Ce sera fêté en grande pompe, cette fois ? »

« Comment dire… L'an dernier et celui d'avant, j'avais perdu l'envie de vivre… Et déjà, je n'arrivais même plus à manger correctement… »

« Mais avant, on fêtait ça sur la place ! Maintenant que la grand-mère Jiba peut manger plein de bonnes choses, refêtons-le tous ensemble ! »

« … Si tout le monde s'amuse, la grand-mère sera heureuse… »

« C'est sûr que ce sera marrant ! L'anniversaire de papa n'a pas pu être fêté en grande pompe cette année, alors on rattrapera le coup en faisant un max de bruit ! »

Rudo=Ruu en rajouta, et l'atmosphère retrouva d'un coup toute sa vigueur.

On dirait qu'on me partage un peu de l'énergie de cette grande famille des Ruu.

Seul avec Ai=Fa, je suis déjà comblé, mais fêter ensemble le jour si cher à Ai=Fa est indéniablement un bonheur.

Tout en songeant à cela, j'entamai la préparation de l'étape suivante.

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