Lorsque la famille Lavitts eut libéré la place, ce furent les familles Gaz et Ratts qui arrivèrent ensuite.
À ce stade, les salutations de tous les participants touchaient enfin à leur fin. Pourtant, je ne me laissais pas aller à la détente, bien décidé à les accueillir chacun avec le plus grand soin.
« Depuis le début du banquet, il me semble qu'un temps considérable s'est déjà écoulé ! et les autres doivent commencer à avoir mal aux fesses, non ? »
C'est le jeune chef de famille de Ratts qui lança la première réplique, d'une voix enjouée.
La parenté de Ratts comptait Auro et Mîmu, celle de Gaz Matua, pour un total de cinq clans réunis. Et pour une raison quelconque, Marfira=Naam se tenait là, toute hésitante, aux côtés de Rey=Matua.
« Hé. Marfira=Naam, tu n'as pas pu arriver à temps pour les salutations tout à l'heure ? »
« N-n-non. J-j'ai pu saluer en tout premier, alors je m'étais abstenue… »
« On m'a appelée, alors j'ai emmené Marfira=Naam avec moi ! Après ça, Asta et les autres vont être tiraillés de toutes parts, alors autant saluer tant qu'on le peut, c'est pas tous les jours qu'on en a l'occasion ! »
Rey=Matua, en tenue de fête, l'expliqua d'un grand sourire. Ces deux-là, aux caractères si opposés, formaient l'un des duos les plus proches parmi les tenanciers d'échoppes. De mon côté, je ne pouvais que trouver cela attendrissant.
« Peu importe qui accompagne qui, ça ne pose pas de problème ! D'ailleurs, nos clans à nous, Gaz et Ratts, sont déjà tout mélangés comme ça ! »
« Hum. On ne se disputait pas la priorité, alors pas de souci. »
Sur les talons du jeune chef de Ratts, le chef de Gaz ajouta sa voix. C'était un homme mûr, d'allure posée et stricte. Comme les territoires de Gaz et Ratts sont voisins, une rivalry existe entre eux ; il devait veiller à ne pas nous froisser.
« Mais c'est vraiment une belle affluence. C'est un honneur de pouvoir prendre part à un aussi beau banquet. »
La femme de Ratts, responsable de l'échoppe, nous adressa un doux sourire. Elle était plus âgée que moi et assumait depuis peu de lourdes responsabilités. Aujourd'hui encore, elle gérait l'échoppe aux côtés de Rey=Matua et de Faye=Beimu=Naam.
Non loin derrière, la femme de Gaz souriait elle aussi, portée par une montée en puissance fulgurante. Dans ce groupe, Rey=Matua et le jeune chef de Ratts attiraient l'attention par leur fougue, mais Gaz comme Ratts donnaient l'impression de clans solidement ancrés.
(Ça me rappelle qu'à l'époque où a montré pour la première fois comment saigner et découper, les hommes de Gaz et Ratts s'étaient pointés tous ensemble pour demander sa main, ça avait fait un sacré remue-ménage.)
Cela remontait déjà à trois ans. Par la suite, j'ai moi-même approfondi mes liens avec les gens de Gaz et Ratts après avoir acheté un nouveau totos, Fafa, et une charrette, ce qui m'avait donné de la mobilité.
« Tout à l'heure, le chef de Lavitts avait l'air de faire du grabuge. Il t'a encore cherché des noises ? »
À la question du chef de Gaz, répondit calmement « Non ».
« Pas du tout. Comme il doute de ma qualité de chasseuse depuis le début, il doit plutôt s'en réjouir. »
« C'est vrai ? Tant mieux. Mais le jour des noces, il pourrait au moins faire preuve de retenue. »
« Humph ! Même s'il se tenait tranquille, le chef de Lavitts resterait flippant ! Que chacun se comporte comme bon lui semble ! »
Le jeune chef de Ratts éclata de joie.
« Moi aussi, je compte me donner à fond ! Dans quelques jours, je ménagerai un jour de repos et je viendrai aider à bâtir la hutte du kamado ! »
« Hum. Mais ces derniers jours, tu t'es déjà pas mal donné. J'aimerais que tu n'en fasses pas trop. »
« J'en fais pas trop ! Si on termine la hutte du kamado, l'entraînement du kamado-ban avancera, alors c'est nous qui y gagnons, c'est même gênant ! »
Après un grand éclat de rire, le jeune chef de Ratts se pencha à nouveau vers nous.
« D'ailleurs, j'ai une proposition ! Avec tout ce bois, on pourrait construire trois ou quatre huttes de kamado et il en resterait encore ! Alors pourquoi ne pas en profiter pour bâtir la maison principale ? »
« Hum ? On vient d'entendre une idée similaire tout à l'heure… Quelle en est la raison, cette fois ? »
« Si y a une maison principale, nous aussi on pourra passer la nuit tranquille ! Pas seulement les femmes, on veut que les hommes aient aussi l'occasion d'échanger ! »
Les yeux du chef de Gaz s'aiguisèrent.
« C'est peut-être une bonne idée. Je vous demande d'y réfléchir. »
« Hé ! Toi aussi, tu envirais Rey et les gens de Sauti, hein ! »
« Pas seulement. Je réfléchissais au territoire de chasse de Fa. »
Le regard du chef de Gaz se fit encore plus sérieux.
« Après que a posé son sabre, le territoire de Fa doit être géré par la famille Fou, non ? Mais vu les prises qu'elle faisait, ce territoire doit abriter pas mal de giba. Les Fou ont déjà leur propre territoire, alors ça pourrait les dépasser. »
« Hmm. Donc le clan Gaz serait prêt à prêter main-forte ? »
« Hum. Pas seulement Gaz, beaucoup de clans devraient partager la charge du territoire de Fa. Plus il y a de clans, plus la charge diminue… et en plus, ça permet de renforcer les liens avec Fa. »
« C'est effectivement une bonne idée ! »
Le jeune chef de Ratts brilla d'enthousiasme, comme un enfant.
« Il faudra au moins quinze ans avant que les enfants d' ne grandissent ! Garder le territoire aussi longtemps, c'est pas de tout repos ! Le clan Ratts prêtera volontiers la main ! »
« Hum. Et après avoir travaillé sur le territoire de Fa, le retour chez soi prend du temps et des efforts. Une maison principale pour se reposer serait la bienvenue. »
« Ouais ouais ! Et si le kamado-ban du même clan vient les jours où le chasseur est là, ça n'augmentera pas la charge d'Asta ! Par contre, pour le dîner, j'aimerais que la famille de Fa mange avec nous ! »
La discussion avançait à vive allure, alors qu'on n'avait même pas encore bâti la hutte commune du kamado.
Pourtant, gardait un visage serein et acquiesça d'un « Hum ».
« Le territoire est déjà confié à la famille Fou, donc je ne peux pas tout décider seule… Mais je suis reconnaissante pour votre proposition. »
« Hum. Si nous seuls nous rapprochons de Fa, on risque de se faire détester par les autres clans. »
Bâdo=Fou, qui attendait en tant qu'accompagnateur, intervint d'un air réjoui.
« Si est d'accord, on en parlera aux autres clans. Mais avant ça, faut déjà bâtir la hutte du kamado. »
« Ouais ! Beimu et les siens viendront en courant ! Déjà avec Fou, Gaz et Ratts, on a assez de monde ! »
Au fil de la conversation, la joie se lisait sur le visage des femmes. À commencer par Rey=Matua, elles étaient innombrables à souhaiter des échanges avec la famille Fa. C'est pour cela qu'on portait un regard envieux sur Rey et les gens de Sauti, qui logeaient chez nous auparavant.
(À l'époque, héberger des invités représentait une petite charge, alors tout le monde se retenait. Mais s'il y a un autre endroit pour dormir, cette retenue devient inutile.)
Et tant de gens se réjouissaient de ce projet. Ce fait comblait la poitrine d' et la mienne.
De plus, Jiba-bâa et Rimi=Ruu nous regardaient avec bienveillance.
Elles devaient se réjouir que la famille Fa soit aimée de tant de clans. Plus l'attachement pour était fort, plus la joie devait être grande.
« Bon, les détails, on verra plus tard ! Aujourd'hui, pas de prise de tête, on savoure la joie des noces ! »
C'est l'instigateur du tumulte, le jeune chef de Ratts, qui le proclama avant de pivoter sur ses talons. Marfira=Naam, qui n'avait presque pas eu l'occasion de parler, s'agitait ; je lui adressai un sourire.
« Merci Marfira=Naam d'être venue malgré le travail. Si tu as du temps plus tard, on se revoit. »
« O-o-oui. E-excusez-moi. »
Marfira=Naam sourit béatement et se retira avec Rey=Matua.
À leur place arrivèrent quatre clans : Beimu, Dagora, Dai et Rên.
« Excusez-nous. Nous aussi, on voudrait vous saluer. »
Le chef de Beimu, au visage carré rappelant un crabe heiké, s'inclina solennellement. Chaque clan était représenté par un couple, soit seize personnes au total.
Comme Faye=Beimu=Naam avait épousé un Naam, le clan Beimu n'avait plus personne d'impliqué dans l'échoppe à l'heure actuelle. Seuls le couple chef du clan principal et un jeune couple de la branche étaient présents, des visages que je connaissais peu hormis le chef. Quant aux trois autres clans, un seul membre de chacun participait à l'échoppe ; les places restantes étaient occupées par les couples chefs.
« À recevoir les salutations d'autant de monde, vous devez être épuisés. On va partir tout de suite, alors ne vous en faites pas. »
« Non, pas du tout. et moi sommes comblés de joie, alors parlez sans retenue. »
L'éloignement est une occasion de plus de tisser des liens. Surtout Dai et Rên, qui participent à l'échoppe et aux sessions d'étude du côté des Ruu, c'était pour moi une rare opportunité d'échange.
« Fe-fe-félicitations. Nous, clans sans grands liens, nous sommes honorés d'avoir été conviés à quatre chacun. »
Le chef de Dai, très courbé, baissa la tête. Je lui rendis son sourire par un « Pas de quoi ».
« Aujourd'hui, je n'ai rien fait du tout. Je n'ai que de la gratitude pour ceux qui ont défriché la place et préparé le banquet.… Diiru=Dai, ça fait longtemps. »
« H-h-houi. Vous vous souvenez même d'un type comme moi… »
Diiru=Dai esquissa un sourire raide. C'était lui qui, jadis, avait eu l'audace de demander en mariage à la fois Vina=Ruu=Ririn et Yamil=Rei. Mais c'était bien avant mon arrivée à Moribe, donc aucune raison de m'en formaliser.
Ce qui m'avait marqué chez lui, c'était sa participation à l'expédition de représailles contre une faction de la secte du dieu maudit. Aux côtés de Gazlan=Rutim, Rai'erufamu=Sudra, Digdo=Ruu=Shin et l'aîné de Lavitts, il avait lui aussi manié le sabre en terre étrangère. Grâce au rapport minutieux de Gazlan=Rutim, je connaissais à peu près ses faits d'armes.
« Ah, le chef de la branche de Dai. Ça fait un bail. »
Rai'erufamu=Sudra semblait s'en souvenir à son tour et lui lança ces mots. À côté, Gazlan=Rutim souriait paisiblement. L'occasion de tisser des liens avec les hommes de Dai ne m'avait pas été réservée à moi seul.
« Sh-sh-shitsurei shimasu. Nous avons apporté des gâteaux. »
Sur ces mots, les femmes du clan Zaza, menées par Tour=Din, arrivèrent.
Rimi=Ruu poussa un « Wa-i ! » de joie, et les chiots, entraînés, se mirent à aboyer « Kyan kyan ». Tour=Din en resta coi.
« Les gens de la famille Fa sont aussi là. C'est Asta qui les a appelés ? »
« Non, c'est Dan=Rutim qui les a emmenés. C'est dommage pour Gilulu et Sati qui ont l'air endormis, mais on est reconnaissants. »
Quand je posai la main sur la tête de Jirube à mes pieds, un joyeux « Wafu ! » retentit. Tour=Din en éclata de sourire.
« Jirube et les autres ont l'air contents.… Ah, si vous voulez, servez-vous tous. »
Aux mots de Tour=Din, le chef de Beimu grimça.
« … On part tout de suite, alors pas la peine de se faire du souci. »
« Il en reste assez même après en avoir donné aux accompagnateurs, alors pas de retenue. »
C'est Sphila=Zaza, juste derrière Tour=Din, qui répondit ainsi. Devant la fille du chef de clan, le chef de Beimu ne put rien ajouter.
D'ailleurs, le chef de Beimu avait un faible pour le sucré. Son envie de gâteaux devait être forte, d'où son hésitation à refuser. Moi, je souhaitais qu'ils partagent cette joie sans se gêner.
« Allez, des gâteaux ! Ça a l'air bon ! »
« Un… c'est bien aimable… »
Rimi=Ruu et Jiba-bâa, installées sur le tapis, rayonnaient elles aussi. Aujourd'hui, Rimi=Ruu avait aidé en cuisine, donc ces gâteaux étaient une attention du clan Zaza.
C'étaient de petits gâteaux ronds et dodus.
D'aspect moelleux, parfaitement sphériques. Pour garder cette forme à la cuisson, ils avaient dû utiliser à fond les moules à boules achetés à Diaru.
« Aujourd'hui, on a emprunté tous les moules à boules du village. Le goût change selon la couleur de la pâte, alors goûtez-y. »
« Ouais. Ça a l'air bon. Je m'en régale. »
et moi prîmes chacun un gâteau sur l'assiette en bois. Le mien était d'un rose pâle, celui d' d'un jaune pâle.
Le rose pâle, comme prévu, était à l'arou, ce fruit ressemblant à une framboise. La pâte en contenait du jus, et à l'intérieur était enfermé un chocolat d'arou type chocolat à la fraise.
Apparemment fraîchement faits, ils étaient encore tièdes.
Le goût du chocolat d'arou ne me surprenait plus, mais la texture de la pâte était remarquable. Plus légère qu'un biscuit éponge, et pourtant dotée d'un moelleux élastique. Une sensation en bouche que je découvrais.
« C'est une texture étrange. Tu as utilisé du giigo, par hasard ? »
« Oui. J'ai ajouté beaucoup de blanc d'œuf et de giigo dans la farine de fuwano, et j'ai mélangé longuement. La cuisson au moule à boules était un peu délicate, mais j'ai réussi à leur donner forme. »
À Tour=Din qui se tortillait, j'adressai mon plus grand sourire.
« C'est délicieux. Tu es vraiment douée, Tour=Din. »
« N-non, pas du tout. Mais si Asta est content, je suis heureuse. »
Tour=Din sourit, comblée. Mais moi, j'étais impressionné au-delà des mots. Elle n'avait pas seulement inventé un gâteau exceptionnel ; en si peu de temps, elle en avait transmis la maîtrise aux autres kamado-ban. Même moi, novice en pâtisserie, imaginais aisément la difficulté de les cuire dans un moule à boules.
(Bien sûr, ça prouve aussi que le clan Zaza a progressé… mais c'est Tour=Din qui les a formés. Elle est vraiment incroyable.)
Rimi=Ruu s'écria « Oishi- ! » de bonheur.
De son côté, le chef de Beimu avait l'air d'avoir avalé une pierre.
« C'est… ça, c'est quoi… »
« Oui. C'est la première fois que je mange un gâteau aussi bon. On dirait un goût de rêve. »
Sa compagne, d'un naturel doux, exprimait la joie pour deux. Rai'erufamu=Sudra, lui, souffla un « Hou » admiratif.
« C'est effectivement un beau gâteau.… Un enfant de deux ans pourrait le manger ? »
« H-h-oui. Aucun ingrédient problématique pour les petits. À l'heure qu'il est, ils en ont déjà reçu. »
« C'est bien. Merci d'avoir offert cette joie à mes enfants. »
Rai'erufamu=Sudra rit aux éclats, et Tour=Din, toute confuse, rougit. Pourtant, ils devaient souvent se croiser, mais je ne me rappelais pas les avoir vus beaucoup discuter.
(Mais oui. Comme la fête des moissons approche, ils n'ont dû se voir qu'au banquet de la ville-château. Au banquet, Tour=Din est tout le temps avec Zei=Din et les frères et sœurs Zaza pour s'occuper des Odifia, donc peu d'échanges avec les autres compatriotes. Étrange, alors qu'ils sont proches et habitent pas loin.)
À la base, les occasions d'échanger avec le sexe opposé d'un autre clan sont quasi inexistantes. Depuis qu'on va plus souvent en ville, les opportunités ont un peu augmenté, c'est tout.
Le bon sens de Moribe change encore à chaque instant.
Pourtant, si même Tour=Din et Rai'erufamu=Sudra en sont encore à ce stade d'échange… je ne peux qu'espérer que naissent davantage de lieux de rencontre.
« C'est vraiment un gâteau splendide.… Pensez-vous que le clan Dai pourrait le reproduire ? »
À la question timide de Diiru=Dai, Tour=Din se redressa d'un « Oui ». Eux non plus ne se connaissaient presque pas.
« Il faut un peu d'entraînement, mais n'importe qui peut y arriver. Il faut juste un moule à boules… »
« Tamayaki-ki ? » Diiru=Dai pencha la tête, et la femme de Dai qui aide à l'échoppe lui chuchota quelque chose à l'oreille.
« Ah, le clan Dai n'a pas cet ustensile. C'est dommage. »
Diiru=Dai baissa les épaules, et Tour=Din s'empressa d'expliquer, toute agitée.
« Da-dans ce cas, on peut les cuire à plat dans une poêle ou sur une plaque en fer, les rouler en tube et y fourrer la garniture. La texture change, mais ce sera une autre délicatesse. »
« Vraiment ? Moi, je comprends pas bien… »
« La recette de la pâte sera transmise aux Ruu sous peu, alors si vous voulez, demandez une initiation à la session d'étude. »
« Oui ! Rimi aussi, elle veut faire ce gâteau ! On fera de notre mieux ensemble ! »
Sous le sourire solaire de Rimi=Ruu, la femme de Dai rendit un sourire timide. Eux aussi, par l'échoppe et les sessions d'étude, resserraient peu à peu leurs liens.
« … Le clan Beimu a moins souvent l'occasion de demander des initiations à Asta=Fa. On attend avec impatience le jour où la nouvelle hutte du kamado sera finie. »
Le visage resté sévère, le chef de Beimu lâcha cela. La famille Fa tient des sessions d'étude tous les trois jours, mais les participants principaux restent les tenanciers de l'échoppe. Les femmes de Beimu participent aux préparatifs, donc leurs bases ne faiblissent pas, mais pour les nouveaux plats, l'apprentissage accuse sans doute un retard.
« Moi aussi, j'attends ce jour avec impatience. D'autres projets vont sans doute émerger, on en reparlera à ce moment-là. »
Le clan Beimu se proposera sûrement pour garder le territoire de Fa. Une idée si belle, née de la proposition du chef de Gaz, me donnait envie de le remercier à nouveau.
Après avoir partagé les gâteaux, les clans Beimu et Dai prirent congé.
Vinrent enfin les quatre dernières personnes : les gens de la famille Sun.
« , Asta=Fa. Nous offrons nos plus sincères bénédictions pour vos noces. »
Le chef du clan principal, père de Kurua=Sun, s'inclina solennellement.
Les trois autres étaient Kurua=Sun et un jeune couple de la branche. répondit magnanime d'un « Hum ».
« La famille Sun a attendu jusqu'au bout. Quoi qu'il en soit, merci pour vos bénédictions. »
« Hum. Selon le protocole de Moribe, c'est la plus petite famille qui doit se montrer réservée. »
La famille Sun n'est pas si peu nombreuse, mais n'ayant pas de parenté affiliée, son nombre de clans est le plus faible après celui de Fa. Sans doute se tenaient-elles coites à cause de la grande faute passée.
Pourtant, leurs visages brillaient autant que ceux des autres clans. Kurua=Sun, en tenue de fête, nous sourit tendrement et s'inclina.
« Asta=Fa, , félicitations. Je suis sincèrement heureuse de pouvoir assister à vos noces. »
« Ouais, merci. Kurua=Sun, t'as bossé dur.… En fait, aujourd'hui, Arishuna et Chiru sont aussi venues sur la place. »
« Oui. Je viens de l'apprendre de Rey=Matua. Arishuna n'arrive toujours pas à surmonter sa gêne. »
Aujourd'hui, Kurua=Sun n'était pas descendue à la ville-relais ; elle gérait la préparation du banquet chez les Fou. Si on avait su qu'Arishuna viendrait, on aurait voulu l'intégrer à l'équipe de l'échoppe.
« Si Arishuna y était, j'aurais dû aller en ville. J'ai raté l'occasion de la remercier pour d'habitude. »
Le chef de Sun parlait ainsi.
Arishuna n'enseigne pas seulement à Kurua=Sun le contrôle de son pouvoir de lecture des étoiles ; elle a aussi participé jadis à l'expédition contre la secte du dieu maudit. De plus, l'aîné de Kurua=Sun en faisait partie ; pour leur père, le chef, Arishuna est un lien tout particulier.
« Arishuna, je l'ai déjà vue à l'autre banquet il y a deux jours, et comme sa santé est fragile, les longs déplacements lui sont difficiles. Sa venue aujourd'hui nous a surpris. »
« C'est vrai. Nous aussi, on s'est abstenus d'aller en ville pour ne pas gêner les citadins. »
Aux mots du chef de Sun, acquiesça d'un « Hum ».
« Pas mal de compatriotes ont dû penser pareil et se retenir. Les gens de la ville nous ont accommodés, c'est bien aimable. »
« Nous, on a la chance d'assister aux noces. Les citadins qui portent Asta=Fa en haute estime ne manquent pas, alors c'est normal de faire attention. »
Le chef de Sun répondit au sourire apaisé d'. Celui qui a repris le poste de chef de clan principal des Sun des mains du grand criminel Zuro=Sun avait, en trois ans, acquis une véritable prestance.
Il y a à peine trois ans, tous avaient des yeux de poisson mort et subissaient la tyrannie de Zatz=Sun. Comme les anciens du clan principal Sun, comme Tour=Din et les siens, eux aussi avaient surmonté de grandes épreuves pour retrouver leur vie légitime de gens de Moribe.
« Et puis, à Moribe, tous les clans doivent porter de la reconnaissance à la famille Fa… mais nous, on pense porter un sentiment encore plus fort. »
« Oui. Nous, qui avons commis un grand crime, pouvoir vivre sainement, c'est grâce à la famille Fa. »
La jeune femme de la branche le dit avec gravité, et l'apaisa d'un sourire.
« Je radote, mais c'est l'ensemble des chefs de clan qui a décidé de la peine des Sun. Pas la peine de porter une reconnaissance spéciale à la famille Fa. »
« Non. C'est la famille Fa qui a dévoilé le crime des Sun. Sans ça, nous aurions encore perdu le sens de vivre. »
« Alors c'est mon mérite, pas celui d'. »
me lança un regard malicieux. Je reçus ce regard charmeur avec un sourire.
« Si on dit ça, c'est qui m'a ramassé, et c'est Dan=Rutim et Rudo=Ruu qui m'ont sauvé au village des Sun. Et j'ai été convié au conseil des chefs grâce à la fortune que l'échoppe a rapportée, donc c'est aussi grâce à Kamyua qui a proposé l'échoppe, à Mirano=Masu qui l'a prêtée, à Donda=Ruu qui a prêté de la main-d'œuvre, à Gazlan=Rutim qui a conseillé. »
« Hou. Tu étends le cercle large. »
« Ouais. Donc au final, c'est grâce à la force et aux sentiments de plein de gens qu'on en est là. Moi et , on n'est qu'un maillon parmi d'autres. »
Alors, Kurua=Sun prit la parole d'une voix calme.
« C'est sans doute là la loi du monde des hommes. De petites lueurs d'étoiles se rassemblent pour dessiner une vaste carte du ciel. Si une seule étoile manque, la même carte ne naît pas. »
pencha la tête, intriguée, et le chef de Sun compléta d'un sourire posé.
« C'est l'effet de ses leçons chez Arishuna, Kurua en vient à parler ainsi. En tant que chef, je lui dis de s'exprimer en termes dignes des gens de Moribe. S'il y a un problème, j'en assume la responsabilité, alors n'hésitez pas à le signaler. »
« Non. Pas de plainte. Nous n'évitons pas la lecture des étoiles, nous devons la comprendre correctement et garder une distance appropriée. »
Sur ces mots, esquissa un doux sourire.
« Du coup, Kurua=Sun, ton cœur n'est pas encore apaisé ? »
Cela visait le voile irisé de sa tenue de fête, baissé jusqu'aux yeux.
Voilant ses yeux gris-argent d'une brume mystique, Kurua=Sun acquiesça d'un « Oui ».
« Mais sûrement seulement jusqu'à cette nuit. Ces derniers jours, la carte du ciel a basculé, et j'en ai ressenti un contrecoup non négligeable… Mais grâce à l'union d' et d'Asta=Fa, tout doit converger vers l'apaisement. »
« Hou. On dirait que tout ce remue-ménage n'a eu lieu que pour nos noces. »
« Du point de vue de l'astrologue, c'est probablement le cas. Que les gens de la capitale aient essayé d'engager Asta, que Gadel ait visé la vie d'Asta=Fa, que tant de gens aient cherché à protéger Asta=Fa… tout cela était pour cette nuit. »
Kurua=Sun sourit avec innocence.
« Mais j'apprends la lecture des étoiles seulement pour contrôler mon pouvoir, je ne suis pas astrologue. Alors je n'utiliserai pas le mot destin, je célèbre simplement de tout cœur que les efforts de vous deux aient amené le meilleur résultat. »
« Hum. Entendre ça me remplit de gratitude. »
Après ces mots, prononça une phrase inattendue.
« Alors, Kurua=Sun, veux-tu vérifier la nouvelle étoile d'Asta ? »
Kurua=Sun tressaillit d'un « Eh ? ».
« P-pourquoi ? pense qu'il faut garder ses distances avec la technique de lecture des étoiles, non ? »
« Pas pour lire le destin d'Asta, juste pour constater l'existence de l'étoile. Quand Chiru a confirmé l'étoile d'Asta, il avait l'air si heureux. »
D'un visage débordant de tendresse, continua.
« La joie d'Asta est ma joie. Si ça ne te dérange pas, je t'en prie. »
« … Compris. »
Kurua=Sun, qui souriait innocemment, adopta une expression sereine et porta la main à son voile.
Ses yeux gris-argent se posèrent sur moi — et aussitôt, de grosses larmes y perlaient.
« … Oui. Effectivement, une étoile existe. Une toute petite, une étoile nouvelle-née… la griffe du loup jaune. »
« Hum. Kurua=Sun verse, elle aussi, des larmes de joie. »
« Oui… Je n'ai jamais pu le dire jusqu'ici… mais le "noir abîme du peuple sans étoile" n'était que le vide lui-même. L'obscurité faisait ressortir les étoiles alentours, mais l'obscurité n'était qu'une obscurité creuse… une existence solitaire, incapable de jamais se mêler aux étoiles. »
Larmes roulant sur ses joues lisses, Kurua=Sun souriait comme un enfant.
« Mais Asta=Fa a reçu une nouvelle étoile, et s'entrelace profondément avec tant d'étoiles… Le fait qu'Asta=Fa ait été libéré de l'absolue solitude me remplit d'une joie indicible. »
Sans un mot, se tourna vers moi.
Je lui rendis un sourire du fond du cœur.
« Ces trois ans, j'ai été heureux du fond du cœur. Je n'ai jamais ressenti la solitude. Pas une fois. Entouré de tant de gens, aucune raison d'en ressentir. »
C'était ma vérité pure, sans fard.
« Mais depuis que j'ai connu la vérité sur le "peuple sans étoile", j'ai l'impression d'avoir été vraiment libéré. J'étais déjà heureux, mais maintenant je le suis encore plus. Kurua=Sun et Arishuna doivent s'en réjouir. »
« … C'est vrai », murmurai-je, et posa doucement sa main sur la mienne.
Mon cœur fit un bond, mais nous, qui avions contracté les noces, avions désormais le droit de nous toucher en public. Pourtant, l'emballement de ma poitrine ne voulait pas s'arrêter.
« Alors, il faut qu'on remercie Arishuna à nouveau. Et adresser nos remerciements à Kurua=Sun. »
« Non… C'est moi qui vous suis reconnaissante d'avoir pu ressentir un tel bonheur. »
Gardant le même sourire, Kurua=Sun cacha son visage mouillé de larmes derrière son voile.
Les autres membres des Sun et les accompagnateurs nous observaient en silence. Pour moi, c'était exactement la sensation d'être entouré d'innombrables étoiles.