=Ruu était en pleine effervescence.
La famille du comte Satulas lui avait confié la cuisine d'un banquet.
Depuis qu'elle assumait ce genre de tâche, un certain temps s'était écoulé, mais quelque soit le nombre de fois qu'elle la répétait, il lui était difficile de contenir l'ardeur qui brûlait en sa poitrine.
La date était fixée au 13e jour de la Lune jaune, trois jours après le banquet d'adieu qui avait vu le départ de la délégation de la capitale orientale. Le fils aîné du comte Satulas, Leihaim, avait fait sa proposition lors de ce banquet, et dès le lendemain, les trois chefs de clan avaient donné leur aval.
Après avoir terminé leur commerce de rue, =Ruu et les siens s'étaient mis en route vers la ville-château.
Sur ce court trajet, la cadette, Rimi=Ruu, laissa éclater un rire joyeux.
« -sœur, t'as encore les sourcils tout froncés ! »
L'aînée des trois sœurs, Lara=Ruu, haussa les épaules avec un air résigné.
« Bon, se motiver c'est pas mal en soi. Mais faut pas se crisper comme ça dès le chemin, non ? »
« Ouai ouai. Se prendre la tête pour rien, ça fatigue seulement, hein. Même pour le boulot de chasseur, on dit que l'important c'est de savoir lâcher prise, tiens ! »
C'est le cadet, Rudo=Ruu, qui lança ça depuis le siège du cocher où il tenait les rênes. Enfin, l'aîné des frères, Jiza=Ruu, prit la parole à son tour.
« , à chaque fois, elle fait face aux gros chantiers en affichant une telle détermination qu'on ne peut pas systématiquement le nier. C'est plutôt vous autres qui, en la chambrant comme ça, risquez de lui faire perdre sa concentration. »
« Hé hé. Mais Jiza-frère, toi, depuis gamin, t'as toujours été doué pour cacher ton jeu, quoi. »
« C'est un tempérament inné, et ce n'est pas parce que c'est vrai pour moi que c'est la bonne méthode pour tout le monde. Nous devons croire en la force de et la veiller en silence, voilà tout. »
« Hé hé. Pourtant, aux banquets de la ville-château, on dirait bien que Jiza-frère aussi il sait pas trop comment prendre -sœur, hein ? »
« R-Rudo, tais-toi ! »
=Ruu sentit ses joues chauffer et jeter un regard timide vers Jiza=Ruu.
Jiza=Ruu lui renvoya un regard calme et posé.
« Au banquet de la ville-château, moi je cherche l'échange avec les nobles, et toi avec les gardiens du feu. La différence est là, mais ça ne veut pas dire que tu as tort. … Disons qu'en pareil lieu, il te faudrait tout de même un peu plus faire attention à ton entourage. »
« … Oui. Je ferai attention. »
Comme seuls des membres de la famille étaient du voyage, l'ambiance de la maison s'était 그대로 transposée sur le chariot. Pour les travaux chez les Satulas, c'était à peu près toujours cette équipe qui se déplaçait. Il y avait en fait un autre passager, Shin=Ruu=Shin, qui se tenait aussi sur la plateforme, mais il avait coutume d'observer ces agitation d'un œil paisible.
Un second chariot suivait avec le personnel féminin d'appoint et les chasseurs de garde. Puisque le banquet du jour était de belle envergure, on avait réuni au total sept gardiens du feu. De quoi redoubler l'ardeur de =Ruu.
La responsable de ce chantier, c'était elle. Les commandes des Satulas étaient toujours traitées par les seuls membres du clan Ruu. Le fils aîné Leihaim portait une attention toute particulière à =Ruu, elle ne pouvait pas trahir cette confiance.
« Mais dis donc, aujourd'hui Roy et les siens sont aussi invités, c'est ça ? D'habitude c'est juste Rimi et les autres qui préparent, c'est rare, non ? »
Quand Rimi=Ruu posa la question, Lara=Ruu, qui était au courant des coulisses, expliqua.
« Le père de Célange a dit qu'il voulait comparer la cuisine de l'Étoile d'Argent avec la nôtre. Apparemment, pour une famille vicomtale, réserver à l'Étoile d'Argent c'est pas évident. »
« Hmm. Shishaku-ke te, c'était quoi encore ? »
« Une famille vicomtale, c'est une famille vicomtale. Une lignée issue d'une famille comtale ou marquisale… pour dire comme chez les Moribe, ce serait comme une parenté, peut-être. »
« Hé hé. Donc une maison plus petite que la branche principale ? »
« C'est mal dit, mais les familles vicomtales et baroniales de Genos, ce ne sont que des nobles de nom sans territoire, parait-il. En occupant une charge officielle, ils se voient octroyer une belle demeure. »
C'était là un savoir qui surpassait de loin celui de =Ruu. C'est pour sa finesse dans le dialogue avec la noblesse qu'on faisait appel à Lara=Ruu à chaque fois pour ce genre de mission.
« Du coup, le père de Célange, le chef de la famille vicomtale Mardel — donc le chef de maison. La branche principale, les Satulas, leur fille Célange entre dans la famille par mariage, c'est le schéma. »
« Hé hé. Les Mardel sont parents des Satulas ? »
« En théorie, c'est une branche issue des Satulas. Mais ils ont aussi fait des mariages avec des familles issues des Turan ou des Dalme, donc leur position diffère un peu de ce qu'on appelle parenté chez les Moribe. »
« Hé ! Comme quand les Rutim et les Domu ont scellé un lien de sang ? C'est marrant, ça ! »
« Pour les concernés, c'est pas drôle du tout, apparemment. Les liens de sang chez les nobles, c'est encore plus inextricable que chez les Moribe. »
Face à ces mots de Lara=Ruu, Jiza=Ruu réagit par un « Hou » intéressé.
« Plus inextricable que chez les Moribe ? Si tu veux bien m'expliquer. »
« Hum… Disons que si la famille vicomtale Mardel fait un mariage avec une famille de la lignée Dalme, les liens se resserrent de ce côté. Du coup les Mardel penchent vers les Dalme, ce que les Satulas voient d'un mauvais œil. Parce que les vicomtes et barons, ils occupent des charges et participent à la gouvernance de Genos. En gros, c'est le nombre de parents qu'on a qui décide de qui a le dessus dans la ville. »
« Hmm… »
« Du coup, aux moments clés, ils reforgent un lien de sang avec la famille comtale principale pour approfondir les liens. Cette fois aussi, le mariage de Leihaim et Célange a dû être décidé dans ce cadre. »
« Hé hé. Mais Leihaim et Célange, ils s'aiment bien, non ? »
À la question directe de Rudo=Ruu, Lara=Ruu acquiesça d'un « Oui ».
« Mais c'est peut-être juste une bonne compatibilité par hasard. Y a des cas où on force des gens qui s'aiment pas à se marier. Ça s'appelle un mariage politique, parait-il. »
« Euh ! Se marier sans s'aimer ? C'est pas drôle, ça ! »
Rimi=Ruu s'écria, yeux ronds, et Lara=Ruu hocha à nouveau la tête d'un air mûr.
« Mais y a aussi des cas où, une fois mariés, la compatibilité s'avère pas si mal. … Quoi qu'il en soit, c'est une vie plus contrainte que chez les Moribe, c'est sûr. »
« Mm. Nous aussi, pour approfondir les liens de sang, on fait se rencontrer hommes et femmes… mais si le concerné refuse, le mariage n'a pas lieu. »
« Ah, si c'est permis, Vina-sœur aussi elle aurait été mariée avant de rencontrer Shimiral=Ririn, hein ! »
« Mm. Gazlan=Rutim aussi, du reste. Ne pas se marier passé vingt ans, ça va pas selon la coutume, mais forcer le mariage, ça n'est pas permis non plus. »
« Du coup, -sœur aussi elle peut encore profiter de sa liberté, hein ! »
Au mot lancé sans arrière-pensée par Rudo=Ruu, =Ruu se raidit involontairement. Elle venait tout juste d'atteindre ses vingt ans.
Elle risqua à nouveau un regard vers Jiza=Ruu — son frère sévère mais bienveillant poussa un soupir discret. =Ruu s'inclina intérieurement.
(Jiza-frère, pardon. Moi, je veux encore… ne penser qu'à la cuisine.)
Même mariée, elle pourrait continuer le commerce de rue. Mais si un enfant naissait, ce ne serait plus possible. En observant le départ de Sheila=Ruu, qui avait été coresponsable avant elle, =Ruu avait douloureusement pris conscience de cette réalité.
(Vina-sœur, Ama=Min=Rutim, et même Rii=Sudra, elles ont toutes dû se retirer à la naissance de leur enfant… du coup, récemment, ce sont presque que des jeunes filles qui rejoignent le commerce de rue.)
Puisque ces aînées s'étaient retirées, =Ruu était devenue la deuxième doyenne parmi les membres du clan qui tenaient le stand. La seule plus âgée qu'elle était Yamil=Rei, qui n'avait toujours pas marié pour des raisons complexes. Oura=Rutim, qui aidait temporairement, s'était aussi retirée à la naissance de l'enfant d'Ama=Min=Rutim.
Si on compte les clans alliés qui soutiennent la famille Fa, il y en a peut-être d'autres plus âgés, mais ce sont des détails. L'essentiel, c'est que parmi les Ruu, =Ruu était de celles qui avaient reçu l'enseignement d' depuis le plus longtemps, et c'était à ce titre qu'elle assumait maintenant d'importantes responsabilités.
=Ruu considérait cette position comme irremplaçable. Sans doute une position est-elle un élément crucial qui façonne l'être humain.
Donda=Ruu, en tant que chef de clan, et Jiza=Ruu, pressenti comme le suivant, avaient tous deux œuvré à devenir à la hauteur de leur rôle, et en étaient devenus d'autant plus admirables. =Ruu en était fière par-dessus tout, et souhaitait ardemment leur ressembler.
(Si j'avais l'âge de Rimi, je m'en ferais pas autant… mais alors j'aurais pas été choisie comme responsable, hein. En y pensant, Tour=Din, elle est vraiment incroyable.)
Alors que =Ruu poussait un soupir, Lara=Ruu approcha son visage.
« Tout à l'heure j't'ai un peu taquinée, mais pour le travail du feu, c'est sur -sœur qu'on compte. Fais pas gaffe à ce que disent Rimi et moi, et donne-toi à fond aujourd'hui encore. »
« Euh ? Ah, non, c'est pas pour ça que je m'en faisais… »
=Ruu commença de répondre, mais Lara=Ruu lui fit un clin d'œil qui signifiait de s'arrêter là.
Sans doute la perspicace Lara=Ruu avait-elle percé son cœur à jour. Mais quelque soit le volume de sa voix, elle ne pouvait tromper l'ouïe des chasseurs, alors elle n'avait pas abordé le sujet du mariage. Reconnaissante de cette attention, =Ruu lui rendit son sourire.
« Allez, on arrive à la ville-château. Tout le monde, préparez-vous ! »
Sur ces mots de Rudo=Ruu, le chariot s'immobilisa.
Quand =Ruu et les siens descendirent de la plateforme, un pont-levis s'offrit à eux. Ils le franchirent pour commencer par les formalités d'entrée.
Lorsqu'ils étaient conviés aux banquets de la ville-château, on les transportait d'ordinaire en beaux chariots attelés. Mais ces derniers temps, pour les travaux chez les Satulas, on utilisait les laissez-passer remis à l'avance. C'était le résultat de la demande de Jiza=Ruu de ne pas traiter les gens des Moribe de façon spéciale, que les Satulas avaient acceptée.
« C'est pas bien loin, mais c'est quand même plus marrant de mener son toto soi-même, non ? »
« Oui oui ! D'habitude on a pas trop l'occasion d'observer la ville-château, hein ! »
Rudo=Ruu et Rimi=Ruu manifestaient leur joie de ce traitement.
=Ruu, elle, aurait trouvé plus commode qu'on vienne les chercher en voiture — mais ça risquait de passer pour « elle s'intéresse qu'à la cuisine, celle-là », alors elle se tut.
Une fois le laissez-passer présenté au pied de la porte, ils remontèrent dans le chariot pour gagner le lieu prévu.
Le lieu du jour était l'hôtel particulier des Satulas en ville. Un endroit qu'ils connaissaient bien, Rudo=Ruu n'eut aucun mal à s'y rendre. Rimi=Ruu, elle, penchée hors du siège du cocher, profitait à fond de la visite.
« Bienvenue. Nous comptons sur vous aujourd'hui. »
À leur arrivée au manoir, une foule de servantes et de pages les accueillit.
C'était un manoir aussi magnifique que l'ancien pavillon d'hôtes des comtes Turan. Le bâtiment lui-même était peut-être plus grand là-bas, mais l'hôtel des Satulas n'avait rien à envier au château de Genos ni au petit palais pour le faste de sa décoration.
« Alors d'abord, je vais vous guider aux bains. »
L'ordre immuable. Ceux qui cuisinent pour les nobles doivent se purifier avant d'entrer en cuisine.
Les bains étant séparés hommes-femmes, chacun y fut conduit par ses guides respectifs. Sept femmes : les trois sœurs Ruu, plus les femmes des clans Rei, Rutim, Maamu et Mufa. Cinq hommes : les frères Ruu, Shin=Ruu=Shin, et les hommes des clans Maamu et Mufa.
« V-Vraiment, tout est en pierre, jusqu'au bout. Depuis qu'on a quitté la ville-relais, à peine un demi-koku s'est écoulé… on a l'impression d'avoir atterri dans un autre monde. »
Dans le vestibule, en retirant ses habits de Moribe, la femme de Mufa laissait échapper cette impression. C'était son premier travail en ville-château.
« C'est vrai. Moi non plus, je m'habitue pas à l'allure de la ville-château. Mais… les Moribe et la ville-château, c'est la même terre de Genos. Y a rien à craindre. »
C'est la femme de Maamu qui répondit ainsi. Elle non plus n'avait guère d'expérience en ville, mais elle avait participé à l'expédition à Banam.
C'était uniquement parce que Ji=Maamu, l'aîné de la famille principale Maamu, avait été choisi pour assister au mariage de Welheid. Puisqu'il convenait que le banquet soit servi par des gens de la même maison, elle avait dû l'accompagner.
Mais depuis, ses talents de gardienne du feu avaient fait un bond. L'expérience d'avoir cuisiné pour un mariage noble en terre étrangère lui avait donné confiance et fierté. Aujourd'hui, on lui confiait la préparation du commerce de rue et même la responsabilité des affaires Turan.
(C'est ça aussi, sûrement : la position fait grandir l'homme.)
Tirant cette leçon, =Ruu avait intégré la femme de Mufa à cette mission. Le clan comptait encore des gardiennes du feu prometteuses comme Maimu, Yamil=Rei ou la femme de Min, mais elle avait sciemment choisi de donner sa chance à celle qui manquait d'expérience.
Honnêtement, pour ce genre d'événement, on voudrait aligner les plus compétentes. Actuellement, l'ordre serait : =Ruu, Maimu, Rimi=Ruu, la femme de Rei, la femme de Min, Lara=Ruu, Yamil=Rei. Mais en ne sollicitant toujours les mêmes, on prive les autres de progresser — et quelque soit leur progression, une naissance les force à se retirer. Donc il faut former le plus grand nombre possible de gardiennes du feu, pour l'avenir.
(Bon, c'est du réchauffé d' et de Lara… mais former plein de gardiennes du feu, ça peut pas faire de mal.)
C'est avec cette pensée en tête que =Ruu pénétra dans les bains emplis de vapeur blanche.
Rimi=Ruu criait « Ya-hoo ! » en gambadant, la femme de Mufa avançait tout hésitante. Quant à =Ruu, elle était d'une solennité toute seule.
Cela faisait plus de deux ans qu'elle fréquentait la ville-château, elle ne comptait plus ses purifications dans ces bains.
Mais après chaque purification, l'attendait invariablement le travail de cuisine. Alors pour =Ruu, s'exposer à la vapeur brûlante était devenu le signal d'un resserrement mental aigu.
(Les chasseurs se purifient avant d'entrer en forêt, du coup leur esprit se tend naturellement, disait Darumu-frère. C'est pareil, non ?)
Quoi qu'il en soit, le cœur de =Ruu s'aiguisait sans cesse.
Les jours où elle assumait la responsabilité, l'effet était encore plus marqué. Même en travaillant sous les ordres d', elle était tendue, mais savoir que toute la responsabilité reposait sur ses épaules la rendait d'autant plus vigilante.
« … =Ruu, vous n'avez pas l'intention de vous marier ? »
La question soudaine vint de la femme de Maamu.
=Ruu, concentrée sur le travail à venir, se contenta d'incliner la tête sans un mot. La femme de Maamu, affolée, bredouilla « Ah, non ».
« C'est pas avec une arrière-pensée bizarre. Juste… une femme aussi belle que =Ruu qui n'est toujours pas mariée, je trouvais ça étrange, c'est tout… »
« Ahaha, -sœur elle est un peu petite mais son visage est bien fait, et sa poitrine et ses fesses elles tiennent la dragée haute à Vina-sœur, quoi ! »
Haussant les épaules dans la vapeur, Lara=Ruu lança ça. Elle dépassait =Ruu d'une bonne tête, avec un corps souple comme un jeune grigi.
« Vina-sœur elle est plus babaaan, ceci dit ! Mais si -sœur avait la taille de Vina-sœur, elle serait pareille, babaaan ! »
« Ouai ouai. Avec sa taille actuelle, c'est déjà le max. Vu par les hommes, ça doit être rudement sexy, je parie. »
=Ruu ne sut quoi répondre de spirituel, alors elle se contenta d'un « C'est ça ».
Lara=Ruu sourit d'un air adulte.
« Pour que -sœur se marie, faut qu'elle trouve un partenaire plus attractif que le travail du feu. Ça a l'air rudement compliqué… mais fais comme tu veux. Moi, je veille depuis l'ombre. »
Faute d'oreilles masculines, Lara=Ruu se permit cette confidence.
Elle aussi, pour ses échanges avec la noblesse et la responsabilité des cuisines, avait mis en attente son mariage avec Shin=Ruu=Shin.
Puisqu'elle avait quelqu'un qu'elle aimait, elle portait une résolution incomparable à celle de =Ruu. Qui le savait, =Ruu lui répondit de tout son cœur : « Merci. »
Une fois purifiées, elles regagnèrent le vestibule pour enfiler leurs tenues de cuisine, des vêtements blancs.
Autrefois, ces tenues lui serraient la poitrine insupportablement, mais les gens de la ville-château, apitoyés, leur en avaient confectionné de plus grandes d'une taille, puis ajusté la longueur. Elles restaient plus étroites que les habits de Moribe, mais cette contrainte même renforçait la tension mentale de =Ruu.
La femme de Mufa, qui enfilait une tenue de cuisine pour la première fois, affichait encore un air mal à l'aise.
Puis elle posa les yeux sur Rimi=Ruu et les arrondit de surprise.
« Hein ? Rimi=Ruu, elle a une tenue différente, elle ? »
« Oui ! Rimi elle est encore petite, du coup c'est cette tenue ! »
Rimi=Ruu portait l'uniforme de servante. Et depuis peu, pour cuisiner, elle attachait ses cheveux roux au sommet de la tête. Les mèches flottantes ressemblait à une queue, c'était adorable.
« Yo, enfin sorties ? Les femmes, c'est toujours long, hein ! »
De retour dans le couloir, les cinq hommes attendaient déjà en rang.
À cette vue, la femme de Mufa rouvrit grands les yeux.
« C-C'est ça, l'uniforme d'officier martial ? J'en avais ouï parler, mais… c-c'est vraiment d'une virilité impressionnante. »
« C'est ça ? Dans ce get-up, on a l'air de pouvoir pas bouger, moi j'dis. »
Rudo=Ruu répondit décontracté, mais la femme de Mufa eu les joues légèrement roses. Pour =Ruu c'était un frère turbulent, mais Rudo=Ruu était un homme fait. Parmi le clan, plus d'une femme devait secrètement l'admirer.
Pourtant, face au travail de cuisine qui l'attendait, =Ruu considérait ça comme accessoire.
D'un cœur grave, elle se dirigea vers son poste du jour.
« Yo, merci pour le boulot. Aujourd'hui encore vous nous tirez d'affaire, j'apprécie. »
En arrivant aux cuisines, Leihaim lui-même les attendait, le sourire aux lèvres.
Derrière lui, deux femmes se tenaient en retrait. La sous-chef du palais royal de Shim, Serufoma, et l'interprète Katsa. Depuis le départ de la délégation orientale, elles poursuivaient leurs études culinaires sans relâche.
« Comme convenu à l'avance, ces deux-là souhaitent observer. La cuisine de ce manoir n'est pas si étroite, compte sur vous. »
« Compris. C'est nous qui comptons sur vous. »
=Ruu s'inclina, et Leihaim rit franchement « Aa ».
Depuis quand montrait-il un visage si décontracté ? Au début, il avait collé =Ruu, s'était vu refuser ses cadeaux, avait affiché une hostilité ouverte, puis, réprimandé, s'était apathique, avait tendu la main timidement — et avant qu'on s'en rende compte, il arborait ce large sourire. Pour =Ruu, peu de relations avaient connu un tel revirement.
Pourtant, c'était toujours lui qui lui confiait des travaux responsables.
Et jamais par arrière-pensée : il déclarait vouloir lui confier la cuisine parce qu'il estimait son talent. Jusqu'à dire qu'un jour, il voudrait lui confier le banquet de son propre mariage.
C'est qui avait donné à =Ruu sa première fierté de gardienne du feu, et bien des gens l'avaient soutenue depuis — mais c'est Leihaim, en tant que mangeur, qui lui avait offert la plus grande fierté. Pour =Ruu, c'était un bienfaiteur, et pourtant différent, une existence tout à fait spéciale.
« Bon, je me retire… mais en fait, la famille de Célange est déjà dans le salon, et ils tiennent à échanger avec les gens des Moribe. Ça te dérange pas, Jiza=Ruu ? »
« Mm. Pour surveiller la cuisine, cinq hommes c'est de trop. Si je convient, je discuterai volontiers. »
En répondant ainsi, Jiza=Ruu parcourut les autres hommes de son regard fin comme un fil. Comprenant son intention, Lara=Ruu prit la parole.
« Ici, c'est quand même Shin=Ruu=Shin, non ? C'est l'ancien Roi de l'Épée de trois générations, la plupart des nobles seraient ravis, je pense. »
« Mm. En effet. Alors, je confie les autres à Rudo. »
« Ouais ouais. La garde statique, j'ai l'habitude. »
Ainsi Jiza=Ruu et Shin=Ruu=Shin partirent avec Leihaim.
Restèrent les sept gardiennes du feu, les trois chasseurs, et les observatrices Serufoma et Katsa. Serufoma dit quelque chose en langue orientale, et Katsa s'empressa de traduire en paniquant.
« A-Aujourd'hui encore, nous serons sous votre garde. Nous ne vous dérangerons en rien, je vous en prie. … C'est ce qu'elle dit. »
« Oui. C'est nous qui comptons sur vous. »
Serufoma et Katsa avaient observé le travail aux Moribe hier et avant-hier, mais aujourd'hui elles avaient choisi ce banquet.
Sans doute jugeaient-elles plus fructueux d'observer un banquet en ville-château qu'une séance d'étude ordinaire aux Moribe — mais le fait qu'elles aient voulu observer le talent de =Ruu plutôt que celui d' ou de Tour=Din était, pour elle, une source de fierté non négligeable.