« Voilà qui conclut la présentation des bienfaits de la mer orientale. Nous souhaitons à présent nous atteler aux trois espèces des bienfaits de la terre. »
Aux côtés de la jeune interprète, Serufoma s'affaire aux préparatifs.
C'est pourtant la fille qui semble tenir le rôle de servante, mais elle reste plantée là sans bouger pendant que Serufoma, elle, ne cesse de s'activer toute seule. Cette composition a, elle aussi, quelque chose d'étrange.
« En, en premier lieu, voici le kibaké. S'il est à l'état frais, on peut le traiter comme un légume-feuille, mais pour le transporter jusqu'en des contrées lointaines, il n'y a d'autre solution que de le faire sécher avec le plus grand soin. Nous espérons donc que vous l'utiliserez comme ingrédient pour herbes aromatiques ou pour thé. Tout d'abord, veuillez en goûter la saveur. »
Ce que Serufoma transvase dans de petites assiettes, ce sont des feuilles d'un vert foncé séchées jusqu'à être craquantes. Elle les effiloche par pincées et les répartit dans les coupelles.
Une fois la chose sous les yeux, on constate une odeur passablement particulière. Une verte senteur proche du thé vert, mêlée à une odeur piquante qui pique le nez — c'est assurément le parfum d'une herbe aromatique et rien d'autre.
Son goût est, lui, encore plus particulier et intense. Une forte amertume, de l'acidité, de la verdeur — de quoi trouver un usage comme aromate, mais pas vraiment le genre de saveur qu'on aurait envie de traiter en thé.
Face à ce kibaké, c'est encore Valcas qui réagit par un « Magnifique ». C'est bien lui, en matière d'herbes aromatiques, qui possède l'expertise la plus approfondie et l'intérêt le plus vif.
« C'est en effet une saveur sans parecido avec aucune des herbes aromatiques que nous avons rencontrées jusqu'ici. Dès le départ, plusieurs arômes y cohabitent, ce qui la rend quelque peu délicate à manier… Néanmoins, elle devrait nous permettre de viser des plats qui n'existaient pas jusqu'à présent. »
« O, oui. En la combinant avec d'autres herbes aromatiques, on pense que ses possibilités s'élargiront considérablement. Quant aux associations d'herbes aromatiques courantes dans la capitale orientale, nous les avons consignées par écrit ; nous vous les distribuerons ultérieurement. »
Ainsi l'explication sur le kibaké prit-elle fin sans traîner.
L'ingrédient suivant est à nouveau un objet mystérieux. De couleur blanc-jaunâtre, de forme ronde et bosselée, d'un diamètre d'environ cinq centimètres. À l'extérieur, il a l'air d'une pomme de terre de petit calibre.
« Ci, ci-ci est l'antéra. À la capitale orientale, on le classe parmi les herbes aromatiques, mais sur le plan taxinomique, c'est un champignon. »
Un champignon originaire de Shim, c'est la première fois que j'en vois un. D'ailleurs, c'est aussi la première fois de ma vie que je pose les yeux sur un champignon de forme aussi sphérique.
Et cet antéra, lui aussi, a l'air d'être séché à cœur, car Serufoma le râpe menu à l'aide d'une râpe. Aussitôt, un parfum singulier nous parvient jusqu'ici.
« Si, si l'on réhydrate cet antéra avec de l'eau, toutes ses saveurs se dissolvent dans l'eau. Il est possible de l'employer ainsi dans des plats mijotés ou des potages, mais pour en apprécier l'arôme sous sa forme la plus favorable, il convient de le râper de la sorte pour le saupoudrer sur les plats ou l'incorporer aux ingrédients, pensons-nous. »
Quand les petites assiettes font la ronde, un parfum encore plus riche s'infiltre dans les narines.
Comment décrire cela ? On y sent une douceur et un grillé qui rappellent le cacao ou les noix, mais s'y mêle aussi une odeur épicée, piquante. Par-dessus le marché, on y décèle une terreuse verdeur — c'est un parfum d'une complexité remarquable.
(Pour le dire exprès, une truffe… enfin, je n'ai mangé de truffe qu'une seule fois dans ma vie.)
La fois où j'ai goûté à la truffe, c'était quand on m'a emmené au mariage d'un ami de mon père. Sur un steak de deux bouchées, on avait posé des lamelles de truffe. Mais comme mon père, qui se fichait des ingrédients de luxe, n'en a jamais ramené au restaurant, ce fut ma première et dernière expérience de la truffe.
Trempé dans ce souvenir, je porte à la bouche la poudre grossière d'antéra, et c'est bien un goût de champignon. Pourtant, ce qui ressort surtout, c'est encore cet arôme d'une complexité extrême. Le fait que seul le parfum domine tandis que le goût en lui-même reste léger, c'est aussi une caractéristique qui rappelle la truffe.
« En, ensuitte, nous avons l'antéra en macération alcoolique et le vin de fruit de titi. Le titi est le fruit le plus courant de la capitale orientale, mais comme il ne se prête ni au séchage ni à la confection en fruits confits, nous n'avions d'autre choix que de l'apporter jusqu'à Genos sous forme de vin de fruit. »
D'un autre tonneau, on prélève une gorgée à la fois d'alcool.
C'est en pleine manœuvre que j'élève la voix.
« Euh, ces quatre personnes ne peuvent pas boire d'alcool, pourriez-vous leur en servir à peu près la même quantité que tout à l'huile ? »
Ces quatre-là, c'est moi, Tour=Din, Rimi=Ruu et Maimu. Moi aussi, le mois prochain j'aurai vingt ans, alors d'ici là, je compte respecter ma règle personnelle de m'abstenir d'alcool.
De son côté, Rei=Matua, qui est la plus jeune après Tour=Din, peut boire un peu. Mais pour cette fois, elle a dû laisser échapper un « hyaa » tout bas.
« Le vin de titi est délicieux, mais l'alcool médicinal d'antéra, je n'aime pas trop. Si j'en bois plus, j'ai l'impression que ma langue va s'engourdir. »
De façon à ne pas être entendue de Serufoma ni des membres de la délégation, Rei=Matua donne cette appréciation à voix basse. Yun=Sudra fronce sournoisement les sourcils — et =Ruu arbore une expression sérieuse, tandis que Marufira=Namu affiche une mine stupéfaite.
« Cet alcool a une saveur très complexe. Si on le fait mijoter pour faire évaporer l'alcool, on pourra peut-être l'exploiter en cuisine. »
« C, c, c'est vrai. Il faudra faire attention aux proportions, mais je pense qu'il ne s'accorde pas mal avec la viande de giba. »
Effectivement, l'alcool médicinal d'antéra a un goût costaud. Sur l'arôme complexe de l'antéra qui rappelle la truffe, une autre herbe aromatique semble ajouter une saveur supplémentaire. Rien qu'à en lécher une fois, j'ai failli avoir la langue qui se rétracte, tant l'amertume est forte.
De son côté, le vin de fruit de titi offre une saveur douce-acidulée sans histoire. Cela remonte loin dans mes souvenirs, mais j'y ai perçu une évocation de la grenade.
« L, les alcools, c'est tout. Pour finir, les ingrédients achetés aux gens venus d'ailleurs, du monde d'en-dehors… le forno=matéra. »
À la vue de l'objet sorti de la caisse en bois, de nombreux cuisiniers poussent des cris de surprise.
C'est d'une étrangeté saisissante. Le diamètre doit faire une vingtaine de centimètres, la forme est une sphère difforme, la peau est d'un pourpre noirci sillonné de stries rouges serrées.
Le traipu, qui ressemble à une courge, avait déjà une apparence singulière avec sa peau noire striée comme un melon musqué — mais celui-ci, sa forme est difforme et ses stries rouges, fines comme des capillaires, ondulent en vagues, ce qui redouble le sentiment d'inquiétude.
« Ci, ci-ci est appelé, dans le monde d'en-dehors, « œuf de dragon ». Les gens venus d'ailleurs sont aussi nommés « peuple du dieu dragon », et ils vénèrent le dragon comme l'existence la plus sacrée… C'est sans doute pour cela qu'ils considèrent cet ingrédient comme quelque chose de tout à fait exceptionnel. »
C'est en ces termes que s'exprime la jeune interprète, mais elle aussi jette un œil au forno=matéra avec une mine de dégoût. Son attitude laisse deviner qu'elle non plus n'a pas l'habitude de cette chose.
« Ce, cet ingrédient, le forno=matéra, est d'une richesse nutritive extrême, doté d'une saveur unique en son genre… et qui plus est, tant qu'il reste enveloppé dans cette peau, il ne pourrit jamais. À la capitale même, c'est un ingrédient d'une rareté extrême, que seules les personnes de haute naissance peuvent s'offrir. »
« Un ingrédient d'une telle rareté, vous nous l'avez apporté en si grande quantité ? »
Porāsu, qui n'avait pas parlé depuis un moment, relève la tête, et Rikuwerudo répond d'une voix onctueuse : « Oui. »
« Si l'on convertissait ce forno=matéra en pièces d'argent, cela atteindrait une somme astronomique. S'il est inapproprié pour le commerce, nous vous prions de bien vouloir l'accepter en offrande. »
« Non, non, c'est trop nous faire honneur. Puisqu'il ne pourrit pas, il vaudrait mieux que vous le repreniez tel quel… »
« Ce n'est pas la volonté de Sa Majesté le Roi. »
La voix de Rikuwerudo reste aussi lisse que de la gelée, mais Porāsu répond « Je vois » d'un air grave en se redressant.
« Votre proposition tout à l'heure, c'était sans doute de nature à piétiner les sentiments de Sa Majesté le Roi de Shim. Je m'en repens profondément, je vous prie d'oublier ces paroles. »
« C'est noté. Nous tenons à vous exprimer notre profonde gratitude pour l'attitude sincère de Porāsu-dono. »
Tandis que les nobles échangent ces politesses, Serufoma s'acquitte tranquillement de la préparation du forno=matéra.
D'abord, à l'aide d'un grand couteau à légumes, elle tranche net le gros fruit en deux moitiés. La peau n'a pas l'air aussi dure que celle du traipu, mais elle semble quand même passablement coriace.
Ensuite, à l'aide d'une cuillère en argent, elle prélève la chair pour la répartir dans les petites assiettes. Cette chair présente un magnifique marbrage rouge et blanc, comme du bœuf persillé.
Les cuisiniers reçoivent les coupelles en laissant transparaître leur curiosité.
Bien sûr, nous les gardiens du feu de la lisière de forêt, nous en faisons autant. Moi aussi, j'examine minutieusement ce fruit incompréhensible.
Même vu de si près, c'est bien la couleur et la texture de de la viande de bœuf fraîche.
En revanche, son parfum est complexe. La note de fond est une douceur pêche, mais y sont tissés du grillé et de l'âcre. Un arôme multicouche qui n'a rien à envier à l'antéra tout à l'heure.
Pendant que je vérifie l'aspect et l'odeur, des exclamations d'admiration s'élèvent de toutes parts.
À mes côtés aussi, =Ruu et Marufira=Namu poussent des cris. =Ruu surtout a l'air totalement sidérée.
« C, c'est comme… le plat de Valcas en personne. »
« H, h, h, oui. Qu, qu'un fruit sans la moindre préparation puisse avoir une telle saveur… on, on dirait un rêve. »
Que ces deux-là réagissent ainsi, c'est dire l'ampleur du choc.
Moi aussi, je me prépare mentalement, je jette une bouchée de fruit dans ma bouche — et je partage l'étonnement de =Ruu et des autres.
C'est exactement une saveur qui rappelle la cuisine de Valcas.
C'est sucré, amer, épicé, acide — et toutes ces saveurs maintiennent un équilibre exquis.
Une douceur comme si on avait mélangé divers jus de fruits à commencer par la pêche, une amertume grillée qui recèle une terreuse, un piquant aussi vif que les épices d'un curry, une acidité qui évoque le vinaigre alors qu'il n'y a pas eu fermentation — tout cela s'entremêle de façon complexe pour former une seule saveur assurée.
La texture est un peu fibreuse ; c'est bien un fruit, disons, mais on a aussi la sensation de mâcher de la viande séchée modérément tendre. Cette illusion naît parce qu'au fond de cette saveur complexe tourbillonne un umami incommensurable. Le jus qui déborde des fibres du fruit possède une vigueur comparable au bouillon d'une viande longuement mijotée.
Qu'une chose pareille existe dans la nature, n'est-ce pas peu short d'un miracle ?
Valcas, lui, crée des plats délicieux grâce à un talent de dosage précis comme une machine de précision, or voici qu'un seul fruit recèle une saveur équivalente — on ne peut y voir que la farce d'un dieu ou quelque chose du genre. Le peuple venu d'ailleurs n'a pas tort de l'appeler « œuf » de l'être qu'ils vénèrent comme divin.
« … Il existait donc un tel fruit en ce monde. »
Et — Valcas murmure, tout bas.
Toujours cette voix sans inflexion. Ses yeux, vaguement, fixent la coupelle vide.
« Ma, maître, qu'est-ce qu'on fait ? Un ingrédient comme ça… on ne peut pas le laisser comme ça, non ? »
Roy, affolé, l'interpelle, et Valcas répond « C'est vrai » sur un ton sec.
« Est-il possible d'ajouter une nouvelle saveur à ce goût déjà accompli… cela m'intrigue, disons, modérément. »
« Mo, modérément ? C'est un problème qui se règle à ce niveau-là ? »
« Oui. À l'heure actuelle, je ne vois absolument aucune piste. Ce fruit est trop accompli. … Cela dit, je suis bien plus attiré par la question de savoir comment maîtriser des ingrédients comme l'antéra ou le kibaké. »
Valcas ne cache nullement ses pensées intérieures et s'exprime en ces termes.
Pourtant les autres cuisiniers sont encore plongés dans la confusion. Certains en oublient même la présence des nobles et en arrivent à baver — ce que remarquant, Porāsu laisse échapper un « Hum » d'un ton compassé.
« Comme on s'y attend d'un fruit si rare, il semble avoir grandement suscité la curiosité de tous les cuisiniers. … Rikuwerudo-dono, quel est le prix de ce ferno=marute ? »
« À la capitale orientale, pour cette taille, cela se négocie autour de trois pièces de cuivre blanc. »
Trois pièces de cuivre blanc — dans mon référentiel, environ six mille yens.
C'est assurément cher pour un ingrédient, mais pas autant que je l'imaginais. Des ingrédients à ce prix, il doit y en avoir des montagnes dans mon pays d'origine.
« … Trois pièces de cuivre blanc pour mettre la main sur ce fruit incompréhensible ? »
C'est le chef cuisinier de la maison du comte Saturasu qui parle ainsi. Un homme d'âge mûr, grand et bedonnant, qui a tout de l'archétype du cuisinier de la ville-château.
« Dans ce cas, nombreux seront les cuisiniers de Genos à le désirer, non ? En tout cas, moi, je le souhaite. »
Aussitôt, des voix d'approbation retentissent de toutes parts.
Sur les trente cuisiniers, plus de la moitié semblent partager ce sentiment.
Parmi les gens avec qui je suis en bons termes, en revanche — Roy et Bozuru ont l'air perplexes, Shiri=Rou affiche une mine mécontente, Timaro fronce légèrement les sourcils, Diaa sourit avec nonchalance. Tātūmai, comme Valcas, reste impassible.
« … Yan, toi, tu veux cet ingrédient ? »
Quand je le lui demande à voix basse, Yan, le visage doux, secoue la tête en disant « Non. »
« Je ne vois pas comment m'y prendre avec un tel ingrédient, alors je n'irai pas jusqu'à débourser trois pièces de cuivre blanc pour l'obtenir. Simplement… c'est certain que, simplement posé là, il fera grand bruit en ville-château. »
« Je vois. En effet, pour le buzz, c'est garanti. »
« Oui. Mais eux non plus, ce n'est pas seulement ça qu'ils visent. »
Et Yan, d'un regard profond, ajoute :
« S'ils intègrent ce fruit à leur menu, ils devront le servir avec un plat à la hauteur. S'ils servent un plat médiocre, ils subiront l'humiliation de voir le fruit nature déclaré plus délicieux que leur cuisine… C'est pour ça qu'ils s'enflamment, non ? »
Effectivement, à commencer par le chef de la maison Saturasu, ces gens font preuve d'un grand enthousiasme. Ce n'a pas l'air d'une posture qui consisterait juste à utiliser un fruit rare pour attirer l'attention.
« Donc, ceux qui élèvent la voix maintenant, ce ne sont pas ceux qui vénèrent le talent de Valcas-dono ? Ceux qui visent un plat délicieux par un talent différent de celui de Valcas-dono, eux, paraissent peu intéressés. »
« Ah, c'est vrai… Et les disciples de Valcas, eux non plus, ont l'air plus perplexes ou rivaux qu'autre chose. »
« Oui. Ceux qui sont déjà arrivés au pied de Valcas-dono doivent avoir l'impression qu'on piétine tous leurs efforts passés. »
Et Yan porte son regard sur le côté, vers moi.
Quand je me tourne de ce côté, =Ruu fait une adorable moue en forme de « へ ». Apparemment, elle partage le même sentiment que Shiri=Rou. Et à ses côtés, Marufira=Namu a baissé les sourcils.
« Euh, vous deux, vous en pensez quoi ? »
« … Oui. Pouvoir sortir une saveur proche de la cuisine de Valcas sans le moindre effort, ça donne une impression de… frustration, comment dire, ça met en colère. »
« Mo, mo, moi, j'ai envie d'essayer d'apporter ma propre touche à ce fruit… mais une pièce à trois pièces de cuivre blanc, je ne peux pas payer. C', c'est dommage, mais je vais y renoncer. »
Je fais « Je vois » en hochant la tête.
Moi-même, j'ai été grandement surpris, mais au fond, je n'ai pas eu envie de mettre la main sur ce fruit. S'il avait été bon marché, j'aurais peut-être trouvé un intérêt à le rechercher — mais au départ, le talent de Valcas, pour moi, se situe aux antipodes de moi-même, dans une sphère inaccessible.
(En plus, il y a plein d'autres ingrédients attractifs, alors je ne le regrette pas particulièrement. Sous cet angle, mon état d'esprit est proche de celui de Valcas lui-même.)
Au moment où j'en arrive à cette conclusion, Porāsu lance d'une grande voix : « C'est entendu ! » pour calmer l'ardeur des cuisiniers.
« Pour l'instant, nous rachèterons la totalité du ferno=marute apporté cette fois, et nous le remettrons en vente à un prix approprié ! Tant que le prix de vente ne sera pas fixé, les cuisiniers devront patienter un peu ! »
Rikuwerudo réplique « Est-ce bien sûr ? », et Porāsu acquiesce en souriant : « Oui ! »
« Puisqu'il ne pourrit pas, nous ne risquons pas d'y perdre. En revanche, pour savoir si nous traiterons le ferno=marute dans le commerce futur, nous voudrions prendre un peu de temps pour observer. »
« … C'est noté. Nous n'imaginions pas que vous rachèteriez jusqu'au ferno=marute. »
Rikuwerudo garde son expression neutre, mais sa façon de marquer une pause avant de parler laisse transparaître une émotion sincère.
« Alors… pourriez-vous nous indiquer les prix de vente des autres ingrédients ? Nous aimerions laisser les cuisiniers en juger. »
Sur la demande de Porāsu, l'officier rédacteur se met à énoncer les chiffres inscrits sur les documents.
Hormis le ferno=marute, aucun ingrédient ne semble atteindre un prix aussi élevé. Bien sûr, c'est plus cher que les légumes cultivés à Genos, mais ça doit être du même ordre que les ingrédients de Gerudo ou de la capitale du Sud. Le noma, qui ressemble à de l'agar-agar, est plutôt bon marché, et l'antéra, ce truc comme de la truffe, n'a pas non plus un prix exceptionnel.
« Pour des ingrédients achetés au loin, il y a les frais de transport, donc comptez environ 10 % de plus. Parmi les dix ingrédients présentés aujourd'hui — ah, le ferno=marute est à part, y en a-t-il un qui vous semblerait difficile à travailler ? »
À la question de Porāsu, aucun cuisinier ne réagit.
Bon, devant Rikuwerudo et les leurs, on ne peut pas critiquer la qualité des ingrédients — mais moi, sans feindre, je souhaitais mettre la main sur tous les ingrédients hormis le ferno=marute.
« Alors, comme d'habitude, vous repartirez avec les ingrédients pour la recherche. Si, après essai, il s'avère que vous ne pouvez pas en gérer certains, signalez-le-moi. »
En disant cela, Porāsu se tourne vers Rikuwerudo.
« Accepter trop légèrement risquerait de nous faire perdre en crédibilité par la suite… mais jusqu'ici, il n'y a pas eu un seul ingrédient jugé inapte au commerce. Reste à savoir si vous serez satisfaits des ingrédients que nous fournissons. »
« Cela signifie-t-il… que vous rachèterez tous les ingrédients apportés cette fois ? »
« Oui. Il y a de fortes chances que ce soit le cas. »
« Nous avions convenu que les articles impropres au commerce seraient offerts… et pourtant, vous les rachèterez tous ? »
« Oui. Si nous les prenons gratuitement mais que cela ne mène pas à un commerce ultérieur, cela n'a pas de sens. Nous ne pouvons pas nous laisser aveugler par le profit immédiat et laisser filer l'opportunité d'acheter durablement de merveilleux ingrédients. »
Devant la franchise sans arrière-pensée de Porāsu, Rikuwerudo finit par laisser échapper un petit souffle.
« Que vous rachetiez une telle quantité d'articles dépasse un peu nos prévisions. … Les gens de Genos sont non seulement équitables, mais aussi magnanimes. »
« C'est en procédant ainsi que nous avons ouvert la voie du commerce. »
Porāsu rit avec entrain et se retourne à nouveau vers nous.
« Ah, j'oubliais de dire, mais la délégation a aussi apporté des quantités massives de gigi et de shasuka ! Si nous parvenons à établir un commerce régulier, nous ne serons plus en peine de pénurie ! La qualité est garantie par Puratika-dono, alors achetez-en à cœur joie ! »
Les cuisiniers répondent aux paroles de Porāsu par un salut respectueux.
Porāsu hoche la tête avec satisfaction, puis se tourne vers Rikuwerudo.
« Bon, nous allons nous retirer. Une fois installés au château de Genos, nous affinerons les détails du commerce. »
« C'est entendu. Alors, excusez-nous. »
Rikuwerudo nous fait, à nous qui ne sommes pas des nobles, un signe de tête, et se retire avec Porāsu et les leurs.
Et dans la cuisine, c'est la distribution des ingrédients pour la recherche. Des valets de chambre répartissent les divers ingrédients dans des caisses en bois, que chacun reçoit à son tour. Pendant que j'attends mon tour, Shiri=Rou et les leurs s'approchent en poussant le dos de Valcas.
« Il semble que ce ferno=marute aussi soit distribué, un par personne. … À la lisière de forêt aussi, la recherche va-t-elle progresser ? »
« Comment dire… Ce n'est pas le genre d'ingrédient qu'on peut étudier avec un seul exemplaire, et je doute qu'il y ait des gardiens du feu prêts à sortir de l'argent pour en acheter d'autres. »
« C'est vrai. Eh bien, c'est un jugement sensé. »
Shiri=Rou a encore l'air mécontente en disant cela.
De son côté, Bozuru a retrouvé sa bonhomie habituelle et sourit.
« Moi non plus, je suis du même avis. Si on se mettait à étudier un truc pareil, l'argent et le temps y passeraient. Les autres ont l'air de s'enflammer pour créer un plat qui ne perde pas face à ce fruit… »
« Oui. Nous, de toute façon, on a toujours eu l'intention de concevoir notre propre cuisine. »
Et Roy, lui aussi, a retrouvé son air et son attitude confiants.
« Puisqu'on goûte la cuisine du maître presque tous les jours, nous, on n'a pas besoin de ce genre de fruit. Allez, on le refourgue aux autres, non ? »
« … Roy. Même en plaisantant, ce n'est pas élégant. »
Shiri=Rou le reprend d'un air sévère, et Roy hausse les épaules avec un « Tch. »
« Alors, quoi ? Les disciples, nous aussi on reçoit la même quantité d'ingrédients, donc il va y avoir cinq de ces fruits énormes alignés dans le garde-manger du resto ? Si on ne les étudie pas, à quoi ça sert ? »
« Si jamais le maître a du temps un jour, l'occasion d'une recherche naîtra peut-être. Puisqu'il ne pourrit pas, il suffit de le laisser là. »
« C'est encombrant et ça gène. On dirait vraiment un œuf de monstre, c'est flippant. »
« Alors — » fait Valcas, qui avait gardé un air indifférent, d'une voix vague.
« S'il n'y a pas d'usage, pourquoi ne pas les offrir tous à Marufira=Namu-dono ? »
« Hein ? Po, pourquoi Marufira=Namu ? … Parce qu'elle, elle saurait tout de suite en faire un usage utile, c'est ça ? »
Shiri=Rou, paniquée, s'accroche à son bras, et Valcas hoche la tête de son air vague.
« Bien sûr, avec seulement cinq, ce sera difficile… mais avec du temps et des efforts, ce sera possible. Moi, c'est juste que ce temps et ces efforts, je les trouve gaspillés. »
« Et s'il y en avait treize, alors ? »
C'est Rei=Matua qui lance ça.
Mais elle se met aussitôt à agiter les mains en panique.
« Ah, pardon, j'ai dit n'importe quoi, désolée. Juste, si on met nos parts en commun, ça fait treize… je me suis dit qu'avec ça, on verrait peut-être un début de piste… »
« Treize, dites-vous. Avec ça, ce devient peut-être possible. »
Après avoir dit cela, Valcas jette un regard sans insister vers Marufira=Namu.
« Toutefois, un tel acte n'est qu'un passe-temps. Apporter sa propre touche à une saveur déjà accomplie… cela revient au même que d'apporter sa propre touche à ma propre cuisine. Simplement, j'ai jugé que pour vous, ce serait un bon entraînement. »
« En, en, entraînement ? »
« Oui. Un entraînement pour aiguiser encore votre palais acéré. Une fois l'entraînement fini, je voudrais que vous vous consacriez à la recherche sur d'autres ingrédients. Pour un cuisinier, c'est là la vraie voie. »
En disant cela, Valcas se tourne vers moi.
« … En y repensant, Marufira=Namu-dono est la disciple d'-dono. Pardon d'avoir outrepassé mes prérogatives. »
« Mais non. Que Valcas prenne soin de Marufira=Namu, c'est tout ce qu'il y a de plus réjouissant. Simplement… »
Il y a trois personnes qui font une tête d'enfant boudeur. =Ruu, Shiri=Rou et Roy. Parmi eux, Roy, la bouche en bec de canard, prend la parole.
« Moi, je me plains. Avant de s'occuper de la disciple des autres, tu pourrais pas t'occuper de tes propres disciples ? »
« Vous, appliquez-vous sur la vraie voie. Il ne faut pas se laisser distraire par ce genre de fruit, mais vous concentrer sur l'examen des autres ingrédients. »
« Tch. Même sans qu'on me le dise, c'est ce que je compte faire. »
La conversation semble s'être arrangée pour l'instant.
C'est sûr, les treize ferno=marute vont être réunis chez Marufira=Namu. Quel genre de plat elle va achever, moi aussi, je veillerai depuis l'ombre.