« Pourquoi à un moment comme celui-ci, doit-il encore s'occuper de travail superflu ? »
bouillait de colère.
L'endroit était la salle d'attente du Palais du Cygne. La rencontre d'aujourd'hui s'était pour ainsi dire terminée, mais comme Gazlan=Rutim et Rau=Rei avaient été emmenés par Fermes, nous attendions leur retour.
Gazlan=Rutim et les siens s'étaient rendus à la prison, dans le but de discerner les véritables intentions du vieux bandit. De plus, sous le regard des responsables de chaque camp, un interrogatoire fut mené, et Gazlan=Rutim et les autres durent l'inspecter.
C'est sur la décision de Jiza=Ruu que Rau=Rei les accompagnait.
Cela peut sembler irrespectueux de dire que c'est inattendu, mais Jiza=Ruu semble porter une grande estime à l'œil de Rau=Rei pour juger les gens. Bien que Rau=Rei ait quelque peu de mal avec la communication d'autrui, on dit que son discernement visuel est parmi les meilleurs de la lignée des Ruu.
Nous qui restions avons rejoint Dan=Rutim et Dim=Rutim, et sirotions du thé dans la salle d'attente. Et , seule, manifestait son mécontentement.
« Certes, c'est une peine superflue, mais dans la ville-château, il n'y a guère de danger qui nous menace... Si nous avons un jour de plus de délai, nous pourrons aussi monter un plan pour capturer les bandits. »
Sur cette réponse de Jiza=Ruu, lui lança un regard humide.
« Ainsi, Jiza=Ruu aussi partage les mêmes sentiments que Fermes et Gazlan=Rutim. »
« Non. Je ne sais pas ce que pensent Gazlan=Rutim et les autres en voulant retenir Pwadino. Simplement, je considère que rentrer au Shim après avoir capturé tous les bandits ne serait pas trop tard. »
« Moi aussi je le pense. Capturer les bandits vivants sera difficile, mais si le symbole sur le dos de la main est intact, ce sera une preuve d'autant plus certaine. »
Lorsque Jii=Maam éleva la voix ainsi, Shimiral=Ririn acquiesça silencieusement.
« Moi, j'approuve. Et puis... Pwadino, un peu, son calme, il semble l'avoir perdu. La précipitation, elle appelle l'échec, donc il devrait s'efforcer de garder son sang-froid. »
« Hmph. Puisque le voyage jusqu'à la capitale orientale prend vingt jours, il aura tout le loisir de calmer son cœur d'ici là. »
Après avoir dit cela, croisa les bras avec un air pensif.
« De plus, moi aussi je pense qu'il vaudrait mieux rester tranquille jusqu'à ce qu'on capture le dernier bandit. Si le vieux bandit ment, il y a à craindre que d'autres pièges pour attraper Pwadino ne nous attendent par la suite. »
« Quoi ? Alors, pas besoin de se fâcher. »
« C'est pour ça que je suis en colère, parce qu'on t'a fait porter un travail superflu. »
« Aïe, aïe. J'ai compris. Merci de t'inquiéter. Mais moi aussi, j'ai envie de parler encore un peu avec le prince Pwadino. »
Avec le prince Pwadino, au final je n'ai parlé que de l'affaire. Si on se sépare comme ça, on risque de se demander à quoi a servi notre rencontre.
« Et puis, je veux que le prince Pwadino rentre au Shim en pleine forme. Si ce bandit a menti pour le piéger, on risque de subir une terrible contre-attaque... »
« Hum. Pour l'instant, on ne peut rien dire. Tout dépend de ce qu'en penseront Gazlan=Rutim et les autres. »
Au moment où répondit ainsi, on frappa à la porte de la salle d'attente.
Je crus que Gazlan=Rutim et les autres revenaient, mais c'est Tikatorasu qui pointa le nez. fronça immédiatement les sourcils.
« ... Toi, n'es-tu pas censé être retourné au travail de recherche ? »
« Non non ! Les bidonvilles, passe encore, mais pour la recherche en montagne, je ne serais pas d'une grande aide ! ... a l'air bien de mauvaise humeur, tu t'es disputé avec ? »
« Je n'ai aucune raison de me quereller avec . Je suis simplement mécontente qu' se soit vu imposer du travail superflu. »
Et l'instigateur de tout ça, c'est ce Tikatorasu.
Tikatorasu fit flotter les manches de son vêtement ressemblant à un haori long en riant « Ahaha ! »
« C'est ma faute, pardon ! Mais Fermes-dono et Gazlan=Rutim semblaient vouloir retenir le prince Pwadino, et moi aussi, la belle tenue de banquet d' m'a manqué ! »
« En pareil tumulte, je n'ai pas envie de m'habiller en tenue de banquet. Je compte emprunter un uniforme de cérémonie d'officier militaire. »
« Ça m'embête. Cet objet ne va pas avec un uniforme de cérémonie militaire, tu ne trouves pas ? »
Tikatorasu sourit en coinclinant et fit un signe d'œil à Degion.
Degion déploya sur la table le paquet qu'il tenait dans ses bras. En apparut une épée des plus somptueuses.
C'était une grande dague d'une vingtaine de centimètres de lame, large et fortement courbée. La lame nue, le manche et la garde étaient tout en argent scintillant, avec des ornements de pierres précieuses incrustés çà et là.
« ... Qu'est-ce que c'est ? Ça ne ressemble pas à une arme utilisable. »
« Oui oui ! D'ailleurs il n'y a pas de tranchant, on ne pourrait même pas couper du fil ! Mais c'est un article venu d'outre-mer ! D'une beauté qu'on prendrait pour de l'argent pur, mais solide comme de l'acier, donc même manipulée par la force physique d'un chasseur de Moribe, elle ne cassera pas, je pense ! »
Aux mots de Tikatorasu, plissa les yeux avec acuité.
« C'est pour que je l'apporte au banquet de demain ? ... Pourquoi ? »
« Parce que les participants au banquet ne pourront pas porter d'armes, non ? Bon, est d'une force phénoménale même sans armes ! Mais mieux vaut en avoir que pas ! »
« Alors pourquoi des armes seraient-elles nécessaires ? Tu ne vas pas me dire que des bandits vont faire irruption au banquet ? »
« Ça, je n'en sais rien ! Mais... depuis ce matin, j'ai une drôle d'impression, moi aussi. »
Tout en gardant son large sourire, Tikatorasu baissa le ton.
« En fait, depuis qu'on a appris la capture d'un nouveau bandit, j'ai un drôle de sentiment. Comme si on m'avait raconté une blague de mauvais goût... comme si en croquant un gâteau sucré, j'y trouvais un fruit de chitt. »
« Autrement dit, tu as perçu une présence inquiétante ? »
À la question de Jiza=Ruu, Tikatorasu agita la main « Non non. »
« Je ne suis ni un maître d'arts martiaux ni un astrologue. Je n'ai pas la capacité de percevoir de telles présences. ... Et vous, vous ne sentez rien ? »
« ... Pour ma part, je ne parviens pas du tout à identifier la figure de l'ennemi. Les bandits capturés jusqu'ici ne sont sans doute que des marionnettes. Celui qui tire les ficelles dans l'ombre, quel genre d'humain est-ce... je ne peux pas l'imaginer du tout. »
« Oui oui. Moi aussi, même état d'esprit. Le meneur de cette affaire, soit il a une ruse diabolique, soit il est d'une bêtise ahurissante... peut-être les deux à la fois. »
En disant cela, Tikatorasu rit bêtement.
« Alors cette épée, c'est comme un talisman pour avoir l'esprit tranquille ! Il y en a trois de pareilles, alors , Rem=Domu et Viketto devraient les prendre ! Je la confierai aussi à la personne chargée de l'habillage ! »
« ... Toi, à ta manière, tu tiens compte de nos sentiments, n'est-ce pas ? »
le dit en souriant amèrement.
« C'est entendu. Alors, je te laisse le choix de la tenue de banquet. ... Tu n'as pas préparé ça dans ce but, j'imagine ? »
« Ahaha ! Lequel des deux sentiments est venu en premier, je l'ai oublié ! Quoi qu'il en soit, j'attends avec impatience la belle tenue de banquet d' ! »
Ainsi, retrouvant son agitation habituelle, Tikatorasu quitta la pièce.
En échange, Gazlan=Rutim et Rau=Rei revinrent. Et sans qu'on ait besoin de rien demander, Rau=Rei lança : « C'est non, celui-là ! »
« Ce vieillard ne possède rien qui ressemble à un cœur humain ! Avec lui, impossible de juger s'il est bon ou mauvais ! »
« Moi aussi, même sentiment. Celui-là, il dépasse le bien et le mal... on dirait l'enveloppe vide d'un humain. »
En parlant ainsi, les deux yeux de Gazlan=Rutim brillaient à nouveau d'une lueur acérée. Que Gazlan=Rutim manifeste si souvent un regard d'aigle, c'était une première.
« Par conséquent, impossible de savoir si les mots de sa bouche sont vérité ou mensonge. On dirait un homme qui a perdu toute énergie et s'accroche à un dernier espoir en disant la vérité... et inversement, on dirait aussi un homme qui a oublié espoir et désespoir et aligne des mensonges sans aucune conscience du péché. »
« Hm ! C'est un sacré personnage, on dirait ! »
En le disant avec largesse, Dan=Rutim posa sur lui un regard qui semblait se soucier de son fils. Gazlan=Rutim, s'en apercevant, adoucit son regard et esquissa un sourire.
« Quoi qu'il en soit, ce vieillard n'est déjà plus qu'une enveloppe vide. Après une vie si rude, il a comme usé tout son cœur humain... c'est l'impression qu'il donne. »
« Quel malheur ! Même s'il a mené une vie comblée jusqu'ici, finir dans un tel état d'esprit en vieillissant, c'est malheureux, il n'y a pas d'autre mot ! Criminel soit-il, c'est un pauvre type ! »
Dan=Rutim rit « Gahaha » en tapant dans le dos de Gazlan=Rutim, et Jiza=Ruu se leva sans un bruit.
« Alors, rentrons-nous aussi. À cette heure, Tour=Din et les autres sont encore à la ville-relais, non ? »
« Ah, c'est possible. Pourriez-vous passer par "L'Auberge de l'Oreille Longue de Randoru" ? »
« Puisque des chasseurs de garde y sont aussi postés, s'ils y sont encore, nous n'avons qu'à les rejoindre. »
C'est ainsi que nous quittâmes enfin le Palais du Cygne.
Devant, six chasseurs et beaucoup de soldats nous attendaient. Le personnel changeait chaque jour, mais avec leurs armures recouvertes de capes de pluie, impossible de les distinguer.
(Mais comme le prince Pwadino partira après-demain... ce tumulte prendra fin à ce moment-là, non ?)
Quelles que soient les arrière-pensées du vieux bandit, une fois le prince Pwadino parti de Genos, il n'y aura plus de raison qu'il s'en prenne à moi ou aux soldats de Jagar. Cependant, toute la vérité ne sera révélée qu'après l'arrivée du prince Pwadino au Shim, dans vingt jours ou plus -- d'ici là, nous devrons porter ce lourd malaise.
(Non. Si le dernier bandit est capturé aujourd'hui ou demain, la situation peut encore changer. En tout cas, je veillerai à ne pas baisser ma garde.)
Ainsi, sortant de la ville-château pour nous rendre à l'Auberge de l'Oreille Longue de Randoru à la ville-relais, nous tombâmes juste au moment où Tour=Din et les siens préparaient leur départ.
Ceux qui étaient restés sur place étaient Tour=Din, les femmes de Riddo, ainsi que Malfira=Naam et Rimi=Ruu. Comme les passagers des chars furent réorganisés pour répartir équitablement les gardes, Rimi=Ruu qui se retrouva dans le même char s'écria « Waaï ! » en sautant au cou d'.
« et les autres, bon travail ! Il n'y a pas eu de danger ? »
« Hum, rien de grave. Vous non plus, apparemment, tant mieux. »
lui ébouriffa la tête, et Rimi=Ruu rit encore plus joyeusement « Ehehe ».
« Le choco-fondue qu' m'a appris marche super bien ! En fait, Tour=Din l'avait déjà presque fini chez elle ! »
« C'est vrai. "La Rencontre de la Brise Gracieuse" va être amusante. »
Le cœur apaisé par le sourire de Rimi=Ruu, je repris le chemin du retour.
Mais aujourd'hui, pas le temps de se reposer. Le soir approchait, mais il fallait finaliser l'organisation du banquet de demain. Après avoir déposé Rimi=Ruu au village des Ruu, je me rendis à la maison des Fa avec les gardes, et surpris Yun=Sudra et les autres qui s'activaient pour les préparatifs de demain.
« Hein ! Vous ouvrez un banquet dès midi ? Alors, le stand, comment ça marche ? »
« Oui. J'ai négocié pour ne pas trop forcer, donc la quantité de plats n'est pas si énorme. Donc... pour le stand, on garde la rotation prévue, et je compte demander à ceux qui ont les mains libres de nous aider. »
« C'est ça... compris. Je garderai la boutique d' pendant son absence. »
Yun=Sudra afficha un air déterminé et me le dit.
Ensuite, direction le village des Fou. Là-bas, on leur avait confié les préparatifs du commerce de Turan, mais les femmes de Rattsu, chargées de la gestion pour demain, étaient déjà rentrées.
« Hé, un banquet en plein dans tout ça ! Les nobles sont vraiment tranquilles, hein ! »
La compagne de Bado=Fou, mise au courant, affichait un air ahuri. Les membres du clan Sauti, qui restaient ici pendant la saison des pluies, en étaient de même.
« Vraiment, il n'y a que des imprévus. Peut-on considérer ça comme le signe que le tumulte va s'apaiser ? »
« Hum. Moi aussi je l'espère. En tout cas, demain non plus le commerce de Turan ne sera pas impacté, alors continuez comme ça, s'il vous plaît. »
« Oui. Laissez-nous faire. Nous aussi, nous sommes bien rodés maintenant. »
Les membres du clan Sauti aident aussi principalement aux préparatifs du commerce de Turan. L'échange de personnel entre foyers a considérablement diminué, mais pour moi, ils restent une force précieuse.
Prochaine étape, le village de Gazu. Comme j'emmène beaucoup de soldats, le chef de famille de Gazu nous accueillit avec un air de surprise totale.
« est donc toujours entouré d'autant de monde. Comment dire... c'est vraiment pitié. »
« Non non. Vous nous avez tant aidés, et je m'excuse d'être venu si tard pour les salutations. »
Gazu aussi étant en période de repos, jusqu'hier ils fournissaient des chasseurs de garde, et à partir d'aujourd'hui ils participent aux recherches. Naturellement, le chef de la maison principale ne venant pas en tant que garde, c'était la première fois qu'on se voyait depuis le début de l'affaire.
« Alors, aujourd'hui encore, je suis venu pour une autre faveur... »
Les membres réguliers menés par Yun=Sudra ont le commerce du stand, les femmes de Rattsu gèrent le commerce de Turan. Et les femmes de Gazu ne sont de service pour aucun des deux aujourd'hui, donc je voulais leur confier le rôle de chef d'équipe pour les préparatifs du banquet.
« Quoi ? Confier la gestion à ma fille ? Attends un peu ! Je vais la chercher ! »
Le plus jeune frère encore enfant courut jusqu'à la cabane du kamado et amena sa sœur. Une ancienne qui aide au stand depuis l'époque des femmes de Rattsu. Elle aussi, tout comme son père, avait une expression de stupeur.
« Moi, chef d'équipe ? Chef d'équipe, c'est le rôle de gérer un endroit à part d', non ? C'est toujours Rei=Matua et les autres qui le faisaient, non ? »
« Comme c'est trop soudain, j'ai évité de bouger l'équipe du stand. Toi non plus, tu n'as rien qui manque pour être chef d'équipe. »
Elle n'est pas une garde du kamado incompétente. Simplement, des membres comme Yun=Sudra, Rei=Matua, Malfira=Naam, Faye=Beimu, et les femmes de Rattsu sont trop excellents.
« Je pensais bientôt te confier la gestion du commerce de Turan... c'est brutal, mais qu'en dis-tu ? Tu acceptes ? »
« Bi, bien sûr ! Juste, est-ce que je pourrai assumer un si grand rôle... »
« T'inquiète pas. Les ingrédients, je m'en occupe. Je veux que tu gères la cuisine. Le menu qu'on te confie fait trois plats, tous très familiers. »
« C, compris ! » Et la femme de Gazu montra autant d'entrain que Yun=Sudra tout à l'heure.
Je la remerciai en baissant la tête, puis me tournai vers le chef de famille de Gazu.
« Et puis, encore une chose à demander... peut-on nous prêter encore quelques femmes ? »
« Qu, quoi ? Cette fois, c'est quoi comme histoire ? »
« Pour le travail de demain, il nous faut une dizaine de personnes en plus, mais on n'a plus le temps de faire le tour de toutes les maisons. Alors, on voudrait emprunter de la main-d'œuvre aux six clans en période de repos. Ce sera peut-être intimidant pour celles qui travaillent pour la première fois en ville-château... mais pourriez-vous accepter ? »
Le chef de famille de Gazu, d'ordinaire si calme, promena son regard, et Jiza=Ruu qui observait en silence s'avança.
« Pour les gardes, on promet de fournir assez de monde depuis la lignée des Ruu. Le reste, on laisse à votre jugement. »
« H, hum... mais les chefs de clan ont-ils donné leur accord ? »
« Le chef de clan Donda=Ruu n'est pas encore rentré de la forêt, donc on négociera après. Mais comme c'est une affaire qui concerne la famille royale du Shim... les chefs de clan ne pourront probablement pas refuser. Et s'ils acceptent, ils donneront la priorité à la sécurité de leurs camarades. »
Le chef de famille de Gazu acquiesça profondément. « C'est ça. »
« C'était trop soudain, j'ai moi-même laissé mon cœur se troubler... Mais c'est entendu. Les femmes aussi, autant qu'elles veulent, je les confie à . Qu'on soit en période de repos en un tel moment, c'est sans doute la volonté de la Mère Forêt. »
« Merci. Je le dis tard, mais les récompenses seront correctement réparties. »
« Hmph. Nous, on ne se donne pas pour des récompenses. »
« Mais un travail important mérite une contrepartie, non ? Pour la fierté de tous, s'il vous plaît, acceptez-les. »
Après ça, on fit aussi le tour des maisons de Rattsu et Beimu, et enfin l'organisation fut complète.
Ensuite, en route vers le village des Ruu, le ciel de la saison des pluies était déjà bien sombre. Grâce au lancement de la grande recherche, la sécurité du village de Moribe était indirectement garantie, mais bien sûr, ne baissa pas sa garde, ses yeux bleus brillant sans cesse.
« ... Hum ? Il y a comme du bruit. »
Comme on approchait du village des Ruu, aiguisa encore son regard.
Mais il n'y avait pas de quoi s'inquiéter. C'était un groupe de chasseurs participant aux recherches qui rentrait. Ils furent envoyés en groupe au village des Ruu, et de là, chacun rentra avec son propre char.
À l'origine, ils auraient voulu travailler toute la nuit, mais l'adversaire utilise les poisons des gens de l'Est, et il n'est pas exclu qu'il ait un autre panthère noire avec lui. C'est trop dangereux, donc le travail de nuit a été abandonné. Toutefois, pour ne pas gâcher les résultats de la journée, on a posté de nombreuses sentinelles dans les zones où les recherches sont terminées, pour maintenir la surveillance.
« Oh, , . Vous aussi, vous avez l'air sains et saufs. »
Quand je descendis du char sur la place, Rai'erufamu=Sudra s'approcha à petits pas. De le voir sain et sauf, je poussai un grand soupir de soulagement.
« Rai'erufamu=Sudra aussi, bon travail. Rien que d'être sain et sauf, c'est le principal. »
« Hum. Aucune raison d'être en danger n'existait. C'est justement ça qui est louche. »
Aux mots de Rai'erufamu=Sudra, réagit vivement.
« Louche ? Qu'est-ce qui te semble suspect, Rai'erufamu=Sudra ? »
« Hum. Nous, on a cherché dans la montagne depuis une position proche de la ville-relais... mais aucune trace de bandit. L'endroit où ils se cachaient avec la panthère noire nous avait été communiqué à l'avance, mais à part ça, absolument aucune trace de bandit. »
« Hum. Mais la montagne n'a pas de fin, non ? Trouver des traces en un seul jour, c'est pas plus difficile ? »
« Moi aussi au début, je le pensais. Rien que le bord de la forêt face à Genos est assez large. Mais... les gens de la ville craignant la Forêt de Morga, le bord de la forêt ne montre aucune trace de piétinement. Tu peux imaginer, , l'aspect d'une forêt où personne n'a mis les pieds depuis des années ? Si les bandits y avaient mis les pieds, nous ne l'aurions pas raté. »
En disant cela, Rai'erufamu=Sudra fit briller doucement ses yeux marron.
« Donc, la recherche du bord de la forêt a progressé très bien. Vers le zénith, on a fini la zone face à la ville-relais, et au moment de rentrer aujourd'hui, on a poussé jusqu'au-delà de Dareimu et Turan. Moi j'étais dans le groupe qui allait vers le nord, donc à la fin j'ai même atteint l'arène. »
« L'arène ? Jusqu'à là, en char, ça prend bien un demi-koku. »
« Hum. Et les bandits, ils ont abandonné le toto et le char il y a deux jours au matin, c'est ça ? S'ils ont fui si loin, ils ne peuvent pas surveiller Genos. Alors, fuir au Shim, c'est pareil, non ? »
« Hum... la lande d'en face, bien sûr, a été fouillée en même temps ? »
« Hum. Là-bas, beaucoup de rochers avec bonne visibilité, donc encore moins de soucis. Et là non plus, absolument aucune trace de bandit, paraît-il. Au moins, jusqu'à l'endroit où le char met un demi-koku, les bandits ne se cachent pas. »
Un demi-koku en char, c'est le triple à pied. Qu'il n'y ait aucune trace de bandit jusqu'à l'endroit qui prend un koku et demi à pied -- c'est effectivement bizarre.
« Dans ce cas, on voudrait suspecter la ville-relais... mais c'était Kamyua=Yoshu et les siens qui s'en occupaient. »
« Hum. Si Kamyua=Yoshu dit qu'il n'y a pas de traces, on peut le croire. Pour Dareimu et Turan, les gardes les ont fouillés minutieusement, et il n'y a pas non plus de cachettes. »
« Hum... c'est effectivement louche. »
« C'est ça ? S'il n'y avait pas l'histoire du toto et du char, on voudrait trancher qu'ils ont déjà fui au Shim. »
En disant cela, Rai'erufamu=Sudra détendit soudain son expression.
« Quoi qu'il en soit, un humain ne peut pas disparaître comme de la fumée. Il est forcément quelque part, caché. Demain, on étend la recherche jusqu'au côté ouest de la ville-château, alors moi aussi je donnerai tout. »
« Donc demain aussi, Rai'erufamu=Sudra y va ? »
« Hum. Suivre les traces de giba, c'est mon point fort, et pour l'arc, je me tiens pour le deuxième après Chim. »
« L'arc ? » demanda , et Rai'erufamu=Sudra acquiesça « Hum ».
« Vous n'avez pas eu l'info ? Aux chasseurs doués à l'arc, on a distribué des flèches empoisonnées avec un poison paralysant. C'est un truc pour capturer les bandits vivants. »
« Ah, l'histoire de compter sur le poison du Shim, j'avais entendu. C'est distribué aux chasseurs de Moribe aussi, donc. »
fit une grimace, et Rai'erufamu=Sudra ricana.
« Utiliser du poison pour la chasse au giba, c'est un tabou, mais hors de la forêt, y a pas de problème. Tu vas pas me demander des comptes, toi aussi, ? »
« Rien à te reprocher, Rai'erufamu=Sudra. Au contraire, je compatissais à l'idée que tu doives utiliser du poison. »
« Moi, ça me gêne pas. Mieux vaut ça que de les voir se suicider sous mes yeux. Shimiral=Ririn aussi, tant qu'elle est hors de Moribe, manipulera des armes empoisonnées, non ? »
Shimiral=Ririn aussi, en tant que garde, était près de moi. Shimiral=Ririn sourit doucement « Oui ».
« Poison paralysant, adversaire, vie, protéger pour, salut. ... Cette fois, salut, atteindre, incertain. »
« Hum. Nous, on a l'intention d'empêcher leur suicide, donc pour les bandits, c'est une aide de trop. Mais pas question de laisser mourir facilement des gens qui ont fauté. Les bandits, on les fera vivre pour expier leurs péchés. »
Sur ces mots, Rai'erufamu=Sudra s'en alla.
Rai'erufamu=Sudra participera aux recherches demain aussi. Préparer le banquet en coulisses, c'était un drôle de sentiment -- mais en tant que gardien du kamado, je n'avais pas d'autre travail à faire.
(Bon, comme ça on a pu retenir le prince Pwadino... et si ça amène un bon résultat, je pourrai me dire que j'ai un peu contribué, non ?)
En ruminant ces pensées, je me rendis à la cabane du kamado où m'attendaient Rimi=Ruu et les autres.
Ainsi, le seizième jour de la Lune rouge, plein de revirements, s'acheva dans un silence inquiétant -- et nous dûmes affronter un banquet hors saison.