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Isekai Ryouridou

Chapitre 1659

Isekai RyouridouIsekai Ryouridou
Chapitre 1659

Chapitre 1659

Chapitre 1659/171097%~22 min de lecture4 396 mots

Le lendemain matin de la réunion des chefs de famille ― quand j'ouvris les yeux, le regard doux d' m'attendait encore ce jour-là.

« Tu te réveilles enfin… Tu as semblé dormir paisiblement cette nuit aussi. »

« Oui… Je n'ai fait ni bon ni mauvais rêve, j'ai dormi comme un loir… »

Tout en sentant la chaleur d' au bout de ma main droite, je répondis dans une sorte de brouillard onirique.

Nous sommes dans la chambre de la branche des Sun. Comme et devaient dormir en se tenant la main, on nous avait prêté une chambre au lieu du dortoir commun de la salle des rites. La même mesure avait été prise lors de la précédente réunion des chefs de famille.

La fois précédente, quand j'avais été assailli par un cauchemar, j'avais dû m'endormir en touchant , ce qui m'avait permis d'entrevoir la suite de ce cauchemar. Je n'ai absolument aucun souvenir de ce qui m'y attendait ― mais c'estcertainement parce que je n'ai pas regardé en face ce qui m'attendait au bout de ce cauchemar que je n'ai pas pu le surmonter. C'est pour ça qu'on a commencé à se tenir la main pour dormir chaque soir.

Avouer ces coulisses aux autres me mettait horriblement mal à l'aise, mais heureusement personne ne s'en est moqué. Actuellement, tout le monde nourrit une inquiétude non négligeable à propos de mes cauchemars. Ces dernières années, à chaque fois que j'en faisais un, une catastrophe invraisemblable s'ensuivait, donc c'est compréhensible.

Quoi qu'il en soit, nous qui avions eu un réveil sain comme d'habitude, nous nous sommes mis à préparer le départ sans traîner.

Car aujourd'hui, c'est jour de commerce à l'étal. Comme on avait dû fermer temporairement pour la réunion d'hier et la fête de trois jours, il fallait qu'on rattrape le temps perdu autant que possible.

Les gens chargés d'aider à l'étal sont dans le même cas, donc la plupart des clans étaient rentrés dès l'aube.

Quand on est revenus à la maison Fa, les femmes de service à la préparation travaillaient déjà. Après les avoir remerciées, et ont filé droit au fleuve Rant. Quelle que soit la charge de travail, ne jamais négliger de se purifier, c'est la règle d'or de la maison Fa.

Sur le chemin du retour, on est passés par le village Fou pour récupérer les gens de maison qu'on y avait laissés. Après une journée de séparation, Gilbe et les autres remuaient la queue sans pouvoir cacher leur joie.

« Aujourd'hui y'a aussi le commerce en ville-château. Gilbe, je compte sur toi. »

Quand je lui ai dit ça, Gilbe a remué la queue de tout son cœur en répondant « waf ! »

Pendant qu'on avançait la préparation, les femmes de service de l'étal arrivent les unes après les autres. La moitié d'entre elles, on vient juste de se quitter ce matin. Et demain c'est le mariage de la famille Rei, donc les titulaires ont vraiment du pain sur la planche.

Mais bien sûr, personne ne baisse les bras. Plus c'est chargé, plus la motivation monte ― c'est là qu'on voit le vrai visage des gardiens du feu de Moribe.

Une fois la préparation terminée, cap sur la ville-relais.

Les responsables de la ville-château, Rei=Matua et Sfira=Zaza, sont partis plus tôt. Les femmes de service de la famille Turan, Gaz et Mîme, donnent le dernier coup de collier à la préparation au village Fou. Moi, j'emmène l'équipe d'élite menée par Yun=Sudra, et on se rend d'abord au village Ruu.

« Yo, , t'as l'air fatigué. Lendemain de réunion des chefs, c'est vraiment le rush, hein. »

C'est Rudo=Ruu qui nous attendait au village Ruu.

Rudo=Ruu qu'on traîne à tous les événements n'a pas de rôle à la réunion des chefs. La seule fois où il y est allé, c'était sur ordre secret de Donda=Ruu pour surveiller les machinations des Sun.

Ce jour-là, Rudo=Ruu et Shin=Ruu=Shin à deux m'ont protégé de Tei=Sun.

Il me semble que Rudo=Ruu avait saigné abondamment de la tête dans cet affrontement. Maintenant que j'y repense, Tei=Sun qui a pu faire ça face à Rudo=Ruu et Shin=Ruu=Shin, c'était un monstre de puissance.

(Bon, à l'époque Rudo=Ruu et les autres étaient encore en pleine croissance, cela dit.)

Pendant que je rumine ça, Rudo=Ruu fait la moue en disant « quoi ? »

« Regarde-moi pas avec des yeux de gamin, species ! T'es qu', alors fais pas le malin ! »

« Ahaha, c'était pas mon intention. Au fait, comment ça s'est passé pour l'histoire de la ville-relais ? »

« Ah, c'est pour te le dire que j'attendais. Ce matin, un messager de Reihaim est venu au village. Demain, on peut utiliser la place pour l'étal. »

L'autorisation de faire la présentation du mariage de la famille Rei sur la « place d'Eira » a été accordée par le comte Satolas. Du coup, la maison Fa aussi a été confirmée en effectif spécial pour demain.

« Compris, merci. Et Rei=Ruu, elle va bien ? »

« Ouais. À peine revenue, elle s'est enfermée dans la hutte du feu pour se creuser la tête sur le menu du banquet de demain. La gardienne du feu des Ruu qui a le plus de boulot, c'est sans conteste la grande sœur Rei. »

Rei=Ruu vient à peine d'accomplir sa grande mission hier, et déjà elle doit se préparer pour demain. Boucler la conception du menu et sa préparation en une seule journée, c'est une ascèse, comment qu'on le tourne.

« En plus demain, c'est un grand banquet où toute la parenté est invitée. Rei=Ruu, elle est vraiment impressionnante. »

« C'est vrai. Mais toi aussi, , qui gères l'étal de la ville-relais à sa place, t'as pas moins sur le dos. »

Pendant qu'on causait comme ça, Maimu, la responsable du jour, arrive en disant « désolée de vous avoir fait attendre. »

« La préparation a pris un peu plus de temps que prévu. Excusez-nous pour l'attente. »

« Y'a encore de la marge, c'est bon. Bon, on y va ? »

Aujourd'hui, Lara=Ruu et Rimi=Ruu restent au village pour seconder Rei=Ruu. Maimu, qui a complètement pris ses marques comme responsable d'étal, dégage une motivation pure, sans se mettre la pression.

On dit au revoir à Rudo=Ruu, et on repart pour la ville-relais.

À la « Queue de Kimusu », Rebi nous attendait en trépignant.

« Je vous attendais, . L'histoire du mariage de demain, ça a donné quoi ? »

« Ouais. Ils ont accepté qu'on fasse la présentation sur la place. Du coup nous aussi, demain, on travaille sur la place. »

« C'est bon, alors. Faut qu'on bénisse comme il faut le mariage de Rau=Rei. »

Rebi sourit soulagé. Quand on lui a dit qu'inviter au banquet de Ruu serait difficile, il avait fait une tête vraiment déçue. Parmi les amis de Rau=Rei à la ville-relais, c'est sûrement Rebi qui tient le plus à ce mariage.

(Après tout, c'est Rau=Rei qui a poussé Rebi, qui voulait se retirer, à concrétiser son mariage avec Teriia=Masu.)

À cette occasion, Rau=Rei et Rebi s'étaient mis un coup de poing chacun. Rau=Rei s'était mordu l'intérieur de la joue, et s'était présenté à la cérémonie le visage enflé comme une baudruche. C'est un souvenir inoubliable pour moi aussi.

« Ben et Cargo aussi doivent être aux anges. Yumi=Ran aussi, elle peut venir ? »

« Oui. Le chef de la famille Ran a donné son accord. Les amis de Rau=Rei à la ville-relais, c'est presque que les amis de Yumi=Ran. »

« C'est Yumi=Ran qui a lancé les échanges, alors c'est normal. Moi, j'ai décroché tôt, cela dit. »

À l'époque, le père de Rebi, Râzu, s'était blessé à la jambe dans un accident, et Rebi bossait pour deux pour soutenir le foyer. Après le grand tremblement de terre, Râzu s'est blessé encore plus gravement et a même perdu son logement, si bien que Rebi n'a plus eu le temps de s'amuser.

Mais même avant ça, les Rebi étaient invités aux banquets de Ruu. C'est parce qu'on a partagé une grande joie à la fête de la résurrection de la première année que la relation actuelle existe.

« Le mariage des jeunes, c'est une belle chose. Moi aussi, de l'ombre, je veillerai sur eux en cachette. »

Râzu aussi, le visage tout ridé, disait ça en souriant.

Portés par une motivation redoublée, on se dirige vers la zone des étals. Là aussi, beaucoup de clients nous attendaient aujourd'hui.

« C'est, c'est, c'est incroyable… N'est-ce pas encore plus animé que d'habitude ? »

Marufira=Namu, la responsable de l'étal d'à côté, travaille efficacement tout en m'interpellant timidement. Je lui réponds par un sourire : « C'est vrai. »

« Comme on a fermé hier et avant-hier, peut-être que ça a accumulé les clients. Du coup, du aujourd'hui jusqu'à la fin de la lune bleue, j'aimerais bien ouvrir tous les jours si possible. »

Aujourd'hui, on est déjà le dix-neuf de la lune bleue.

Demain, mariage de la famille Rei. Après-demain, arrivée prévue de la délégation de la capitale de l'Ouest. Les deux jours, l'étal reste ouvert. Et ensuite aussi, tant qu'il n'y a pas de brouille bizarre, je veux foncer jusqu'à la fin du mois.

La raison principale, c'est les charpentiers et le « Vase d'Argent ». Les deux doivent quitter Genos à la fin de la lune bleue.

Aujourd'hui aussi, vers la fin du zénith, ils sont arrivés en masse.

« Yo, bon boulot. La réunion des chefs d'hier, elle s'est bien passée ? »

« Oui. On a passé un temps bien plus significatif que je ne l'imaginais. »

« C'est bien, c'est bien. Nous aussi, ça valait le coup d'attendre la cuisine de l'étal. »

Le sous-chef des charpentiers, Aldas, rit largement en disant ça.

« Et l'histoire de demain, elle s'est bien réglée aussi, on dirait. »

Et Meiton désigne l'affiche collée sur le devant de l'étal. Y est écrit : « Demain, commerce sur la place. »

« Oui. On a obtenu l'accord pour la présentation du mariage de la famille Rei. Venez tous, s'il vous plaît. »

« Si l'étal d' y est, on ira n'importe où ! En plus, faut qu'on voie la tenue de mariée de Yamiru=Rei ! »

« Ah. Une beauté comme elle, une fois apprêtée, ça va être terrible. Va falloir tenir sa langue. »

Les charpentiers sont plus familiers de Yamiru=Rei qui est de service à l'étal. Mais à travers les deux fêtes de la résurrection et les nombreux banquets, ils ont bien approfondi leurs liens avec Rau=Rei, donc ils attendent ce mariage avec impatience.

Et le « Vase d'Argent » qui a envoyé un camarade précieux dans la parenté Ruu, de son côté, n'est pas en reste niveau sentiments. Après les charpentiers, Radajido et les siens arrivent à l'étal, yeux brillants sous leur expression impassible.

« Mariage de Moribe, même infime, pouvoir ressentir, bonheur suprême. Demain, autant que possible, longtemps, place, vouloir rester. »

« Oui. Shimiral=Ririn devrait venir aussi, alors partagez la joie ensemble. »

« Oui. Cœur, bat la chamade. »

Avec les charpentiers, le « Vase d'Argent » et les jeunes de la ville-relais qui accourent, l'ambiance sera au rendez-vous. Et les gens venus pour la cuisine de l'étal verront malgré eux la belle allure des deux mariés. Même ceux qui n'ont pas d'attachement particulier pour Rau=Rei et Yamiru=Rei seront profondément marqués par les tenues de mariage de Moribe.

« Hmph. Jamais j'aurais cru que les gens de Moribe feraient une présentation de mariage à la ville-relais. C'est devenu drôlement amusant. »

C'est Derusu qui dit ça, sans sembler avoir d'attachement particulier pour les deux de la famille Rei. Mais à côté, son partenaire Wazu rigole.

« Mais Yamiru=Rei, c'est cette beauté qui bosse à l'étal, non ? Juste la voir apprêtée, ça vaut le déplacement jusqu'à la place. »

« Hmph. Il y a à peine trois jours, on s'est déjà pris son grand numéro en pleine figure. »

« Ouais. Mais le banquet de la ville-château, y'avait une foule de dingue, j'ai pu la mater tranquillement. Donc là, c'est du bon pain bénit. »

Eux aussi étaient invités au banquet d'adieu de la délégation, donc ils ont vu la belle allure de Yamiru=Rei et les autres. Mais le costume de mariée de Moribe, préparé par Tikatorasu, devrait faire briller Yamiru=Rei encore plus que la tenue de banquet.

(Vraiment, demain s'annonce génial. Moi qui peux y assister midi et soir, je suis gâté.)

C'est avec un cœur plein à craquer que j'attaque le commerce du jour ― mais soudain, des nuages noirs s'amoncellent.

Alors qu'il ne reste plus que quelques plats, des gens inattendus débarquent. Et en plus, ils ne font pas la queue à l'étal, ils s'approchent en catimini par l'arrière.

« -dono, pardon de vous déranger pendant votre travail. »

C'est Bâji, le surveillant de Gâderu, qui m'interpelle comme ça.

Et ― à côté de lui, un grand gaillard cache son visage sous une cape à capuche, debout, l'air abattu.

« Ah, ça alors ? C'est pas Gâderu, par hasard ? Gâderu, il est censé pas pouvoir sortir encore… »

« Ah. Mais y'a une raison pour laquelle je devais absolument saluer -dono. »

Bâji, qui appartient aux forces spéciales de la Garde rapprochée, a une allure un peu hors-la-loi, un personnage unique. Il est toujours penché de travers, avec une attitude qui ne fait pas du tout officier respectable.

Mais depuis que Gâderu a été grièvement blessé dans le trouble de la maison royale de l'Est, il a complètement perdu sa vigueur ― et aujourd'hui, on dirait qu'il fait un effort désespéré pour garder les apparences.

Et Gâderu, donc.

D'après ce qu'on m'avait dit, il allait encore si mal physiquement et mentalement qu'il refusait même les visites. Et voilà qu'il débarque à la ville-relais sans crier gare. C'est clairement pas une visite anodine.

En plus, l'apparence de Gâderu n'est pas normale.

Il cache son visage sous la capuche, mais même par-dessus, on voit qu'il a changé. D'abord, son corps épais et solide a maigri d'un tour. De l'ombre de la capuche, une barbe hirsute de SDF dépasse.

Sous la cape, il doit tenir son bras gauche en écharpe. La vieille blessure à l'épaule gauche a récidivé à cause de la flèche empoisonnée de l'assassin de Shim, et Gâderu est cloué au lit depuis des mois. Son corps amaigri au point d'en être méconnaissable est d'une tristesse déchirante.

« Qu-Qu'est-ce qui vous arrive ? Votre corps, il va bien ? »

Je laisse le commerce de l'étal à ma partenaire et je fais face à Gâderu et Bâji.

Gâderu fait plus d'un mètre quatre-vingts, donc même avec la capuche, on devine un peu son visage. Mais les yeux sont cachés par des boucles emmêlées, et du nez jusqu'au menton, c'est couvert d'une barbe brune, impossible de lire son expression.

« … Excusez-moi pour le dérangement… Je pars tout de suite, alors s'il vous plaît, pardonnez-moi… »

D'une voix sourde, Gâderu dit ça.

Gâderu est de base timide et parle en bégayant, mais là, sa voix n'a plus aucune vitalité. Plus que de la faiblesse, on dirait qu'il est à moitié endormi.

« … Je… je vais quitter Genos… Alors, je voulais juste dire un mot d'au revoir à -dono… »

« Hein ? Qu'est-ce que vous voulez dire ? Pourquoi tout d'un coup quitter Genos… »

« … Je n'ai pas d'autre choix… »

Là, Gâderu se tait, et Bâji désigne du pouce l'espace de stationnement des charrettes.

« C'est pas une conversation pour les passants. Désolé, mais on peut changer de lieu ? »

« O-Oui, compris. Alors j'appelle quelqu'un ― »

Au moment où je dis ça, une jeune femme de service de la cantine en plein air arrive vers nous. C'est la remplaçante de Riri=Ravittsu qui assure le service ce tour-ci.

« Excusez-moi. Yun=Sudra m'a demandé d'aider à l'étal d'. »

« Ah, c'est ça. Merci, alors. »

Yun=Sudra a déjà écoulé la cuisine de l'étal et est passée à la cantine. Elle a dû remarquer Gâderu et Bâji et faire preuve de prévenance.

J'emmène Gâderu et Bâji à l'endroit où Giruru se reposait.

Une fois là-bas, Bâji commence à parler, un sourire ironique plaqué sur le visage pour masquer ses pensées.

« D'abord, je te demande de pas laisser fuiter cette conversation hors de Moribe. C'est un ordre de mon supérieur Merufurîdo, et donc du marquis de Genos, alors compte sur toi. Sûrement qu'aujourd'hui même, un messager ira au village Ruu, de toute façon. »

« C-Compris. Et pour ce qui est de Gâderu qui quitte Genos… »

« Ça, c'est lié à la lecture d'étoiles de cet astrologue, Arishuna. »

Je suis de plus en plus perdu, je jette un œil entre Bâji et Gâderu.

Mais Gâderu reste tête baissée, muet, et Bâji continue à débitson flot.

« Vous avez entendu l'oracle qui dit que Genos va bientôt être frappé par un drôle de trouble, non ? Apparemment, ça va perturber le destin de plein de gens… Et Gâderu, il est de ceux-là. »

« Quoi ? Il quitte Genos parce que la lecture d'étoiles le dit ? »

« Écoute d'abord. … Cet astrologue, il s'inquiétait pour Gâderu depuis un moment. Bon, c'est une fille de Moribe qui a lancé l'affaire, mais l'astrologue était d'accord. Que si ça continue, Gâderu finira par s'effondrer. Et cette affaire, elle est profondément liée à cet effondrement de Gâderu. »

Une révélation inattendue me coupe le souffle.

Sans s'en soucier, Bâji continue.

« Bien sûr, les grands de Genos ne prennent pas la lecture d'étoiles pour parole d'évangile. Mais après avoir entendu un oracle aussi funeste, ils ne peuvent pas faire comme si de rien n'était. Alors ils ont expliqué la situation à Gâderu… Et le bougre a complètement perdu les pédales. »

« … Il a eu peur du résultat de la lecture d'étoiles ? »

« Non, c'est pas ça. En lui transmettant le résultat, ils ont dû lui parler aussi de la délégation de la capitale de l'Ouest. Vu le moment, c'est eux les plus flippants. Le nouvel ambassadeur qui s'amuserait à taquiner -dono, et Gâderu qui pète un câble et commet une impolitesse, c'est le pire scénario. »

Gâderu, avant, avait déjà failli en venir aux mains avec Tikatorasu pour ça. Pour Marstein et les siens, s'inquiéter de ce genre de situation, c'est normal.

« Du coup, Gâderu a vraiment pété un câble. « Quiconque ferait un sale coup à -dono, je ne le pardonnerai jamais », qu'il dit. … Même pas sûr que cette délégation s'en prenne à -dono, et en plus ils sont même pas encore arrivés à Genos, mais il était prêt à dégainer et à foncer. »

« M-Mais… C'est pas parce que Gâderu est affaibli par sa blessure, et que son mental est fragilisé ? »

« Mais il a fait le même coup lors de l'affaire de la maison royale de l'Est, et en remontant, lors de l'affaire des sauterelles. -dono et les autres ont tout fait pour lui, mais sa nature profonde n'a pas changé d'un iota. »

Là, Gâderu continue d'une voix vague.

« En plus… j'ai aussi entendu parler de la caravane du peuple du Dieu-Dragon… Et là aussi, mon cœur s'est troublé… -dono vient de l'autre côté de la mer, disait-on… Alors je me suis mis à craindre que cette caravane n'emmène -dono avec eux… »

« Mais les gens des "Ailes Bleues" ont déjà quitté Genos depuis longtemps. »

« Oui… Juste à entendre qu'une caravane inconnue avait croisé -dono sans que je le sache… J'ai été saisi par une angoisse qui me consumait… »

D'une voix sans aucune émotion, Gâderu dit ça.

« Comme tout le monde à Moribe me l'a dit, je dois m'éloigner d'-dono… Si j'habite assez loin pour ne plus entendre les rumeurs sur -dono… Sûrement personne ne subira d'ennuis à cause de moi… C'est pour ça que j'ai décidé de quitter Genos… »

« C-Cependant… Nous, on veut créer un vrai lien avec Gâderu. »

« Non… Je n'ai aucune valeur… Si j'avais réalisé ce fait plus tôt, je n'aurais pas eu à subir ça… »

Les paroles de Gâderu sont floues et sourdes, mais leur contenu suffit à me clouer le bec.

« Si j'étais parti de Genos quand j'ai reçu vos avertissements… Je n'aurais pas eu à endurer cette souffrance… Tout est de ma faute, d'avoir été stupide… S'il vous plaît, oubliez-moi… Moi aussi, j'oublierai tout… »

Gâderu baisse la tête mollement, et sans attendre ma réponse, il fait demi-tour.

J'essaie de l'appeler, mais Bâji me souffle aussitôt à l'oreille.

« Inutile de lui dire quoi que ce soit maintenant. En plus, mon boulot n'est pas fini. Tant que le drôle de trouble annoncé par l'astrologue ne se calme pas, je colle à ses basques. Alors -dono, fais tranquillement connaissance avec le nouvel ambassadeur. »

« M-Mais… »

« Comme tu dis, il est encore plus fragilisé par sa blessure. Si son corps récupère, ses sentiments changeront peut-être. D'ici là, attends tranquillement. »

Et Bâji, après m'avoir gratifié de son sourire insolent habituel, se met à suivre Gâderu qui traîne les pieds.

***

« … Je vois. C'était ça l'histoire. »

Ce soir, c'est le dîner à la maison Fa.

Une fois tout entendu, , d'un visage ferme, dit ça.

« Compris. Effectivement, comme le dit Bâji, Gâderu a dû voir son cœur déjà faible s'affaiblir encore plus. »

« Ouais… Le Gâderu d'aujourd'hui était encore plus dans le flou que d'habitude, y'avait pas de prise. »

Je retiens un soupir en concluant mon rapport.

Au village Ruu, un messager de Merufurîdo est arrivé, apportant les détails. Je viens de tout rapporter à , ça compris.

Apparemment, Gâderu quitterait Genos dès demain.

D'abord, il gagnerait la ville voisine du nord, Beheto, pour s'y reposer sous la surveillance de Bâji et les siens. Une fois son corps à peu près rétabli, il irait encore plus loin, dit-on.

Sa destination finale serait un endroit appelé Abûhu, à un mois de charrette de Genos. L'ancienne patrie du patron du « Longue-Oreille de Randoru », Randi ― et aussi la patrie de l'épouse de Marstein, déjà décédée ― l'extrême nord du royaume de l'Ouest. Gâderu comptait s'y engager et se jeter dans la guerre contre Mahidura.

« Bon, avant que Gâderu puisse travailler comme soldat, y'en a pour longtemps… Donc on peut juste prier pour que ses sentiments changent d'ici là. »

« Oui. Je n'aurais cru que la lecture d'étoiles d'Arishuna influencerait les choses de cette façon. »

D'un visage invariablement résolu, aspire le bouillon de son pot-au-feu au lait de soja.

« Mais après tout, la lecture d'étoiles, c'est l'état d'esprit de celui qui la reçoit qui compte, non ? Si on reçoit un oracle bizarre, le normal c'est de garder son calme et de se préparer aux événements… Mais Gâderu, lui, a décidé de fuir un destin funeste. »

« Ouais. J'ai pas envie de le blâmer… Mais c'est décevant, quand même. »

« C'est la décision de Gâderu, on n'y peut rien. Moi, je pense comme Bâji : il n'y a qu'à attendre que le moment passe. »

Dit , en laissant percer une douce chaleur dans son regard sévère.

« Quand le drôle de trouble qui doit frapper Genos sera retombé, et que le corps de Gâderu aura retrouvé sa force, on verra quel chemin il choisira. On ne peut qu'espérer qu'il choisisse de revenir à Genos. »

« Ouais. Toi aussi, , tu peux pas laisser tomber Gâderu. »

« Évidemment. C'est le seul, dans tous les troubles jusqu'ici, avec qui je n'ai pas pu nouer un vrai lien. »

Ce genre de conversation, on l'a eue maintes fois à la maison Fa. Le destin de Gâderu s'est tordu à cause de la blessure grave qu'il a reçue en combattant le grand criminel Shieru.

Si Gâderu n'avait pas croisé Shieru ce jour-là, peut-être qu'on n'aurait jamais rencontré Gâderu.

Mais dans ce cas, Shieru se serait peut-être enfui. Gâderu qui a abattu Shieru est un héros incontestable. On ne peut pas laisser un tel Gâderu finir dans un dénouement involontaire.

« Tant qu'on n'abandonne pas, le chemin s'ouvre. Nous n'avons qu'à croire en Gâderu et à attendre. »

« Oui, c'est ça. Grâce à , moi aussi j'ai enfin pu me résoudre. … Au fond, , c'est vraiment pas possible de te battre. »

Quand je lui offre mon sourire le plus sincère, penche la tête, intriguée.

« Tu as l'air d'avoir quelque chose sur le cœur. Si tu as une pensée, dis-la sans te retenir. »

« Ouais. En fait, j'avais peur que toi, , tu sois abattue. Parce que Kurua=Sun et Arishuna avaient dit que celle qui sauverait Gâderu de sa perdition, ce serait toi. »

C'était aussi un résultat de lecture d'étoiles.

Mais a l'air de ne pas encore saisir.

« Pourquoi devrais-je être abattue ? »

« Parce que si Gâderu part de Genos, il n'y a plus ni sauvetage ni rien. Et puis, , tu te souciais de Gâderu… Je pensais que ce résultat te serait insupportable. »

« … C'est une pensée bien superficielle. »

laisse échapper un sourire amer, puis tend le bras pour me tapoter la tête.

« Le résultat, il n'est pas encore sorti. Si je me laissais abattre pour si peu, je n'accomplirais rien. »

« Ouais. C'est pour ça que j'ai trouvé incroyable. »

« Hmph. C'est toi qui t'es laissée abattre et qui t'es fait du souci pour rien. Le vrai toi n'aurait pas été ébranlé par si peu. »

Dit , avec un regard d'une grande douceur.

« Gâderu est une existence spéciale, donc toi aussi tu as été troublé. Je le répète : tant qu'on n'abandonne pas, le chemin s'ouvre. Crois davantage en ta propre force. »

« Ma force, elle est limitée… Mais la force d', je crois en elle. »

« C'est bien. Alors, je croirai en toi pour ta part aussi. »

La main d' s'étend à nouveau, et cette fois, elle serre mes doigts.

Et ce jour aussi, à la fin, un temps apaisé est venu ― et nous avons pu accueillir le mariage de la famille Rei avec un cœur neuf.

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