« Ainsi s'achève la cérémonie de mariage. Nous souhaitons recevoir vos paroles de bénédiction pour ces deux êtres au futur prometteur. »
Lorsque le chef de la maison Satlus, Ruidoros, fit cette annonce d'une voix retentissante, ce sont d'abord les personnes de plus haut rang qui montèrent sur l'estrade où attendaient les mariés.
Pendant ce temps, un immense piédestal muni d'une échelle fut apporté, et l'on alluma les feux du lustre au plafond. On mit le feu à toutes les lanternes sur les murs et les tables, et la grande salle se retrouva baignée d'une clarté digne du plein jour.
Puis, des servantes portant des paniers en herbe s'approchèrent de nous. Elles distribuaient des fleurs à offrir aux mariés. Les hommes recevaient des fleurs blanches, les femmes des fleurs jaunes.
« Euh... les femmes offrent des fleurs à la mariée, c'est bien ça ? »
À la question de Yumi=Run, répondit « Oui » en attrapant une fleur jaune.
« Si c'est identique au mariage de Banam, cela doit être le cas. En tout cas, nous n'avons qu'à suivre l'exemple des autres. »
« Mhm. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis toute nerveuse... Ah ? Les gens de Ruu sont déjà en train de bouger ? Pour ce genre de chose, ce ne sont pas les nobles qui passent en premier ? »
« À Banam, l'ordre était l'inverse de l'entrée dans la salle. Dans ce cas, après la famille comtale, ce sont les gens de Moribe. »
La mémoire d' est vraiment impressionnante. Pour ma part, j'avais l'impression qu'elle ouvrait un à un les couvercles de mes souvenirs.
« Comme prévu, je peux compter sur . Puis-je rester collée à toi un moment pour ne pas faire de bêtise ? »
« Fais comme bon te semble. Allons-y. »
Au moment où allait faire un pas, elle baissa soudain les yeux vers ses pieds.
Là se tenaient Jilbe aux yeux brillants et Sachi, à moitié enterrée dans sa crinière. Après avoir plissé les yeux devant cet adorable spectacle, héla une servante qui passait juste à côté.
« Excusez-moi. Même pour des êtres non humains, convient-il d'offrir des fleurs de bénédiction ? »
« Êtres non humains ? » La servante réservée écarquilla les yeux malgré elle.
« Ah, oui, vous parlez de ces gens de maison. Euh, il n'y a pas de précédent, je ne saurais juger... mais d'ailleurs, pour des êtres non humains, n'est-ce pas déjà difficile d'offrir des fleurs ? »
« Je ne pense pas que ce soit le cas. »
prit des fleurs dans le panier et les mit dans la gueule de Jilbe et de Sachi.
Sachi avait l'air de le faire à contrecœur, mais cela n'enlevait rien à son charme. La servante en eut un sourire aux lèvres.
« Quel air ravi ils ont. Les mariés en seront sûrement ravis eux aussi. »
« Alors, offrons-les de notre côté aussi. »
Après cet intermède, nous nous dirigeâmes vers l'estrade.
L'estrade était déjà remplie de nos compagnons de Moribe. Les membres de la lignée légitime semblaient avoir accompli leur rôle, alors nous gravîmes les marches à notre tour.
« Riheim, Seranju, félicitations. C'était une cérémonie merveilleuse. »
« Ah, . Aujourd'hui, on t'a fait travailler de l'autre côté aussi, on dirait. »
Riheim parlait sur son ton décontracté habituel, mais son visage restait sévère et tendu. Il tiraillait la zone de ses sourcils tout en se caressant la joue.
« Mon visage est tout raide, je ne parviens pas à le bouger comme je veux. Excuse-moi pour mon air peu aimable. »
« Ahaha. Vous avez une allure très vaillante. »
Riheim avait à l'origine une beauté noble et bien proportionnée, et aujourd'hui, vêtu de son costume de marié courageux, il dégageait vraiment une prestance supérieure à l'ordinaire.
De son côté, Seranju souriait de bonheur. Elle aussi portait une robe de mariée unifiée en blanc et or, avec une couronne dorée sur la tête, ce qui la rendait encore plus belle que d'habitude.
« À vous deux, félicitations. L'autre jour, merci pour votre mariage également. »
Lorsque Jyo=Run les appela avec son sourire doux habituel, Seranju répondit « Ara » en esquissant un sourire.
« Jyo=Run-sama, Yumi=Run-sama aussi... Merci pour aujourd'hui. Partager la même joie à moins de dix jours d'intervalle, c'est sûrement la guidance du Dieu d'Occident. Un jour, il faudra que je vous invite tous les deux à un dîner ici ? »
« Bein... un dîner chez des nobles, je saurais pas quoi faire ni comment me comporter... mais c'est gentil de le dire. »
Yumi=Run sourit aussi et tendit une fleur blanche.
« Désolée de pas savoir comment parler, mais en tout cas, félicitations. Construisons tous les deux un beau foyer, d'accord ? »
« Oui. Permettez-nous de vous prendre pour modèle. »
Seranju n'avait l'air que heureuse, sans aucune trace d'effroi face à ce banquet grandiose. C'était une dame noble qui ne dégageait pas une personnalité particulièrement forte, mais en ce sens, elle semblait avoir du cran.
Et quand offrit sa fleur jaune, Jilbe s'avança d'un pas. Seranju sourit « Ma » comme la servante tout à l'heure.
« Quelle apparence adorable. Euh... c'est Sachi-sama, n'est-ce pas ? Merci, Sachi-sama. »
La fleur jaune que tenait Sachi fut prise par Seranju. Un sourire crispé apparut aussi sur le visage de Riheim.
« Merci, héros de première classe. Je prie pour que toi aussi tu trouves une belle épouse. »
Jilbe remit la fleur blanche en remuant la queue d'un « Waf » énergique.
Après avoir accompli notre rôle, nous nous retirâmes pour laisser la place à Rei=Matua et aux autres qui nous suivaient. En descendant les marches, Yumi=Run poussa un petit soupir.
« Ah~ mes épaules sont toutes raides. Mais le vrai spectacle commence maintenant~ »
« C'est vrai. Mais Yumi, tu n'as qu'à te comporter comme d'habitude, et tu pourras créer des liens avec n'importe qui. C'était déjà le cas lors des précédents banquets, non ? »
« Mais là, ce que je porte sur les épaules, c'est pas la même chose~ Enfin, j'ai pas l'intention de me prendre la tête non plus. »
Alors que Yumi=Run laissait échapper un sourire insolent, une petite silhouette accourut à petits pas. C'étaient Rimi=Ruu dans un adorable costume de banquet, et Rudo=Ruu qui la poursuivait.
« , je t'attendais~ ! Aujourd'hui aussi, mangeons ensemble les plats du banquet~ ! »
« Oui. Mais Rimi=Ruu, toi aussi tu as accompli un grand rôle, non ? On ne t'a pas dit de t'occuper des nobles ? »
« Si ! Lala et Yamil=Rei sont là, alors on m'a dit que Rimi pouvait faire ce qu'elle voulait~ ! »
Quand Rimi=Ruu l'enlaça tout sourire, plissa les yeux avec joie en disant « C'est vrai. »
« De toute façon, on finira bien par se faire encercler par les nobles. Avant qu'on ne puisse plus bouger, remplissons nos ventres. »
« Alors nous aussi, on peut suivre l'exemple de tout le monde ? »
C'est ainsi que ce jour, nous nous déplaçâmes à six personnes et deux bêtes.
Moi et , Rudo=Ruu et Rimi=Ruu, Jyo=Run et Yumi=Run, ainsi que Jilbe et Sachi, une combinaison des plus variées. Mais en dehors de Rimi=Ruu et des deux non-humains, c'était un groupe aux écarts d'âge relativement faibles.
(Du coup, les plus âgés, c'est moi et ... À l'avenir, ce genre de combinaison va peut-être augmenter.)
Tandis que je m'immergeais secrètement dans cette émotion, Rudo=Ruu qui marchait en diagonale devant nous lâcha un « Allez, bouffe, bouffe », bien peu digne d'un banquet.
« Putain... Ce genre de jour, on se fait sentir des odeurs appétissantes du matin au soir, alors même qu'on bouge pas beaucoup, le ventre se met à crier famine. »
Quel que soit son apparence vaillante, le côté gamin de Rudo=Ruu ne changeait pas. Mais avec ce groupe, la pression des regards alentours ne faisait qu'augmenter. Rudo=Ruu et Jyo=Run étaient tous deux de beaux garçons de types différents, et et Yumi=Run étaient des beautés indéniables. Moi, avec la jeune Rimi=Ruu, je voulais jouer le rôle de neutralisant.
« ... Aujourd'hui encore, ce sont les visages de gens non-nobles qui ressortent. De plus, il y a pas mal de visages qu'on n'avait pas vus lors des précédents banquets. »
Tout en avançant avec la réserve d'une dame noble, promenait son regard sans baisser sa garde. Effectivement, par ici, beaucoup portaient des brassards et des écharpes écarlates, signe de visiteurs extérieurs. Tous portaient de magnifiques tenues de banquet, mais certains laissaient transparaître leur nervosité.
« Euh... aujourd'hui, parait qu'y a aussi des présidents de guildes marchandes d'autres territoires d'invités. Du coup, les gens de Moribe ont dû réduire un peu leurs effectifs~ »
« Hein~. Le nombre de nobles non plus, on peut pas le réduire, alors faut bien ajuster quelque part~ Ceci dit, Rimi=Ruu est drôlement bien informée. »
« Lala parle de tout ça avec plein de gens, du coup Rimi a mémorisé~ ! J'aurais voulu que Tara et les autres soient invitées aussi~ ! »
« Jusqu'à Dareimu, c'était peut-être trop. Enfin, les liens profonds de Satlus, c'est plutôt avec les marchands, non ? »
Rimi=Ruu et Yumi=Run discutaient avec entrain. Eh bien, toutes deux étant l'incarnation de la sociabilité, c'était une conséquence naturelle. De plus, toutes deux entretenaient des liens profonds avec Tara.
« Oh, par ici c'est animé. »
Arrivés à la première table, nous y trouvâmes les membres du clan Sauti réunis. Dali=Sauti, Miru=Fey=Sauti, et le jeune couple de chefs de famille de Vera.
« Les plats d'ici aussi ont l'air excellents. C'est bien l'œuvre de Reyna=Ruu. »
« Ah, ce sont des plats de Ma=Tino. »
À mes mots, Yumi=Run fit « Hé » avec intérêt.
« C'est ça, le truc dont on a parlé~ ? Effectivement, y a l'air d'y avoir pas mal de nouvelles techniques. »
« Oui. C'est le fruit des recherches de Reyna=Ruu. »
Lors de la séance d'étude de quelques jours plus tôt, ma proposition avait stimulé l'esprit d'exploration de Reyna=Ruu. C'étaient des plats conçus pour enseigner à Serufoma, cuisinier du château royal de Lao, comment utiliser les ingrédients de la capitale du royaume du Sud.
« Ah~, jusqu'à y a peu, on nous en servait à gogo même aux dîners officiels. Ces derniers jours, on n'en a pas vu, par contre~ »
« Mhm ! Les plats de Ma=Tino, c'est bon~ ! Rimi, j'adore ! »
Sur les traces du frère et de la sœur bien entendus de la famille Ruu, nous nous fîmes servir ces plats.
L'un était des rouleaux de viande de Ma=Tino, l'autre un plat vapeur-grillé. La base des deux était de la viande de Giba et du Ma=Tino, semblable à de la laitue.
Les rouleaux de Ma=Tino enveloppaient de gros morceaux de Ma=Tino dans de fines tranches de poitrine de porc, les faisaient griller à l'huile de Hoboï jusqu'à ce qu'ils soient parfumés, puis les finissaient avec une sauce sucrée-salée à base de Maromaro, semblable au doubanjiang, mariné dans du Chitt. Ce que j'avais transmis, c'était jusqu'à enrouler le Ma=Tino dans la poitrine ; l'assaisonnement était l'invention de Reyna=Ruu.
Le Ma=Tino étant extrêmement tendre, une légère cuisson suffit à le rendre parfaitement mangeable. Pour faire un plat similaire avec du Tino semblable au chou ou du Tinfa semblable au chou chinois, il faudrait le mijoter longuement comme des rouleaux de chou. Mais ici, c'est un plat grillé, donc complètement différent d'un mijoté.
Le Ma=Tino légèrement cuit est mollement tendre, mais découpé en morceaux d'une certaine taille, il crée une texture unique. Le goût fort est laissé à la viande de Giba et à la sauce, pour un résultat purement rafraîchissant. Leur mélange dans la bouche crée un charme unique tant par le goût que par la texture.
De l'autre côté, le plat vapeur-grillé était servi avec de la cuisse de Giba et des champignons Eira semblables à des matsutake. Ces ingrédients étaient cuits à la vapeur avec un bouillon d'algues, puis finis avec une sauce à base de Kainjan, semblable à la sauce huître. Celui aussi, je n'avais transmis que la base, et Reyna=Ruu avait inventé l'assaisonnement.
Ici aussi, la tendreté du Ma=Tino était exploitée. Le Ma=Tino, déjà tendre à la base, atteignait une texture de mijoté en peu de temps de cuisson vapeur, et absorbait abondamment le bouillon. Inversement, le Ma=Tino se délitait immédiatement s'il était mijoté, donc une astuce était nécessaire pour le cuire.
« Comment dire... comme la texture est légère, on a l'impression de pouvoir en manger indéfiniment. Si on ne fait pas attention, nous seuls risquons de tout manger. »
Lorsque Dali=Sauti plaisanta ainsi, Yumi=Run rit « Ahaha ».
« Mais je comprends ce que tu veux dire~ Avec du Tino ou du Tinfa, la tenue est solide, alors on a pas cette impression~ Effectivement, c'est un plat qui ne peut exister qu'avec du Ma=Tino, je pense. »
« Mhm. Si tu veux, essaie de l'utiliser pour tes dîners aussi. »
« C'est pas l'envie qui manque, mais l'important c'est l'assaisonnement~ Sans avoir bien demandé les détails à Reyna=Ruu, on arrivera pas à un aussi beau résultat~ »
Après avoir dit cela avec un sourire innocent, Yumi=Run se tourna vers les gens de Sauti. Dali=Sauti souriait avec aisance, mais les trois autres avaient des visages assez sérieux en observant Yumi=Run. Ils n'avaient pas assisté au mariage de Yumi=Run, et c'était leurs retrouvailles après longtemps.
(Les gens de Sauti et de Vera n'ont pas de liens de sang directs, donc la distance est un peu délicate.)
La sœur du chef de famille de Vera s'est mariée dans la famille Fou. Donc les gens de Vera sont de la famille de Fou, mais ils n'ont pas de liens de sang avec les Run.
Et Sauti est la famille parente de Vera. Pour Sauti, même Fou n'est pas de la famille, et la relation avec Run en arrive à un « famille de la famille de la famille » bien compliqué.
Ce qui est complexe, c'est que la sœur du chef de famille de Vera est, pour Yumi=Run, indéniablement de la famille.
Chez Domu et Rutim, Nahamu et Beimu aussi, ce genre de relations complexes doivent exister. Ainsi, ce mariage sans précédent par rapport aux autres familles a encore beaucoup de parts non réglées.
« Pour Miru=Fey et les autres, c'est une rare occasion de tisser des liens avec Yumi=Run. Mais il me semble que cela devrait se faire en attendant une occasion au village de Moribe. »
Dali=Sauti intervint avec un sourire magnanime.
« Aujourd'hui, en tant que compagnons de Moribe, il faut approfondir les liens avec les gens de l'extérieur. Yumi=Run elle-même, si elle s'occupe des gens de Moribe dans ce genre de lieu, ne fera qu'accumuler de la fatigue. »
« Ah, oui. Si vous faites ça, ça m'arrange... mais je peux pas non plus mettre les gens de Sauti et Vera au second plan. Si y a un truc, dites-le-moi sans hésiter. »
Alors, Miru=Fey=Sauti plissa un peu les yeux avec douceur et répondit « Non ».
« En effet, c'est comme le dit le chef Dali. Si on s'occupe des compagnons de Moribe et qu'on met de côté l'échange avec les gens de l'extérieur, on perd la face. Surtout aujourd'hui, on devrait se concentrer sur les deux qui ont célébré leur mariage. »
« Oui. Prochainement, faisons en sorte que les familles Sauti et Fou s'échangent du personnel. Ici aussi, beaucoup de gens s'intéressent à Yumi=Run. »
« Mhm. À ce moment-là, je vous accueillerai à fond en tant que gens de la maison Run. »
Yumi=Run répondit aussi avec un sourire fort.
Jyo=Run observait tranquillement cette Yumi=Run. Pas par désintérêt, mais par une volonté de prioriser les sentiments de Yumi=Run.
« C'est bien compliqué, hein~ Tout serait plus simple si tout le monde fonçait comme Dan=Rutim, non ? »
Rudo=Ruu, lui, faisait complètement figure d'étranger en mangeant goulûment le plat de Ma=Tino. Rudo=Ruu était précisément le type qui valorisait l'autonomie avant tout.
« Ces plats sont faciles à manger, mais du coup ils ne tiennent pas au ventre. Ne devrions-nous pas regarder les autres plats ? »
, elle, portait son attention dans une autre direction. Au bout opposé de la table, d'autres plats étaient servis.
« Nous n'avons encore mangé que ces deux plats. Remplissons nos ventres avant d'être encerclés par les nobles. »
Menés par Dali=Sauti qui disait cela, nous nous mîmes à nous déplacer en file.
Sur l'estrade, c'était le tour des nobles de rang inférieur aux maisons ducales et comtales d'offrir leurs bénédictions. De plus, les nobles de haut rang étaient maintenant dans le créneau où ils recevaient les salutations, donc ceux qui profitaient du repas dans la grande salle étaient presque tous des non-nobles.
Les non-nobles n'étant pas habitués aux banquets de la ville-château, ils n'en semblaient pas encore à vouloir approcher les gens de Moribe. Profitant de cette faille, nous décidâmes de satisfaire notre appétit pour l'instant.
Ce qui était préparé de l'autre côté de la table, c'étaient encore des plats utilisant des ingrédients de la capitale du royaume du Sud.
Cependant, ceux-ci avaient un certain volume. Ils devaient tenir au corps autant que les plats à base de glucides.
« Ah~, c'est ça~ Ce truc, faut un peu de temps pour s'y habituer~ »
« Hmm. Rien qu'à l'apparence, il est difficile d'imaginer ce qu'il y a à l'intérieur. »
Dali=Sauti promena son regard avec intérêt.
Ce qui y était préparé, c'étaient des fritures. Reyna=Ruu n'avait pas épargné ses efforts pour proposer aussi des fritures.
« Rimi, elle a aimé ça dès le début~ ! , toi c'était comment ? »
« La première fois que j'en ai mangé, j'ai été quelque peu décontenancée. Ce n'était pas raté, mais... comme il n'y a pas d'autre plat similaire, j'ai eu un sentiment d'inquiétude. »
Les avis étaient partagés.
Dali=Sauti et les autres, qui découvraient ce plat pour la première fois, semblaient d'autant plus stimulés dans leur curiosité.
« À ce point, c'est un plat étrange. Ces derniers temps, c'est rare, me semble-t-il. »
« Oui. On a souhaité apprendre à Serufoma comment utiliser les ingrédients de la capitale du Sud, et on a fait pas mal d'essais-erreurs. Je pense qu'on a obtenu des plats intéressants, proportionnellement aux efforts. »
« Je vois. » En répondant ainsi, Dali=Sauti reçut une petite assiette du valet chargé du service.
Sur la petite assiette reposaient trois fritures. L'une était une boulette de viande de Zegu salé, semblable au crabe, une autre un kakiage de Regii semblable au gobou — et la dernière était le fruit des essais-erreurs de Reyna=Ruu et moi.
Le Zegu et le Regii étaient impeccables. Comme le dernier était excentrique, on avait dû les servir ensemble comme des plats innocents. Le Zegu dessalé avait un goût de crabe charmant, et la sauce de poisson légèrement incorporée était agréable. Le kakiage de Regii était nappé d'une fine sauce mentsuyu, avec une texture ferme et un parfum grillé excellents.
Et quand on porta le dernier à la bouche, le chef de famille de Vera émit un étrange « Ngu ».
Sa compagne mangea la même chose en clignant des yeux.
« Qu... qu'est-ce que c'est ? Diverses saveurs s'entremêlent de façon complexe... c'est comme un plat de la ville-château. »
« Au final, c'est le résultat obtenu. Ce sera peut-être un goût plus apprécié des gens de la ville-château que des gens de Moribe. »
« Hmm... mais ça n'a pas l'air si désagréable à manger. »
Dali=Sauti montra un sourire amusé.
« Cependant, c'est assez surprenant. C'est sûrement... le fruit Matra, non ? »
« Oui. C'est une friture de Matra et de fromage sec. Pour l'arôme, on utilise aussi du vin de fruit rouge. »
Le Matra est un fruit semblable à du kaki séché. On superpose des tranches fines de Matra et du fromage Gामा semblable au camembert, on ajoute une sauce de vin de fruit rouge mijoté, on enveloppe le tout dans une pâte à la japonaise, et on en fait une friture.
Le Matra est réputé plus sucré que le sucre. Cependant, ce n'est pas une douceur persistante, et sa texture en bouche est extrêmement nette. Mais jusqu'ici, il n'était utilisé que comme ingrédient de pâte de haricots, donc on a cherché une nouvelle utilisation.
Il existe d'autres ingrédients à haute teneur en sucre, comme le Toripu semblable à la courge ou le No=Giigo semblable à la patate douce. Le sucre et le miel sont aussi abondamment utilisés en cuisine. Juste parce que c'est sucré, il n'y a pas de raison de l'écarter de la cuisine.
Mais le Matra est intensément sucré. Pour le Toripu ou le No=Giigo, on peut modérer la douceur par la cuisson, mais le Matra est fondamentalement sucré. Pour contrer cette douceur, une saveur forte est nécessaire — c'est pourquoi on a choisi le fromage sec Gामा et le vin de fruit Momaria rouge.
Ma première idée fut le fromage sec, et je me disais que le fromage sec irait bien avec un vin de fruit rouge. Mais dans un mijoté ou un plat en sauce, le Matra fondu crée une viscosité terrible, et un grillé risque de brûler, donc on a opté pour la friture.
Le vin de fruit était mijoté à l'avance, mais le Matra et le fromage sec étaient juste frits dans l'huile de Reten.
Le Matra et le fromage sec ont tous deux une texture gluante, qui est quelque peu neutralisée par l'épaisse pâte. Et la forte douceur et la saveur s'entremêlent dans la bouche, aboutissant à un résultat assez unique.
Le Matra est un fruit extrêmement sucré, mais il a bien sûr sa propre saveur. Une saveur unique, semblable au kaki séché, ni tout à fait acide ni tout à fait amère. Elle s'harmonisait de façon assez amusante avec la forte saveur du fromage sec.
Et en plus, le vin de fruit mijoté ajoute une saveur raffinée. Au début, on y mettait aussi du vinaigre et de l'huile de tau, mais au final, seul le vin de fruit fut adopté. Le Matra et le fromage sec suffisaient à créer une saveur et un goût suffisamment complexes, pour éviter un résultat excessif.
Pour moi, c'était une réussite sans reproche, et Reyna=Ruu en fut grandement impressionnée, l'intégrant au menu du jour. et Rudo=Ruu ont mis du temps à s'y habituer, mais ils ont fini par penser que comme accompagnement, il n'y avait rien à redire. Lors de la séance d'étude de la hutte du kamado de Fou, Yumi=Run et les autres l'avaient aussi assez bien accueilli.
« Je ne dirais pas que c'est "délicieux au plus haut point", et... j'ai pas envie d'en manger plein non plus... mais... c'est un plat amusant, dirait-on. »
D'un air indéchiffrable, le chef de famille de Vera le dit à sa façon.
Yumi=Run sourit « C'est ça~ » en acquiesçant.
« Y a ni viande ni poisson ni légume, alors au début j'ai pensé "c'est quoi ça", mais. Étonnamment, ça va bien avec l'alcool, non ? »
« C'est vrai. En snack pour l'alcool, c'est pas si mal non plus. Enfin, moi je suis pas encore en position de parler d'alcool. »
À mes mots, Yumi=Run frappa dans ses mains.
« Dis donc, , t'as pas dit que tu pourrais boire à 20 ans ? Justement, c'était ton anniversaire l'autre fois, non ? »
« Ouais. Mais je viens juste de commencer, alors. Pour l'instant, je compte en profiter juste à la maison. »
En répondant ainsi, je jetai un coup d'œil vers .
, qui ne buvait pas d'alcool hors de Moribe, avait accepté ma proposition de bon gré. mâchait la friture de Matra et me rendit un regard doux.
« Rimi aussi, Jiba-baba aussi, elles adorent ce plat, et Donda-papa aussi avait l'air de bien aimer~ ! Mais Kota, il avait un peu de mal~ ! »
« Ah, pour les petits, la saveur est peut-être trop forte. Kota=Ruu aussi, quand il sera grand comme Rimi=Ruu, il aimera peut-être. »
« Pff. Entre Rimi et Kota, y a pas une telle différence~ »
« Si, y en a ! » Et Rimi=Ruu tapota le dos de son frère par petits coups. Mais ses sourcils étaient relevés tandis que ses yeux riaient, une scène charmante.
Peut-être parce que personne d'étranger n'approchait, c'était une douceur comme au banquet de Moribe.
Mais puisque nous sommes allés jusqu'à la ville-château, nous devrions profiter des échanges avec divers partenaires. En jugeant ainsi, nous quittâmes les gens de Sauti pour chercher d'autres échanges et d'autres plats de banquet.