Le lendemain, le vingtième jour de la Lune bleue, le jour du mariage de Rau=Rei et Yamil=Rei était enfin arrivé.
Je me réveillai en pleine forme, sans avoir été assailli par un cauchemar, et ce jour-là encore, je dus me mettre au travail dès le matin.
Cela dit, ma propre charge de travail n'avait pas changé. Le surcroît ne pouvait être confié qu'aux effectifs supplémentaires. Ma tâche à moi consistait seulement à fixer le menu et à organiser les opérations, et ces soucis-là avaient été réglés la veille.
Le seul réconfort, c'était que les échoppes de la ville-château, qui fonctionnent un jour sur deux, étaient fermées ce jour-là. Puisque la famille Ruu cessait toute activité commerciale, il fallait combler le manque dans la mesure du possible. La famille Ruu tient à elle seule trois échoppes, et les remplacer n'était pas une mince affaire.
Bon, en temps normal, il n'aurait pas fallu se démener à ce point, mais aujourd'hui, c'est la fête pour le mariage de la famille Rei. Officiellement, il ne s'agissait que de déplacer le commerce de la grand-rue vers la place, mais ne pouvoir préparer qu'une quantité un peu plus modeste qu'à l'accoutumée pour une célébration, c'était trop triste.
C'est là que Tour=Din s'est illustrée.
Elle proposa rien moins que de préparer environ le double de sa quantité habituelle de pâtisseries, pour combler le trou d'une échoppe.
Qui plus est, vendre les mêmes pâtisseries sur deux échoppes aurait été décevant, alors elle prit la peine d'en préparer de sortes différentes. Littéralement, elle assuma le double du travail habituel.
« M-mais cela aussi, c'est grâce à l'entraide entre parents de sang… C'est grâce à Sfirra=Zaza, qui a obtenu l'aval du chef de clan Graf=Zaza. »
Tour=Din le disait en ces termes, mais c'est elle-même qui dirige la réalisation. Quoi qu'on en dise, c'est bien Tour=Din qui, parmi les parents de sang des Zaza, porte le fardeau le plus lourd.
(Tour=Din doit avoir des sentiments très forts pour Yamil=Rei. C'est sûrement pour ça qu'elle s'est surpassée comme ça.)
Grâce à Tour=Din, nous pûmes préparer aujourd'hui une marchandise d'une qualité et d'une quantité inchangées par rapport à d'habitude.
La famille Fa réalisa l'équivalent de deux échoppes, la famille Din celui d'une échoppe, ce qui porta à huit le nombre d'échoppes exploitables. La famille Fa passant de quatre à six échoppes, elle prenait exactement cinquante pour cent de travail en plus.
« C'est sûrement grâce à l'expérience du commerce en ville-château, je pense. »
Pendant la mise en place matinale, je confiai cela à Yun=Sudra.
« L'expérience du commerce en ville-château… Vous voulez dire pour la mise en place ? Après tout, on a pu confier le travail directement aux personnes qui s'occupent d'habitude de la mise en place pour la ville-château. »
« Ouais. Et aussi la sécurisation des lieux. Même en réunissant du personnel, avec le seul fournil de la famille Fa, on n'aurait pas pu faire face. »
Déjà, dans une situation similaire, j'avais fini par louer le fournil de la famille Ratts. Cette fois encore, avec la même efficacité, nous pûmes avancer simultanément la mise en place pour six échoppes sur deux sites.
Et au fournil de la famille Fou, on demandait comme d'habitude la mise en place pour la partie Turan. Les responsables du jour étaient les femmes d'Auro et Dagora. Elles avaient dit qu'une fois le commerce à Turan terminé, elles accourraient sur la place.
Une fois la mise en place achevée sans encombre, ce fut le départ pour le village des Ratts, pas celui des Ruu. Là-bas nous attendaient non seulement les gardiens du feu qui avaient pris en charge la mise en place, mais aussi le jeune chef de famille des Ratts.
« Je t'attendais, ! Après avoir livré les chargements, on peut emprunter les charrettes, n'est-ce pas ? »
« Oui. Jusqu'au troisième koku de l'après-midi, elles sont à vous. Nous, on reste sur la place jusqu'à cette heure. »
« C'est entendu ! Alors, je ferai accompagner les charrettes par des hommes pour les ramener ! »
Aujourd'hui, de nombreux parents des Ratts comptaient assister à la fête du mariage. Pourtant le nombre de charrettes étant limité, un transport en va-et-vient style fête de la Résurrection fut mis en œuvre.
« Bon, on y va. À tout à l'heure. »
« Ouais ! Y'a pas de danger, mais ne vous relâchez pas ! »
Sous le regard bienveillant du chef des Ratts qui riait aux éclats, nous reprîmes la route.
Aujourd'hui, les tours d'échoppe sont presque tous mobilisés. Non seulement il faut tenir huit échoppes, mais comme la place n'a pas de salle à manger, la récupération de la vaisselle est difficile, donc il a fallu renforcer les effectifs aussi de ce côté.
Mais en fin de compte, aucun clan ne fit entendre de plainte. Comme on l'avait dit en conseil des chefs de famille, les femmes de service souhaitent même augmenter leurs jours de travail. Et puis, beaucoup doivent vouloir voir de leurs propres yeux Yamil=Rei, leur camarade de travail, en tenue de mariée.
« Seuls les gens des familles Fa et Dom sont invités au banquet du soir ! Mais comme ça, on n'a pas à envier et les siens ! »
Rei=Matua aussi, les joues rougies par l'attente, le disait en ces termes.
Cette fois, seulement moi, et les gens de Dom étions spécialement invités.
Pour Dom, on a pris une mesure exceptionnelle en raison de leur lien de parenté avec les Rutim, et parce que Diga=Dom et Dodd étaient autrefois de la famille de Yamil=Rei. Quant à moi et , c'est Rau=Rei qui a persuadé Donda=Ruu de toute sa ferveur. Pour moi, c'était une aubaine inespérée.
Une fois arrivés à la ville-relais, seules les huit personnes chargées des échoppes descendirent, le reste fila directement vers la « place d'Eila ». Comme la donne changeait aujourd'hui, Tour=Din et moi, en tant que responsables, rejoignîmes le groupe de tête.
Sur la grand-rue, voir les gens de Moribe défiler en file est chose quotidienne, mais dès qu'on s'engage dans une rue transversale, on attire aussitôt les regards curieux. Qu'une troupe de Moribe quitte la grand-rue pour errer dans les ruelles de la ville-relais, ce n'est pas si fréquent. Lors du mariage de Yumi=Ran et les siens, nous avions aussi marché vers la place sous tous les regards.
« Ah, c'est aujourd'hui qu'on installe les échoppes sur la place, hein ? L'histoire du mariage, j'y comprends pas grand-chose, mais moi aussi j'irai jeter un œil plus tard. »
Un habitué croisé dans la rue nous l'annonça avec un sourire. Ces gens-là, en voyant Yamil=Rei en tenue de mariée sur la place, seront sans doute frappés de stupeur.
« Yamil=Rei travaille à l'échoppe depuis longtemps, après tout. Et elle est si belle que tout le monde doit se souvenir d'elle. »
« C'est sûr ! Après tout, elle travaille depuis avant nous ! »
Depuis la charrette tirée par Giruru que je menais, les voix enjouées des femmes de Meme et de Rei=Matua parvenaient à mes oreilles. Elles avaient rejoint le service à l'échoppe dès la première saison des pluies, mais Yamil=Rei les devançait d'un bon demi-an.
(Yamil=Rei a commencé à aider juste après la fin du trouble lié à la famille comtale Turan. Comme c'était en même temps que Tour=Din, c'est bien une vétéran parmi les vétérans.)
Pourtant, maintenant qu'elle se marie, on ne sait pas quand elle partira. Les vétéranes encore plus anciennes, Vina=Ruu=Ririn, Rii=Sudra, Ama=Min=Rutim, ont elles aussi dû partir parce qu'elles étaient enceintes. Fey=Beimu=Naam continue de travailler vaillamment depuis son mariage il y a six mois, mais c'est un don du ciel, impossible de prévoir quand viendra le jour de son départ.
(Le service à l'échoppe se renouvelle comme ça, petit à petit. Dans cinq ans, la plupart auront changé… Dans dix ans, ce sera peut-être un renouvellement total.)
Et moi, le seul homme, je serai peut-être encore là, têtu, à survivre.
Ou alors j'aurai cédé la place de responsable pour tenir des ateliers en catimini à Moribe… Quoi qu'il en soit, pouvoir rester gardien du feu de Moribe, pour moi, c'est un avenir heureux.
« Ah, vous voilà. Je pensais pas revoir un tel tumulte depuis l'autre fois. »
En arrivant sur la « place d'Eila », le chef de la garde Mars nous attendait à l'entrée, comme la dernière fois. Lors de la fête pour le mariage de Yumi=Ran, il nous avait aussi interpellés.
Mais aujourd'hui, contrairement à l'autre fois, aucune restriction d'entrée n'était imposée. L'autre jour, c'était officiellement une fête de mariage, mais aujourd'hui, ce n'est qu'une ouverture spéciale des échoppes. Bien sûr, les deux mariés de la famille Rei sont autorisés à montrer leurs tenues, mais il n'y a aucune raison de réguler les badauds qui viennent sur la place.
« Pareil que la fois dernière : vous rangez les charrettes aux endroits prévus et vous ouvrez les échoppes. Si ça devient trop chaotique, j'interviendrai sans ménagement. »
« Bien noté. J'aurais aimé vous inviter comme client, Mars, c'est dommage. »
« Taisez-vous. Je mets un guide à votre disposition, alors dépêchez-vous d'avancer. »
Sous la grimace boudeuse de Mars, nous reprîmes la marche.
Guidés par le garde, nous stationnâmes les charrettes dans un coin de la place. L'esplanade, qui peut accueillir plusieurs centaines de personnes, n'était pas très encombrée.
(Bien sûr, Rau=Rei et les siens n'arriveront qu'autour du zénith.)
Cette info a été diffusée dans la mesure du possible aux clients habitués. Il reste encore un koku et demi avant le zénith, donc ceux qui veulent voir les deux mariés viendront sans doute juste avant et juste après.
Quand l'équipe des échoppes arriva, les préparatifs commencèrent en silence.
Une fois le déchargement fini, la plupart des charrettes furent ramenées par les hommes des Ratts. Non seulement les parents des Ratts, mais des gens de divers clans utilisent ces charrettes pour venir ici. Rien que ça, la « place d'Eila » allait connaître une animation inhabituelle.
« , bon travail. »
Alors que je m'occupais des préparatifs, trois visages connus s'approchèrent. Le trio de cuisiniers : Pratica, Nicola et Karls.
« Bonjour, bon travail. Vous êtes arrivés bien tôt. »
« Oui. Pour éviter la foule. Pour bénir les deux de la famille Rei sans arrière-pensée, nous avons fini de goûter la cuisine à l'avance. »
D'un visage tendu comme toujours, Pratica l'annonça. Nicola arborait sa mine renfrognée habituelle, et Karls avait l'air inquiet, les yeux fuyants. Pour tous, c'étaient les retrouvailles depuis le banquet d'adieu de la délégation.
Lors du mariage de Yumi=Ran, Selphoma et Katz avaient été guidées par Pratica. Elles doivent être en ce moment sur le chemin du retour, ballotées dans leur charrette à toto. Je priai à nouveau pour qu'elles rentrent saines et sauves.
« Au final, aujourd'hui, on tient le commerce avec huit échoppes. Deux sont des échoppes à pâtisseries de Tour=Din, et il y a aussi l'échoppe de la "Queue de Kimusu". »
« Compris. Alors, on répartit comme d'habitude. »
Au moment où Pratica répondait, un autre groupe déboula. En tête, Ben et Cargo, les jeunes de la ville-relais.
« Yo, ! On a fini par se rassembler super tôt ! »
« Ouais. Grâce à ça, j'ai pu revoir Ruia. »
À côté de Cargo, Ruia souriait timidement. Sa venue m'avait surpris.
« Salut. Je savais pas que Ruia viendrait. Vous aviez tant d'échanges que ça avec Yamil=Rei ? »
« N-non, pas du tout… Le seigneur Polaas m'a accordé un congé spécial. Il a dit que puisque de vieux amis se réunissaient, je ferais bien de montrer mon visage… »
« Oui. C'est pour ça qu'on l'a emmenée avec nous. »
Nicola, toujours impassible, compléta. Elles travaillent toutes les deux pour la famille comtale Doreimu. Polaas a eu la gentillesse de leur accorder un congé à toutes les deux.
Bon, pour Nicola, la formation culinaire faisant partie de son travail, ce n'est peut-être pas tout à fait un congé. Quoi qu'il en soit, on entrevoit la magnanimité de Polaas.
« Rau=Rei a forcé le passage pour nous ! Aujourd'hui, on va le fêter à fond ! »
« Ouais. Juste assez pour ne pas se faire coffrer par les gardes. »
Ben et les siens, proches de Rau=Rei, étaient en liesse. Petit à petit, les gens qui erraient sur la place commencèrent à se rassembler vers nous.
L'ouverture des échoppes de Moribe sur cette place a dû être annoncée officiellement. Parmi les visages d'habitués, on voyait aussi des gens qu'on ne connaissait pas. Peut-être des gens qui n'ont pas l'occasion d'aller jusqu'à la grand-rue et qui ont saisi l'aubaine.
(Ca veut dire qu'on n'a pas à s'inquiéter des invendus ? Tant mieux.)
Les jeunes proches de Rau=Rei sont une dizaine. Le reste, ce sont des clients sans lien avec le mariage. Pour ceux qui travaillent le long de la grand-rue, venir jusqu'ici demande déjà un effort certain, donc on ne sait pas trop sur quel volume de clientèle on peut compter.
« … , je vous le dis au cas où. »
Au milieu du vacarme de Ben et les siens, Pratica passa la tête à l'intérieur de l'échoppe. Ses yeux violets, déjà perçants, brillaient d'une lueur sérieuse.
« Tout à l'heure, Gadel est parti. Trois surveillants l'accompagnent. Tous trois sont des épéistes de renom, à ce qu'on m'a dit. »
« … Je vois. Melfried et les siens surveillent donc bien les mouvements de Gadel. »
« Oui. Risque d'emballement, danger. Prudence nécessaire. »
Cela dit, Gadel n'a toujours pas guéri de sa grave blessure à l'épaule gauche. Lui adjoindre trois surveillants montre à quel point Melfried et les siens sont prudents.
(Bon, s'il créait un incident avec le nouveau diplomate, ce serait un scandale. Qu'il se repose tranquillement… Pendant ce temps, je renforcerai mes liens avec le nouveau diplomate.)
Grâce à , j'ai pu reprendre le moral et me lancer dans les préparatifs sans me laisser abattre.
Au bout d'un demi-koku, les préparatifs étaient terminés. Je décidai de faire le tour des autres échoppes plus soigneusement que d'habitude, à pied.
Les responsables des six échoppes étaient : Yun=Sudra, Marufira=Naam, Fey=Beimu=Naam, Ratts, Gaz, et les femmes de Meme. Côté pâtisseries : Tour=Din et la vétérane Ridd. Chacune avec un binôme, une équipe vraiment impressionnante.
Et pour la récupération et le lavage de la vaisselle, nous avions prévu sept personnes, sous la responsabilité de Rei=Matua. Les femmes de Dom et Jin, au tempérament imposant, sont aussi dans cette équipe, alors je comptais sur le caractère intrépide de Rei=Matua.
« On va bientôt ouvrir. Ça va de votre côté ? »
« Oui ! Au début, on met quatre personnes sur la récupération de la vaisselle, et on voit comment ça se passe ! Si l'affluence est à peu près la même que pour Yumi=Ran, ça devrait aller ! »
« Compris. Si y a un souci, appelle tout de suite. Même si on a l'air occupés ici, ne te retiens pas. »
« Oui ! Toutes les deux, on va tout donner ! »
Je rendis son sourire à la rassurante Rei=Matua, puis je me dirigeai vers l'échoppe de la « Queue de Kimusu ».
Là-bas, les vieux amis de Ben étaient réunis. En m'approchant, Rebi me tourna un visage à demi souriant.
« Yo. Y'a eu un empêchement imprévu, mais de notre côté aussi les préparatifs sont prêts. »
« C'est quoi, l'empêchement ! Toi qui t'es fait adopter par une auberge, tu sais pas traiter les clients ! »
Ben et les siens riaient de bon cœur. Je leur rendis leur sourire et retournai à mon échoppe. Ma partenaire du jour est une femme de la branche Naam qui alterne avec Fey=Beimu=Naam pour les tours espacés.
« Bon, on ouvre. Pas la peine de se presser, fais comme d'habitude, tranquillement. »
La femme de Naam fit « H-hai » en hochant la tête, le visage crispé. Les femmes de la famille Lavits sont globalement de nature réservée. La seule exception, c'est Riri=Lavits, et celle-ci aussi a l'air bien délicate.
Mais elle a quand même une certaine expérience. Même aux tours espacés, elle participe presque toujours à la mise en place, et ses compétences de gardienne du feu sont irréprochables. Même pour un jour spécial comme aujourd'hui, je pouvais lui confier le rôle de partenaire l'esprit tranquille.
« On vous a fait attendre. Alors, on ouvre le commerce. »
Ceux qui attendaient devant notre échoppe étaient Pratica et son groupe. Quand je leur tendis les plats, les badauds qui regardaient de loin s'approchèrent en groupe.
Le plat du jour dont je m'occupe aujourd'hui, c'est le « Giba poêlé-frit ».
À part ça, la gamme habituelle : « Curry de Giba », « Giba-man », « Œuf roulé au Giba », plus deux ajouts : « Soupe soja aux Giba et fruits de mer » et « Giba mijoté au miso ». Le « Giba-man », qui demande du travail, est réduit de moitié, l'autre moitié étant des « Galettes de Ker ».
Côté Din, c'est « Crêpes simplifiées » et « Aro-man ». Tour=Din a déjà eu un grand succès avec ses « An-man » et « Choco-man », et y a ajouté cette crème spéciale au goût fraise-chocolat d'Aro.
Même après le départ de Pratica et Ben, le flux de clients ne tarissait pas.
Simplement… l'élan n'était pas celui d'habitude. D'ordinaire, la première vague démarre dès l'ouverture, mais aujourd'hui, c'était une affluence modérée.
(Changer de lieu, ça rend les clients habituels moins faciles à attirer, hein.)
Aujourd'hui encore, sur la grand-rue, le village d'échoppes des aubergistes est ouvert, donc ceux qui ne peuvent pas venir jusqu'à la place vont là-bas. Tout le monde à la ville-relais mange pendant ses pauses de travail, donc la pause de midi doit être limitée.
Mais je m'y attendais, donc pas de panique. C'est pour ça qu'on a prévu de rester jusqu'au troisième koku de l'après-midi. Une heure de plus que l'heure de fermeture habituelle, et on devrait faire un chiffre correct.
(Même s'il reste des invendus, on les servira au banquet du soir. Si y a une perte, ce sera mon cadeau de mariage pour Rau=Rei et les siens.)
C'est mon avis, et l'a validé. Même en prenant ce risque, je veux faire de ce mariage une fête à la hauteur.
« Hé, c'est plus calme que je l'imaginais. »
Une grande silhouette s'approcha par l'arrière de l'échoppe. C'était Geol=Zaza, le frère aîné de Jin.
« Bonjour, bon travail. Vous êtes drôlement en avance. »
« Hmpf. Moi, j'ai la chasse au Giba. Après avoir vu leurs mines réjouies, je rentre direct. »
Comme le conseil des chefs de famille était il y a deux jours, beaucoup de chasseurs ont arrangé leurs horaires comme ça. Même avec les jours de repos réguliers instaurés récemment, se reposer deux jours de suite ne colle pas aux usages de Moribe.
« Je vois pas le chef de famille. Il a pas l'intention de venir, dès le départ ? »
« Oui. Il est invité au banquet du soir, alors il a décliné la présentation de midi. »
« Hmph. Même idée que Dick=Dom, hein. Un chef de famille doit montrer ce genre de cran. »
Sur ces mots, Geol=Zaza et les siens partirent vers l'échoppe de Tour=Din.
La file de clients s'étant interrompue, j'ajustai le feu du brasero et soufflai un peu. Pour , il y a aussi le fait qu'elle n'a pas négligé le travail d'aujourd'hui en prévision de demain.
Demain, la délégation de la capitale de l'Ouest arrive.
Et du château de Genos, on m'a notifié de garder mon emploi du temps libre après le commerce aux échoppes, car on pourrait m'appeler. Du coup, n'a pas d'autre choix que de prendre une demi-journée demain.
(Même les chefs de clan ont la chasse au Giba, alors on ne leur a pas demandé de se libérer pour une hypothèse… Mais moi, j'ai aucune raison de refuser.)
Si je peux être convoqué, doit aussi se libérer. Indépendamment de l'astrologie d'Arishna, ne pas me laisser aller seul chez les nobles, c'est la conviction inébranlable d'.
(Si on m'appelle pas demain mais après-demain, je m'excuserai auprès d'. D'habitude, on laisse au moins une journée de marge… Mais Marstein et les siens préparent vraiment tous les scénarios.)
À cet instant, un « Yo ! » soudain dans mon dos me fit bondir.
« J'ai eu trop hâte, me voilà dès le petit matin ! Contre toute attente, a l'air de prendre ça cool, lui ! »
Cette voix aiguë et enjouée, je la connais. Je me retournai : Tikatoras, accompagné de Degion et Vikezzo, ricanait.
« Bonjour, bon travail. Hier, vous avez passé la journée en ville-château, j'imagine. »
« Ouais ! Le marquis de Genos m'a invité au dîner ! L'arrivée du nouveau diplomate approche, et même le marquis a l'air de pas être très serein ! »
En disant ça, Tikatoras regarda autour de lui, l'air vif.
« Au fait, est pas là ? »
« Oui. Comme on est invités au banquet du soir, est entrée en forêt. »
« C'est dommage ! Même sans être sur son trente-et-un, rien qu'à voir la beauté d', mon cœur est comblé ! »
Tikatoras agita ses manches bouffantes comme un haori, en disant ça.
« Mais bon, après je pourrai voir Yamil=Rei en mariée, alors je me contenterai de ça ! Haa, la prochaine après à m'avoir retourné le cœur, c'est Yamil=Rei, et la voir se marier avec un autre, c'est à la fois joyeux et triste ! Bon, pour Yamil=Rei, j'ai jamais songé à en faire une concubine, alors j'ai pas le droit de râler, ceci dit ! »
« Ha… Donc si se mariait, Tikatoras râlerait ? »
« Ahahaha ! Ça aussi, c'est hors de propos, mais tant son regard perçant me hante, je risque de dire une bêtise de plus ! »
Toujours la même vision du monde unique, ce Tikatoras.
Entre-temps, de nouveaux clients arrivèrent, alors je plongeai les tranches de Giba enrobées dans le chaudron, mais Tikatoras continua de me parler.
« Au fait, t'as entendu pour le nouveau diplomate ? C'était bien la personne que je pressentais en premier ! »
« Eh ? Tikatoras, vous savez déjà qui vient ? »
« Ouais ! L'émissaire en avant-coureur a apporté une lettre où c'était noir sur blanc ! Le nouveau diplomate, c'est l'officiel des affaires étrangères Dadoreus, et le chef de la garde, c'est le Mille-Lions Aron ! »
En disant ça, Tikatoras porta sa bouche à mon oreille, au-dessus du chaudron.
« Comme je l'ai déjà dit, Dadoreus est un raide dingue, inflexible. Pas drôle, mais diablement capable, alors l'Empereur le tient en haute estime. Et Aron, c'est un homme de guerre de premier plan, pressenti pour le prochain Douze-Lions. »
« Douze-Lions ? J'entends ça pour la première fois. »
« Vraiment ? Les Douze-Lions sont au sommet de l'armée de la capitale. Commandant du corps d'expédition, commandant du corps de défense, chefs des chevaleries des cinq grandes familles ducales : toutes les missions lourdes sont confiées aux Douze-Lions. »
« Heu… Le sieur Ruid, qui était là avant, était aussi Mille-Lions, non ? C'est encore plus haut que ça ? »
« Ouais, Ruid aussi, s'il accumule des faits d'armes, peut viser les Douze-Lions. Disons qu'actuellement, Aron a trois longueurs d'avance. Après tout, on l'appelle le "couteau de poche de l'Empereur". »
Il pouffa en disant ça.
« Confier le commandement de la garde à un tel Aron, ça veut dire que l'Empereur ne prend pas Genos à la légère. Ne vous relâchez surtout pas. »
« Oui. Ni au château de Genos, ni à Moribe, y a pas un seul homme qui se relâche. »
« Mmh mhm. Je suis noble de la capitale, mais je prie du fond du cœur pour que les gens de Moribe connaissent un avenir serein. »
Au moment où le « Giba poêlé-frit » fut cuit, la voix de Tikatoras s'éloigna.
« Bon, moi aussi je vais me remplir le ventre avant l'arrivée de Yamil=Rei et les siens ! La cuisine d', je l'achèterai plus tard ! »
Le grand rire de Tikatoras s'éloigna dans mon dos.
En dressant les juliennes de Tino sur l'assiette en bois, je réprimai un sourire amer.
(Quoi qu'il en soit, Tikatoras est quand même prévenant.)
Mais tout se jouera demain.
Aujourd'hui, je devais donner le meilleur de moi-même, sans arrière-pensée, pour le mariage de Rau=Rei et Yamil=Rei.