Le lendemain ―― le 12 de la Lune rouge.
Je me réveillai dans la maison où vivaient autrefois Digdo=Ruu=Shin et les siens.
L'endroit était la grande salle, et les chasseurs venus en tant que gardes étaient aussi enveloppés dans leur literie pour la saison des pluies. Dan=Rutim avait tout de l'image d'un ronfleur豪快, mais en réalité, il ne faisait que respirer doucement comme un enfant.
« Bonjour, . »
Gazlan=Rutim se redressa à moitié sur sa literie. Dès le réveil, il affichait son habituel sourire limpide.
« Bonjour, Gazlan=Rutim. Vous n'avez pas à vous presser, restez encore un peu allongé. »
« Mais n'a pas non plus de raison de se lever si tôt, n'est-ce pas ? Il reste encore deux koku environ avant de commencer la préparation du stand, non ? »
En effet, nous étions au village des Ruu, et il m'avait été enjoint de m'abstenir du travail de collecte de bois et d'herbes aromatiques. Car mettre le pied dans la lisière de la forêt aurait inévitablement nui à la protection.
« Nous devons vous raccompagner chez les Fa, mais mon père Dan ne se réveillera pas avant un moment. n'a pas à forcer son sommeil, mais je vous en prie, reposez-vous tranquillement. »
« Merci. Mais dans ce cas, Gazlan=Rutim aussi... »
« Oui. Mais en causant avec , le cœur m'enchante et la somnolence s'est complètement dissipée. »
Devant la plaisanterie chaleureuse de Gazlan=Rutim, je ne pus m'empêcher de rire « ahaha ».
« Ce n'est pas une situation pour rire, ceci dit... pouvoir accueillir le matin aux côtés de Gazlan=Rutim est un privilège de mon rôle. »
« Oui. Il semble qu'il ne se soit rien passé d'anormal cette nuit. »
Gazlan=Rutim promena un regard sourire sur la grande salle.
Pendant la saison des pluies, des rideaux étaient tirés devant les fenêtres à claire-voie pour tenir le froid. De l'autre côté, on n'entendait que le bruit de la pluie, comme un frottement.
Cette nuit, des veilles avaient tout de même été organisées. Les chasseurs de la parenté logeant dans une autre maison et les soldats de la Garde rapprochée basés sur le chariot à totos patrouillaient chacun à tour de rôle, par groupes de trois, dans le village des Ruu. On ne savait pas si les subordonnés du prince Poadino possédaient la capacité de masquer leur présence, aussi cette prudence était-elle de mise.
De plus, le gros de la suite de Son Altesse Poadino restait retranché dans la ville-château. S'ils venaient à forcer le passage en sortant la porte de nuit, on nous avait promis qu'un messager serait dépêché sur-le-champ. La possibilité d'un détachement tapi hors de la ville-château avait été suggérée par Fermès, mais leur effectif maximum était estimé à une vingtaine, donc avec une telle vigilance, aucun danger ne devrait survenir.
« Vers quelle heure serons-nous convoqués aujourd'hui ? J'aimerais moi aussi vous accompagner, mais si je ne peux pas assister à l'entretien, cela ne servira pas à grand-chose. »
« C'est vrai. Et puis, une personne du rang de Gazlan=Rutim devrait quand même se montrer prudente, non ? S'il arrivait quelque chose, je ne pourrais plus regarder personne en face... »
« Non. D'après ce que j'ai entendu hier, la possibilité que cela dégénère en ville-château est infime. Si une telle situation advenait, Marstein serait bien obligé de mobiliser ses troupes. Si le but du prince Poadino est le trône, il ne peut pas reléguer les relations avec le royaume d'Occident au second plan. »
Tandis que nous discutions de choses lourdes dès le matin, apparut depuis le couloir menant aux dortoirs. Elle avait déjà soigneusement noué ses cheveux, une allure dignifiée.
« Vous êtes déjà levés, je vois. ... La nuit dernière, vous n'avez pas été tourmentés par de mauvais rêves ? »
« Non. J'ai dormi comme une souche sans faire le moindre rêve. C'est aussi grâce à la force que vous m'avez prêtée, à tous. »
« C'est bien. » répondit , mais son humeur ne semblait pas au beau fixe. En passant la nuit avec les protecteurs, les dortoirs se retrouvaient inévitablement séparés entre hommes et femmes. Qui plus est, nous venions tout juste de décider, hier, de nous endormir en nous tenant la main ―― sa frustration devait être d'autant plus vive.
« Et vous, comment s'est passée la nuit ? Vous avez beaucoup parlé avec Yamil=Rei, j'imagine ? »
« ... Penses-tu que Yamil=Rei et moi ayons de quoi faire une conversation animée ? »
« Pourtant, vous partagiez le dortoir depuis longtemps, non ? Ces derniers temps, vous ne vous étiez plus vus, c'est tout. »
La dernière fois que les deux Rei avaient été invités devait remonter à la Lune blanche ou la Lune grise de l'an dernier. Cela ferait déjà six mois environ. À cette époque, on avait aussi accueilli la parenté des Sauti pour explorer de nouvelles méthodes de chasse au giba.
« Cela dit, la nuit dernière a été passablement agitée. Tikatras et les siens, est-ce que ce n'était pas leur vrai dessein ? »
D'un air boudeur, lança cette remarque. Le dîner de la veille avait réuni Alvaha, Nanaquem, sans oublier Kamyua=Yoshu et Tikatras, dans une joyeuse cohue. Tous ces gens devaient maintenant dormir paisiblement dans une autre maison.
« Eh bien, Kamyua et Tikatras sont du genre à profiter de n'importe quelle situation. Je pense qu'ils ont agi par considération pour nous. »
« Je ne doute pas de leurs intentions sincères, mais... les voir s'égayer à ce point... »
En disant cela, posa un regard acéré du côté de l'entrée.
Au même instant, on frappa à la porte. , qui portait déjà son sabre, y posa la main et s'avança vers l'entrée.
« Excusez-nous de si bon matin. Voici Baji et Gadel. Les gens de la maison Fa vont bien, j'espère ? »
C'étaient les deux hommes qui devaient dormir dans la même maison que Kamyua=Yoshu.
souffla un coup, puis mit la main sur le verrou. Moi aussi, avec Gazlan=Rutim, je me dirigeai de ce côté.
« Quel motif vous amène à une heure si matinale ? »
« Ah, regardez un peu. Tout le monde va bien, comme vous voyez. »
Baji, coiffé de sa cape de pluie, lâcha cela en bâillant.
À côté de lui, Gadel se tortillait en faisant balancer son grand corps. Ses yeux clairs jetaient des coups d'œil furtifs vers moi.
« E-excusez-nous. Nous n'avons pas pu nous empêcher de nous inquiéter pour savoir si -dono allait vraiment bien... »
« Merci de votre sollicitude. Comme vous le voyez, je suis en pleine forme. »
« Ha... » Gadel esquissa un sourire fragile.
À présent, c'était le Gadel habituel, mais quand nous l'avions convié hier soir, il dégageait une aura bien plus menaçante. C'était cet autre visage qu'il avait montré lors de l'attaque des sauterelles et de la rencontre avec Tikatras. C'est pour cela que Kamyua=Yoshu avait proposé de le faire venir au village des Ruu.
« J-j'ai entendu dire que la famille royale d'Orient voulait prendre -dono à son service ! Est-ce la vérité ? »
Le Gadel qui hurlait ainsi avait les yeux injectés de sang, et son grand corps dégageait une fureur intense. Il en paraissait féroce, comme un autre homme. C'est pourquoi Kamyua=Yoshu avait aussi proposé de le faire venir.
Mais par la suite, grâce à nos 설득ations, Gadel avait retrouvé son calme. Nous lui avions dit que nous n'avions pas l'intention de suivre le prince Poadino, que nous visions une solution pacifique avec le seigneur Marstein, et que nous comptions sur son aide. Gadel avait alors repris sa douceur habituelle, comme délivré d'une possession.
Probablement le mot « aide » avait-il fait mouvoir quelque chose. L'idée de pouvoir œuvrer pour moi lui avait donné un exutoire à sa passion. C'est pour cela qu'il s'était porté volontaire pour la veille, mais nous avions dû le convaincre à nouveau de laisser cette tâche aux chasseurs de Moribe et aux élites de la Garde rapprochée.
« Enfin bon. Avec tant de chasseurs aguerris réunis, quoi qu'il arrive, nous n'aurons pas notre tour à jouer. Nous faire lever à une heure pareille, quel ennui. »
Baji lança cette ironie, et Gadel se ratatina sur-le-champ.
« E-excusez-moi. Je n'avais pas l'intention de réveiller Baji-dono, mais... »
« Si tu remues ton grand corps comme ça, impossible de ne pas se réveiller. Dans la chambre d'à côté, Kamyua=Yoshu-dono et les autres ont dû avoir leur sommeil perturbé eux aussi. »
Après avoir remis Gadel à sa place, Baji se tourna à nouveau vers nous.
« Donc, aujourd'hui aussi on nous laisse vous accompagner jusqu'à la ville-relais, c'est ça ? »
« Oui. Si c'est votre souhait. »
« Sinon, celui-ci va encore ruminer tout seul. Je vois déjà d'ici sa mine tendue à chaque fois qu'un client de Shim se présentera. »
Alors que nous échangions ainsi, une voix tonitruante « Ouh ! » retentit derrière nous.
« Je me disais bien que c'était bruyant, mais et les autres sont déjà réveillés ! En voyant la tronche d', j'ai tout d'un coup l'estomac qui gargouille ! Avant de descendre à la ville-relais, vous pourriez pas me filer un truc à manger ? »
Finalement, Dan=Rutim lui aussi s'était réveillé.
Vraiment, quel vacarme dès le matin. Mais cette agitation même me paraissait incroyablement rassurante.
***
Par la suite, après avoir salué divers interlocuteurs et m'être purifié avec l'eau des jarres, ce fut le départ pour la maison Fa.
La nuit avait été sous haute surveillance, mais le jour, on nous permit de vivre comme d'habitude. Simplement, ne sachant pas quand je serais à nouveau convoqué à la ville-château, il fallait préparer une relève pour que mon absence ne gêne pas le travail.
Pourtant, le fait que le commerce du stand soit autorisé tenait du bonheur inespéré. Puisque l'on avait découvert que le but du prince Poadino était ma seule personne, on nous laissa poursuivre normalement notre activité.
« Même s'il y a un risque qu'ils emploient la force, ils devront le faire en secret. Tant que nous faisons du bruit de notre côté, ils ne pourront pas facilement passer à l'acte. »
Suivant ces paroles de Kamyua=Yoshu, nous mîmes en place un dispositif de protection. Jusqu'à la maison Fa, nous fûmes escortés par un gros contingent d'élites de la Garde rapprochée et de chasseurs de la parenté Ruu, et peu après, le même nombre de chasseurs des clans menés par Latz nous rejoignirent.
Pour information, nous nous sommes séparés de Kamyua=Yoshu au village des Ruu. Avant de gagner la maison Fa, Zashuma était venu nous chercher, et nous avons fait route ensemble vers la ville.
« J'ai fait ce que tu m'as dit, j'ai rodé dans les auberges de la ville-relais hier soir. Pas trace d'espions de Shim. Enfin, s'ils sont déguisés en colporteurs, c'est pas facile à repérer... Mais en tout cas, personne de franchement suspect. »
Zashuma nous avait rapporté cela.
« Par contre, pour la ville-château, c'est comme tu l'avais dit ―― enfin, comme l'avait dit le diplomate. Après que les gars de Gerd sont partis, une dizaine de types sont sortis du temple pour aller dans le quartier des hébergements de la ville-château. Le but, c'est évidemment la collecte d'informations. »
« Je vois, je vois. Eux non plus n'ont pas franchi la porte de la ville, hein ? »
« Ah. On leur a donné des laissez-passer spéciaux, donc s'ils sortent par la porte, on les repère direct. Enfin, avec seulement dix types, ils ont déjà les mains pleines à faire le tour de la ville-château. »
Après cet échange, Kamyua=Yoshu et les siens s'en allèrent.
Au même moment, Alvaha et Nanaquem regagnaient aussi la ville-château. Ils allaient rendre compte de l'échec de ma persuasion au prince Poadino. Ainsi, tant de gens déployaient leur énergie pour quelqu'un comme moi.
C'est pourquoi les seuls hôtes extérieurs qui nous accompagnèrent jusqu'à la maison Fa furent Baji, Gadel et la troupe de Tikatras. Ce dernier s'amusa à visiter l'atelier de Fa, tout satisfait.
« Ha ha ! Même au stade de la préparation, l'odeur qui flotte ici vous chatouille l'estomac ! Je me demande si je vais tenir le coup jusqu'à la descente en ville ! »
« ... Quel est votre programme pour aujourd'hui, au juste ? »
Sur la question d', Tikatras inclina la tête avec un « Hum ? »
« Pour ce qui est des espions, Marstein-dono et Kamyua=Yoshu sont sur le qui-vive, et pour la garde d', les chasseurs suffisent amplement. Moi non plus, je me retrouve un peu les mains libres. Tout dépendra d'abord de la réaction de Son Altesse Poadino. »
Le mouvement du prince Poadino se dévoila environ un koku après le début des préparations. Un messet venu du château de Genos se présenta à la maison Fa.
« On demande à -dono de bien vouloir se rendre au temple Giri=Gû à la même heure qu'hier. Pour les accompagnateurs, même chose qu'hier, ça ne pose pas de problème. »
Comme hier ―― c'est-à-dire viser la ville-château vers la fin du commerce du stand.
Entendant ces mots sur place, Tikatras sourit en coin : « Je vois. »
« Eux aussi ont besoin de temps pour examiner les infos que leurs espions ont récoltées en ville-château. Alors cette fois, quel genre de proposition vont-ils nous sortir... ça commence par là, hein. »
« Cependant... des informations utiles pour eux existent-elles vraiment en ville-château ? »
« Mais oui. Puisque cette suite met les pieds à Genos pour la première fois, non ? Jusqu'ici, ils ne pouvaient glaner des infos qu'auprès des colporteurs ayant visité Genos, depuis le Shim natal. Mieux vaut ramasser les voix vivantes sur place, ça fait mieux tourner les méninges. »
Alors, l'officier messager qui attendait encore là dit « Ano... » en levant la main.
« En fait, il faut aussi transmettre un mot à la troupe de marionnettistes... Savez-vous où ils logent ? »
« ... S'il s'agit de Riko et des siennes, elles ont dû passer la nuit dans une maison inoccupée près des Sudra. »
Cela venait de Rai'erufamu=Sudra qui s'avançait. Des chasseurs des clans voisins étaient aussi venus en nombre, soucieux de mon sort.
« Si vous voulez, je ferai guider par mes gens. ... Puis-je savoir de quel genre de message il s'agit ? »
« Oui. Rien de secret. Son Altesse le prince désire assister à l'art des marionnettistes. »
« Un spectacle de marionnettes ? ... Je vois. Ils veulent voir de leurs yeux ce ", gardien du feu de Moribe". »
Rai'erufamu=Sudra laissa échapper ce monologue, mais l'officier messager n'y répondit pas. Ce genre d'arrière-pensée ne lui avait sans doute pas été communiqué.
Une fois le messager parti avec le chasseur des Sudra, Tikatras prit à nouveau la parole.
« Je voudrais qu'on ne blâme pas Riko et les siennes, mais cette affaire est sûrement liée de près à leur spectacle. »
« Hum ? Qu'entends-tu par là ? »
« La renommée d' doit retentir jusqu'au Shim, mais ça ne suffit pas pour remonter jusqu'aux "Gens sans étoiles", non ? Pour connaître les origines mystérieuses d', le spectacle de Riko est indispensable. C'est parce qu'ils ont entendu parler de la réputation de ce spectacle qu'ils ont pu deviner qu' pourrait être un "Gens sans étoiles", je parie. »
« Ah... Donc ils ont aussi pu savoir que je suis la seule famille d'. »
« Exact. Et comme ils ont compris qu' est une existence capitale pour , ils en sont venus à l'idée de l'engager tous les deux. »
Quand la foudroya du regard, Viketto fit instantanément une grimace effrayante pour protéger Tikatras. Par-dessus son épaule, Tikatras adressa un sourire à .
« Tu te fâches contre moi, mais pas l'air d'en vouloir à Riko et aux siennes. est vraiment la femme pure que j'avais pressentie. »
« Hmph. Je pensais que peu de gens s'intéresseraient aux origines d'. Ce n'est pas Riko qu'il faut blâmer, mais ce prince qui y prête attention. »
« Oui oui. Comme on en parlait hier, les "Gens sans étoiles" ne sont au fond que des êtres de contes. S'accrocher à leur pouvoir, c'est la preuve que Poadino-dono est passablement acculé. »
« ... Acculé, un gîzu mordrait même un giba. Il semble qu'il faille redoubler de vigilance. »
Sur ces mots, se tourna vers Rai'erufamu=Sudra.
« Au fait, j'ai une faveur à demander à Rai'erufamu=Sudra... »
« Hum. Cela concerne-t-il le terrain de chasse de Fa ? »
« Oui. Aujourd'hui encore, je dois me rendre à la ville-château. Mais j'ai déjà laissé le travail de chasseur de côté hier et il y a trois jours... je ne peux plus le négliger plus longtemps. »
« Compris. Aujourd'hui, nous nous chargerons du travail sur le terrain de chasse de Fa. Si les ressources de Fa venaient à s'épuiser, nous ne pourrions plus profiter ensemble de la fête des récoltes. »
Rai'erufamu=Sudra éclata de rire, puis posa sur un regard sérieux.
« Pour l'instant, c'est à peu près tout ce qu'on peut faire. En ville-château, soyez prudemment prudente. Et s'il y a quoi que ce soit d'autre où on peut aider, n'hésitez pas à le dire. »
« Oui. Je voue ma plus profonde gratitude à la bienveillance de Rai'erufamu=Sudra. Et je jure de revenir sain et sauf avec . »
Ainsi, le temps de la préparation s'écoula dans une atmosphère tendue.
Et c'est sous une fine pluie que nous prîmes la route de la ville-relais ―― mais le trajet fut d'une animation extraordinaire. Pas moins de trente chasseurs, issus des six clans en période de repos et de la parenté Ruu, nous escortèrent.
Pourtant, c'était encore un effectif retenu. Si le corps principal du prince Poadino sortait par la porte de la ville, même ce nombre ne suffirait pas. Dans un tel cas, il me faudrait enfin songer à mon propre sort.
(Mais rester retranché dans une ville-château dont je ne connais pas les ficelles, c'est un peu inquiétant... Si je m'y enferme, la suite du prince s'y installera aussi. Même si on me dit que c'est sûr, passer du temps juste à côté de gens qui pourraient tenter de m'enlever, c'est un stress qui s'accumule.)
D'ailleurs, mobiliser trente chasseurs est déjà une affaire majeure. Je devais m'employer au plus vite à persuader le prince Poadino de rentrer au Shim.
« ... . Je vous en prie, rentrez sain et sauf aujourd'hui encore. Moi aussi, en priant la Mère Forêt, j'attendrai votre retour sans encombre. »
Sur le chemin de la ville-relais, Yun=Sudra, qui partageait le même chariot, me dit cela.
Face à son visage sérieux, je hochai la tête « Un. »
« Merci de t'inquiéter. Je promets de revenir sain et sauf. Et puis, compte sur toi pour le rangement du stand aujourd'hui aussi. »
« Oui. Je ne peux pas protéger , mais pouvoir garder la maison en son absence est une fierté. »
En disant cela, Yun=Sudra m'offrit un sourire pur.
Elle faisait confiance à , à mes camarades de Moribe, et sans doute aussi à Kamyua=Yoshu, Marstein et les autres. C'est parce que je suis soutenu par tant d'alliés fiables que je peux garder un cœur aussi calme, pensai-je.
Une fois descendus à la ville-relais ―― l'endroit était dans un tumulte assez incroyable. Suite aux concertations avec Marstein, l'affaire de la demande du prince Poadino sur ma personne fut divulguée de façon non officielle. Celui qui s'en chargea n'était autre que Zashuma, qui avait rôdé dans les auberges la veille au soir.
Bien sûr, l'histoire des "Gens sans étoiles" devait être traitée avec circonspection, et serait incompréhensible pour le commun des mortels. On se borna donc à dire qu'il semblait que le prince de Shim veuille m'engager comme cuisinier ―― mais l'effet fut immense.
« Hé. Ce bordel encore, c'est encore de ta faute, au fond. Faire tout ce raffut, ça commence à bien faire. »
À *l'Auberge Queue de Kimusu*, Mirano=Mas me lança ces mots avec une mine effrayante. Une expression et une attitude qui semblaient colériques, mais c'était là la marque de l'affection de Mirano=Mas.
« Oui. Encore une fois, je vous cause du souci, pardon. Je ferai de mon mieux pour que ça se règle calmement, alors continuez à me soutenir. »
« Hmph ! Se faire un nom bizarre n'apporte que des ennuis. Rendons grâce aux dieux d'être né sans aucun talent. »
En disant cela, Mirano=Mas tourna les talons.
Plus son attitude devenait hautaine, plus les vrais sentiments de Mirano=Mas transparaissaient, et j'en eus le cœur serré. Parmi les autres visages ―― Rebi, Râz, Teria=Mas ―― c'était une inquiétude pure et simple qui se lisait.
« Après le prince du Sud, voilà le prince de l'Est. Putain, t'as de la gueule... mais quand même, t'engager au palais royal ? C'est le summum de l'ingratitude, ça. »
« Oui, vraiment... , prenez garde à ne pas vous attirer ses foudres. »
« Oui. Je ferai tout pour qu'il rentre pacifiquement. »
Une fois arrivé dans la zone des étals pour ouvrir le stand, l'agitation surpassait de loin celle de *l'Auberge Queue de Kimusu*. La grande majorité des clients qui venaient s'inquiétaient pour moi.
« Ceux d'hier, c'était toi qu'ils visaient, hein ! Dis pas que tu vas filer de Genos, hein ? »
« C'est sûr. Les autres filles sont bien aussi, mais c'est grâce à toi qu'elles le sont, non ? »
« Allez au Shim, c'est chiant ! La langue passe pas, et quoi qu'ils bouffent, ils sourient même pas ! »
Zashuma n'avait colporté la rumeur que dans quelques auberges, et pourtant quel vacarme. On aurait dit que personne en ville-relais n'ignorait l'histoire, tant tout le monde avait changé de visage.
« J'ai entendu le père du marchand de tissus. , t'attires vraiment toutes sortes de gens, hein. »
C'est le père Dora, le marchand de légumes, qui me dit ça. Avec l'adorable Tara, telle une poupée teru-teru-bôzu, il baissa les sourcils d'un air apitoyé tout en souriant.
« Mais tant que les gens de Moribe sont là, je crois qu' ne risque rien. Fais gaffe, et tire-toi d'affaire comme il faut, hein ? »
« Oui, merci. Moi aussi, c'est mon intention. »
Même en entendant la même histoire, les réactions diffèrent selon les gens.
Mais tous, sans exception, pensent à moi. Cette gratitude me donna une force supplémentaire.
(Moi, j'ai pas la tête pour faire des raisonnements compliqués... Mais alors, je n'ai qu'à faire de mon mieux, avec toute ma sincérité, pour que le prince Poadino et moi puissions nous comprendre.)
Ainsi s'écoula le matin du deuxième jour depuis l'arrivée de la suite de la capitale orientale, dans une chaleur et un tumulte supérieurs à l'ordinaire.