Après avoir rassasié nos estomacs avec le riz pilaf au curry et les divers fritures, nous avons décidé, gourmands, de viser la table suivante.
Rimi=Ruu et Rudo=Ruu, Jilbe et Sachi étaient venus grossir nos rangs, formant un groupe de belle taille. Et comme la ravissante , vêtue de son costume de banquet, marchait en tête, nous attirions les regards plus que jamais.
Le groupe de jeunes dames nobles ayant été notre premier interlocuteur, sur le chemin nous fûmes salués tour à tour par de petits groupes. Les nobles qu'on avait l'habitude de croiser lors de ces banquets, le chef du quartier de la ville-relais et le président de la guilde commerciale, les gestionnaires des champs de Doreim et de Turan. Comme moi aussi j'avais fait connaître mon visage et mon nom lors des précédents banquets et dégustations, c'est moi qui me faisais le plus interpeler, encore plus qu'.
C'est ainsi qu'après un certain temps nous atteignîmes la quatrième table, où se tenaient là encore des visages familiers. Pratica et Nicola, Malfira=Naam et l'aîné des Lavitz, Faye=Beimu et Moran=Naam, Crua=Sun et l'aîné des Sun — et près de Crua=Sun, l'astrologue Arishna se tenait discrètement en retrait.
« Toi aussi tu as été conviée, donc ? »
l'interpella sans cérémonie, et Arishna répondit « Oui » en s'inclinant silencieusement.
« , une fois de plus, vous êtes d'une beauté sublime. Cette teinte rouge, s'y ajoutant, vous fait briller comme une étoile. »
« … Pourquoi est-ce que tu t'obstines à dire des choses superflues à chaque fois ? »
« Pardonnez-moi. Votre beauté m'a émue, et les mots ne s'arrêtaient pas. »
Même en prononçant ces paroles, Arishna gardait un regard paisible comme un lac nocturne. Elle n'avait sans doute aucune arrière-pensée, mais il ne faisait aucun doute qu'elle et avaient une compatibilité médiocre.
« Sachi, Jilbe, je suis ravie de vous revoir. »
De sa voix posée, Arishna s'adressa aussi à nos gens de maison qu'elle connaissait depuis la cérémonie de remise des décorations. Sachi était revêche avec tout le monde, mais Arishna semblait porter un intérêt certain à la bête de l'Est qu'était le chat.
« Plus que cela, Pratica et les autres ont l'air bien bouleversées. J'imagine qu'on était à la table du plat de Valcas ? »
« Oui. Le talent de Valcas est effectivement exceptionnel. Je ne peux réprimer mon émerveillement. »
Pratica faisait briller ses yeux violets avec intensité. Ce regard se porta sur Roy et Bozru qui nous accompagnaient encore.
« Valcas, par quel cheminement as-tu pu concevoir un tel plat ? C'est un grand mystère. »
« Nous non plus on n'en sait rien, c'est pour ça qu'on lui colle aux basques comme ses disciples. »
Roy ricana en se tournant vers moi.
« Allez, toi aussi goûte. Que ça te plaise ou non, tu ne pourras pas t'empêcher d'être surpris. »
« Certes. Il n'y a jamais eu une seule fois où je n'ai pas été surpris en mangeant un plat de Valcas. »
Ainsi, nous partageâmes, nous aussi, l'émerveillement de Pratica.
Ce que Valcas avait préparé ce jour-là, c'était, fait rare, un plat mijoté. Divers ingrédients étaient nappés d'un jus de cuisson brun-roux et luisaient brillants.
Moi, Rimi=Ruu et Rudo=Ruu reçûmes notre part dans de petites assiettes, tandis qu' restait en spectatrice silencieuse. Comme ce plat dégageait aussi un parfum extrêmement épicé, elle attendait sans doute mon verdict. De son côté, Rimi=Ruu, mine d'enfant entrant dans une maison hantée, saisit sa cuillère et porta le plat à sa bouche — « C'est épicé ! » cria-t-elle, voix mêlée de détresse.
« Mais c'est délicieux ! Mais c'est épicé ! Du coup, je donne le reste à Rudo ! »
« Si tu n'en veux pas, faut pas en prendre autant. Moi non plus j'ai pas le goût de Rau=Rei pour les plats épicés. »
Tout en répondant ça, Rudo=Ruu engloutit le contenu de son assiette d'un air tranquille. Si l'épice était trop forte pour la jeune Rimi=Ruu, elle ne posait pas de problème à Rudo=Ruu. Dans ce cas, je devrais pouvoir la manger sans souci.
Et le goût fut — effectivement, pleinement épicé, et délicieux. Chose rare chez Valcas, le piquant provenait d'une seule variété de piment, enveloppée par une ronde de douceur, d'acidité et d'amertume.
Les ingrédients identifiables étaient l'épaule de giba et, à peu près, le ma-pura type poivron. Le ma-pura était taillé en gros morceaux, conservant une belle texture, et son intérieur était lui aussi imprégné de multiples saveurs. En croquant la viande de giba ou le ma-pura, une complexité de goûts encore plus grande s'épanouissait en bouche.
C'était sans conteste le piquant du gila=ira. Valcas, qui met d'ordinaire de longs mois à maîtriser un nouvel ingrédient, avait intégré le gila=ira à sa cuisine en à peine deux mois.
Pour le reste des saveurs, identifier les ingrédients était difficile. Divers assaisonnements, herbes aromatiques, jus de fruits construisaient un goût complexe. Probablement des poissons et légumes hachés si fin qu'ils n'avaient plus de forme étaient aussi fondus dans le jus. Seul le piquant et l'arôme du gila=ira dominaient en avant-scène.
(Non, mais… comment arrive-t-il à faire ressentir aussi fortement l'arôme et la profondeur du gila=ira tout en tenant le piquant à ce niveau ?)
Le gila=ira est une herbe type habanero, mais derrière sa violence se cache une umami et un parfum incomparables. Or le piquant prend toujours le dessus, ce qui rend son utilisation en grande quantité difficile. Or ce plat faisait fortement sentir l'arôme du gila=ira tout en ramenant le piquant à un niveau que je pouvais finir sans problème.
« Alors ? Ce plat a été développé dans l'optique de faire apprécier le goût du gila=ira même aux gens de l'Ouest, paraît-il. »
« Je vois. Cet objectif est plus qu'atteint. Comment un tel plat est possible, c'est un mystère insondable… mais on ne peut pas tout lui demander non plus. »
« Même si tu lui demandais, l'imiter serait impossible. Il n'a mis qu'une pincée de gila=ira pour une marmite entière. »
« Hein ? Mais… on sent un arôme qui ne peut pas venir d'une si petite quantité. »
« C'est qu'il amplifie l'arôme du gila=ira avec d'autres herbes et ingrédients… Non, dire qu'il fabrique un goût "type gila=ira" en combinant divers ingrédients serait plus juste. En fin de compte, le vrai gila=ira n'est lui aussi qu'un ingrédient parmi d'autres. »
Sur l'instant, je ne saisis pas le sens des mots de Roy. Combiner d'autres ingrédients pour fabriquer l'arôme du gila=ira — une telle chose me paraissait inconcevable.
« Comme tu sais, notre maître est obsédé par le gila=ira. Mais s'il en met trop, le plat devient trop épicé pour les gens de l'Est. Du coup, il a passé deux mois à créer ce plat. »
« C'est… au-delà de l'imagination. Et en plus il a harmonisé douceur, amertume et acidité… »
« Et la viande de giba aussi. Le ma-pura n'est là que pour la texture, le vrai protagoniste c'est la viande de giba. »
Oui, c'était indubitablement un plat ayant la viande de giba pour vedette.
Pourtant cette viande de giba servait aussi à faire ressortir l'arôme type gila=ira. Telle était la méthode de Valcas.
« C'est certainement un plat remarquable. Mais je n'ai pas envie de le manger au dîner chez moi. »
L'aîné des Lavitz fourra son nez dans la conversation. Ce jour-là encore, sa chevelure de vaincu était soigneusement plaquée en arrière, et l'uniforme d'officier lui allait plutôt pas mal.
« M-mmais moi, j'ai été très stimulée. B-bien sûr, je ne pense pas copier ce plat tel quel… Mais si on peut reproduire ainsi la merveilleuse saveur du gila=ira, beaucoup de gens pourront en profiter, non ? »
Quand Malfira=Naam dit cela, Roy sourit d'un air complexe.
« Toi, tu serais capable d'en reproduire les grandes lignes. Vraiment, tu fais peur. »
« Ah, n-non, je veux juste m'inspirer de l'idée d'une saveur "type gila=ira"… »
« C'est parce que tu risques d'y arriver toute seule que tu fais peur. Bon, j'ai hâte de voir quel plat tu vas pondre par-dessus. »
Tandis que nous échangions ainsi, le groupe de nobles qui formait un cercle de l'autre côté de la table s'approcha en masse. Eux aussi avaient été sidérés par le plat de Valcas. Pendant que Roy les occupait, il glissa à mon oreille :
« Le maître s'est éclipsé, donc c'est à nous de faire les honneurs sans impolitesse. Je vais être coincé un moment, on se revoit plus tard. »
« Compris. À plus tard, alors. »
Comme et Rudo=Ruu voulaient aller voir d'autres plats, nous quittâmes les lieux. Malfira=Naam et les leurs étant aussi nombreux, nous ne les rejoignîmes pas : un groupe léger de quatre personnes et deux bêtes.
C'est ainsi qu'en atteignant la table suivante, je laissai échapper un « Ah ? ».
« Valcas est ici. De l'autre côté, ce sont Roy et les siens qui font les honneurs à sa place auprès des nobles. »
« C'est ça ? C'est bien commode. »
Valcas répondit ça d'un air absent. Comme c'était un banquet, il était vêtu magnifiquement, sans la moindre trace de fatigue. Seulement, il lui arrivait de s'évanouir sans crier gare, donc son apparence ne voulait rien dire.
D'ailleurs, autour de lui se tenaient Shili=Rou et Tatmai, mais aussi Timaro et Dia. Chose rare, les cuisiniers de la ville-château s'y étaient réunis.
« Nous dégustions le talent d'Asta-dono. Aujourd'hui encore, c'est une superbe réussite. »
« Merci. Ici c'est… ah, l'okonomiyaki et le mabo-korimame. »
L'okonomiyaki, n'ayant pas de chou type cabbage (tino), était réalisé style chijimi avec du nira type pepo. C'était un plat familier au « Vent d'Ouest », mais j'y avais ajouté des œufs de poisson type mentaiko (jora) et du fromage pour le rendre plus luxueux. Comme la pâte contenait aussi du tofu type korimame, elle cuisait fine tout en restant moelleuse et élastique, offrant une texture inédite.
Le mabo-korimame n'avait pas de gros arrangement, mais grâce à l'apparition du korimame, du gila=ira et du kaiso (sauce de coquillages), il avait atteint une authenticité remarquable. Ce jour-là, outre le poireau type yural-pa et la courgette type chan, j'y avais aussi intégré le bok choy type banbe et le champignon type matsutake (eira) pour lui donner une allure de plat de fête.
« La maîtrise des nouveaux ingrédients est sans excès ni manque, et de nouveaux charmes s'ajoutent en abondance à l'excellence d'origine. J'ai entendu qu'Asta-dono avait été mêlé à une catastrophe terrible, mais même alors vous n'avez cessé de vous perfectionner. Je renouvelle mon admiration pour votre talent et votre esprit. »
Tout en enchaînant ces paroles passionnées, Valcas gardait son air vague et sans expression. Mais il n'y avait pas de raison de douter de ses mots, et Shili=Rou, en tenue de fête élégante, brûlait de rivalité dans le regard.
« Nous n'avons pas d'objection non plus. Nous qui avons du mal à nous accorder, nous partageons à peu près le même avis sur la cuisine d'Asta-dono. »
Après avoir dit ça d'un air suffisant, Timaro se pencha vers moi.
« Quelle que soit la table où j'allais, je n'ai fait que m'incliner. Ce qui mérite d'être souligné, c'est que tous ces nombreux plats de banquet sont d'un niveau élevé. Il n'y a pas de plats radicalement nouveaux qu'on n'aurait jamais vus… C'est justement pour ça qu'on a l'impression de mesurer la force de fond d'Asta-dono. »
« Merci. Tes plats en sauce étaient aussi superbes, Timaro. »
« … Je me suis concentré sur les plats en sauce depuis un moment. Celui-ci est ma fierté, mais pour les autres menus, je n'ai pas vraiment eu le temps de m'en occuper. »
C'est alors que, fait rare, Valcas acquiesça : « Moi aussi, c'est pareil. »
« On m'a demandé de proposer le plus possible des plats avec de nouveaux ingrédients, mais en deux mois ce plat est ma limite. J'ai passé presque tout mon temps à étudier le gila=ira, au point de risquer de laisser pourrir les autres ingrédients. »
« … Les ingrédients non touchés, nous disciples les utilisons pour nos recherches, donc ne vous en faites pas. »
Tatmai, en ajoutant cela, me regarda, moi, pas Valcas. Sans doute craignait-il que laisser pourrir des ingrédients n'attire la colère des gens de Moribe. Tatmai avait l'air tout aussi détaché du monde que Valcas, mais lui, au moins, connaissait les convenances.
« L'okonomiyaki et le mabo-korimame, les deux sont délicieux ! Rimi aussi, elle adore ! »
C'est l'innocente Rimi=Ruu qui détendit l'atmosphère. En lui souriant, Dia parla à son tour, posément.
« Cela dit, le tripe et le regii ne semblent pas utilisés, contrairement à ce qu'on attendait. C'est parce qu'ils étaient servis au dîner de Moribe il y a cinq jours, et que cette fois vous vous en êtes abstenus ? »
« Exact. Il n'y avait que cinq jours d'écart, donc j'ai choisi des menus différents. Les vedettes d'aujourd'hui, ce sont les membres de la délégation. »
« Oui, oui. C'est bien la conduite correcte. Simplement, j'aimerais bien goûter moi aussi les plats de tripe et de regii que vous avez faits. »
« Juste tout à l'heure, un disciple de Valcas a proposé d'organiser un atelier d'étude. Si ça se concrétise… »
J'en étais là quand Timaro, sur le mot « atelier », se pencha à nouveau.
« Ça, je ne peux pas le rater. Bien sûr, nous serons conviés aussi ? »
« Oui. Ce serait profitable de rassembler les gens de Moribe, de la ville-château et de la ville-relais. »
« Ville-relais… En effet, il serait bon d'inviter Naudis-dono et Randy-dono aussi. »
Timaro brillait d'un regard tout aussi intense que Shili=Rou. Pour moi, c'était le mieux.
« Roy a aussi l'œil sur ces deux-là. Vous avez déjà goûté leurs plats d'aujourd'hui ? »
« Oui. Les deux étaient d'une saveur superbe. Naudis-dono n'a pas montré de changement spectaculaire depuis la grande dégustation, mais… le talent de Randy-dono m'a surpris du fond du cœur. »
Timaro avait assisté à la « Réunion de la Brise Gracieuse », et les pâtisseries d'aujourd'hui l'avaient encore ému. Randy avait apparemment incorporé du tripe au fondue qu'il avait finalisé auparavant.
« Mais ce qui m'a surpris plus que tout, c'est encore la pâtisserie de Tour=Din-dono. À un si jeune âge, quel talent possède-t-elle… C'est à en avoir légèrement peur. »
« Tour=Din prépare donc vraiment une pâtisserie de ce niveau. »
Shili=Rou fit briller ses yeux. Elle et Valcas étaient restées en salle de repos, donc elle n'avait pas encore goûté.
« Moi aussi je dois aller vérifier. Où sont les pâtisseries de Tour=Din ? »
« Les gâteaux, c'est tous par là ! Rimi veut vite manger du gâteau ! »
C'est ainsi que nous nous mîmes en route ensemble. et Rudo=Ruu avaient mangé pendant que nous causions, et affichaient des mines satisfaites. Moi-même, l'estomac était déjà rempli à six dixièmes.
Guidés par Rimi=Ruu, nous rejoignîmes l'espace pâtisserie, où la foule était aussi considérable. Non seulement de jeunes dames nobles, mais des gens de toutes conditions se mêlaient pour savourer les divers gâteaux.
Ce jour-là, Tour=Din, Randy et Yan étaient en charge des pâtisseries. Les gens allaient et venaient sans cesse entre les tables, s'adonnant à la comparaison des trois.
« Les créations de Yan-dono ne le cèdent en rien à celles de Tour=Din-dono et Randy-dono. De plus, les trois proposent des pâtisseries d'esprit totalement différent, ce qui comble d'autant plus les convives. »
En écoutant l'appréciation mesurée de Timaro, nous nous dirigeâmes d'abord vers les pâtisseries de Tour=Din.
Là se tenaient Tour=Din elle-même, Odifia et Pirivishuro. Leurs tuteurs respectifs, Zei=Din, Eurifia et le vice-commandant, ainsi que les femmes de Rem=Domu et Jin, étaient aussi présents.
« Ah, Odifia et les autres peuvent bouger maintenant ? »
À mes mots, Odifia fit « Oui » de la tête. Inutile de dire que ses yeux gris brillaient comme des étoiles.
« Le gâteau de Tour=Din, super bon. Super super bon. »
« Oui. C'est une superbe réussite. »
Comme j'avais déjà goûté à Moribe, je pus le dire du fond du cœur.
Tour=Din avait préparé deux sortes de gâteaux ce jour-là, et les deux étaient des créations nouvelles.
L'une était un gâteau au tripe, développé sur le principe du gâteau au chocolat ou du gâteau au ramenpa. L'autre était un biscuit au chocolat d'arou.
L'arou étant un fruit type framboise, le chocolat d'arou équivaut à du chocolat à la fraise. Ce n'était pas rare dans mon monde d'origine, mais Tour=Din y était parvenue après de longues recherches.
Pourtant, je ne sais pas si cela rentre vraiment dans la définition du chocolat. Au terme de ses essais, Tour=Din avait renoncé à utiliser la feuille de gigi pour ce produit.
La feuille de gigi, torréfiée, donne un arôme type cacao, permettant à Tour=Din de créer des gâteaux très proches du chocolap. Ayant appris qu'il existait dans mon monde des chocolats aux arômes de fruits, elle s'y était consacrée — mais elle avait fini par juger impossible d'harmoniser correctement le chocolat à la feuille de gigi avec les fruits.
Elle porta alors son attention sur l'huile de ramenpa, type huile de cacahuète.
Ces dernières années, Tour=Din avait imaginé maints gâteaux utilisant le ramenpa et l'huile de ramenpa. Le cœur en était la crème de ramenpa au parfum riche — et Tour=Din avait misé sur l'harmonie entre cette crème et les fruits.
Ainsi naquit le chocolat d'arou.
Mis à part la définition du chocolat, c'était exactement le goût du chocolat à la fraise que je connaissais. Bien sûr, l'arôme de ramenpa était riche, et son côté grillé évoquait aussi le chocolat.
(Enfin, la feuille de gigi non plus n'est que "proche du cacao", pas du cacao lui-même. Les gâteaux faits avec sont appelés chocolat par commodité, alors celui-ci n'embête personne en rejoignant la famille.)
Je le pensai, et Tour=Din fut du même avis. C'est pour ça que ce gâteau fut nommé « biscuit au chocolat d'arou ».
La couleur du ramenpa fut effacée par celle de l'arou et des produits laitiers, virant à un rose crémeux. La douceur reposait sur le nectar de fleur d'aaru. Et comme le chocolat de gigi, il ne figeait pas bien à température ambiante, donnant une texture fondante. Je la sentais proche de la viscosité d'une crème au chocolat ou au beurre de cacahuète qu'on tartine sur du pain.
Cette crème au chocolat d'arou était posée sur un biscuit croquant. Pour mettre en valeur le goût du chocolat d'arou, le biscuit ne contenait ni sucre ni miel, mais une pointe de sel. En premier essai, c'était une réussite sans reproche. Ce gâteau avait eu un grand succès à Moribe, et semblait en être de même ici.
« C'est… une saveur que je n'ai jamais goûtée jusqu'ici. »
Shili=Rou, le haut du corps balançant doucement, le dit.
De son côté, Valcas évalua d'une voix dépourvue d'émotion : « Magnifique. »
« Je devine à peu près les ingrédients, mais cette combinaison et cette méthode de transformation me semblent d'une originalité extrême… C'est encore Asta-dono qui a guidé ? »
« Non. Comme d'habitude, j'ai juste indiqué la direction, et Tour=Din a abouti à ça par essais et erreurs. »
« … Toujours est-il qu'Asta-dono et Tour=Din-dono ont une relation maître-disciples idéale. Moi qui ai quatre disciples, j'aimerais m'en inspirer. »
Que Valcas dise ça arrivait rarement. Shili=Rou affichait une mine ne sachant s'en colère ou se réjouir, les yeux vagabonds comme Malfira=Naam.
« Le chocolat d'arou, super bon. … Si on en faisait un gâteau au chocolat, ça aurait l'air super bon. »
Quand Odifia dit ça, Tour=Din sourit heureuse : « Oui, c'est vrai. »
« Moi aussi j'aurais voulu essayer, mais ça n'a pas été prêt à temps. La prochaine fois, j'espère vraiment que vous le goûterez. »
« Oui. Super hâte. Super super hâte. »
Après ça, Odifia se tourna vers Pirivishuro.
« Mais… Pirivishuro-sama, tu ne peux pas en manger ? »
« Oui. Prochaine venue, j'ai hâte. »
Pirivishuro répondit d'une voix douce, et Odifia, d'un regard comme habité, se pencha vers elle.
« Vraiment ? Pirivishuro-sama, tu reviendras ? »
« Oui. Je ne sais pas quand je pourrai venir… mais je viendrai sûrement. Promis, c'est juré. »
« Vraiment juré ? »
« Oui. C'est juré. Juré, juré. »
Les yeux gris d'Odifia et les yeux noirs de Pirivishuro s'affrontèrent à courte distance. Tous deux étaient embués de larmes, prêtes à déborder sur les joues — mais elles restaient dans les yeux, ne faisant qu'en augmenter l'éclat.
En deux mois et un peu, Odifia et Pirivishuro avaient tissé un lien si fort.
D'ailleurs, qu'une enfant comme Pirivishuro parte en long voyage n'arrive presque jamais. Pour elles deux, c'était la première expérience d'une rencontre — et d'une séparation — avec une noble étrangère du même âge.
(Mais Odifia a 8 ans, Pirivishuro un an de moins. Elles auront encore tout le temps d'approfondir leur lien.)
Bien sûr, leurs tuteurs respectifs le leur ont déjà répété maintes fois. Alors je ne dis rien de superflu, me contentant de veiller sur la séparation de ces deux jeunes nobles.
Là, un groupe bruyant arriva en trombe. C'étaient le prince Dakarumas, la princesse Delshea — et Alvaha avec Nanaquem, quatre au total. Eux aussi avaient désormais du temps libre. Delshea étant libre dès le début, c'est elle qui les avait guidés, sans doute.
« Oh ! Asta-dono était ici ! Nous venons de goûter ce riz pilaf au curry et ces divers fritures ! C'était délicieux, sans nul doute, mais j'aimerais aussi entendre l'avis d'Alvaha-dono ! »
« Et ici, c'est la table des gâteaux ! La pâtisserie de Tour=Din-sama, je me demandais sans cesse quel goût elle avait ! Alvaha-sama, quelle impression allez-vous avoir ? »
Pris en tenaille par ce père et cette fille bruyants, Alvaha avait l'air de retenir un rire amer.
Mais c'est la dernière fois qu'on le voit ainsi. Hors Delshea, les autres partent demain, et la prochaine rencontre dans combien de mois… Déjà si loin, et de si haut rang, ils ne peuvent pas quitter leur terre aisément.
Pourtant, un jour, ils reviendront sûrement à Genos.
Même sans avoir des larmes aux yeux comme Pirivishuro, leurs cœurs doivent receler une telle ardeur — et la mienne est pareille.
Ainsi, ce lieu débordait de la chaleur et de la vitalité qui symbolisaient ce jour — et à la fin, je fis mes adieux à divers interlocuteurs.