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Isekai Ryouridou

Chapitre 43

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Chapitre 43

Chapitre 43

Chapitre 43/11039%~11 min de lecture2 067 mots

« C'est un plat de viande de giba grillée. »

Heureusement, il ne m'a pas asséné de coup.

Il s'est contenté de me foudroyer du regard, ses yeux brûlants, et de m'aboyer sa colère.

Alors que la grande salle était plongée dans le silence, les trois femmes de service sont arrivées et ont commencé à dresser les assiettes depuis le rang de droite.

De leur côté aussi, on percevait une agitation, bien que très contenue.

Ama=Min, qu'on voyait pour la première fois, a même écarquillé les yeux en poussant un « Ah ! » de surprise.

Gazlan=Rutim restait impassible, d'une politesse glaciale.

Donda=Ruu, lui, brûlait littéralement des deux yeux.

Dan=Rutim faisait saillir de grosses veines sur son crâne dégarni, ses lèvres épaisses tremblotaient.

« Donda=Ruu ! Qu'est-ce que cela signifie ! Exige-t-on que je te l'explique ! »

Sa large bouche venait de laisser éclater un second rugissement de colère.

Donda=Ruu, sans un mot, s'est tourné lentement vers lui.

« C'est… cette viande de giba… n'est-ce pas de la viande du tronc du giba ! »

Apparemment, même hors de la maison Ruu, l'habitude veut qu'on ne mange pas autre chose que les pattes arrière.

Bon, c'était prévu.

« … Il semblerait que oui », a répondu Donda=Ruu d'une voix grave, sortie du fond de la gorge.

Une passion intense, dépassant même la colère, de celle qui vous glace le foie rien qu'à l'entendre, emplissait sa voix lourde.

« "Il semblerait que oui", qu'est-ce que ça veut dire ! Aujourd'hui, c'est la célébration des fiançailles de l'aîné des Ruatim ! Et tu oses nous servir de la pâtée pour munto ! Les Ruu et les Ruatim sont liés par des liens de parenté plus profonds et plus étroits que n'importe quelle autre maison… »

« Je m'en fiche. »

La seule force qui émanait de cette voix a suffi à faire taire les reproches de Dan=Rutim.

Ses grands yeux ronds, comme des glands, fixaient Donda=Ruu avec l'air de voir l'incroyable.

« "Je m'en fiche"… Qu'est-ce que tu veux dire par là, Donda=Ruu ? »

« J'ai ordonné à ce gamin là-bas de tenir le kamado pour le banquet le plus important de la maison Ruu. Ce qui suit ne me regarde pas. »

À peine ces mots prononcés, Dan=Rutim s'est retourné vers moi avec une violence inouïe.

Si violemment que la chair de ses joues a trembloté.

« Gardien du feu ! Tu as reçu la charge du kamado du chef des Ruu, et sachant que c'est la veille des fiançailles des Ruatim, tu as osé préparer cette pâtée pour munto ! »

« Ce n'est pas de la pâtée pour munto. C'est du "steak de viande de giba". J'ai préparé pour chaque convive trois pièces : travers, faux-filet et cuisse. »

Pendant que je donnais ces explications, Mia=Rei=Ruu et Vina=Ruu sont parties chercher de nouvelles assiettes du côté du kamado, et =Ruu a disparu dans le corridor au fond de la grande salle pour aller chercher Jiba=Ruu.

Bon…

Maintenant, devant chaque convive fume un grand plat.

Conformément à mon annonce, c'est bien du « steak de viande de giba ».

Puisque la mastication semble si importante, je l'ai conçu sur le mode « mâchez ça, alors ».

Bien sûr, ce n'est pas la seule raison, mais pour un plat de viande classique, c'est tout de même la référence.

Puisque c'est du steak, rien de compliqué dans la cuisson.

J'ai simplement veillé, obstinément, au degré de cuisson.

La cuisse, c'est bien de la viande de cuisse.

Le faux-filet, c'est le muscle qui va du dos à l'épaule.

Et les travers… c'est de la poitrine encore attachée aux côtes.

Chaque assiette présente une belle pièce de viande bien fournie, avec son os.

Il n'y a donc presque aucun risque de la confondre avec de la viande de pattes arrière.

Cet impact visuel était d'ailleurs l'un de mes objectifs.

« Une chose pareille… une pareille pâtée pour munto… » Dan=Rutim faisait encore trembler ses lèvres.

Pour moi qui ne suis pas des Gens des Forêts, ces travers ont l'air délicieux.

Les côtes portent beaucoup de viande, et les steaks d'épaule et de cuisse font environ deux centimètres et demi d'épaisseur.

Le poids, je l'ai estimé au-dessus de celui du hamburger, mais j'ai dosé pour que les trois pièces totalisent six à sept cents grammes pour les hommes, trois à quatre cents pour les femmes.

Chaque morceau est un peu petit mais épais et volumineux.

En préparation, comme chaque morceau avait pas mal de nervures, je les ai d'abord entaillés.

Pour la cuisse, qui est très maigre et risquait de durcir à la cuisson, je l'ai tapée avec une bouteille en terre propre pour écraser un peu les fibres.

Ensuite, j'ai saupoudré un côté de sel gemme et de feuilles de pico, laissé reposer dix minutes, et la préparation était finie.

J'ai fait chauffer une poêle en fer à feu vif, mis du gras, et quand il a bien circulé, j'ai posé la face salée-pico vers le bas.

Quand la face de cuisson a pris une belle couleur renard, j'ai déplacé la poêle sur le kamado à feu doux.

Selon l'intensité du feu, au bout d'une à deux minutes, du jus rougeâtre affleure sur le dessus ; c'est le moment de retourner.

Jusqu'ici, c'était la méthode du « steak-frites » (800 yens) de chez mes parents, le « Tsuruya ». Mais l'adversaire n'est pas du bœuf, c'est du giba. Laisser du rouge me faisait un peu peur. Ai=Fa m'avait d'ailleurs dit : « De la viande saignante, hors de question. »

Du coup, au lieu de continuer à feu doux comme d'habitude, je l'ai remis sur le kamado à feu vif.

Si on veut une cuisson à point ou bien cuit, le feu doux seul prend trop de temps.

Et si on cuit trop longtemps, le jus — déjà maigre à cœur — finit par tout s'écouler.

J'ai saisi l'autre face à feu vif d'un coup, y ai versé de l'alcool de fruit, et laissé cuire à l'étouffée un moment.

Beaucoup de restos mettent l'alcool à la fin pour le parfum, mais au « Tsuruya », on le met à ce stade.

Ce n'est que pour le parfum et la cuisson à l'étouffée, donc on ne peut pas dire que c'est « écœurant ».

Impossible de sauter cette étape d'étouffée si on veut cuire la viande à cœur le plus vite possible.

Quand l'alcool s'est évaporé, j'ai ôté le couvercle, et quand la face a repris sa couleur renard, j'ai remis à feu doux.

Dès que du jus clair est apparu sur la face déjà cuite, c'était prêt.

Le processus était validé.

Il ne restait plus qu'à trouver l'épaisseur idéale pour que ce processus « marche » le mieux.

Trop épais, et le cœur met trop de temps à cuire : la viande perd son jus et devient sèche.

Trop fin, et ça ne diffère plus des grillades que la maison Ruu mange couramment.

Le fruit de mes essais, c'est ces deux centimètres et demi environ.

Pour un steak, c'est une épaisseur correcte.

Comme c'est bien cuit, la résistance à la mâchoire sera costaud, mais les Gens des Forêts qui rongent de la viande séchée au quotidien n'auront aucun souci.

Un steak de giba qui repousse les limites de l'épaisseur.

Ai=Fa l'a goûté et m'a donné son avis : « Presque aussi bon que le hamburger. »

C'est pour ça.

J'ai pu me résoudre à défier Donda=Ruu avec ce « steak de giba » qui, pour moi, reste un « grand ratage ».

« Manger le tronc d'un giba, c'est seulement bon pour les muntos charognards ! »

Dan=Rutim a hurlé à nouveau.

« Sinon, ce ne sont que des clans sans force, incapables de chasser le giba correctement ! »

Hein ? C'est la première fois que j'entends ça.

« Ai=Fa de la maison Fa ! Tu portes une belle babiole au cou, mais tes cornes et tes défenses sont-elles du toc ! ? Tu chasses suffisamment de giba, et pourtant tu vols la pâtée des muntos pour survivre ! »

Le visage trop charnu de Dan=Rutim affichait une expression franchement menaçante.

S'il avait eu un sabre à la ceinture, il y aurait déjà posé la main.

« Non, un fou pareil n'existe pas. Donc tu te moques de nous, en disant que les Ruatim, qui mangent de la pâtée pour munto, sont à notre niveau ! »

« Je vois. Je comprends enfin ce qui met Dan=Rutim dans cet état. »

La voix froide et tranchante d'Ai=Fa a tranché net l'air de la pièce, qui bouillonnait.

Plusieurs personnes ont semblé reprendre leur souffle en se retournant.

« Quand j'étais petite, mon père Gil=Fa s'est blessé à la jambe et n'a plus pu chasser pendant un moment. Les défenses et les cornes ont diminué, et on n'a plus eu que de la viande séchée à manger. À ce moment-là, un jeune giba s'est pris dans mon piège maladroit, alors ma mère Mei=Fa et moi l'avons rapporté entier à la maison. »

C'était rare qu'Ai=Fa parle directement de ses parents.

À côté de moi, j'ai retenu mon souffle tandis qu'Ai=Fa poursuivait d'une voix calme mais forte.

« À ce moment-là, ma mère n'a pas pris que les pattes ; elle a aussi découpé la viande du dos et l'a grillée. "Voler la pâtée des muntos pour survivre", c'est donc se moquer de cette vie au bord du gouffre. »

« … Exact. Un homme affamé mange jusqu'au tronc et à la tête du giba. C'est une faiblesse que les Gens des Forêts ne peuvent tolérer ! »

« Reçu. Que ce soit la maison Fa, si petite, ou la maison Ruatim, si grande, tant qu'on remplit son devoir de chasseur en ramenant les cornes et défenses nécessaires, la viande des pattes suffit. Celui qui n'y arrive pas est bien un chasseur faible, indigne… Mon père de l'époque, poussé à bout avant de laisser sa famille mourir de faim, a failli en tant que chasseur. »

Ai=Fa, qui tient tête même à Donda=Ruu, a renvoyé le regard de Dan=Rutim et a dit :

« Dan=Rutim a raison. C'était bien une faiblesse impardonnable pour les Gens des Forêts. »

Et puis… Ai=Fa a fait quelque chose d'inattendu.

Un reste de froideur persistait, mais ses lèvres esquissaient un fin sourire.

« Cependant, nous n'avons aucune intention de rabaisser la maison Ruatim. Nous avons servi cette viande parce qu'elle est délicieuse, digne d'un jour de fête. »

« Délicieuse, dit-il… ? »

Au moment où le géant chauve allait hurler à nouveau, son fils a lancé d'une voix posée : « Père Dan=Rutim. »

« Quoi qu'on nous serve, c'est l'hospitalité de la maison Ruu. Y cracher dessus serait contre les usages. Que ce soit de la pâtée pour munto ou des tripes de gize, tant que le gardien du feu partage le même repas, nous devons en accepter le bienfait. »

« Mais Gazlan… ! »

« S'il y a une faute, on la jugera après avoir mangé. »

Sa voix, comme celle d'Ai=Fa, était calme du début à la fin, mais ses yeux bleus restaient baissés, comme pour cacher toute émotion.

Je vois. Donda=Ruu aussi, cette nuit-là, n'avait rien dit avant d'avoir fini de manger. Ce n'est qu'après avoir tout avalé qu'il s'était mis à crier à la pâtée pour munto, au poison qui pourrit l'âme.

On m'avait dit : confier le kamado, c'est confier sa vie de la nuit.

Une fois confié, on ne se plaint pas, quel que soit le repas.

Mais si ce repas salit la vie ou l'âme de qui l'a mangé… à ce moment-là seulement, on demande des comptes au gardien du feu qui a trahi la confiance.

Si l'âme de sa future épouse était souillée, comment réagirait ce jeune homme si droit ?

Mieux valait ne pas l'imaginer, mon cœur n'aurait pas supporté.

« Je vous ai fait attendre… » La voix chevrotante de la vieille a retenti.

Comme cette nuit-là, Jiba=Ruu est entrée dans la grande salle, escortée par =Ruu.

Dan=Rutim, le visage encore rouge comme une pieuvre bouillie, et son fils ont salué en posant la main droite sur l'épaule gauche. Ama=Min a fait de même, main gauche sur l'épaule droite.

« Bien. Que le banquet commence. Chacun, à sa place. »

D'une voix d'une lourdeur absolue, imprégnée d'une colère suintante, Donda=Ruu l'a annoncé.

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