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Isekai Ryouridou

Chapitre 197

Isekai RyouridouIsekai Ryouridou
Chapitre 197

Chapitre 197

Chapitre 197/25079%~22 min de lecture4 233 mots

C'était l'après-midi.

L'ingrédient désigné pour le dîner était « viande et œufs de kimusu ».

Pour les œufs, le choix était plus large que pour le lait de karon.

J'ai sélectionné quelques plats, réduisant mes candidats à l'omelette et au bol de riz parent-enfant, et j'ai finalement opté pour la première.

Avec l'équipement de cette cuisine, préparer la garniture pour un bol parent-enfant n'aurait pas été difficile, mais sans riz, le donburi ne tient pas. Même si dresser la garniture seule en plat principal n'aurait posé aucun problème, je n'ai pas réussi à me décider à franchir ce pas.

C'est donc décidé : omelette au kimusu.

Celle-ci aussi, avec de la viande, de l'aria et de la matière grasse lactée, se prépare aisément. Une omelette généreusement garnie de viande hachée.

À l'inverse, cela me semblait trop simple.

J'ai donc décidé de soigner les sauces.

J'ai pensé proposer deux saveurs : sauce talapa et sauce blanche.

La sauce blanche, je peux la faire selon la même procédure qu'hier.

J'ai donc choisi de consacrer du temps et des efforts à la sauce talapa.

Même si on l'appelle sauce talapa, si je la rapproche du goût du ketchup, elle n'harmonisera pas avec la sauce blanche.

Il fallait donc la rapprocher d'une sauce demi-glace ou d'une sauce brune, telle était ma tentative cette fois.

D'abord, faire revenir de la farine de fwana dans de la matière grasse lactée pour obtenir un roux.

Contrairement à la sauce blanche, cuire solidement jusqu'à ce que le fwana brunisse.

Pendant qu'il refroidit, préparer le bouillon pour délayer le roux.

Hacher le talapa le plus finement possible, râper l'aria à l'oroshigane.

Les mijoter avec du vin de fruit, en ajustant le sel, le sucre, les feuilles de pico et le bouillon factice.

J'ai un peu hésité, mais j'ai essayé d'utiliser du lait de karon pour compenser l'humidité.

Le talapa stocké ici était bien plus sucré que celui qu'on achète en ville-relais, pourtant je sentais le besoin d'atténuer encore davantage l'acidité.

J'ai délayé le roux précédent avec ce bouillon à base de talapa, bien onctueux.

L'aspect aussi s'est rapproché d'une sauce brune, virant au brun-rougeâtre.

À la dégustation, l'acidité était modérée, le résultat plutôt probant.

Effectivement, les bienfaits du bouillon factice sont patents. Rien qu'en l'incorporant, la profondeur et le corps du goût changent du tout au tout.

(Si j'en abuse trop, ça risque de poser problème pour mon travail en ville-relais.)

Le bouillon factice, obtenu en réduisant viande, os et légumes.

C'est un assaisonnement très attractif, mais le reproduire chez les Moribe ou en ville-relais me semble fort malaisé.

D'abord, le coût des ingrédients ne doit pas être négligeable, et vu le temps de mijotage et la peine de rassembler le bois, c'est intenable pour une activité commerciale.

(Mais des os de giba, on peut en avoir à volonté. Si on fait aider par les femmes des foyers où il y a de la main-d'œuvre libre, on pourrait peut-être produire quelque chose d'approchant.)

Je note aussi cela dans mes mémos mentaux.

Est-il possible de se procurer du lait de karon en ville-relais ?

Est-il possible de le transformer nous-mêmes en matière grasse lactée ou en fromage sec ?

Quels sont les prix des œufs de kimusu et de toto, et sont-ils produits en quantité suffisante pour le commerce ? S'ils le sont, pourquoi n'en voit-on pas dans les cuisines des auberges pour l'instant ?

Et quelles sont les circuits de distribution et les prix de l'huile de reten, du vinaigre de mamaria, du sucre du Jagar, du miel, etc. ?

En à peine vingt-quatre heures, autant de points avaient déjà été relevés.

(Il n'y a pas de raison de réserver la bonne cuisine aux seuls nobles. Il faut bien trouver le moyen de transformer un tant soit peu ce fléau en bénédiction.)

C'est en songeant à cela que je me suis enfin attelé à la confection de l'omelette.

Celle-ci est on ne peut plus simple.

Hacher finement la poitrine de kimusu, la faire revenir avec de l'aria, du neenon et de la pura émincée. L'assaisonnement, encore une fois : sel, feuilles de pico, bouillon factice et vin de fruit.

Une fois la garniture prête, verser les œufs battus dans une poêle à manche plate. Y avoir mélangé un peu de lait de karon, et utiliser de la matière grasse lactée comme gras de cuisson.

Les œufs de kimusu étant comestibles crus, j'ai visé une cuisson baveuse, moelleuse et fondante.

Quand l'œuf étalé dans la poêle est encore souple, déposer la garniture du côté du manche, puis replier le bord opposé par-dessus pour l'envelopper.

Au *Tsuruya*, on servait aussi des omurice, cette manœuvre ne me posait aucun souci.

Une fois l'omelette dressée dans l'assiette, verser la sauce talapa d'un côté et la sauce blanche de l'autre — et là, je me suis souvenu de la dégustation de sécurité.

Si on goûte après avoir nappé les sauces, la présentation sera ruinée.

Comme pour le gâteau au fwana, il paraît plus sage de servir les sauces à part dans des récipients distincts.

« C'est prêt. Merci de goûter. »

De la main de Roy, l'extrémité droite des trois omelettes fut tranchée, et les deux sauces y furent versées.

Shifon=Chel les porta à la bouche et exhala à nouveau un « Ah… » empreint de mélancolie.

« Il n'y a plus de mots… Les plats d'-sama sont tous mystérieux… et tous délicieux… »

Ne pouvant voir la princesse ni Diaru manger, l'appréciation de Shifon=Chel était mon unique repère.

Pourtant, je repense à ceci. Que ce soit le gâteau au fwana ou cette omelette, on fait toujours goûter à Rifreia des plats dont une partie a été prélevée pour le test. Quel peut bien être son état d'esprit ?

Qui plus est, les jours où ni les invités ni ne sont présents, elle les mange seule.

Une cuisine de luxe nécessitant un testeur, préparée pour une seule personne.

Quels que soient la qualité des ingrédients ou la renommée du cuisinier, est-ce vraiment ce qu'on peut appeler un mets délicieux ?

(...Certes, même chez les nobles, tout n'est pas rose.)

Toujours est-il que le dîner de ce soir fut également acheminé sans heurt par les valets.

À cette occasion, j'ai supplié le soldat de garde de me laisser revoir Rifreia une fois encore, mais la réponse parvenue après le coucher du soleil fut « Non ».

« Le repas d'aujourd'hui n'était pas mal non plus. Si tu t'appliques encore davantage, je te donnerai la récompense promise et te renverrai chez toi avant cinq jours, dit-il. »

« Mais j'ai ma propre vie, moi ! Si vous voulez, je peux m'arranger pour prendre quelques jours de congé à la ville-relais et venir cuisiner ici, après avoir réconcilié les Moribe avec vous ! »

Même en insistant ainsi, la seule réponse fut encore « Non ».

Qui plus est, les rideaux déchirés en lambeaux furent nettoyés par les valets pendant que j'étais enfermé en cuisine, et ceux aux fenêtres furent tous retirés ; dès lors, tout moyen de communiquer avec Diaru me fut coupé.

(Au fond, je n'ai d'autre choix que de continuer à cuisiner…)

Me demandant où j'ai pu prendre un mauvais chemin, j'ai accueilli une nouvelle nuit solitaire.

***

Le lendemain, le 7e jour de la Lune blanche.

Pour le repas léger de midi, l'instruction fut : « Utilise le fruit de minmi. »

C'était un ingrédient totalement inconnu.

Un fruit de la taille d'une balle de tennis, recouvert d'un duvet couleur chair d'environ un centimètre, d'une forme pour le moins bizarre.

D'après ce qu'on m'a dit, c'est un ingrédient très rare, importé du fin fond du Sud jagarien.

Curieux de sa nature, j'ai délicatement pelé cette peau inquiétante pour découvrir une chair rose juteuse.

Son parfum déjà sucré, et son goût très proche de la pêche.

Point d'acidité, une douceur pure et onctueuse.

Riche en eau comme la pêche, il laissait couler un jus épais comme du miel à chaque bouchée.

(Un bon fruit, le mieux c'est encore de le manger nature, non ?)

En râlant intérieurement, j'ai fait divers essais sur une petite quantité.

Le simple fait de l'écraser avec du sucre fonctionnait déjà très bien comme sauce, mais j'ai fini par tenir compte de la texture : le réduire en compote, ajouter sucre et miel, et juste une pointe de vin de fruit dont on a fait évaporer l'alcool, pour en rester là.

Toutefois, aujourd'hui, il y a aussi le lait de karon préparé la veille.

Après une nuit de repos, le lait de karon s'était magnifiquement séparé en eau et en matière grasse dans la marmite.

À la surface flottait une graisse blanc laiteux, d'aspect concentré, visqueuse.

Et en quantité bien plus grande que je ne l'imaginais.

Avec du lait de vache, même cru, le taux de graisse plafonne à 4 % environ. Cela donnerait au maximum 80 g de matière grasse pour 2 kg de lait, mais là j'en avais aisément le double.

(Le lait de bufflonne en contient juste le double de celui de vache, non ? D'ailleurs, le fromage sec de karon a un goût de mozzarella, le lait de karon serait-il proche du lait de bufflonne ?)

Peu importe, plus on en récupère, mieux c'est.

J'ai prélevé le plus soigneusement possible la seule matière grasse pour la mettre dans un autre récipient.

Ayant extrait cette graisse sur la foi de connaissances théoriques, je me demande tout de même : est-ce vraiment de la crème ? Un liquide blanc, visqueux, tout simplement.

Je l'ai d'abord transvasé dans un petit pot en terre, puis secoué vigoureusement de haut en bas.

Cette cuisine ne possédant rien qui ressemble à un fouet.

Mais la crème fouettée obtient son moelleux en incorporant de l'air, donc cette méthode devrait pouvoir fonctionner, me suis-je dit.

C'est un savoir glané par ailleurs : pour un bon thé, l'eau du robinet chargée en air vaut mieux que l'eau minérale en bouteille.

Si l'on tient à utiliser l'eau minérale, on secoue violemment la bouteille pour y mélanger de l'air.

J'ai appliqué ce principe, dans une démarche pour le moins empirique.

( disait qu'au fouet électrique ça prend 7 ou 8 minutes, non ?)

Combien de minutes avec cette méthode ?

Trop fouetter risque de séparer davantage la graisse pour produire de la matière grasse lactée, mais d'un autre côté, la matière grasse ne se fait pas si facilement non plus.

Je me suis donc mis à fouetter à fond.

Roy, qui surveillait mon travail avec le même regard sévère que la veille, en est resté coi.

À la sensation, avec des pauses, une dizaine de minutes.

Quand mes muscles ont menacé de me faire payer l'effort, j'ai versé le contenu fouetté dans un récipient en métal façon bol.

La crème initialement gluante s'écoule en bavant.

En la piquant avec une brochette en bois servant de baguettes, elle oppose une résistance lourde, sans former de pics fermes. « Demi-liquide » est le terme adéquat.

J'y ai ajouté du sucre, posé le bol sur un autre bol rempli d'eau, et fouetté à la brochette.

La crème fondant à la température du corps, il faut la tenir au frais sinon elle redevient liquide illico.

Même de l'eau tempérée fera office de pis-aller.

Au bout de trois ou quatre minutes, elle tenait à peine des pics.

J'ai goûté sur le gâteau au fwana, moins sucré que la veille.

D'abord la sauce minmi.

Pour dire les choses, c'est une association un peu farfelue : crêpe et sauce pêche. Mais pour moi qui ne suis pas tatillon sur les desserts, c'était amplement bon.

La crème fouettée maison, seule, laisse un peu sur sa faim.

Mais sa texture aérienne et douce fait neuf ici, et comme elle provient d'un lait de karon riche en arôme, avec le miel de panam, l'insatisfaction reste minime.

Je l'ai donc servie avec le miel de panam et la matière grasse lactée, pour que chacun compose son mélange.

D'après l'air de Shifon=Chel au test, le résultat n'était pas inférieur à celui du goûter de la veille.

(Tant qu'on n'a ni sucre ni lait de karon, impossible de faire de la pâtisserie correcte chez les Moribe ou en ville-relais. J'aimerais bien en faire goûter à Rimi=Ruu et Tara aussi.)

Tandis que ces pensées me traversaient, je regardais partir le goûter achevé, puis me suis tourné vers la marmite laissée de côté.

Le reste de lait de karon délesté de sa graisse.

« Bon, qu'est-ce que je fais de celui-là ? »

Mon monologue a interpellé Roy, qui s'apprêtait à vaquer à ses occupations.

« Hé, si tu le jettes, appelle un autre soldat. Le lait de karon pue affreusement quand il tourne, il y a un endroit prévu pour le jeter. »

« Non. Celui-ci ne tournera pas d'ici demain ou après-demain, non ? Alors je me disais qu'on pourrait peut-être l'utiliser en cuisine. »

« …Le résidu de lait dégraissé, tu comptes en faire quoi comme plat ? »

« Même sans graisse, le lait doit encore contenir plein de nutriments, non ? Le gâcher serait trop dommage. »

Le lait privé de sa graisse, c'est ce qu'on appelle du lait écrémé. Sa version en poudre est le lait écrémé en poudre, ou lait maigre.

Au Japon, le lait maigre n'a pas très bonne image, mais aujourd'hui encore il est vendu comme *skim milk*, ingrédient principal pour la pâtisserie.

Pourtant, dans ce monde, je doute qu'existe une technologie pour solidifier le lait cru.

Si j'imite la procédure du bouillon factice, il faudra y fourrer du sel gemme pour la conservation, ce qui est tout aussi délicat.

(Après tout, c'est du lait cru. Peut-être que sa mauvaise conservation explique pourquoi la ville-relais ne le traite pas ?)

C'était une angoisse teintée d'espoir : que je puisse un jour m'approvisionner en lait de karon en ville-relais.

Dans ce sans réfrigération, le lait cru ne se garde que deux ou trois jours. L'usage principal en devient donc la matière grasse lactée et le fromage sec.

Or, à l'instant, sur environ 2 litres de lait de karon, je n'ai pu extraire que 200 g de matière grasse.

C'était plus que prévu, mais plus de 90 % reste en lait écrémé.

On peut y deviner une haute valeur nutritive, impossible de le jeter comme un noble.

(À Dabag, la ville qui vend les karon, y a-t-il un usage établi ?)

C'est peut-être un point à creuser en parallèle de la filière du lait de karon.

Quoi qu'il en soit, il faut traiter ce lait écrémé qui attend sagement devant moi.

(Allez, essayons déjà comme base de soupe. Et faisait de la crème pâtissière avec du lait maigre, non ? Tentons aussi pour demain.)

Je n'aurais jamais cru devoir compter sur mon amie d'enfance de cette façon.

Ressentant une douleur sourde dans la poitrine, j'adresse ma gratitude à celle que je ne reverrai sans doute jamais.

***

Cette nuit-là, on me demanda de la viande de kimusu et du fromage sec.

Trois soirs de suite à réclamer du kimusu, c'est sans doute le plat favori de Rifreia.

(Viande de kimusu et fromage sec… poulet et fromage, quoi…)

Puisqu'il y a un four, je me suis dit que je pourrais tenter une sorte de pizza.

Mais un tel équipement n'existant ni chez les Moribe ni en ville-relais, l'apprendre ici ne me servirait à rien par la suite.

J'ai donc opté pour une voie un peu marginale : une variante de piccata.

La piccata est un plat italien : viande panée farine-œuf et poêlée.

Je n'ai jamais mangé de vraie piccata italienne ; c'est une variante de la variante que mon père faisait. Ce n'était pas un plat de vente, mais un casse-croûte ou un repas du personnel, préparé de temps en temps.

À la maison, il utilisait du filet de poulet, alors j'ai pris de la poitrine de kimusu.

Cette fois, j'ai retiré la peau, taillé en tranches allongées d'un centimètre d'épaisseur comme du saumon, et légèrement attendries au bâton de bois. Deux pièces par personne, six au total pour trois.

Après les avoir assaisonnées de feuilles de pico, j'y ai fourré généreusement du fromage sec finement haché.

Le type n'étant pas spécifié, j'ai choisi le fromage sec de gyama, au goût riche et à la texture ferme, facile à hacher.

Ensuite, préparer l'appareil à œufs.

Ici, à l'oroshigane, réduire le fromage sec de karon en poudre fine et l'incorporer aux œufs battus.

C'était la recette de mon père, mais comment fait-on dans la vraie piccata ? D'ailleurs, l'authentique utilise de la viande de veau, si je me souviens bien.

Quoi qu'il en soit, saupoudrer la viande de farine de fwana à la place de la farine de blé, l'enrober d'appareil au fromage, et cuire à la poêle plate.

La matière grasse lactée serait trop lourde, alors j'ai utilisé de l'huile de reten. L'huile de reten est une huile végétale rappelant l'huile d'olive.

Le corps du plat est prêt.

Pour la sauce, j'ai choisi la sauce talapa orthodoxe qu'on utilise pour le *giba-burger*.

À la maison, je mangeais la piccata avec une sauce tomate riche en oignons émincés.

Cette sauce talapa, généreuse en aria hachée et au parfum discret de myamuu, s'accorde à merveille avec la piccata de kimusu.

La viande de kimusu, peu affirmée, convenait parfaitement à ce plat.

La texture croustillante née de l'œuf cuit et de la farine de fwana, alliée au moelleux du fromage, est irrésistible.

C'est un plat reproductible en ville-relais avec juste de l'huile et des œufs.

Le fromage sec de gyama nécessite les réseaux des colporteurs de Shim, mais si la voie de la transformation du lait de karon en fromage s'ouvre, ce point sera réglé.

Avec de la viande de giba, le goût ne serait-il pas trop fort ?

Ça pourrait donner un plat puissant. Porc-piccata, non, giba-piccata.

En l'enveloppant dans de la pâte à poïtan, ça pourrait marcher comme en-cas de rue.

Le jour où je pourrai à nouveau faire mon commerce en ville-relais viendra-t-il vraiment ? En refoulant cette angoisse, j'ai annoncé que le plat était prêt.

Pourtant, ce jour non plus, aucun commentaire particulier ne me parvint de Rifreia.

***

Le lendemain.

8e jour de la Lune blanche.

Ce matin-là, une plainte de la princesse nous parvint.

« Je ne tolérerai pas qu'on me serve trois jours de suite la même chose. »

En clair : faites un gâteau différent du gâteau au fwana.

« La pâtisserie, ce n'est pas mon métier », ai-je râlé, mais mes mots n'atteindront jamais la princesse.

Faute de mieux, je me suis lancé dans les biscuits.

Faire des biscuits, je n'en ai que le souvenir d'avoir regardé en préparer. Première tentative de reproduction pour moi.

D'abord, travailler la matière grasse lactée pour la rendre pommade, y incorporer sucre et farine de fwana. La farine, par petites quantités, en mélangeant soigneusement pour éviter les grumeaux.

Ensuite, ajouter peu à peu du lait de karon, pétrir jusqu'à obtenir une consistance modelable à la main. La base est prête.

Étaler cette pâte dense sur une planche farinée, l'aplatir au rouleau — ou plutôt à un bâton de mélange épais — comme pour des soba.

Pas d'emporte-pièce, j'ai découpé des ronds avec une petite coupe à saké, et taillé des carrés et des étoiles au couteau de cuisine.

Les chutes, rebouletées, réétalées, redécoupées au maximum, le dernier morceau roulé à la main.

Voici enfin l'heure du four laissé de côté hier.

Structure simple : feu dans le foyer inférieur. Régler sur feu doux pour ne pas brûler.

Le mode d'emploi, Roy me l'a expliqué.

Le combustible, c'est enfin du charbon.

Pendant la cuisson, tenter une crème pâtissière avec le lait écrémé mis de côté.

Mélanger jaunes de kimusu et sucre, y ajouter de la farine de fwana.

Quand c'à peu près homogène, incorporer le lait écrémé par petites quantités.

Procédure bien proche de celle des biscuits.

Dans la pâtisserie occidentale, farine, lait, sucre, œufs et beurre sont les piliers.

Dès que la pâte s'assouplit suffisamment, la chauffer à la casserole.

Quand l'eau s'évapore et que ça épaissit, c'est prêt.

La fidélité n'est pas parfaite, mais le goût riche en lait et en matière grasse de karon ne laisse rien à redire.

C'est mon maximum en terrain inconnu.

Entre-temps, les biscuits étaient cuits.

Après un léger refroidissement, la dégustation révèle un croquant parfait ; sous cet aspect, la reproduction est peut-être même meilleure que pour les pancakes.

La pâte préparée en surplus par prudence, je l'ai cuite aussi.

Pendant ce temps, refaire de la confiture d'arou comme avant-hier.

Les biscuits se mangeant nature, deux garnitures suffisent : crème pâtissière et confiture d'arou.

Mission accomplie.

Tout ayant cuit sans échec, j'en ai obtenu une sacrée quantité.

« Ça ne devrait pas s'abîmer si vite, les restes pourront faire office de dessert après le dîner. »

Je l'ai signalé, mais encore une fois, pas de réponse de Rifreia.

***

Cette même nuit, la commande était : « N'importe quoi tant que ça utilise de la viande de kimusu. »

D'ailleurs, le midi non plus, l'ingrédient n'était pas imposé.

Le concours de goût avec le fameux sous-chef se poursuit-il ou non ? Depuis la première nuit, plus d'occasion de parler à Diaru, impossible pour moi d'en juger.

Quoi qu'il en soit, « n'importe quoi » est la consigne la plus embêtante.

Après réflexion, j'ai décidé de tester un plat en cours d'expérimentation.

À savoir : *tsukune* de kimusu.

Viande de poitrine de kimusu, assaisonnée seulement du sel gemme dans lequel elle trempait, pour rester simple.

Forme : bâtonnets aplatis.

Voici un nouvel ingrédient : le fruit de kiki.

Fruit vu en ville-relais mais pas encore goûté.

Un peu plus petit qu'un poing humain, rouge violacé, ridé comme un kaki séché. C'est un fruit portable séché, vendu avec de l'aria séchée pour les voyageurs.

Goûté dans la journée : une douce sucrosité, une acidité intense, une saveur unique, proche de l'umeboshi.

D'après ce qu'on m'a dit, ce kiki séché est une méthode de conservation venue du Jagar.

Tremper le fruit de kiki dans du sel gemme et du vin de fruit, puis le sécher plusieurs jours. L'ajouter à la soupe de poïtan, et bien des voyageurs le font. Surprenant.

Qui plus est, le jus de trempage est prisé des buveurs ; extrêmement salé, on le dilue avec de l'eau ou du jus.

Dans cette cuisine du château, le fruit et son jus servent d'assaisonnements un peu spéciaux.

Surface craquante, mais l'intérieur garde une humidité juteuse.

Écrasé en une sorte de pâte d'umeboshi, il accompagne parfaitement les tsukune. Je compte l'ajouter au menu du *Kimusu no Shippo-tei*.

Mais ici, trop simple risquait d'être méprisé. J'ai donc grillé quatre brochettes par personne, chacune avec un assaisonnement différent.

Une : cuite dans la matière grasse lactée et l'huile de tau, mon équivalent du beurre-soja.

Une : nappée de la désormais classique sauce blanche.

La dernière, je me suis lâché en fantaisie.

Pourtant, au pays, c'est un assaisonnement assez standard.

À savoir : vin de fruit sans alcool et huile de tau, feuilles de pico, sucre, et en secret du miel de panam, pour une sauce teriyaki sucrée-salée.

Mais je n'en suis pas resté là.

J'ai nappé ces tsukune teriyaki de ma sauce tartare maison.

La sauce tartare requiert de la mayonnaise.

Or, avec œufs, vinaigre, sel et huile, la mayonnaise se fait relativement facilement.

Mélanger jaune et sel, ajouter d'abord le vinaigre, puis l'huile, fouetter sans arrêt. C'est tout.

Le truc : jusqu'au vinaigre, fouetter en incorporant de l'air.

Sans fouet, cette étape demande un peu d'effort, mais c'est un geste que je maîtrise.

Seuls les ingrédients diffèrent légèrement.

L'huile de reten est quasi identique à l'huile d'olive, le vinaigre de mamaria goûte entre le vinaigre balsamique et le vinaigre de vin.

De plus, le vinaigre de mamaria est d'un brun foncé quasi noir, ce qui a donné une mayonnaise orange foncé par fusion avec le jaune.

Mais le résultat n'était pas mal.

Malgré une légère étrangeté due à l'arôme de raisin sec du vinaigre de mamaria, c'est bel et bien le goût de la mayonnaise.

L'acidité du vinaigre de mamaria étant modérée, le goût est assez doux.

Il suffit d'ajouter œuf dur et aria crue finement hachés, d'assaisonner sel et feuilles de pico, et la sauce tartare est finie.

Manger les tsukune teriyaki enrobés de cette sauce : la riche saveur sucrée-salée est relevée par la tartare, aboutissant à un goût à la fois junk et somptueux.

« …Ça va être dur pour le test… »

Quatre saveurs pour trois personnes.

Shifon=Chel arborait l'air de quelqu'un qui retient de justesse un sourire qui déborde.

J'aurais pu faire toutes les brochettes en teriyaki-tartare.

Mais après avoir tout testé dans les temps morts depuis hier, le teriyaki ne me semblait pas surpasser les autres à ce point.

Le beurre-soja et la sauce blanche sont excellents, et les tsukune juste trempés dans la pâte de kiki séché le sont tout autant.

Au contraire, après la richesse du teriyaki, la simplicité de la pâte de kiki pourrait ressortir.

Puisque je ne peux m'enfuir, je n'ai d'autre choix que de cuisiner pour tenter de dénouer le cœur obstiné de Rifreia. Je me suis dit ça, et j'ai mis toute ma force dans chaque plat.

Pourtant, ce jour non plus, rien ne vint de Rifreia, et ma demande de dialogue ne fut pas acceptée.

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