Aller au contenu principal

Isekai Ryouridou

Chapitre 310

Isekai RyouridouIsekai Ryouridou
Chapitre 310

Chapitre 310

Chapitre 310/33094%~21 min de lecture4 093 mots

Le lendemain fut encore plus chaotique que la veille.

D'abord, comme on ignorait pendant combien de jours la maison resterait inoccupée, il fallut déplacer tout le contenu du garde-manger.

Cela dit, comme je descendais en ville presque chaque jour, il n'y avait pas beaucoup de légumes en surplus, et les herbes aromatiques et condiments ne prenaient pas tant de place que ça. Le problème, c'était la viande de giba.

La viande de giba est marinée dans des feuilles de pico pour prévenir la putréfaction. Même si cela permet une conservation d'une quinzaine de jours, il faut remuer les feuilles de pico imbibées d'humidité une fois par jour, donc on ne peut pas les laisser sans surveillance.

Pour l'instant, on décida de tout transférer au garde-manger de la famille Ruu, qui servirait de point de relais, mais vu les quantités — à la centaine de kilos —, la tâche s'annonçait ardue. On mobilisa tous les sacs en cuir, caisses en bois et fagots de tissu de la maison Fa pour emballer le tout avec les feuilles de pico, et on chargea le tout sur la charrette. Rien que cela représentait un travail considérable.

Qui plus est, ce jour-là, c'était au tour de la famille Ruu de préparer les repas pour l'auberge, mais les plats pour le stand devaient être prêts à cette heure-ci. Et comme il fallait préparer des quantités supérieures à l'ordinaire pour les « giba-man » et les « poïtan-maki », il n'y eut pas un instant de répit.

Celles qui vinrent prêter main-forte étaient les femmes des environs, menées par Tour=Din et Rem=Domu.

Dès le lendemain, il faudrait demander l'aide des femmes de Sauti. Bien que Moga=Sauti ait donné son accord sur ce point, ce qui m'inquiétait, c'était de savoir quelle dextérité ces femmes de Sauti, que je ne connaissais pas encore, feraient preuve en cuisine.

Pendant que nous nous activions ainsi, Ai=Fa était entrée en forêt.

Puisque la maison serait vide, pas besoin de ramasser du bois. En revanche, Ai=Fa devait s'enfoncer au plus profond de la forêt pour y récolter une grande quantité de fruits attirant les giba.

Une fois toutes ces tâches menées tant bien que mal à bien, on chargea encore sur la charrette les vêtements de rechange, les objets du quotidien et les ustensiles de cuisine, puis on quitta la maison Fa un peu plus tôt que d'habitude. Non seulement Tour=Din, mais aussi Ai=Fa et Rem=Domu devaient monter à bord pour être déposées au village Ruu.

Une fois les bagages superflus et la viande de giba confiés à la famille Ruu, on retrouva Reina=Ruu et les autres, et l'on put enfin partir pour la ville-relais.

Car aujourd'hui, il fallait procéder à l'installation pour l'agrandissement du restaurant en plein air.

Reina=Ruu et son groupe livrèrent plats et viande fraîche aux quatre auberges, tandis que nous allions récupérer les commandes passées au menuisier et à l'artisan : deux tables, vingt-deux tabouters en rondins, la charpente du toit, le cuir pour la couverture, ainsi que vingt ensembles d'assiettes et de cuillères en bois.

La quantité de tabourets était telle qu'on craignait qu'on ne puisse pas tout finir en une journée, mais le patron du menuisier les avait terminés par pure obstination. Et comme la charrette était pleine rien qu'avec ça, il fallut faire deux allers-retours pour tout transporter.

Par la suite, on loua un stand à l'Auberge Queue de Kimusu, et l'on se rendit à l'emplacement prévu.

Le restaurant en plein air, délimité par des cordes, nous attendait inchangé par rapport à la veille.

Mais aujourd'hui, pas le temps de s'attendrir : on attaqua l'installation.

On disposa les places assises dans le nouvel espace loué, on monta le toit, et on avança la préparation des plats. Vers la fin des travaux, déjà plus de clients qu'hier commençaient à s'amasser devant le stand.

L'heure approchait du sixième koku ascendant.

C'était le moment où Ai=Fa et Donda=Ruu partaient pour la famille Sauti, et où nous devions ouvrir le commerce.

On avait préparé cent-vingt portions de « ragoût d'abats de giba », soit une fois et demie la quantité de la veille.

Pour les autres plats, on décida d'ajouter vingt portions pour l'instant : cent-vingt « giba-man » et cent-quarante « poïtan-maki ».

En revanche, les « yaki-myamuu » de la famille Ruu restaient à quatre-vingts portions, et notre plat spécial « giba-katsu-sando » à trente portions.

Hormis les « yaki-myamuu » et les « giba-katsu-sando », les autres plats sont souvent achetés en combinaison avec d'autres produits, donc il est difficile d'estimer précisément de combien le nombre total de clients va augmenter. Surtout pour le « ragoût d'abats de giba », qui est fréquemment commandé en demi-portion.

Mais mesurer l'évolution du chiffre d'affaires n'est pas difficile.

Si l'on écoule tous les plats du jour, le chiffre d'affaires total de la maison Fa passera de 480 à 550 pièces de cuivre rouge, et celui de la famille Ruu de 480 à 600 pièces.

La somme des deux maisons passerait donc de 960 à 1150 pièces — soit, en arrondissant à 3 pièces de cuivre rouge l'unité, une clientèle qui grimperait de 320 à 383 personnes.

En taux de fréquentation, c'est une hausse d'environ 20 %.

Pour seulement deux jours, c'est une progression fulgurante.

Force est de constater que l'effet du restaurant en plein air est considérable.

« Effectivement, avec ça, il est peut-être possible d'écouler tous les plats. C'est la première fois que je vois une telle affluence. »

C'est Tour=Din qui parla ainsi, tout en faisant griller la viande pour les « poïtan-maki ».

Elle avait le visage sombre ce matin, inquiète pour la famille Sauti, mais le travail semblait lui avoir redonné de l'entrain.

Puisque les familles Din et Sudra avaient accepté de prêter leurs gens, à partir d'aujourd'hui, tous les gardiens du feu qui travaillent en ville-relais logeront au village Sauti.

« La famille Ruu a l'air de gérer sans problème. Si on n'y prend garde, cent-vingt portions de ragoût ne suffiront peut-être même pas. »

Pour ce qui est du commerce en lui-même, tout semblait bien se passer.

Pour quarante-deux places, on avait prévu cinquante services de vaisselle. La collecte et le lavage avaient de la marge, et devant le stand, il n'y avait en permanence que deux ou trois clients en attente.

Hier, on avait serré les places au maximum, mais aujourd'hui, sur un espace de cinq stands, on avait disposé sept tables avec aisance. Même avec six tabourets par table de quatre, l'ensemble paraissait plus spacieux qu'hier.

Reina=Ruu et Rimi=Ruu, qui participaient pour la première fois, semblaient s'acquitter de leur tâche avec une belle efficacité.

« Hé, c'est quoi ça ? On paie la même pièce de cuivre, mais y a une sacrée différence de量, non ? »

Une seule fois, une voix mécontente parvint à nos oreilles.

Je tournai la tête, surpris : deux hommes de l'Ouest au visage peu engageant se tenaient devant le stand de « ragoût d'abats de giba ». Des voyous bien connus de la ville-relais de Genos.

Face à eux, de l'autre côté du stand, se tenait Rimi=Ruu.

Juchée sur une souche pour gagner de la hauteur, Rimi=Ruu tenait une louche en métal et souriait gentiment.

« Pas du tout ! C'est juste que la forme de l'assiette en bois est différente, alors ça a l'air d'être moins ! Mais c'est exactement la même quantité, alors ne vous inquiétez pas ! »

« Vraiment ? Comment que je regarde, la mienne est moins remplie. »

« Si, si, c'est pareil ! Écoutez, comme on a commandé les assiettes chez plein de magasins différents, elles n'ont pas toutes la même forme. Mais la règle, c'est : une portion = deux louches, une demi-portion = une louche. Donc la quantité ne peut pas changer ! »

En parlant, Rimi=Ruu leur tendit la louche.

« Ce truc, c'est pour pouvoir mesurer les quantités précisément même en cuisinant. Reina-sœur a sorti sa propre pièce de cuivre pour l'acheter exprès ! Avec une louche en bois, ça gonfle et ça sèche, la forme change un peu, alors on ne peut pas mesurer juste ! »

« O-ouais, c'est ça ? »

« Oui ! Donc c'est absolument sûr ! Si vous êtes si inquiets, je peux vous le remettiez dans une autre assiette ? »

« Non, c'est bon. Quel type honteux, vas-y. »

Le compagnon, qui observait en silence, donna une grosse claque sur l'épaule de son acolyte.

« S't'as un souci, j't'échange mon assiette. Emmerde pas une gamine comme ça. »

« Tais-toi » grogna l'homme en grimçant, mais ensuite il se gratta la tête et dit à Rimi=Ruu : « Désolé. »

« Non non, merci d'avoir acheté ! À la prochaine ! »

Raccompagnés par le sourire constant de Rimi=Ruu, les hommes se retirèrent sous le toit.

Tour=Din, qui s'était penchée à mes côtés pour suivre la scène, murmura avec admiration :

« C'est impressionnant. Moi, qui suis peureuse, si on me faisait une telle remarque, je ne sais pas si j'arriverais à l'expliquer aussi bien. »

« Tu crois ? Mais enfin, Tour=Din, pour une femme des Moribe, t'as un caractère vachement délicat, on dirait. »

Je répondis cela en repensant à Tour=Din, tremblant sur les épaules aux côtés de Maimu face aux bandits qu'Ai=Fa avait mis KO à l'Auberge « Goutte de Ramum » de Dabag.

Tour=Din croisa mon regard, ses yeux s'assombrissant un peu.

« En fait, jusqu'à ce que j'aide Asuta, je n'étais presque jamais descendue en ville-relais. … Au village des Sun, il n'y avait pas cette nécessité… »

« Ah » — moi aussi, je fus un instant sans voix.

Les gens de la maison principale achetaient du vin de fruit et autres, mais les branches n'avaient pas le droit à ce luxe, et se contentaient de la viande de giba occasionnelle et des dons de la forêt. Dans ces conditions, il n'y avait presque aucune raison de descendre en ville.

Pendant que j'y pensais, Yamil=Rei, du stand voisin, tendit la main et tapota légèrement la tête de Tour=Din.

« Tour=Din, si tu fais cette tête coupable pour ce genre de chose, moi aussi je vais devoir en faire autant, non ? »

« Ah, d-désolée ! »

« Pas "désolée". Je te dis d'arrêter de te tourmenter pour une faute qui est pardonnée. »

Après l'avoir grondée ainsi, Yamil=Rei se tourna vers de nouveaux clients.

Tour=Din baissa les épaules, abattue. Je lui adressai un sourire.

« Yamil=Rei a raison. Vivre correctement en tant que gens de la lisière, c'est le chemin que vous suivez, non ? Vous vous donnez à fond chaque jour, alors pas la peine de ruminer le passé. »

« … Oui. » Tour=Din hocha la tête, puis posa une nouvelle tranche de viande sur la plaque de fer.

Le temps passa, et Yun=Sudra et Ama=Min=Rutim apparurent ensemble.

Une fois la rotation mise en place, je m'octroyai un court instant pour aller du côté du restaurant en plein air.

« Reina=Ruu, comment ça se passe de ton côté ? »

« Ah, Asuta. Oui, ça a l'air de marcher encore mieux que prévu. Sans doute parce qu'on a assez de places et de vaisselle, elles ont moins de mal qu'hier avec Sheila=Ruu et les autres. »

Reina=Ruu répondit avec un sourire pleinement satisfait.

Avec plus du double de places qu'hier, le restaurant est encore plus animé. Pourtant, aucune tension ne laisse présager un incident.

« Et puis, je sens mon cœur se remplir. Même des gens de la ville, qui ne sont pas nos compatriotes, mangent nos plats avec tant de joie… Je me dis naturellement qu'il faut encore plus d'efforts pour leur donner encore plus de satisfaction. »

« C'est ça. Alors ça valait vraiment le coup d'ouvrir ce stand. »

« Oui. » Reina=Ruu sourit.

Ses yeux bleus brillèrent d'une lueur soudain perplexe.

Au même instant, je sentis une présence derrière moi. Me retournant, je vis un jeune homme en manteau de cuir, une assiette en bois à la main, planté là avec une mine renfrognée.

Un voyageur en apparence : c'était Roy.

« … C'est un plat fait par vous les femmes des Moribe, sans Asuta, c'est ça ? »

Sans même laisser le temps d'un salut, Roy lança cela d'emblée.

« Je vais vérifier de quoi vous êtes capables. »

Reina=Ruu ne dit mot, mais d'un geste courtois — presque trop — désigna les places assises.

Tandis que Roy s'y dirigeait, Reina=Ruu me glissa discrètement à l'oreille :

« Asuta, comment s'appelle déjà ce cuisinier ? J'ai encore oublié. »

« Hein ? C'est Roy. Je t'ai déjà présenté trois fois, je crois… »

« C'est exact. Pardonnez-moi de vous faire répéter. »

Je grommelai intérieurement sur sa culpabilité, tout en gardant un œil sur Roy.

Sans acheter d'autre plat, Roy avait commandé une portion normale, semblait-il, et aspirait le bouillon du « ragoût d'abats de giba » généreusement versé dans son assiette en bois.

Sa capuche était baissée, donc d'ici, impossible de lire son expression.

Roy maniait sa cuillère en bois sans un mot, mangeant lentement.

(À quoi bon que je surveille ?)

L'évaluation, je la demanderai à Reina=Ruu plus tard. Je me retournai pour regagner mon stand.

Mais Roy se tourna vers moi plus vite que je ne bougeais.

« Hé… Vraiment, t'as pas participé à la confection de ce plat ? »

La question m'était adressée.

J'acquiesçai par un « Oui ».

Roy mordit sa lèvre, fixant son assiette encore remplie aux quatre cinquièmes.

« Et vous n'avez pas reçu les enseignements de Mikel non plus, c'est ça ? »

« C'est ça. Ce qu'on a appris, c'est seulement la fabrication de la viande fumée et du fromage sec. »

La main de Roy qui tenait la cuillère se crispa.

Reina=Ruu, la tête légèrement penchée, observait la scène.

« Depuis tout à l'heure, qu'est-ce qui vous préoccupe tant ? Ce plat a été créé par moi et ma compatriote Sheila=Ruu. Mais au départ, c'est Asuta qui nous a appris la bonne utilisation de l'huile de tau, du sucre, etc. Et Asuta lui-même dit avoir reçu l'enseignement de son père pour acquérir une telle technique. Donc, je pense qu'un être humain ne peut pas accomplir grand-chose tout seul. »

« … Je le sais bien, moi aussi. »

« Alors pourquoi ne pas demander conseil à Mikel ? Mikel n'est plus cuisinier, et vous, vous l'êtes à la ville-château. Est-ce que votre fierté vous en empêche ? »

« C'est pas ça. Moi, je veux juste… »

Là, Roy se tut.

Reina=Ruu, inhabituellement, croisa les bras sur sa poitrine et souffle un soupir teinté de résignation.

« Je ne vous comprends pas. Si quelque chose vous tourmente, ne devriez-vous pas déployer plus d'efforts pour le résoudre ? »

Pourtant, Roy ne répondit rien, et se mit à engloutir le reste à une vitesse folle.

C'était encore bouillant, mais il n'avait pas l'air de le sentir ; en une dizaine de secondes, il finit le ragoût et se leva.

« Cette fille, Maimu, compte ouvrir un stand pendant le mois violet, parait-il. »

Sans répondre au dernier appel de Reina=Ruu, Roy s'en alla.

Reina=Ruu souffla à nouveau, et se mit à laver l'assiette vide dans l'eau du tonneau.

« Voir cet homme se morfondre comme ça, ça me donne envie de dire des choses inutiles. »

Avant que je n'ouvre la bouche, Reina=Ruu continua :

« Je suis vraiment une femme méchante. J'ai un peu envie de me détester. »

« Non, je pense pas que ce soit de la méchanceté. »

Je répondis ainsi, mais moi non plus, je ne sais pas d'où vient cet état d'esprit.

Sans doute superpose-t-elle son propre image à Roy, qui rumine sur la cuisine.

Tout en priant pour que Roy sorte au plus vite de sa passe difficile, je repris mon travail.

***

Hormis cela, pas de gros remous : nous achevâmes la journée de commerce.

Ou plutôt, si remous il y a, c'est bien cette affluence qui en est un. Au final, ce jour-là aussi, le « ragoût d'abats de giba » fut écoulé un peu avant l'heure prévue.

D'ailleurs, tous les autres plats, « yaki-myamuu » compris, furent vendus pile à l'heure.

« Mais cela est sans doute dû à l'effet de nouveauté. Puisque les plaintes ne portent pas sur une rupture trop précoce, je pense qu'il faut continuer un moment avec les mêmes quantités. »

Telle fut l'analyse de Reina=Ruu.

Je n'avais pas d'objection, mais une autre voix s'éleva.

Ni plus ni moins : Zweit.

« Mais bon, pour le menu, faut pas y penser dès maintenant ? Même si ça tient encore un moment, faudrait préparer un autre plat en sauce à vendre, non ? »

« Un autre plat en sauce ? »

« Ouais. Ce plat en sauce, y'en a 120 portions de prêtes, mais la plupart des clients en commandent une demi-portion, pas vrai ? Ça veut dire que sur les 300-400 clients qui viennent, plus de la moitié mangent ce plat. »

Zweit enchaîna avec un sérieux inhabituel.

« Si autant de monde bouffe le même plat en sauce tous les jours, ils vont s'en lasser plus vite que les autres plats, non ? Surtout une fois que l'effet de nouveauté sera passé. »

C'est vrai, admis-je, impressionné.

Le « ragoût d'abats de giba » est traité comme un accompagnement. Les autres plats peuvent être combinés différemment, mais le ragoût, c'est le même tous les jours.

« Exact. En y repensant, les plats qu'on livre aux auberges changent jour après jour, c'est peut-être pour ça qu'on ne s'en lasse pas. Les clients du Sud et de l'Est changent tous les quelques jours ou semaines, alors encore plus. »

J'ajoutai cette explication pour Reina=Ruu et les autres, qui ne semblaient pas tout à fait convaincues.

« Mais au stand, y a beaucoup de clients de l'Ouest qui viennent régulièrement. En un ou deux mois, ils pourront pas manger le même truc tous les jours. Vu comme ça, le risque de lassitude est plus grand pour le "ragoût d'abats de giba" que pour le "giba-burger" ou les "yaki-myamuu". »

« Donc, comme dit Zweit, il faut préparer un autre plat en sauce en alternance ? »

« Ouais. Si c'est un plat qui tient la route face au "ragoût d'abats de giba", y aura pas de récriminations. Et ça nous fera pas de tort, je pense. »

Hier encore, Zweit râlait contre l'ouverture du restaurant en plein air ; en une journée, il a déjà trouvé un nouveau filon. C'est diablement rassurant.

« C'est vrai… Si ça continue, on risque de ne plus pouvoir se procurer des abats, alors ça vaudrait le coup d'étudier un plat en sauce à base de viande normale. »

Tenant cette discussion fructueuse, nous terminâmes le rangement et rentrâmes au village des Moribe.

Mais là, c'était la préparation pour le départ vers le village Sauti.

Le trajet, il a été décidé qu'on passerait chaque jour par le village Ruu.

Plusieurs raisons, mais la première : les gens de Sauti utilisent déjà cette route pour leurs courses quotidiennes. C'est le chemin le plus court du village Sauti à la ville-relais.

Pour info, pour aller direct du village Sauti à la ville-relais, il faut ressortir au sud de la lisière, faire un grand détour par la route de pierre vers le nord. À pied, 4 heures ; en charrette à toto, 80 minutes.

Mais en remontant par l'intérieur de la lisière et en sortant par le chemin près de la famille Ruu, à pied c'est 2h40, en charrette 50 minutes.

À l'époque où ils n'avaient ni toto ni charrette, les Sauti allaient à peine en ville-relais, et s'approvisionnaient au village agricole au sud de la lisière.

Puis, ayant obtenu des toto, ils cherchèrent le chemin le plus court vers la ville-relais, et trouvèrent l'actuel.

Voilà pour la longue introduction. Bref, nous revînmes de la ville-relais au village Ruu, y chargeâmes le nécessaire, en profitant pour faire tourner le personnel féminin de la famille Ruu, puis prîmes la direction du village Sauti.

Comme le service du lendemain au village Ruu incombait à Sheila=Ruu et Vina=Ruu, toutes deux remplacèrent Reina=Ruu et Rimi=Ruu dans la charrette. La préparation principale étant laissée à l'équipe restée au village Ruu, la charge de travail n'était pas plus légère.

Il avait aussi été décidé que, tant que l'affaire ne serait pas réglée, le travail d'auberge serait confié chaque jour à la famille Ruu. La famille Fa ne pouvait pas l'assumer seule sans l'aide des familles Fou, Ran, etc.

Ainsi, après une quarantaine de minutes de charrette depuis le village Ruu, nous atteignîmes le village Sauti.

La route est unique, pas de risque de se perdre. Et le village Sauti étant au bout sud, impossible de le manquer. Il suffit de descendre la piste de la lisière vers le sud jusqu'à son terminus : le village Sauti.

« Bien venue, gens de la lisière. … Bienvenue à la famille Sauti. »

Nous accueillit Moga=Sauti.

Je descendis du siège de la charrette et m'inclinai.

« Nous serons entre vos mains pour un moment. Les chasseurs sont partis en forêt comme prévu ? »

« Oui. Après une concertation minutieuse, ils sont allés poser les pièges. S'ils ne sont pas attaqués en route, dès demain, ils affronteront sérieusement le maître de la forêt. »

Le village Sauti donnait une impression de calme étrange.

Côté superficie, il est considérable. Pas inférieur aux villages Ruu ou Sun.

« Ici, ce n'est pas seulement les Sauti, mais aussi l'antique parenté Véra qui ont bâti le village ensemble. 19 membres pour les Sauti, 14 pour les Véra, 33 compatriotes au total. »

« Je vois. Les Sauti, toutes branches confondues, comptent une soixantaine de personnes, non ? »

« Oui. Ces derniers mois, 4 enfants ont atteint 5 ans, donc maintenant 68 au total. »

Ah oui, chez les Moribe, les enfants de moins de 5 ans ne sont pas comptabilisés.

« Parmi eux, les chasseurs masculins étaient 23, mais 2 ont perdu leurs capacités de chasseur à cause du récente affaire. À ce rythme, les Sauti ne feront que décliner. »

« Donc 21 chasseurs devront pourvoir en giba 68 bouches. »

Comparé à la famille Ruu, le ratio de chasseurs me parut bien faible.

Beaucoup de femmes, d'enfants ou de vieillards, sans doute.

« Pour les Sauti et Véra seulement, les femmes sont 14. J'aimerais en mobiliser la moitié pour préparer le dîner, ça vous va ? »

« Pas de problème. On commencera par la mise en place pour le commerce, puis on enchaînera sur le dîner. »

« Alors, suivez-moi vers le kamado des Sauti. »

Guidé par Moga=Sauti vers la maison principale des Sauti, je calculai mentalement.

Total Sauti + Véra : 33. Chasseurs en renfort : 11. Nous, gardiens du feu : 8. Soit 52 portions de dîner à préparer.

Nous huit, ce n'est pas ingérable, et avec l'aide des femmes de Sauti, ce sera jouable.

En y réfléchissant, je me tournai vers Sheila=Ruu, qui tenait les rênes de Rururu.

« Au fait, Mida mange combien ces temps-ci ? J'ai cru entendre qu'il était passé de 10 à 5 portions. »

« Oui, il en mange encore 5, je pense. Vu sa taille… »

Alors 4 portions de plus, 56 portions.

Vu l'appétit féroce du clan Ruu, mieux vaut prévoir 60 portions.

Je demandai encore à Moga=Sauti :

« Combien d'enfants de moins de 5 ans mangent déjà normalement ? Et combien de blessés incapables de manger normalement, chez les Sauti et Véra ? »

« 4 enfants non nourrissons, 3 blessés qui ne peuvent avaler que du liquide. »

Donc, demi-portion pour les enfants = +2 portions, repas à part pour les blessés = -3 portions.

Environ 60 portions, acte.

(Un plat qui redonnera du cœur aux Sauti… et de la force aux chasseurs.)

Mais pas la peine d'en faire une montagne. Les maisons Fa et Ruu utilisant des ingrédients venus de la ville-château, ça devient déjà un repas de fête pour la lisière.

Je vérifierai l'état des blessés plus tard ; pour le reste, je ferai comme d'habitude : cuisiner avec soin.

(Cuisiner chez les autres hors banquet… c'est une première hors Ruu et Rutim.)

Une situation née de circonstances loin d'être bénies, mais si je peux être utile aux Sauti, avec qui nous n'avons pas réussi à tisser de liens profonds, je veux l'accueillir positivement.

Ainsi commença notre séjour de plusieurs jours au village Sauti.

Swipez pour naviguer

Commentaires

0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.