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Isekai Ryouridou

Chapitre 318

Isekai RyouridouIsekai Ryouridou
Chapitre 318

Chapitre 318

Chapitre 318/33096%~22 min de lecture4 249 mots

« Alors, le prochain tour, c'est Rimi qui fait ! »

C'est par cette déclaration que Rimi=Ruu s'élança entre les kamados, puis revint virevoltant de l'office avec les ingrédients nécessaires.

C'est elle qui prit les devants pour répondre à ma question sur le genre de friandises que préparait la famille Ruu.

« Comme on n'a pas beaucoup de temps, ce ne sera pas du pudding mais du mochi au tchatcu ! Rimi aussi, récemment, elle utilise non plus de l'eau mais du lait de karon ! »

« Hein, ça a l'air délicieux, ça. »

Le mochi au tchatcu est une sorte de version simplifiée du warabi-mochi que j'avais confectionné lors d'un banquet à la ville-château.

Comme on en extrait un composant d'amidon (du moins, c'est ce qu'on suppose) du tchatcu, qui ressemble à la pomme de terre, je l'ai nommé ainsi. C'est une application du mochi à la fécule de maïs que ma mère me faisait petite.

Extraire l'amidon du tchatcu demande de la peine, mais la suite est simple. On fait cuire la farine de tchatcu avec du sucre dans l'eau, on laisse refroidir, et c'est fini. Rimi=Ruu, elle, le fait cuire non pas dans l'eau mais dans du lait de karon.

De plus, Rimi=Ruu y ajoutait deux ingrédients en plus du sucre.

Des noix de ramanpa, qui rappellent les cacahuètes, concassées, et une poudre d'herbe aromatique évoquant la cannelle.

« Si on y verse ce sirop super sucré de Banam, c'est encore plus délicieux, mais comme le sirop est cher, Maman Mila=Rei m'a dit de pas trop en mettre. Du coup, j'ai mis plein de sucre à la place ! »

Quand je l'avais fait moi-même, j'utilisais l'anmitsu comme goût principal, donc je n'avais pas mis beaucoup de sucre dans le mochi lui-même.

Une fois la pâte à mochi cuite à point, elle la versa dans une marmite d'eau, et la découpa en morceaux de taille appropriée au fur et à mesure qu'elle prenait.

Bientôt, l'assiette en bois fut couverte d'une montagne de mochi au tchatcu blanc laiteux, tremblotants.

« Tu en as fait pas mal. On dirait presque trop pour une simple dégustation. »

« C'est bon, c'est bon ! Garde la moitié pour plus tard ! »

Avec un air qui semblait mijoter quelque farce, Rimi=Ruu sourit.

Mais les aînés de la famille Ruu ne paraissaient pas s'en méfier, alors je décidai de ne pas insister.

« Bon, je me sers. »

Après m'en être réservé une portion dans une petite assiette, je portai le mochi à ma bouche.

La poudre d'herbe étant dosée légèrement, elle ne parfumait qu'à peine.

Pourtant, ce parfum semblait faire ressortir d'autant plus la douceur.

Effectivement, le mochi au tchatcu est agréable avec cette texture qui n'est pas gluante et se croque net.

Et les noix de ramanpa, proches de la cacahuète, apportent par moments un craquant différent, ce qui fait un bon accent, comme dans les friandises de Tour=Din.

En plus, le lait de karon crée une saveur merveilleuse.

J'ai l'impression de savourer une friandise originale, mélange franco-japonais, utilisant lait, noix et cannelle.

« C'est... c'est une délicatesse qui ne perd rien face aux friandises au tchatcu confectionnées par Asta, n'est-ce pas ? »

Tour=Din s'exprime timidement.

Bien sûr, je lui adresse un sourire.

« C'est vrai. Même si l'original vient de mon enseignement, cette capacité d'adaptation est admirable. Rimi=Ruu comme Tour=Din, vous progressez vite parce que vous aimez toutes les deux les douceurs, c'est sans doute ça. »

« Est-ce qu'Asta n'aimait pas particulièrement les gâteaux sucrés, par hasard ? »

Reyna=Ruu demande, intriguée.

Je secoue la tête.

« Si on me demande si j'aime ou pas, j'aime bien. Mais je n'ai jamais eu assez d'intérêt pour en étudier le goût moi-même. Dans mon pays, je me contentais de goûter ceux que les autres faisaient, sans jamais essayer d'en faire. »

« Je vois. La pâtisserie est donc bien une existence à part de la cuisine ordinaire. »

« Ouais. Dans mon pays, cuisiniers et pâtissiers étaient traités comme des métiers bien distincts. Bien sûr, il y avait plein de cuisiniers excellents qui intégraient la pâtisserie, mais mon père et moi, on n'était pas de ceux-là. »

Reyna=Ruu acquiesce, visiblement touchée.

À côté d'elle, Rimi=Ruu pousse soudain un cri affolé.

« Hey, Zweï, t'as pas le droit de tout manger ! C'est pour Papa Donda et Frère Darum que je l'ai fait ! »

« Pour le chef de clan et le second frère ? Hmpf, vous croyez que les hommes apprécient ces trucs écœurants de sucré ? Le chef de famille de Din a même détesté le poïtan sucré que sa fille a fait, parait-il. »

Tout en disant ça, Zweï fourre les mochis dans sa bouche les uns après les autres.

« J't'ai dit non ! » Rimi=Ruu lui saute au cou avec son corps menu. Elle a déjà douze ans, mais sa taille approche déjà celle de Lara=Ruu.

« Papa Donda et Frère Darum, depuis qu'ils sont blessés, ils peuvent plus boire de vin de fruit ! Du coup, ils ont l'air de se mettre à manger plein de gâteaux sucrés ! Ils disaient qu'pour guérir, faut bien manger, alors je leur apporte avant le dîner ! »

« Ah, je vois... Ce n'était pas seulement les autres plats, l'accord avec le vin de fruit avait aussi son importance. »

C'est Yamil=Rei qui se tourne vers Tour=Din en disant ça.

« Tour=Din, c'est pas pour ça que t'as été grondée ? Si tu bois du vin de fruit avec un poïtan aussi sucré, la douceur est tuée et tu ne sens plus que l'acidité... Au contraire, ce sont les hommes qui se sont mis en colère parce qu'ils ne pouvaient plus boire le vin de fruit avec plaisir, non ? »

Puis Yamil=Rei dirige son regard vers Vina=Ruu.

« Dans ce cas, le fait que toi non plus tu n'appréciais pas trop le poïtan sucré, c'est peut-être lié au fait que tu bois beaucoup. »

« C'est quelle emmerdeuse, celle-là... Moi, je bois du vin de fruit seulement pendant les fêtes, hein ? Si c'est ça, Sheila=Ruu serait encore plus incapable de manger des gâteaux sucrés que moi, non ? »

« M-Moi non plus, je ne bois pas du vin de fruit tout le temps en temps normal... »

Alors que la pauvre Sheila=Ruu répondait ainsi, c'est au tour de Rimi=Ruu de se retourner vers Tour=Din.

« Allez, Tour=Din, refais encore ce poïtan d'avant ! Comme ça, on l'apportera ensemble à Papa Donda ! »

« Hein ? Mes plats pour le chef de clan... ? M-Mais, si jamais je faisais quelque chose qui fâche le chef de clan, je... »

« Y'a aucun risque ! Papa Donda et Frère Darum seront contents ! Ils disaient que la viande séchée salée leur donne envie de boire du vin de fruit, alors les gâteaux sucrés c'est encore mieux ! »

Tour=Din me lance un regard perdu.

Je ris et lui tape doucement sur l'épaule fine.

« Fais-le. Le sucre, le lait, la crème, tout ça apporte plein de nutriments qui manquent au sel et à la viande. Pour guérir une blessure, je pense qu'il faut absorber toutes sortes de nutriments. ... Et puis, tu devrais tout dire au chef de famille de Din, aussi. »

« Tout dire ? »

« Ouais. Le poïtan grillé sucré de Tour=Din, c'était pas un plat pour accompagner la viande et l'alcool. Mais pris en casse-croûte dans la journée, ou après le dîner, y'a aucun souci. Au pire, tu n'en fais que pour ceux qui ne boivent pas de vin de fruit au dîner, comme ça. »

« M-Mais, utiliser des ingrédients si chers sans les donner au chef de famille ni aux hommes qui aiment l'alcool, c'est trop... »

« Le vin de fruit, une bouteille ça coûte une pièce de cuivre rouge, non ? Si c'est juste de quoi grignoter, les gâteaux coûtent pas non plus autant de pièces. Ceux qui aiment l'alcool profitent de l'alcool, ceux qui aiment le sucré profitent des gâteaux, c'est pas injuste, non ? »

« C'est ça ! Chez les Ruu aussi, avant de se blesser, Papa Donda et Frère Darum ne mangeaient qu'un tout petit peu de gâteaux. Le reste, c'était les femmes et Rudo qui le mangeaient ! »

Pourtant Tour=Din hésite encore. C'est alors que Sphila=Zaza, qui gardait le silence, s'avance doucement devant elle.

« Tour=Din. Si le chef de famille de Din n'aime pas le poïtan sucré, c'est son droit. Mais ce n'est qu'une question de goût, en aucun cas la preuve que ta cuisine est ratée. S'il y a eu un malentendu avec ta famille, tu dois faire tout ton possible pour le dissiper. »

Son visage n'a plus rien de l'extase d'avant, Sphila=Zaza poursuit d'une expression sévère.

« Si les hommes n'aiment pas le poïtan sucré, fais-le pour les femmes. Moi aussi, ici, j'apprends à le faire pour le préparer à ma famille. Apprendre que toi, membre de la parenté Zaza, possèdes un tel talent, me remplit d'une grande fierté. »

Il semble que le problème de Tour=Din voie enfin une issue.

Tour=Din compare mon visage, celui de Rimi=Ruu et celui de Sphila=Zaza avec des yeux embués, et murmure : « Merci... »

« Alors maintenant, explique-nous les proportions des ingrédients en le refaisant. Comme ça, chez les Zaza, les Rutim, les Rei, les Sudra aussi, on pourra faire des gâteaux délicieux pour faire plaisir à nos familles. »

Après avoir dit ça, c'est à mon tour de comparer Tour=Din et Rimi=Ruu.

« Et d'ailleurs, y'a un truc que je voulais demander aux deux. »

***

Quelques koku plus tard, j'ai raccompagné Yun=Sudra chez les Sudra et Tour=Din chez les Din, et je me dirigeais vers la maison Fa.

J'avais proposé de compléter l'explication au chef de famille Din moi-même, mais Tour=Din avait dit « C'est bon. » Dans ce cas, pas question que j'empiète sur les affaires d'une autre maison. Tour=Din saura sûrement se faire comprendre de sa famille. Avant qu'elle ne verse de nouvelles larmes, mon tour ne viendra pas.

(Il y a pas mal de becs sucrés chez les Moribe, en fait. Ça pourrait lancer un mouvement de pâtisserie.)

Mais le sucre reste un ingrédient assez cher, et j'ai quand même prévenu du danger d'un excès de sucre. Comme les gens des Moribe boivent du vin de fruit très sucré à grandes gorgées, leur constitution ne devrait pas trop s'en inquiéter. J'espère que les gâteaux sucrés leur seront un remède, pas un poison.

(Notre cheffe de famille, elle, n'avait pas l'air trop intéressée par les gâteaux. C'est normal que Rimi=Ruu et Tour=Din me passent devant, du coup.)

En pensant à ça, j'attache Giruru à un arbre et transporte le matériel nécessaire depuis la charrette garée le long de la maison. Ingrédients pour le dîner d'aujourd'hui et le commerce de après-demain, plaques de fer et paniers vapeur usagés.

Je les dépose devant l'entrée et tape distraitement sur la porte coulissante.

« Ai=Fa, je suis rentré. T'es réveillée ? »

Une voix de femme, pas celle d'Ai=Fa, me répond de l'intérieur.

« Ah, attendez un peu ! Ça va être fini tout de suite, alors n'ouvrez surtout pas la porte, je vous en prie ! »

C'est visiblement la voix de Saris=Ran=Fou.

Depuis quelques jours, elle vient souvent voir Ai=Fa blessée, donc sa présence n'étonne pas. Mais ce « surtout pas », quelle en est la raison ?

Bref, je n'ai qu'à attendre, planté devant l'entrée.

Les « quelques instants » de Saris=Ran=Fou durent environ deux minutes.

« Vous avez attendu. Bon retour du travail. »

« Ah, merci... » Je commence à répondre, puis mes yeux s'arrondissent.

À ses pieds, une existence d'une mignonnerie indescriptible pointe le bout de son nez.

« Excusez-moi. Je lui donnais le sein... C'est mon enfant, Aim=Fou. »

« Wahou, il a déjà bien grandi, il marche ! Enchanté... non, bonjour, Aim=Fou. »

Quand j'ai rencontré Saris=Ran=Fou la première fois, elle tenait ce bébé contre sa poitrine. Il était si petit et frêle que je m'étais inquiété... Mais l'enfant se tient fermement sur ses jambes, agrippe le vêtement de sa mère et se cache à demi derrière elle, me regardant avec un air ahuri.

Il est petit, c'est sûr. Mais ses bras et ses jambes sont bien dodus, son visage a bonne mine. Ses yeux bleus bien dessinés fixent sur moi, ses cheveux doux, d'un brun clair, viennent de pousser. Il porte une espèce de camisole pour bébé, avec une large ceinture au ventre.

C'est un bébé à croquer.

Sa taille n'atteint même pas le milieu entre le genou et la hanche de Saris=Ran=Fou, qui n'est pas très grande. Son petit visage tiendrait dans une paume.

« Il est adorable. Aim=Fou, il a quel âge ? »

« Ce mois Violet, il aura juste un an. Grâce aux bienfaits venus de la maison Fa, il a pu grandir jusqu'ici. »

Tout en le disant avec bonheur, Saris=Ran=Fou soulève son enfant chéri dans ses bras.

« Il est un peu chétif, mais on n'a plus à s'inquiéter de la faim. Merci vraiment à Ai=Fa et Asta. »

« Non, c'est moi qui suis vraiment content de voir un si bel enfant grandir en bonne santé. »

Je n'arrive pas à détacher mon regard, et je lui souris.

Aim=Fou reste ahuri, mais cette expression est encore plus mignonne. J'ai envie de lui pincer les joues, mais mes mains sales de l'extérieur ne pourraient pas commettre une telle grossièreté.

« Ah, c'était le moment de rentrer les bagages. Pardonnez-moi. Je vais aider. »

« Pas de souci, vous portez déjà l'essentiel. Asseyez-vous, ne vous en faites pas. »

Je reprends le chargement.

Et enfin, je retrouve ma cheffe de famille bien-aimée.

« Je suis de retour. Comment va la blessure ? »

« Rien de grave. Tant que je ne bouge pas, je ne sens pas la douleur. »

Ai=Fa est assise adossée au mur, le menton posé sur son genou, et me hoche la tête.

Sous sa poitrine, les bandages sont toujours serrés, mais pour le reste, c'est l'Ai=Fa habituelle. L'impression, c'est qu'elle a trop d'énergie à revendre faute d'exercice.

Soulagé par sa mine vigoureuse, je range les bagages dans l'office.

Pendant ce temps, Saris=Ran=Fou s'agenouille près d'Ai=Fa et libère Aim=Fou.

Aussitôt, l'enfant titube vers Ai=Fa et s'accroche à son bras gauche souple.

« Mon Dieu, non, Aim. Ai=Fa est blessée... »

« Ça ne fait rien. Ce gamin n'a pas encore la force de me blesser. »

En disant ça, Ai=Fa raidit bizarrement son corps.

« Surtout, c'est moi qui risque de lui faire mal. Est-ce que je peux bouger sans problème ? »

« Pas de souci, les bébés sont plus costauds qu'on croit ? Si ça ne fait pas mal à la blessure, pourquoi ne pas le prendre dans les bras, Ai=Fa ? »

« Impossible. Je risque de l'écraser de ma poigne. »

« Ma foi » rit Saris=Ran=Fou, amusée.

Depuis leur réconciliation, Saris=Ran=Fou, amie d'enfance d'Ai=Fa, a retrouvé une expression radieuse. Pouvoir renouer des liens normaux avec les clans voisins, et surtout se réconcilier avec cette amie, a dû être le plus grand bonheur pour Ai=Fa, je pense.

« Je m'excuse. Les enfants sont élevés par toutes les femmes de la maison, donc à ce moment-là j'aurais dû le laisser à la maison. Mais aujourd'hui, je voulais rester le plus possible près d'Ai=Fa, alors je l'ai amené. »

Aux pieds de Saris=Ran=Fou, qui parle ainsi, repose un panier en herbes à demi tressé. Elle a dû apporter du travail pour pouvoir rester auprès d'Ai=Fa.

Pour moi, c'est loin d'être une gêne, c'est même une aide qui me fait pleurer de gratitude. Pour Ai=Fa, guérie à part une côte, les pires ennemis sont la solitude et l'ennui.

« Il n'y a aucune raison de s'excuser. Merci pour Ai=Fa. ... Au fait, si vous voulez bien, est-ce que je pourrais tenir Aim=Fou ? Je vais me laver les mains tout de suite. »

« Bien sûr. Ce serait un honneur qu'Asta le tienne. »

Je me lave soigneusement les mains à l'eau de la jarre, et prélève avec précaution le petit corps de la enfant des bras d'Ai=Fa.

Quelle légèreté. On dirait que je pourrais le soutenir d'un bras sans peine. Six, sept kilos tout au plus.

Dans mes bras, Aim=Fou me regarde toujours avec ses yeux ronds. Le blanc à peine visible, des yeux tout en prunelles, bleues, comme des gemmes. Nez, bouche, mains, pieds, tout est minuscule, et ces tout petits doigts ont déjà des ongles bien formés, c'est presque un miracle.

« Vraiment adorable. Question bête, mais c'est un garçon ou une fille ? »

« Avec un nom comme Aim, c'est évidemment un garçon. Tu vis chez les Moribe depuis tout ce temps et tu ne sais toujours pas ça ? »

C'est Ai=Fa, pas Saris=Ran=Fou, qui répond.

En berçant Aim=Fou, je me retourne vers elle en souriant.

« Dommage, je sais pas. Il a un visage beau comme une fille, mais les sourcils sont un peu fiers, du coup j'hésite encore plus. C'est sûr qu'il deviendra un beau garçon qui n'aura rien à envier à Rudo=Ruu ni Rau=Rei. »

« Tu as l'air drôlement heureux. ... Tiens, tu aimais les bébés, toi, Asta. »

« Hein ? J'ai déjà dit ça à Ai=Fa ? »

« Tu l'as dit. Tu as raconté qu'à la boutique de ton pays, beaucoup de petits enfants venaient, alors tu t'es mis à les aimer. »

« Ah, ça, c'était l'histoire de ma rencontre avec Tara. Enfin, y'avait pas tant de clients qui amenaient des bébés à la boutique, donc c'est pas lié. Les bébés, c'est inconditionnellement mignon, non ? »

Ai=Fa fait une moue boudeuse, pas très contente.

Comme elle n'est pas trop à l'aise avec les petits enfants, j'ai dû lui piquer au vif sans le vouloir.

Mais le fait qu'Aim=Fou soit un être d'une mignonnerie absolue est indéniable. Si je pouvais, je voudrais sentir ce poids sur mon bras pour toujours. Ses fausses menottes me tapotent le visage, et ça me rend encore plus attaché.

« Ah, non, Aim=Fou. J'ai pas lavé mon visage, si tu le touches avec tes mains sales, tu vas attraper des microbes. »

« Mon Dieu, Asta manipule-t-il des plantes toxiques en ville ? »

Saris=Ran=Fou pouffe de rire.

« Une telle précaution est inutile. Les bébés sont bien plus forts que nous ne le pensons. »

« Non non, je supporterais pas de salir un enfant aussi mignon avec ma sueur ou mon gras de giba. »

À regret, je rends le bébé à sa mère.

Aim=Fou se blottit contre la poitrine de sa mère, et compare mon visage et celui d'Ai=Fa.

« Le prénom Aim est mignon aussi. C'est une coïncidence qu'il ressemble à Ai=Fa ? »

« ... Je l'ai nommé ainsi en souhaitant qu'il devienne un chasseur fort. »

Saris=Ran=Fou sourit avec gêne, et Ai=Fa, restée assise, me donne un coup de pied dans les fesses. Je me souviens de l'anecdote où Ai=Fa a donné à Giruru un nom ressemblant à son père, et j'ai posé la question dans ce sens.

Mais ça veut dire... qu'un an avant la naissance d'Aim, l'amitié de Saris=Ran=Fou pour Ai=Fa bouillonnait déjà fortement.

Même séparées par la famille Sun, Saris=Ran=Fou n'a jamais oublié Ai=Fa.

Même si je me fais botter le cul, le confirmer me comble.

« Jusqu'à quand comptes-tu traîner ? Il ne reste pas tant de marge avant l'heure du dîner. »

« Ouais, ouais, j'y vais... J'allume le kamado, mais si c'est dangereux, on peut utiliser celui de dehors ? »

« Non, on utilise le feu ici aussi, donc pas d'inquiétude. »

Soit. Je me mets à préparer le dîner.

Pas besoin de se presser, il reste plus de deux heures avant le coucher du soleil.

« Tiens, d'ailleurs, j'ai encore été réquisitionné pour le poste de gardien du feu au château. »

En hachant de l'aria, je l'annonce, et le visage d'Ai=Fa s'assombrit encore.

« Depuis le soi-disant banquet de bienvenue, à peine un mois n'est-il pas écoulé ? Même s'il s'agit de la lignée du seigneur, ce n'est pas une proposition qu'on fait si légèrement. »

« Mouais, la noble Elphilia a l'air de vouloir des gâteaux sucrés. Bon, je devrai fermer la boutique ce jour-là, mais le travail en ville finit en début d'après-midi, donc le commerce du lendemain ne sera pas affecté. »

« Donc, tu acceptes ? »

« Suite aux discussions avec Donda=Ruu, on a décidé d'aller dans ce sens. Bien sûr, si les autres chefs de clan ou la cheffe de famille Fa, Ai=Fa, s'y opposent, c'est une autre histoire. »

« ... Si le chef de clan Donda=Ruu a accepté, je ne peux pas m'y opposer sans raison valable. »

Et le visage d'Ai=Fa devient encore plus renfrogné.

« Mais le marquis de Genos fait attention à ne pas trop charger les Moribe, paraît-il. On a aussi des arrangements sur le traitement et le prix de la viande de giba. Avec l'aide de Rimi=Ruu et Tour=Din, on s'en sortira. »

« Rimi=Ruu et Tour=Din ? »

« Ouais. Pour la pâtisserie, c'est leur domaine de prédilection, alors je pensais qu'on y irait avec cette équipe. »

L'accord de Donda=Ruu est acquis, il ne reste plus qu'à attendre la réponse du chef de famille Din.

En plus, cette fois, je ne veux pas qu'on nous voie comme « Asta et deux aides-cuisiniers », mais comme « trois jeunes cuisiniers ».

Chez les Moribe, le cuisinier qui mérite ce nom, ce n'est pas que moi. Je veux que les gens du château de Genos le reconnaissent correctement.

« ... Et si Graf=Zaza et Dali=Sauti n'ont pas d'objection, Ai=Fa, tu fais quoi ? »

« Quoi ? Je ne peux pas renverser une décision validée par les trois chefs de clan sur mon simple humeur. »

« Non, c'est pas ça. Je me demandais si tu allais encore vouloir venir en tant que garde. »

« ... Qu'est-ce que tu racontes, toi ? »

Le ton de la voix d'Ai=Fa chute brutalement de deux crans.

« Tu ne comptes pas me laisser ici et partir seul en ville-château, j'espère ? »

« Non, bien sûr qu'on aura un garde. Le village Ruu est en période de repos, les giba diminuent, et Donda=Ruu et Darum=Ruu sont en convalescence, alors ils évitent de forcer. Du coup, « un jour, on peut bien fournir un homme pour la garde », c'est ce qu'il s'est dit... »

« Moi aussi, je suis en congé de chasseuse. Il n'y a aucune raison de céder mon rôle de garde à un autre. »

« Mais Ai=Fa, t'es quand même une blessée ? Secouée dans la charrette, la blessure pourrait empirer... »

« Asta. » Saris=Ran=Fou m'interpelle.

« C'est une proposition qui ignore totalement les sentiments d'Ai=Fa. Si j'étais à sa place, je ressentirais sûrement de la colère et de la tristesse. »

« Eh ? P-Pourquoi ? »

« ... Asta a été capturé dans cette ville-château, non ? Même s'il a été prouvé que tous les gens de la ville-château ne sont pas des ennemis, si tu laisses Asta y aller seul, la colère et la tristesse de ce moment-là reviendront à coup sûr. »

Saris=Ran=Fou me regarde droit dans les yeux, d'une voix ferme.

« Moi, j'ai vu de plus près que quiconque à quel point Ai=Fa a souffert à l'époque. Peu importe qu'il y ait un danger réel ou pas, pendant qu'Asta sera en ville-château, Ai=Fa aura le cœur brûlé par la même souffrance. S'il vous plaît, n'infligez pas cela à Ai=Fa. »

Je perds mes mots, et je reporte mon regard sur Ai=Fa.

Ai=Fa mord sa lèvre avec force, comme un enfant obstiné.

Je retiens un soupir et baisse la tête.

« Désolé. C'est moi qui ai le plus manqué de considération. Je ferai attention à ne pas trop secouer la charrette, alors viens avec nous. »

« ... Ce n'est pas parce que tu me le demandes, mais par ma propre volonté que j'y vais. »

Ai=Fa détourne le visage, puis poutine vers les lèvres, hors de vue de Saris=Ran=Fou.

Tandis que je fixe sa nuque, Saris=Ran=Fou esquisse un sourire.

« Ai=Fa est la chasseuse la plus farouche, et en même temps la femme au cœur le plus profond. En tant que membre de la maison Fa, je vous en prie, n'oubliez jamais cela, Asta. »

« Tu me fais passer pour un gamin ingérable, Saris=Ran=Fou ! »

Le visage rouge, Ai=Fa la fusille du regard.

Face à elle, Saris=Ran=Fou lui rend son sourire.

« Mais j'adore ce côté décalé d'Ai=Fa. Ceux qui la connaissent bien sont tous comme ça, non ? »

« Ta, tais-toi ! Saris=Ran=Fou n'était pas censée être une fille qui dit des méchancetés pareilles ! »

« Ce n'est pas de la méchanceté, je dis juste ce que je pense. Et puis moi, je ne suis plus une gamine. »

En disant ça, Saris=Ran=Fou appuie sa joue sur les cheveux doux de son fils.

Aim=Fou, sans rien comprendre, regarde le visage rouge d'Ai=Fa avec son air ahuri.

C'est rare de voir Ai=Fa faire une telle tête d'enfant devant quelqu'un d'autre que moi, mais bien sûr, ça ne me met pas de mauvaise humeur.

Bref, il est décidé qu'Ai=Fa aussi participera à ce goûter en ville-château.

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