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Isekai Ryouridou

Chapitre 1615

Isekai RyouridouIsekai Ryouridou
Chapitre 1615

Chapitre 1615

Chapitre 1615/171094%~23 min de lecture4 410 mots

Deux jours après que le groupe des « Ailes Bleues » et celui de Tikatoras se furent croisés au village des Ruu — le vingtième jour de la Lune Verte —, il fut décidé qu'un banquet de dégustation serait organisé.

Son but était de faire goûter aux membres des « Ailes Bleues » des plats à base de viande séchée et de saucisses.

Le lieu choisi était le manoir du comte Sataras, dans la ville-relais. Les participants étaient les « Ailes Bleues », les gens de la lisière de forêt, les nobles de Genos, ainsi que le groupe de Tikatoras.

« Cependant, voilà encore une histoire qui prend une tournure à laquelle personne ne s'attendait. Même moi, j'ai du mal à suivre. »

Ce jour-là, vers midi, Gîzu était venu rendre visite au stand en riant bêtement, et c'est ce qu'il avait dit.

« Mais bon, c'est aussi pour le commerce. Le chef Duruku a fini par accepter, alors pour ce soir, je compte sur vous. »

« Oui. De notre côté aussi, nous comptons sur vous. »

Cela faisait quatre jours que les « Ailes Bleues » étaient arrivés à Genos, et j'avais l'impression d'avoir pas mal cerné la personnalité de Gîzu. C'était effectivement quelqu'un d'un peu tordu, mais pas un homme méchant pour autant. Mon impression, c'était plutôt celle d'un marchand rusé, calculateur, qui ne laissait jamais voir ce qu'il pensait au fond de lui.

Quant à son affection et sa confiance envers les gens du Dieu-Dragon, elles ne semblaient pas feintes non plus. Gîzu faisait de son mieux pour être accepté comme l'un des leurs. Et les gens du Dieu-Dragon, de leur côté, accueillaient sa détermination et sa passion en face, sans détour.

Pour info, ils avaient aussi été invités au village des Ruu la veille, et y avaient passé du temps à visiter. Ils avaient tout vu, sans rien rater : comment les giba capturés étaient découpés, puis transformés en viande séchée et en saucisses. Et après ça, ils avaient longuement discuté avec la grand-mère Jiba, paraît-il.

Pendant ce temps, Tikatoras était resté cloîtré dans la ville-château pour ne pas les provoquer. Il en avait sans doute profité pour faire tout le lobbying nécessaire en vue du banquet du lendemain. C'est comme ça qu'on en était arrivés à ce jour sans accroc.

« Juste, à partir d'aujourd'hui, les produits commencent à se vendre un peu. Apparemment, le fait qu'on ait été invités deux jours de suite au village de la lisière de forêt a fait qu'on a gagné un peu de confiance. Ce qui veut dire, vu de l'autre côté, que les gens de la lisière de forêt ont autant la confiance des gens de la ville. »

« C'est ça ? Si c'est vrai, c'est une fierté immense. »

« Ouais, ouais. Si on avait été des méchants, les gens de la lisière de forêt ne se seraient pas liés à nous, c'est aussi simple que ça. Vraiment, on a de la chance. »

Riant avec son visage de rat, Gîzu se retourna.

« Bon, nous aussi on va bosser dur. Pour ce soir, je compte sur vous, hein. »

« Oui. De votre côté aussi, bon courage. »

Une fois Gîzu et ses deux porteurs partis, les charpentiers arrivèrent à leur tour.

« Yo, . Au final, ce banquet dont tu parlais, il a bien lieu ? »

« Oui. Les nobles ont donné leur accord, et on a été conviés au manoir de la famille du comte Sataras. »

« Quelle galère, quand même. Enfin, tant que ça s'arrange rondement, c'est l'essentiel. »

Aldas souriait gentiment. Il devait être soulagé que les gens du Dieu-Dragon ne soient pas considérés comme dangereux. Comme c'était probablement par souci pour nous, je ne pouvais qu'en être reconnaissant.

« Du coup, eux, ils vont apprendre à cuisiner la saucisse et tout. Se faire traîner jusqu'au manoir d'un noble juste pour ça, vous avez pas de chance, vous non plus. »

Le patron gardait son habituelle tête de bouddhe.

D'ailleurs, on leur avait déjà donné plusieurs fois de la viande séchée et des saucisses en cadeau, en leur expliquant oralement comment les cuisiner correctement. Sa réflexion venait peut-être de cette comparaison.

« Mais bon, on ne va pas leur donner de cours de cuisine non plus. Apparemment, ils ont besoin de ces connaissances pour pouvoir l'expliquer aux clients quand ils vendront la viande séchée et les saucisses comme produits. »

« Hmph. Mais une fois qu'ils auront goûté à la saucisse, ils risquent de tout bouffer eux-mêmes par inadvertance. »

Meiton rigolait en lançant cette plaisanterie.

Bon, tout dépend d'eux. Et de toute façon, rien n'est encore sûr quant à savoir s'ils achèteront vraiment la viande séchée et les saucisses.

(Plus que ça, l'essentiel, c'est de bien nouer les liens... et après, c'est selon les circonstances de Tikatoras.)

Même si les pourparlers commerciaux capotent au final, on n'y perd rien. Le banquet d'aujourd'hui est entièrement payé par Tikatoras, et on touche aussi une main-d'œuvre, donc y a pas de raison de se plaindre.

« Quoi qu'il en soit, faites juste gaffe à ne pas baisser la garde. »

Sur ces mots, le patron et les siens partirent aussi vers le restaurant en plein air.

Il ne restait plus qu'à se concentrer sur le commerce du stand. Une fois notre journée finie, on devait rejoindre les chasseurs qui nous servaient d'escorte, puis partir pour le manoir du comte Sataras.

Aujourd'hui, c'était le dernier jour des dix jours de prolongation de l'activité.

Puisque le stand de la ville-château avait commencé le premier jour et fonctionnait un jour sur deux, ce dernier jour était un jour de repos. Et comme le lendemain, tout commerce était complètement à l'arrêt, le stand de la ville-château avait deux jours de congé d'affilée, juste à ce moment-là.

Du coup, une fois l'activité de la ville-relais terminée, plus de travail de préparation non plus, temps libre total. C'était prévu pour récupérer de la fatigue de dix jours de boulot d'affilée, et le banquet avait été calé là-dessus.

« Au final, même le dernier jour, c'est la course, désolé. »

Quand j'ai appelé le stand d'à côté, Yun=Sudra m'a répondu avec un sourire : « Pas du tout. »

« Plus que ça, je me réjouis qu'on puisse nouer de bons rapports avec les gens des "Ailes Bleues". Bon, pour Tikatoras et les siens, on ne sait pas trop comment ça va tourner... »

« Ouais. Enfin, Tikatoras, c'est Tikatoras. Avec son caractère, je sais pas si ça tournera bien ou mal, moi non plus. »

« Prions pour que ça se passe bien de leur côté aussi. Tikatoras est quelqu'un à qui nous devons beaucoup, après tout. »

Alors que Yun=Sudra me souriait aux pieds, Jilbé remua la queue et répondit « waf ! ». Le garde humain se limitait à Ryada=Ruu=Shin, mais Jilbé était aussi resté près de moi sur l'ordre d'. Comme elle n'avait pas de mal à descendre en ville, elle avait l'air de bonne humeur aujourd'hui encore.

À l'approche de l'heure de fermeture du stand, les gens prévus pour le soir descendirent aussi à la ville-relais.

Aujourd'hui, on assurait à la fois la garde et le rôle diplomatique, donc la délégation était centrée sur la lignée légitime des chefs de clan. Mais bien sûr, avait aussi interrompu son travail de chasseuse à mi-journée pour venir.

Les cuisiniers, les gardiens du feu, étaient au nombre de sept : moi, Yun=Sudra, Marufira=Namu, Reyna=Ruu, Lara=Ruu, Siphila=Zaza, et la benjamine de la branche des Sauti.

Comme on ne préparait pas de pâtisseries aujourd'hui, Odifia était absente, et Tour=Din et Rimi=Ruu n'étaient pas de la partie.

La garde avait une composition symétrique : , Rai'erufamu=Sudra, l'aîné des Lavitz, Jiza=Ruu, Gazlan=Rutim, Georg=Zaza, Dari=Sauti.

En fait, cette fois, le choix des gardiens du feu avait été fait en priorisant l'effectif des chasseurs.

Pour faire simple, comme Gazlan=Rutim avait recommandé Rai'erufamu=Sudra et l'aîné des Lavitz, Yun=Sudra et Marufira=Namu avaient été sélectionnées en conséquence.

(Du point de vue des gens de la lisière de forêt aussi, l'échange avec les "Ailes Bleues" passe avant tout, après tout.)

Comme l'avait dit Jiza=Ruu auparavant, l'histoire du commerce était venue des "Ailes Bleues", et on avait juste répondu à l'appel. De leur côté, s'arrêter en cours de route ne posait aucun problème.

Mais les "Asiles Bleues" affirment être venues à Genos après avoir entendu parler d' de la famille Fa et de la réputation de la cuisine au giba.

Dans ce cas, les gens de la lisière de forêt ne peuvent pas lésiner sur leurs efforts pour cultiver les échanges avec eux — c'était la façon de faire des gens de la lisière, intègres et sincères.

« Bon, je suis allé saluer le chef Duruku. Comme prévu, il n'a pas l'air de cacher de mauvaises intentions. »

Dari=Sauti, qui était allé saluer les "Ailes Bleues", le disait avec un sourire calme. Rai'erufamu=Sudra ne semblait pas en désaccord et acquiesçait, tandis que l'aîné des Lavitz ricanait. Effectivement, les gens du Dieu-Dragon eux-mêmes n'avaient pas l'air d'avoir une mauvaise compatibilité avec les chasseurs de la lisière.

« , bon travail. »

Juste avant l'heure de fermeture, de nouveaux arrivants se présentèrent.

C'était le groupe de marionnettistes, qui étaient restés à Genos après le banquet de réconfort. Riko et les siens avaient passé leur temps dans une maison vide de la lisière, mais ils s'étaient tenus à l'écart au maximum des gens du Dieu-Dragon, trop pleins d'incertitudes, retenant leur souffle jusqu'ici.

« Yo, Riko, vous aussi, bon boulot. Dommage que vous ne puissiez pas participer au banquet. »

Le groupe de Riko avait été chargé par Tikatoras de présenter « , gardien du feu de la lisière » aux « Ailes Bleues ». Mais comme jouer les trois actes prendrait près d'un koku, l'idée était de finir avant le début du banquet.

« Non. Ça ne fait que quelques jours qu'on nous a aussi invités, donc ça ne nous dérange pas... mais , je voulais vous présenter mes excuses. »

« Des excuses ? Pourquoi ? »

« Parce que... ces gens-là aussi, et ceux de la capitale de l'Est, c'est un peu grâce à notre spectacle qu'ils ont été attirés, non ?... »

Et Riko baissa la tête, toute déprimée.

Je lui offris un vrai sourire du fond du cœur : « Qu'est-ce que tu racontes ? »

« On a jugé qu'il valait mieux diffuser les bonnes infos que de laisser courir des rumeurs floues, donc on a accepté votre proposition. Même si ça a fait naître de l'intérêt pour moi ou les gens de la lisière chez plein de monde, vous n'avez pas à vous en faire. »

« Mais... »

« Et si, au final, ça permet de nouer de bons rapports avec plein de gens différents, au contraire, on devrait vous remercier, non ? En fait, le commerce à grande échelle avec la capitale de l'Est a démarré, et ces gens-là aussi ont l'air de vouloir rester calmes. Alors ayez confiance, et continuez à vous donner à fond, d'accord ? »

« Vraiment... c'est vraiment okay ? »

« Ouais. Aujourd'hui aussi, les gens des "Ailes Bleues" doivent attendre votre spectacle avec impatience. »

À force de lui dire ça, Riko retrouva enfin son sourire habituel.

« Compris. Merci. Je vais m'efforcer pour ne pas vous donner de regrets. »

« Ouais, fonce. »

Après cette scène, l'activité du stand prit fin.

Plus de la moitié des gardiens du feu rentrèrent à la lisière, et nous partîmes pour le manoir du comte Sataras. Il restait encore environ un koku avant le début du spectacle de marionnettes, donc les « Ailes Bleues » étaient encore en train de bosser.

D'ailleurs, le groupe de gardes qui les surveillait se limitait aux deux surveillants officiels et leur adjoint. Les gens influents de Genos semblaient baisser leur niveau de vigilance jour après jour.

« Au fait, les unités qui suivaient les traces des "Ailes Bleues" sont toutes rentrées, paraît-il. »

C'est Gazlan=Rutim qui m'apprit ça pendant le trajet vers le manoir. Un messager était allé le signaler au village des Ruu.

« Leur domaine serait à une journée et demie au galop de toto d'ici. Quand les "Ailes Bleues" sont entrés dans la ville-relais de ce domaine, leur identité a été vérifiée très soigneusement. »

« Très soigneusement ? »

« Oui. Eux aussi ont retracé leur parcours pour confirmer qu'ils n'avaient causé aucun trouble dans aucun domaine. Il y a même eu un cas où ils ont capturé des bandits de montagne et les ont remis aux gardes. »

Ça me rappelait quelque chose. Kamyua=Yoshu et la « Troupe de Gyamurei » avaient aussi ce genre d'anecdotes.

(Les mecs du "Parti de la Tempête" aussi, ils ont fini au gibet pour ça, si je me souviens bien.)

Effectivement, les longs voyages sur le continent d'Amushorn comportaient ce genre de dangers. Les « Ailes Bleues » avaient dû surmonter ce genre d'épreuves pour arriver jusqu'à ce Genos.

« Enfin, je pense qu'on peut leur faire confiance sur le fait qu'ils n'ont pas de mauvaises intentions. Après, il faudra juste veiller à ce que les différences de coutumes ne créent pas de malentendus malheureux. »

« Oui. Avec Gazlan=Rutim là, on est tranquille de ce côté-là. »

« Pas du tout. Mais moi non plus, je ne baisserai pas la garde, et je remplirai mon rôle. »

En disant ça, Gazlan=Rutim afficha ce sourire qui rassure quiconque le voit.

Là, l'aîné des Lavitz, qui s'était approché sans qu'on s'en rende compte, renifla : « Hmph. »

« Ceci dit, qui aurait cru qu'on ferait face à des gens du Dieu-Dragon un jour. Et en plus, ils auraient une force comparable aux héros de la lisière, c'est ça ? Moi, je me demande si je suis même à la hauteur pour faire de la garde. »

« Non. Il ne devrait pas y avoir d'affrontement à l'épée avec eux, et je pense que vous avez amplement la force nécessaire... Qu'en pensez-vous ? »

Et Gazlan=Rutim tourna son regard vers , qui marchait à côté de moi.

D'un air fier, en avançant, répondit : « Hum. »

« Les gens du Dieu-Dragon sont des êtres assez particuliers, donc jauger leur force n'est pas facile... mais pour l'aîné des Lavitz, je ne pense pas qu'il soit en reste. »

« Ho ? Je suis peut-être un héros, mais je suis le héros de l'escalade d'arbres, moi. Même là, vous dites que je ne manque pas de force ? »

« Héros de l'escalade veut dire que vous avez une agilité exceptionnelle. Ça aussi, c'est une grande force. Et puis... les gens du Dieu-Dragon non plus, ils n'ont pas tous la même force, apparemment. »

En disant ça, plissa les yeux, pensif.

« D'après ce que j'ai vu, celui qui se détache nettement, c'est Barufaro. Viennent ensuite Duruku et Mado. Les trois autres sont encore abordables. Parmi eux, le seul qui me semble surpasser l'aîné des Lavitz, c'est Barufaro seul. »

« , c'est impressionnant. Voir à ce point la force de l'adversaire, vous avez un sacré œil. »

Quand Gazlan=Rutim exprima son admiration, secoua la tête fermement.

« Rien n'est certain, donc pas la peine de m'admirer. Une chose est sûre, par contre : tous ont des jambes et des hanches d'une solidité à toute épreuve. Du coup, leur axe corporel ne bronche jamais, quelle que soit la situation, et ça donne l'impression que tous sont coriaces. »

Quand je fis involontairement « Ah, je vois », l'aîné des Lavitz me regarda avec un air en coin.

« , t'as l'air d'avoir pigé un truc. Toi, le gardien du feu, tu aurais aussi l'œil pour voir la force de l'adversaire ? »

« Non non, j'ai pas des yeux aussi remarquables. J'ai juste pensé que comme ce sont des marins chevronnés, ils ont des jambes et des hanches solides, c'est tout. »

« Hum ? Pourquoi les marins ont-ils les jambes et les hanches solides ? »

« Un bateau, c'est toujours en train de tanguer, non ? Et lors des longs voyages, y a des tempêtes, alors sans jambes et hanches solides, c'est la vie qui est en jeu, je pense. »

À ma réponse, même et Gazlan=Rutim me regardèrent avec sérieux.

« , toi... tu as déjà monté sur un bateau, par hasard ? »

« Euh ? Ah, ouais. Une ou deux fois, mais... j'ai jamais été dans une tempête, donc c'est juste de l'imagination, hein. »

« Je vois. Toi qui es né et as grandi dans un pays insulaire, tu en sais plus sur la mer que nous. Mais je n'imaginais pas que tu aies une expérience de navigation. »

« Hmph. Donc un bateau, c'est vraiment à ce point secoué ? »

Poursuivi par l'aîné des Lavitz, je répondis : « Probablement. »

« Imaginez que vous êtes debout sur une planche flottant sur une rivière. Juste essayer de garder l'équilibre — ah, non, juste essayer de ne pas tomber — ça a l'air déjà pas mal dur, non ? Un bateau, c'est un peu plus stable, mais ça bouge quand même... et dans une tempête, je pense que même rester debout doit être difficile. »

« Tempête, c'est la pluie et le vent forts ? Et ça secoue à ce point ? »

« Oui. En mer, y a rien pour bloquer le vent, donc ça souffle bien plus fort que sur terre... enfin, c'est mon imagination, hein. »

Devant mon explication hésitante, et les autres tombèrent en pleine réflexion.

« Je vois... Quoi qu'il en est, s'ils passaient leur temps dans un endroit qui bouge tout le temps, c'est normal qu'ils aient des jambes et des hanches solides. C'est pour ça qu'ils ont des mouvements sans la moindre ouverture. »

« Exact. Et ça devient une grande force au combat aussi. Les jambes et les hanches, c'est la source de toute force, après tout. »

« Hmph. Alors si on s'entraîne à se tenir sur une planche flottant sur une rivière, peut-être qu'on aura la même force. »

Après avoir dit ça, l'aîné des Lavitz releva à nouveau les yeux vers moi.

« Mais au fait, est-ce que c'est seulement possible, une chose pareille ? Si un humain monte sur une planche, ça a l'air de couler direct, non ? »

« Faut une sacrement grande planche pour ne pas couler. Plutôt, assembler des rondins serait plus rapide. »

Quand je répondis en imaginant un radeau, l'aîné des Lavitz sourit en coin.

« Tiens, j'ai déjà vu un arbre assez gros flotter sur la rivière de Rant. Probablement un arbre pourri qui est tombé dans la rivière... mais comment un truc aussi lourd peut-il flotter sans couler ? »

« C'est sûrement une question de densité. Le bois contient beaucoup d'air, donc il est plus léger que l'eau et flotte, je pense. »

« Hmph. , en plus du travail du feu, tu as ce genre de connaissances. Pas étonnant que tu te dises venu de l'extérieur du continent. »

L'aîné des Lavitz rit encore plus bêtement.

« En plus, , tu as monté sur un bateau. L'histoire du pays insulaire, c'était pas du pipeau, hein. »

« Oui. L'aîné des Lavitz, vous pensiez que je mentais ? »

« Moi, peu importe. Mais beaucoup de gens doivent croire qu' a juste des troubles de la mémoire. Parce que c'est bien plus simple comme explication. »

L'aîné des Lavitz fit briller ses yeux enfoncés.

« Mais si tout ce qu' dit est vrai... l'histoire devient encore plus compliquée. , né et élevé hors du continent, se serait fait jeter dans la lisière de Morga par une force incompréhensible. Franchir d'une traite une distance qui prend un mois en charrette, ce n'est pas une histoire banale. »

« Mais peu importe à quel point c'est un destin étrange, ce n'est pas la faute d', non ? »

Quand coupa court sèchement, l'aîné des Lavitz rit en claquant de la langue.

« Personne ne remet en cause la responsabilité d'. Mais dehors, évitez d'en parler à la légère. »

« Quoi ? Pourquoi... »

« Si vient vraiment de l'extérieur du continent, on risque de fouiller dans ses origines. Surtout si les diplomates doivent bientôt changer, encore plus. »

resta bouche bée, prise au dépourvu, et Gazlan=Rutim dit d'une voix calme : « C'est exact. »

« Probablement que les gens de la capitale ont cru qu' avait perdu la tête ou avait des troubles de la mémoire, et se sont satisfaits de ça. Mieux vaut ne pas proclamer la vérité selon laquelle est né et a grandi hors du continent. »

« C'est... vrai. » serra les lèvres, puis fit un signe de tête à l'aîné des Lavitz.

« ... L'aîné des Lavitz s'inquiétait pour , et je l'ai repris comme s'il l'accusait. Pardonne-moi. »

« Pas la peine de s'excuser. est aussi un camarade de la lisière, se soucier de lui, c'est normal, non ? »

Sur un ton délibérément badin, l'aîné des Lavitz dit ça.

« Mais bon, tout le monde n'accepte pas l'existence d' sans condition comme toi. Des trucs que toi tu laisses couler, d'autres ne peuvent pas. Hors de la lisière, n'oublie jamais ça. »

« ... Compris. Je te remercie pour ton avertissement, l'aîné des Lavitz. »

s'inclina une nouvelle fois, puis se tourna vers moi.

Ses yeux bleus clignotaient, pleins d'inquiétude. La gorge serrée, je lui répondis : « C'est bon. »

« Moi aussi, hors de la lisière, je ferai gaffe à pas étaler mes connaissances sur la mer et tout. »

« Hum... mais... dire la vérité et se voir douter de ses origines... c'est pas une histoire drôle, ça ? »

« C'est pas grave. Si je peux vivre sans secrets à la lisière, je suis amplement heureux. »

Quand je lui offris un vrai sourire, finit par adoucir son expression.

C'est à ce moment-là qu'on arriva enfin au manoir du comte Sataras. Les gardes devant l'imposante porte nous saluèrent pour nous accueillir.

« Bienvenue au manoir du comte Sataras. Aujourd'hui, c'est bien pour quatorze personnes ? »

« Hum. En plus, y a Jilbé de la famille Fa qui vient avec nous. »

Jiza=Ruu, en tête, répondit d'une voix calme, et l'un des gardes sourit.

« Pardon. Quatorze gens de la lisière, et un chien de garde. Bon, on va inspecter les chars. »

C'était la procédure formelle pour entrer dans un manoir noble, mais les gardes se contentèrent de soulever la bâche des chars pour jeter un œil, de manière purement formelle. Probablement que Liheim leur avait dit qu'aucune précaution au-delà de la forme n'était nécessaire.

Ainsi, nous entrâmes avec les trois chars.

Une fois les totos et les chars laissés devant le manoir, ce fut le déchargement. La plupart des ingrédients devaient être fournis par le manoir, mais la viande séchée et les saucisses, on les avait apportées. Tout ça, bien sûr, aux frais de Tikatoras.

Ces marchandises furent transportées jusqu'à la cuisine par des domestiques à la carrure impressionnante. Pendant ce temps, nous prîmes le bain rituel.

C'était bien un manoir noble, les bains étaient aussi impressionnants que ceux de la ville-château.

L'aîné des Lavitz, qui découvrit une baignoire creusée dans le sol au fond, se tourna vers moi en ricanant.

« S'il y avait eu une planche, j'aurais bien aimé la faire flotter. Les autres chasseurs aussi, ils auraient sûrement été intéressés par l'entraînement dont on parlait tout à l'heure. »

Je ne sus quelle expression faire, et ne pus que répondre : « C'est ça. » Alors qu'il me disait de me taire hors de la lisière, lui-même remettait le sujet sur le tapis, cet aîné des Lavitz a vraiment une personnalité complexe.

(Mais bon, même s'il est tordu, il a la tête qui tourne rond, et au fond, c'est quelqu'un de bienveillant.)

On dirait même qu'il prend des airs tordus pour cacher sa gentillesse. J'ai hâte de voir quelle conversation ils auraient s'il rencontrait Gîzu.

Une fois sortis des bains, seul un vêtement de cuisine blanc m'était préparé. Effectivement, pour un repas où des nobles sont présents, il faut s'habiller comme ça. Bon, être propre ne fait pas de mal, donc je n'avais aucune objection.

On attendit un moment, puis quand les femmes et Jilbé furent prêtes, on partit enfin pour la cuisine.

Là, Liheim nous attendait.

« Yo, bon boulot. Je suis content qu'on ait pu accueillir tout le monde de la lisière aussi vite. »

Devant Liheim de bonne humeur, Reyna=Ruu baissa la tête en souriant. Le banquet de réconfort dans ce manoir, c'était il y a quatre jours.

« Tikatoras aussi, il fait parfois des trucs bien pensés. En plus, vous vous débrouillez bien avec les gens du Dieu-Dragon. Si les gens de la lisière les jugent pas méchants, c'est rassurant. »

« Hum. Tu as assisté à l'interrogatoire, toi aussi, Liheim ? »

À la question de Dari=Sauti, Liheim haussa les épaules : « Bah, ouais. »

« Ils essayaient de s'installer dans la ville-relais, alors mon père et moi, on a dû se pointer. Mais leur taille démesurée, ça m'a scié sur place... ceci dit, pour l'intimidation, Donda=Ruu et Dik=Domu ne leur cèdent en rien. Du coup, j'ai pas eu à trop flipper. »

« Je vois. Et vous avez jugé que les gens du Dieu-Dragon n'étaient pas dangereux. »

« Ouais. Enfin, y a eu l'entremise de Lord Fermes aussi. Sans lui, ça aurait été bien plus galère, je pense. »

Liheim sourit amèrement.

« Je croyais que c'était réglé, et voilà que Tikatoras nous met ce bazar sur le dos. Pouvoir inviter les gens de la lisière, c'estありがたい, mais... je prie juste pour que ça ne finisse pas en bain de sang. »

« Ça ira, sûrement. Tikatoras n'est pas un homme stupide, après tout. »

À la réponse de Gazlan=Rutim, Liheim haussa les épaules : « J'espère bien. »

« De notre côté, on a mis une garde sévère. Vous, soyez tranquilles, concentrez-vous sur la cuisine. Pendant ce temps, on va profiter du spectacle de marionnettes. »

« Oui, on s'en occupe. » Reyna=Ruu répondit avec un visage déterminé.

Ainsi, nous pénétrâmes dans la magnifique cuisine pour entamer le dernier grand travail de la journée.

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