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Isekai Ryouridou

Chapitre 32

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Chapitre 32

Chapitre 32

Chapitre 32/11029%~15 min de lecture2 847 mots

Le lendemain matin.

En me réveillant, je ne vis nulle part la silhouette d'Ai=Fa.

C'était le lendemain du jour où l'on m'avait confié le kamado de la maison principale des Ruu.

L'endroit où je m'étais réveillé n'était pas non plus la maison d'Ai=Fa, mais la maison inoccupée qu'utilisait la branche des Ruu.

La construction ne différait pas fondamentalement, mais elle était deux tailles au-dessus de celle d'Ai=Fa.

Et comme le garde-manger et autres dépendances étaient bâtis à l'extérieur dans un bâtiment séparé, la pièce intérieure au fond pouvait aussi servir d'habitation. Pourtant, suivant notre habitude habituelle, Ai=Fa et moi avions dormi pêle-mêle au grand salon, chacun à son endroit préféré.

Or, cette Ai=Fa n'était pas là.

Pour l'affaire de Vina=Ruu, j'avais été pris de court et avais bredouillé, mais comme j'avais obstinément maintenu la version « un ivrogne disait n'importe quoi », elle n'avait pas dû être profondément en colère.

Où Ai=Fa avait-elle bien pu partir ?

Il y avait aussi l'affaire de Dalm=Ruu, et de mon côté, c'était cette piste qui m'inquiétait le plus.

Ai=Fa l'avait traité de « petit fry », mais c'était le deuxième frère de la maison Ruu, un gaillard costaud, qui plus est doté du regard dangereux hérité de . Même pour Ai=Fa, dans cet environnement où seul l'adversaire a le droit de porter une arme à la ceinture, on ne pouvait en aucun cas être optimiste.

Dès que j'eus cette pensée, je ne pus plus tenir en place.

J'attrapai la serviette blanche posée à mes côtés, l'enroulai autour de ma tête et me précipitai vers l'entrée, coûte que coûte.

La barre de porte n'était pas en place.

Ce qui signifiait qu'Ai=Fa était sortie de cette maison de son propre chef, du moins pour l'instant.

Dehors, le soleil venait tout juste de franchir la crête de la montagne.

D'ordinaire, je serais déjà levé depuis longtemps et j'aurais fini la vaisselle. Mais pour aujourd'hui seulement, j'étais libéré de cette corvée.

Je mis le pied dans l'espace ressemblant à une place entouré par les sept maisons, et je promenai mon regard tout autour.

Une femme de grande taille serrant une marmite en fer, une vieille qui étendait des feuilles de pico sur un grand tissu déployé. Des enfants menus qui les aidaient ou, au contraire, tentaient de les déranger.

Chaque maison commençait à vivre sa matinée, mais aux abords de la maison principale des Ruu, pas une ombre, et la silhouette d'Ai=Fa n'était pas visible non plus.

Le plan était : une fois réveillé, saluer la maison principale des Ruu, puis rentrer.

Je ne comprenais pas pourquoi Ai=Fa avait disparu seule quelque part.

Peut-être que, malgré tout, l'affaire de Vina=Ruu n'avait pas été complètement étouffée ?

Du coup, elle serait partie furieuse, toute seule ?

Non, mais je ne vois pas Ai=Fa comme le genre à cacher une telle explosion. Au moment de se coucher, hier soir, elle avait l'air passablement suspicieuse et glaciale, mais pas vraiment en colère.

Alors, pourquoi ?

Ah, si c'est pour finir par me prendre la tête comme ça, j'aurais dû tout avouer — enfin, presque tout, en enjolivant légèrement la partie qui va pas !

Après tout, je suis une victime pure et simple.

Un homme auquel on a failli arracher sa vertu unilatéralement.

Elle parlait de promesse de contrat, mais j'ignorais cet usage des gens de la forêt. Et le fait que je l'ignore, Ai=Fa le sait. Les connaissances que je possède sur ce monde viennent à près de cent pour cent d'elle, c'est certain.

(En y réfléchissant… ça veut dire que c'était la première fois, hier soir, qu'on agissait séparément)

Bien sûr, si on compte les fois où je faisais le gardien, on a souvent agi séparément. Mais comme on avait convenu « ne fais rien d'arbitraire hors de la surveillance d'Ai=Fa », je n'avais jamais erré seul hors de la maison.

Et même quand on agissait séparément, ni moi ni Ai=Fa n'avions d'autre interlocuteur que l'autre.

Nous avions passé cinq jours dans notre petit monde à nous deux.

Cet équilibre a été brisé par l'arrivée de Rimi=Ruu.

Et dès qu'il a été brisé, ce vacarme.

Je me suis fait draguer par Vina=Ruu.

Ai=Fa s'est fait draguer par Dalm=Ruu.

Quelle coïncidence karmique…

…Bon, ce n'est pas le moment de faire mon monologue intérieur !

Quoi qu'il en soit, il s'agit de retrouver Ai=Fa.

En tout cas, je n'ai d'autre choix que d'aller à la maison des Ruu.

Et si, par malheur, Ai=Fa avait déjà fait les salutations seule et était rentrée, je n'aurais qu'à pleurer en la suivant. Allez, en route !

« Hé, l'invité. Tu fais quoi, planté là tout seul à ne rien faire ? »

Au moment où j'allais m'élancer, une voix m'interpella par-derrière.

Un garçon aux cheveux jaune-brun me regardait, l'air intrigué.

C'était le cadet de la maison Ruu, Rudo=Ruu.

« Ah, bonjour… Et toi, tu fais quoi dans un coin comme celui-là ? »

Comme j'allais vers la maison des Ruu, tout au fond de la place, et qu'il se tenait derrière moi, il arrivait forcément de l'extérieur de ce petit hameau.

« Hum ? Je me suis réveillé bizarrement tôt, alors je me baladais. Si les femmes me choppent, elles vont me faire travailler, et c'est saoulant. »

Sur cette réponse, il bâilla largement : « Fwaa. »

Plus petit et plus mince que mes cent soixante-dix centimètres, c'était un garçon au visage assez mignon.

Bien sûr, mince ne voulait pas dire frêle, il avait une allure vive, comme un jeune cerf. La lueur de ses yeux pâles était forte, et son expression restait constamment effrontée.

« Le travail des femmes, qu'elles le fassent entre elles ! Juste parce que je suis le petit dernier, elles se permettent n'importe quoi. …Au fait, toi, tu fous quoi, l'invité ? Ton nom, c'était , non ? »

« Ouais. En me réveillant, Ai=Fa avait disparu, alors je suis sorti la chercher. Tu ne l'as pas vue quelque part ? »

« Boh ? Elle doit aider les femmes, non ? … À cette heure, c'est sûrement au point d'eau. Par ici. Viens. »

D'une démarche légère, il se mit à marcher vers la maison principale des Ruu.

Son langage était brutal, mais c'était peut-être un garçon au fond bon. Parmi les hommes tous plus louches les uns que les autres, c'était sans conteste le plus normal, et en plus le seul à avoir reconnu notre cuisine.

« Ah, zut. Vous repartez aujourd'hui, hein ? C'est bête… J'aurais bien voulu manger encore plus de ces bons repas. »

Ces mots me firent drôlement plaisir. Mon capital sympathie grimpait en flèche.

« Mais j'ai quand même appris aux femmes comment faire. Même sans moi, elles sauront sûrement préparer de bons plats. »

« T'as cru que nos femmes sont capables d'un truc aussi habile ! Et ce « hambagu » ou je ne sais quoi, cette viande de giba tendre, le père ne l'acceptera jamais. Même si elles y arrivaient, la seule qui pourrait en manger, ce serait la grand-mère Jiba. »

Ses yeux me dévisagèrent avec une moue boudeuse.

« Dis, , tu ne veux vraiment pas entrer comme gendre ? Rayna=née ou Vina=née, peu importe, lance-toi et saute-les ! »

« Quel frérot terrifiant… Tu t'en fiches que tes grandes sœurs subissent ça ? »

« De toute façon, elles finiront par se marier et partir, c'est pareil. Si elles partent en mariées, elles vont dans d'autres maisons, mais si on prend un gendre, il reste à vie dans la famille Ruu. Donc ça, c'est mieux, non ? »

Hum. Il porte visiblement beaucoup d'affection à ses sœurs, mais ce raisonnement m'échappe un peu, moi l'expatrié. Peut-il vraiment respecter comme beau-frère un homme qui « saute et engrosse » ses sœurs ?

« Parce que Rayna=née a déjà dix-sept ans, et Vina=née en a vingt ! Les femmes de la maison principale Ruu, pourquoi elles ne se marient pas à cet âge, les gens autour commencent à faire du bruit. Se marier vite, faire des gosses et agrandir la famille, c'est aussi un travail respectable pour les femmes, non ? »

« Hmm. Au fait, toi, tu as quel âge ? »

« Quinze. …Hé, arrête pas avec ton "tu" ? Ça me donne des frissons dans le dos. »

« Désolé, désolé. Ah, le point d'eau, c'est par là ? »

« Par ici. »

C'est un garçon vraiment décontracté.

J'avais maintenant parlé à tous les frères et sœurs sauf l'aînée Lala=Ruu, et quelle fratrie bigarrée.

L'aîné Jiza=Ruu, qui dégage une pression insaisissable.

Le deuxième Dalm=Ruu, pour qui je n'éprouve aucune sympathie.

Le cadet Rudo=Ruu, violent en apparence mais abordable.

L'aînée Vina=Ruu, qui déborde d'un sex-appeal inutile.

La cadette Rayna=Ruu, franche, innocente et d'une apparente sévérité.

Lala=Ruu, la seule femme à avoir rejeté mon « giba-burg ».

Et Rimi=Ruu, angélique et adorable.

Vraiment, une diversité remarquable.

D'un seul couple sont nés des enfants si variés, c'est fascinant.

« Alors, toujours pas motivé pour entrer comme gendre ? Si tu veux, je peux attirer Rayna=née quelque part… Ou alors, tu te jettes sur elle pendant qu'elle se baigne. Hé, y a pas une règle incompréhensible qui dit que si un homme voit le corps nu d'une fille non mariée, il doit soit se faire crever les yeux, soit l'épouser ? Rayna=née est faible d'esprit, si ça arrive, elle se dira qu'elle n'a plus qu'à se marier, c'est sûr. »

« Je veux pas la pousser à bout comme ça ! Et puis, le seul avenir que je vois, c'est moi qui me fais crever les yeux. »

« Mais c'est plus simple que de la sauter et l'engrosser, non ? »

« Le postulat de base est complètement faux… Rudo=Ruu, tu devrais réfléchir sérieusement à ce qu'est le bonheur pour ta sœur. »

« C'est le bonheur, ça. Elle pourra bouffer des repas aussi bons tous les jours ! »

Ses propos sont trop tordus, mais c'est justement parce qu'il les glisse comme ça qu'on ne peut pas le haïr… enfin, suis-je trop simple ?

Mais honnêtement, le rejet total de Donda=Ruu hier soir m'avait pas mal marqué, alors entendre ça me réconforte énormément.

« Hum. Alors, en dernier recours… faire accepter le père, ou un truc du genre. »

« Non, donc, j'ai pas l'intention d'entrer comme gendre, je te dis… »

« C'est pas ça. Faire accepter la qualité de la bouffe. »

Je fixai involontairement son profil.

Sans remarquer mon regard, Rudo=Ruu marchait les mains derrière la tête, en balançant les jambes.

« Cette viande de giba, moi j'l'ai trouvée super bonne, mais le père a râlé que c'était sucré, mou, tout ça… Alors si on fait une bouffe qui n'est ni sucrée ni molle, le père n'aura plus rien à dire, non ? Du coup, le père reconnaîtra ton niveau, et même si nos femmes copient ta cuisine, il ne râlera plus… bon, ça, c'est le plus impossible, c'est sûr. »

Même si c'est le plus impossible, c'est pourtant la voie que je souhaite.

Mais je n'en vois pas le chemin.

« …Mais ton père ne me confiera plus le kamado, maintenant. »

« Pourquoi pas ? Si tu dis "Cette fois je ferai un vrai bon repas, alors file-moi le kamado !", il mordra à l'hameçon, c'est sûr. C'est pas le genre à rester coi quand on lui lance ça. »

« …Vraiment ? »

« Hé, arrête ! Si tu te rates et que tu te fais couper les doigts des deux mains, comment tu feras ? Tu pourras plus jamais cuisiner, et moi je pourrai plus jamais bouffer tes plats ! …J'aime pas ça, moi ! »

J'ai failli lui faire un bisou sur ses joues toutes lisses.

Mais comme ça aurait été gênant si l'un de nous deux s'éveillait à un nouveau monde, j'ai renoncé.

(Voilà… S'il accepte vraiment, je vais secrètement brûler de faire mon come-back avec un autre plat.)

Pendant que je ruminais ma combativité, Rudo=Ruu soupira : « Ah, zut. »

« Franchement, le plus simple, c'est que tu entres comme gendre. Je recommande Rayna=née. Vous avez à peu près le même âge, non ? »

« Non, apparemment on a le même âge. Mais quand même, se marier pour cette raison, c'est bizarre. Je veux vivre plus fidèlement à moi-même. »

Fidèle à mes sentiments.

Fidèle à mon cœur.

Rudo=Ruu lança un « Ah, bon » désintéressé.

« Tu vois ces espèces de portes dressées là-bas ? Derrière ces planches, c'est le point d'eau. Je rentre, sinon les femmes vont me coller du travail. »

« Compris, merci. …Ah, au fait, merci pour ce collier aussi. Hier, ça m'a fait vraiment plaisir. »

« C'est quoi, ça ? C'est nous qui te bénissons, à quoi bon nous remercier ? C'est ton dû, normalement. »

Il tira la langue avec une impertinence gamine, fit demi-tour sur le talon et partit.

C'est le sang, sûrement. Comme l'adorable petite sœur, un geste plein d'entrain qui irait bien avec une onomatopée.

Bref. Devant moi, effectivement, plusieurs planches de porte étaient alignées, appuyées contre les buissons.

Je ne savais pas à quel but on faisait sécher des portes en un tel endroit, mais de l'autre côté parvenaient le bruit frais de l'eau qui gicle et les voix enjouées des femmes.

(Rebond ou pas, il me faut d'abord l'accord d'Ai=Fa.)

En cherchant mes mots de persuasion, je m'approchai du point d'eau.

Les voix étaient bien gaies. Celle qui rit, c'est sûrement Rimi=Ruu. Quelle énergie, dès le matin.

« Excusez-moi. Ai=Fa est-elle par ici ? »

Depuis l'ombre des planches, je jetai un coup d'œil par-dessus.

Et là, la personne en question se tenait juste devant moi.

Ai=Fa se tenait juste devant moi.

En frottant ses cheveux dorés-bruns avec un grand morceau de tissu, Ai=Fa me regarda, ahurie.

Mon champ de vision était entièrement rempli par la silhouette d'Ai=Fa.

Ce chocolat crémeux, cette texture lisse, cette teinte sans défaut envahissait tout mon champ visuel.

— Le premier humain que j'ai croisé en arrivant dans ce monde, c'est Ai=Fa.

J'avais donc cru au début qu'Ai=Fa était l'humain standard du village de la forêt. Mais en réalité, c'était une erreur totale.

Ai=Fa n'est pas standard.

C'est plutôt une irrégulière.

Une femme qui manie le sabre barbare et chasse le giba au fin fond de la forêt, peut-être la seule femme chasseuse de ce village.

C'est pourquoi je n'ai jamais vu d'autre humain comme Ai=Fa ici.

Des yeux de chat sauvage, une attitude décidée comme un homme, une telle bravoure, une telle force, une vitalité et un esprit combatif qui débordent — je n'ai trouvé aucune autre fille de ce genre dans le village de la forêt.

C'est flagrant, rien qu'à l'apparence.

Les femmes du village, surtout les jeunes non mariées, portent des vêtements très décolletés, donc on voit bien la différence au quotidien.

Aucune autre femme n'a un corps aussi affûté.

Bien sûr, même si ce sont des femmes, elles vont en forêt cueillir herbes et bois, fendent le bois à la hachette, portent de lourdes marmites et jarres d'eau, accomplissent un labeur exténuant, donc il n'y a praticamente personne qui soit molle et engraissée par la paresse.

Pourtant, c'est différent.

Elle court dans la forêt, manie l'acier barbare, chasse le giba féroce. Son corps est forgé pour ça, comme si sa chair même était de l'acier, le corps d'Ai=Fa est affûté.

Sa structure osseuse paraît même frêle, ses bras, ses jambes, son tronc ne sont pas particulièrement épais. Elle n'a pas la carrure robuste d'un homme.

Pourtant, à l'intérieur, des muscles pratiques, d'une solidité extrême, sont dissimulés.

Un corps sans graisse superflue, tendu comme un fouet en cuir, le corps d'Ai=Fa.

Pas une maigreur maladive, mais une silhouette fine ciselée par le travail de chasse impitoyable.

Et pourtant, elle n'a pas complètement perdu la grâce et la douceur d'une jeune femme ; la ligne qui va des dorsaux développés à la taille serrée, jusqu'aux jambes pleines de dynamisme, me fait encore parfois sursauter.

Comme un léopard sauvage, Ai=Fa est belle.

Comme un athlète d'élite, son corps est beau.

Comme une jeune fille, Ai=Fa est charmante.

Comme animal, comme humain, et comme femme — c'est un corps beau, harmonieux, équilibré, et je le ressens secrètement au quotidien.

Et.

C'est avec ce beau corps d'Ai=Fa que mon champ de vision se retrouva rempli.

Parsemée de cicatrices blanches, sa peau brune lisse et luisante, exempte de toute impureté, s'offrait maintenant à mes yeux, de face.

En résumé, Ai=Fa était nue.

Debout sur le rocher, raidie dans la pose où elle frottait sa tête mouillée dorée-brune avec le grand tissu, elle exposait son corps nu droit devant moi.

Derrière elle, d'autres femmes nues s'amusaient, et à ma vue, plusieurs poussèrent des cris perçants, mais je ne les perçus pas clairement.

Pourquoi ?

Parce que ma maîtresse, le sang lui montant à la tête à une vitesse de film en accéléré, arbora un visage mêlant habilement l'embarras et une mine de rakshasa, et m'asséna de tout son poing droit sur la tempe.

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