Après avoir fini de manger le plat de Timaro, nous avons décidé de nous déplacer à nouveau à quatre.
Yumi et son groupe en formaient un de huit personnes, et j'ai jugé qu'il serait difficile de bouger librement en les accompagnant. Naudis cherchait à rejoindre les siens de l'auberge, tandis qu' et moi voulions retrouver nos camarades de Moribe, plus légers à mouvoir.
C'est ainsi qu'en arrivant à la table voisine, nous avons trouvé là aussi une foule bigarrée. Parmi eux, nous connaissions Marfira=Namu, l'aîné des Ravitch, Rei=Matua, l'aîné des Matua, ainsi que Roy et Bozrul.
« Ah, et peuvent à nouveau bouger ! Merci pour votre dur labeur ! »
C'est d'abord l'énergique Rei=Matua qui nous a accueillis avec un large sourire.
« Rimi=Ruu avait hâte d'être avec ! Mais avec cette foule, la retrouver n'est pas une mince affaire ! »
« Hum. En effet, dans ce contexte, on hésiterait même à grimper sur les épaules de Dik=Domu. »
Face à la réponse décontractée d', Rei=Matua rit encore plus fort « ahaha ! » Marfira=Namu, à ses côtés, pouffait bêtement.
« Vous faisiez le tour des tables avec Roy ? C'est pas une combinaison si rare, mais ça fait un peu frais, dis donc. »
« Ah. Vos mains et celles de Reyna=Ruu étaient prises, alors on a demandé à Marfira=Namu, qui a un niveau équivalent, de faire l'accompagnement. »
Aux mots de Roy, Marfira=Namu s'affole « n-n-non, pas du tout ! » Tandis que Bozrul, lui, rit largement comme à son habitude.
« Le fait qu'-dono et les siens soient libérés signifie que Valcas et les autres le sont aussi, j'imagine ? Enfin, on m'a dit qu'ils allaient tout de suite dans une salle à part. »
« Oui. Ils ont été conduits dans une pièce annexe sous la conduite de Shili=Row. Ça a dû être une sacrée charge de travail, encore aujourd'hui ? »
« C'est exact. Nous avions fait le maximum de préparatifs la veille, mais cuire trois cents portions a tout de même été un rude labeur. Valcas a dû y laisser toutes ses forces. »
« Hum. Préparer trois cents plats de la cuisine de l'Étoile d'Argent, c'est franchement déraisonnable. »
Roy se masse le cou avec un geste théâtral en ricanant.
« Mais bon, ça valait le coup, non ? Le maître a montré à fond les fruits de ses mois de recherche. »
« En effet. On dit qu'il a utilisé beaucoup d'ingrédients qui ont commencé à circuler l'an dernier. Son talent est intact. »
Apparemment, à cette table, on servait ce chef-d'œuvre. Nous allions, nous aussi, pouvoir à nouveau savourer cette saveur complexe et étrange.
« Au fait... de quoi parle-t-il avec tant d'ardeur ? »
murmure à Marfira=Namu.
Son regard se porte sur l'aîné des Ravitch, qui discute avec un groupe d'hommes inconnus.
« O-o-oui. C-c'est, paraît-il, des gens comme le chef de quartier de la ville-château ou des patrons de compagnies commerciales. L-l'aîné des Ravitch semble très actif pour tisser des liens avec des gens qu'il croise rarement. »
« Je vois. Il faut lui être reconnaissant d'accepter ce genre de corvée. »
« A-ahaha. V-vous, et les vôtres, vous gérez les échanges avec des gens d'un rang bien plus élevé. C-c'est moi qui vous suis toujours reconnaissante. »
« De mon côté, on me laisse pas le choix, se fait appeler. »
Alors qu' hausse ses épaules nues, une voix vive résonne « Ahhh ! » C'est Diar, vêtue d'un costume de banquet bleu cobalt mignon, et Ravisu, dans un uniforme militaire qui sent le règlement.
« et les autres peuvent enfin bouger ! Le maître de maison là-bas, merci pour votre peine aussi ! »
« Merci merci. Vous aussi, merci pour votre peine. »
Naudis répond avec un sourire doux. Jusqu'ici, on n'avait pas eu beaucoup l'occasion de se croiser, mais on était ensemble au banquet de dégustation et aux éliminatoires. De plus, Naudis a du sang du Sud, donc Diar lui témoigne d'emblée de l'affection.
« Ton plat était superbe aussi ! Je sais pas trop pourquoi, mais ça m'a rappelé mon pays ! À Zeland, le miso n'est encore presque pas répandu ! »
« C'est vrai. D'ailleurs, les colporteurs de miso sont présents, non ? »
« Dels et Wazz ? Ouais, j'ai aperçu leurs silhouettes tout à l'heure, mais je les ai perdus de vue ! Avec tout ce monde, y'a pas l'slash pour les saluer ! »
L'arrivée de Diar rend l'ambiance encore plus vive.
Et les yeux émeraude de Diar fixent avec intensité.
« Dis donc, , t'as un costume de banquet superbe ! Presque l'héroïne du banquet ! Bon, aujourd'hui est aussi l'un des protagonistes, alors y'a pas de souci, ceci dit ! »
« sera peut-être un protagoniste, mais moi je ne suis qu'une accompagnatrice. »
Après cette réponse brusque, lance un regard perçant à gauche et à droite.
« Au fait... aujourd'hui, Alishuna agit séparément, c'est ça ? »
« M-moi, j'suis pas son tuteur, hein ! D'abord, c'est une ennemie, cet humain ! »
Diar rougit jusqu'aux oreilles.
« Je l'ai aperçue tout à l'heure ! Elle semblait avec quelqu'un, donc elle doit pas être dans l'embarras ! »
« Hmm. À part les gens de Geld, je ne vois pas d'Estriens aujourd'hui... mais elle est résidente de la ville-château, après tout. »
« C-c'est ça ! Y'a pas d'raison qu'on s'occupe d'elle à chaque fois ! »
et Diar froncent souvent les sourcils face à Alishuna. Pourtant, à des moments comme celui-ci, elles se soucient de son sort, ce que je trouve touchant.
(Enfin... vu l'histoire de la lecture des étoiles, doit s'inquiéter pour Alishuna, peut-être.)
Durant la saison des pluies, Genos sera frappée par un grand trouble — et la cause, l'« Aigle d'Azur », semble viser l'existence d' qui m'accompagne — telle était la prophétie d'Alishuna.
La saison des pluies est aux portes. Il ne serait pas étonnant qu'elle commence véritablement demain ou après-demain. Autrement dit, l'avenir prophétisé par Alishuna est lui aussi tout proche.
(Mais flipper face à un truc dont on ne connaît pas la nature, ça sert à rien.)
La prophétie d'Alishuna a été transmise aux trois chefs de clan. Et elle a dû la confier secrètement à Marstein. Mais tant qu'on ne connaît pas la nature du trouble, on ne peut rien faire. Si ce n'est pas une calamité comme un grand tremblement de terre ou une invasion de sauterelles, on n'a d'autre choix que d'attendre calmement l'évolution de la situation.
« Au fait, le plat d' et les siens était délicieux aussi ! Y'avait pas du tout ce côté "regardez comme c'est original", c'était vraiment le genre de truc qu'on vendrait sur un stand ! En fait, j'ai adoré, alors j'aimerais bien que vous le proposiez sur votre stand ! »
Diar me lance un sourire innocent. Depuis qu'elle a laissé pousser ses cheveux, elle a gagné en féminité, mais son côté chiot qui remue la queue avec enthousiasme n'a pas changé.
« Ouais. J'ai pas encore calculé le coût des ingrédients, donc ça dépendra de ça... mais moi aussi, je pense que ce menu pourrait marcher sur le stand. »
« Oui oui ! Avec ça, ça cartonnerait à la ville-relais ! Le plat de ce Valcas était incroyable aussi, mais ça faisait pas "cuisine de stand", celui-là ! »
« C'est sûr. Si je vendais ce genre de truc sur un stand, je m'effondrerais d'épuisement. »
Roy répond avec un sourire amer. L'association Roy et Diar est assez fraîche, mais ils se croisent depuis longtemps aux banquets de Moribe et de la ville-château.
« Bon, on bouge ? Vous faites quoi, Roy ? »
« Les salutations sont faites, faites comme vous voulez. Si vous restez avec nous, on sait pas qui va vous encercler. »
« Alors, à plus tard. Allez, Diar et les autres aussi— »
« Ehhh ! On vient de se retrouver et vous voulez nous laisser là ? »
Diar fait la moue et s'approche de nous.
« Même aux éliminatoires, on a à peine pu papoter ! nous évite, c'est ça ? »
« Pas du tout... Est-ce qu'on pourrait vous demander de nous accompagner ? »
garde sa mine renfrognée, Naudis hoche la tête avec son air aimable.
Ainsi, nous nous déplaçons maintenant à six. Diar retrouve instantanément son sourire radieux. Rappelons qu'elle n'avait pas assisté au banquet de l'année dernière cause retour au pays, c'est sa première fois à un banquet de cette envergure.
« Aujourd'hui, j'ai pas trop de contacts purement commerciaux, donc je suis tranquille ! Mais faut que je salue proprement les nobles et la famille royale ! Eux aussi, ils sont déjà libres de leurs mouvements ? »
« Comment savoir. Dakarmas-sama et les siens sont retournés à leur place, mais tant qu'ils n'auront pas échangé quelques mots avec les neuf cuisiniers d'aujourd'hui, ils bougeront pas, peut-être. »
« Hou ! La passion de ce prince pour la gastronomie, c'est pas de la demi-mesure ! Bon, nous on s'amuse, mais vous, c'est dur, hein ! »
« Ouais. Mais c'est pas aussi terrible que je l'avais prévu. Dakarmas-sama, à sa manière, doit prendre pas mal de précautions pour nous. »
Après ces quelques échanges, nous arrivons à la table suivante. On y servait le plat de Naudis — et autour se pressaient ses aides de cuisine.
« Oh. Vous voilà, tout le monde. »
Les gens qui discutaient se retournent en souriant. Il y a les jeunes qui aident toujours Naudis lors des événements de la ville-château, ainsi que Mima et Vin, un homme et une femme — absents sont Kurua=Sun et l'aîné des Sun. Et puis, un couple d'âge mûr qu'on a déjà vu quelque part.
« Oh, Naudis ! Et voilà ! Merci merci, désolé pour le retard des salutations ! »
Ces gens sont des notables comme le chef de quartier de la ville-relais. Pour moi, ce sont les premières retrouvailles depuis le banquet de louange.
« Y compris les gâteaux de Randy, la sélection d'aujourd'hui était splendide ! En tant que chef de quartier de la ville-relais, j'en suis fier ! Continuez à soutenir la prospérité de la ville-relais par votre talent ! »
Ils semblent avoir un sentiment de camaraderie envers moi qui fais commerce à la ville-relais, c'est bienvenu. Et Mima et Vin, pour qui c'est le premier banquet à la ville-château, ont aussi l'air fiers.
« , merci pour votre peine. Aujourd'hui, vous nous avez confié un travail si honorifique, je vous en suis sincèrement reconnaissante. »
La femme de Mima le dit avec un sourire calme, et la femme de Vin, au tempérament réservé, s'incline profondément. Elles aussi aident d'habitude mon stand. Pas très voyantes, mais toutes deux de caractère sincère et aux compétences solides, des camarades fiables.
« Vous aussi, merci. Le banquet de la ville-château, comment c'était ? »
« Oui. Un banquet si important, c'est intimidant... mais être loué par des inconnus pour la qualité de la cuisine, c'est une fierté immense. »
« M-moi aussi, c'est pareil. Bien sûr, c'est la cuisine de Naudis, on a juste aidé... mais j'ai ressenti la même joie que quand j'aide . »
La femme de Vin sourit discrètement en disant cela.
Alors l'homme de Vin, au visage un peu sévère, avance d'un pas.
« Cependant, être entouré de gens qu'on ne connaît pas, et devoir en plus tisser des liens corrects, ce n'est pas une mince affaire. Je commence à peine à comprendre quel fardeau portaient les deux de Fa et les gens de la lignée des chefs de clan. »
« Hum. De votre côté non plus, il n'y a pas eu de problème, j'espère ? »
À la contre-question d', l'homme de Vin détourne aussitôt le regard.
« M-mouais. P-pas de quoi parler de problème. I-ici, y'a pas l'air d'avoir de gens qui évitent les gens de Moribe. »
« ...Qu'est-ce qui trouble ton cœur ? »
« C-c'est parce que toi, t'es comme ça. J'ai pas encore de compagne, alors épargne-moi ce trouble inutile. »
À cette réplique, laisse échapper un petit souffle.
« ...Je n'aurais imaginé qu'un domestique de Vin, famille alliée des Ravitch, me parle sur ce ton. »
« V-Vin a scellé l'alliance par le sang il y a peu, donc on n'avait pas ce sentiment d'évitement envers la famille Fa. ... Euh, ça reste entre nous. »
« Je ne colporterais pas ce genre de propos. »
pique les lèvres, et la femme de Vin intervient timidement.
« M-maintenant, les gens de Ravitch et de Namu n'évitent plus la famille Fa. J'espère que la famille Fa continuera à nous montrer le droit chemin. »
« C'est le rôle de la lignée des chefs de clan. Nous, on cherche le droit chemin avec tout le monde. »
Une fois la discussion apaisée, Naudis se tourne vers nous.
« Grâce à vous, j'ai pu retrouver tout le monde. et les vôtres, que faites-vous ? »
Je jette un regard à , qui me renvoie un regard mécontent.
« Si nous nous ajoutons à ce nombre, on ne pourra plus bouger. Nous, on va chercher d'autres camarades. »
Il y a sans doute aussi l'intention de ne pas perturber davantage l'homme de Vin. Moi non plus, je n'ai pas d'objection.
Ainsi, après avoir goûté au plat de Naudis et approfondi nos liens avec les chefs de quartier, et moi quittons la table avec Diar et Ravisu. C'est assez savoureux de voir les visages changer peu à peu.
« , t'es vraiment populaire où que tu ailles ! Mais comparé aux banquets d'avant, c'est plutôt calme, non ? »
« Ouais. Aujourd'hui, la cuisine était confiée à neuf personnes. L'intérêt de chacun se disperse bien, du coup. »
« Ah, c'est vrai ! Aujourd'hui, le plat de ce Valcas et les gâteaux de ce Randy font pas mal causer ! Le tien était super aussi, mais c'était pas "super novateur", disons ! »
En disant cela, Diar me regarde avec des yeux brillants.
« Dans ce sens, le banquet de dégustation du mois dernier, c'était peut-être plus le chaos ! Bon, ce jour-là, était le protagoniste, c'est normal, et y'avait plein de plats nouveaux ! ... Aujourd'hui, vous n'avez pas pensé à vous démarquer avec ce genre de plat ? »
« Non. Même à ce banquet-là, je cherchais pas à me démarquer. Je choisis juste le menu qui me semble le plus susceptible de faire plaisir sur le moment. »
« Ouais ! C'est bien ce que je pensais, c'est sûr ! »
Avec un sourire comme le soleil, elle se tourne vers l'avant. Nous arrivons à la table suivante.
C'est le plat du Gen'ō-tei, et laisse échapper un soupir. L'air y est saturé d'une odeur épicée, centrée sur le gira=ira.
« Je m'en doutais à l'odeur, c'est bien ça. Les tables semblent disposées dans l'ordre : ville-château, ville-relais, Moribe. »
« Ah, ce plat... Moi aussi, une fois m'a suffi ! »
et Diar en disent autant, mais cette table est tout aussi animée que les précédentes. Et là, nous nous retrouvons entourés de nobles.
Branches cadettes de maisons marquisales et comtales, ou maisons vicomtales et baroniales. Aujourd'hui, une soixantaine de nobles de Genos seulement sont présents, moins qu'à l'accoutumée, et peu de jeunes.
Parmi eux, une figure remarquablement jeune s'approche à travers la foule. C'est Reirisu, du chevalier Satulas.
« -dono, -dono, merci pour votre peine. Aujourd'hui encore, j'ai pu admirer votre superbe talent. »
« Merci, c'est nous qui sommes honorés. Vous êtes seule, aujourd'hui ? »
« Non. Depuis le début du banquet, j'ai pu approfondir mes échanges avec diverses personnes. »
Suivant son regard, je vois Lara=Ruu, Shin=Ruu, Sufira=Zaza et Geol=Zaza, quatre personnes qui discutent avec des nobles.
Reirisu porte ensuite son regard vers le mur. Là sont assis Rogin, Dik=Domu, Morun=Rutim=Domu, Rem=Domu et la femme de Jin.
« Rogin a encore le cœur troublé, je suppose ? »
« Oui. La tenue de banquet éclatante de Rem=Domu-dono est un stimulus un peu trop fort pour Rogin-dono. »
Reirisu le dit avec un sourire qui dit « c'est pas de la pitié ». Lui qui a surmonté son amour pour Sufira=Zaza, il doit avoir bien plus de pensées que nous pour Rogin.
(Du coup, Lara=Ruu et Sufira=Zaza s'activent pour la diplomatie avec les nobles.)
Récemment, Sufira=Zaza, stimulée par Lara=Ruu, accorde encore plus d'importance à la diplomatie nobiliaire. Tout comme l'aîné des Ravitch qui gérait les chefs de quartier, c'est rassurant.
(Parlant diplomatie, je ne vois pas Gazlan=Rutim. Les nobles de haut rang s'occupent encore des invités extérieurs... peut-être les a-t-il rejoints ?)
Au moment où je pense cela, une voix vive résonne « Oh ! »
Ce ton aigu, l'identité est évidente. soupire aussitôt.
« ! Enfin je peux te saluer ! Allez, laisse-moi admirer ta beauté dans ce costume de banquet extraordinaire ! »
Inutile de le nommer, c'est Tikatorasu.
Suivent Degion, Viketso, ainsi que Rau=Rei et Yamiru=Rei, les visages habituels. Comme toujours, seuls Tikatorasu et Rau=Rei sourient.
« Ara, Tikatorasu-dono. Vous avez l'air en forme. »
De notre côté, Diar fait une révérence de noble dame avec un air composé. Pour Diar, Tikatorasu est aussi un partenaire commercial important. Tikatorasu acquiesce « ouin ouin » avec aisance et se place face à .
« Oh ! C'est au-delà de mes attentes ! La peau foncée d' fait ressortir d'autant plus la pureté du blanc ! On dirait une princesse des esprits ! Ahh, quel dommage de ne pas avoir pu l'accueillir comme épouse secondaire ! »
« Tikatorasu-dono n'en finit pas. Vous ne ferez qu गुस्सा comme ça. »
Même si Diar le freine, Tikatorasu continue d'admirer sans se soucier. C'est plutôt innocent, alors je ne m'énerve pas, mais je ne suis pas à l'aise.
« Ouin ouin, splendide ! Allez, Viketso et Yamiru=Rei, mettez-vous là aussi ! Une telle combinaison de luxe, y'en a pas ailleurs ! »
Les deux, tout aussi peu aimables qu', s'exécutent avec des mines froides. Yamiru=Rei porte un costume de banquet style wafuku, Viketso une robe de banquet moulante comme celle du premier banquet. Un tissu noir mystérieux qui brille, épousant la ligne du corps du haut en bas, avec un décolleté en V profond jusqu'au nombril. Yamiru=Rei a le buste tout aussi ouvert, de quoi me brûler les yeux.
« Ah, c'est la table épicée ! Moi aussi, je vais m'en reprendre une ! »
Rau=Rei, dans un wafuku qui le rend plus éclatant que d'habitude, pousse une cris d'enfant. Il mord dans un poïtan grillé enveloppant le plat de Neil, et me rit au nez.
« Le plat de Reyna=Ruu était bon, mais celui-ci ne lui cède en rien ! Si possible, je voudrais en manger à Moribe aussi ! »
« Hein. Rau=Rei, t'as complètement awakened à la cuisine épicée, hein. »
« Ouais ! Depuis que j'ai mangé la cuisine de Puratika, j'ai parfois une envie irrésistible de manger épicé ! Mais sans l'herbe gira=ira, ça me laisse sur ma faim ! »
Le gira=ira a une addictivité redoutable. Moi aussi, je veux bientôt m'y attaquer sérieusement.
Pendant que nous faisons du bruit, un nouveau groupe approche. Ce sont Kamyua=Yoshu, Reito, Zashuma, et le commandant de bataillon de la milice, Devius.
« Oh, -dono ! Enfin je peux vous rencontrer ! De loin c'était évident, mais de près, c'est une beauté exceptionnelle ! »
Après Tikatorasu, Devius sans gêne, fait une grimace encore plus amère.
Et Kamyua=Yoshu, en uniforme militaire, nous salue « ya ya » en riant.
« Enfin libérés, hein. J'ai bien profité du plat d' et des siens. »
« Merci, merci pour votre peine. Aujourd'hui encore, vous étiez avec Devius ? »
« Ouais. Où que j'aille, je m'ennuie pas. J'ai l'impression d'avoir approfondi mes échanges avec plein de gens. »
Cela fait bien longtemps qu'on partage un banquet de la ville-château avec Kamyua=Yoshu et les siens. Kamyua=Yoshu avec sa barbe négligée et Zashuma ont l'air un peu défaits, mais Reito, au visage beau et intelligent, a la prestance d'un fils de noble.
« Oh ! Kamyua=Yoshu ! Encore croisé tôt ! Allez, Viketso, salue-le ! »
« Ah, les salutations sont déjà faites. »
Viketso rougit sous sa peau foncée. Malgré son costume très décolleté, elle a de la pudeur face à Kamyua=Yoshu, une connaissance de longue date.
« Cependant, avec Viketso, , Yamiru=Rei réunies, l'éclat est exceptionnel. On comprend que Tikatorasu-dono se démène pour préparer les costumes. »
Kamyua=Yoshu résonne avec Tikatorasu sur bien des points, l'ambiance devient encore plus bruyante. Diar s'approche et me glisse « c'est foutu ».
« Moi, je peux pas contrer leur passion. C'est pitié pour , mais faut bien les laisser se régaler les yeux un moment. »
« Ouais. Merci pour . ... Au banquet d'avant, Rifureia aussi a protégé comme ça, non ? »
« Ah, Rifureia non plus j'l'ai pas encore saluée. Bon, elle doit pas s'ennuyer non plus. »
Diar montre ses dents blanches comme un gamin malicieux. Elle a sans doute vu plus que moi Rifureia et Arauto approfondir leur affection. Mais elle ne la tourne pas en dérision.
« Cependant, c'est un sacré bordel. Des nobles et des roturiers qui font la fête ensemble comme ça, dans d'autres fiefs, ça se voit pas. »
En penchant sa coupe de vin de fruit, Zashuma exprime cette émotion.
C'est une émotion que j'ai mâchée maintes fois. Les gens ici ne sont qu'une infime partie de cette foule bigarrée.
« Oh, encore un groupe marrant qui arrive. »
Au murmure de Zashuma, je me retourne. À travers la foule, Gazlan=Rutim approche. Avec lui, la femme de Rutim — et le duo Gadel et Baji.
« Gazlan=Rutim, merci pour votre peine. Vous étiez avec Gadel et Baji ? »
« Oui. On s'est croisés par hasard tout à l'heure, alors j'ai fait un bout de chemin avec eux. »
Gazlan=Rutim s'efface, et Baji pousse Gadel en avant. Ce dernier porte un bel uniforme militaire, mais son attitude reste timide. Seulement, son bras gauche n'est plus en écharpe.
« Gadel, Baji, ça fait un moment. L'épaule, ça va mieux ? »
« H-hai. De-depuis avant-hier, j-peux enfin me passer de l'écharpe. »
Peut-être à cause des longues retrouvailles, Gadel a le regard fuyant. Baji, lui, garde son sourire narquois habituel.
« Juste, tenir les rênes du toto, ça va encore prendre un peu. Toucher un salaire sans bosser, c'est la belle vie. »
« H-hai... Moi aussi, j'en ai le cœur serré... »
« C'est une blague. C'est une blessure honorifique, repose-toi dignement. ... Bon, l'aggravation, c'est de ta faute, alors reste humble à moitié. »
Baji tape le dos de Gadel sans ménagement, Gadel esquisse un sourire gêné. Leur relation n'a pas changé.
« Ah, Gadel, Baji. Je vous avais vus, mais pas l'occasion de saluer. »
Kamyua=Yoshu, qui admirative et les autres avec Tikatorasu, tend le cou vers nous. Gadel détourne les yeux illico.
« A, d-doumo... e, eto, vous êtes... »
« C'est l'allié de Melfried-danchō, Kamyua=Yoshu-dono, voyons ? Il apparaît dans le théâtre de marionnettes que tu aimes tant, comment peux-tu pas le reconnaître ? »
« Ah, le théâtre de marionnettes... » bredouille Gadel avant de se tourner vers moi en panique.
« So-soit dit en passant, la retouche du théâtre de marionnettes est finie, j'entends. Déjà joué à Moribe, dit-on... qu-qu'elle en fut la qualité ? »
« Oui. Ce fut une finition magnifique. Pas seulement le troisième acte, du début à la fin, sans le moindre défaut. »
« So-soit... J'aimerais vite le voir de mes yeux. »
Gadel soupire avec mélancolie, Baji le tape à nouveau.
« T'es encore en plein salut avec Kamyua=Yoshu-dono, non ? Vraiment, t'es un incorrigible. »
« Non non. Gadel est comme d'habitude. »
Kamyua=Yoshu ricane tout en posant sur Gadel un regard sérieux.
Et Gazlan=Rutim aussi. Son visage arbore un sourire doux, mais ses yeux brillent d'une lumière forte, comme pour ne rien rater. Gadel attire l'attention des gens perspicaces.
(Gadel est d'habitude inoffensif... mais cette saison des pluies, quoi qu'il arrive, j'espère que rien ne le stimulera...)
Alors que je pense cela, Gadel laisse échapper un « ah... » faible.
Suivant son regard, la cause approche. C'est l'astrologue Alishuna, Kurua=Sun et l'aîné des Sun.
« , on peut se voir, c'est le mieux. En vie, je pense, joie. »
« Oui. Alishuna, merci pour votre peine aussi. »
Pendant que nous saluons, Gadel pâlit et recule pas à pas. Sa difficulté avec les gens de l'Est est intacte.
Alishuna, elle, ne daigne même pas regarder Gadel, et fixe ses yeux de lac nocturne sur moi.
« , , parler, veux... mais, dérange ? »
« Nous parler ? C'est pas dérangeant, bien sûr... mais... »
Je jette un œil, a traversé la cohue de Tikatorasu et vient vers nous.
« S'il y a une parole, je l'écoute. Mais si c'est une histoire de lecture d'étoiles, je n'ai pas l'intention de la respecter. »
« Oui. Merci. »
Alishuna s'incline respectueusement, et avec Kurua=Sun, se retire vers le mur. Gazlan=Rutim les accompagne, et nous les suivons.
« Aujourd'hui, pouvoir partager le banquet, c'est le mieux. »
En guise de salutation, Gazlan=Rutim glisse ces mots. Kurua=Sun va encore tous les quelques jours à la ville-château recevoir l'enseignement d'Alishuna pour contrôler son pouvoir de lecture d'étoiles. Il doit désigner le fait qu'ils passent le temps du banquet ensemble. Kurua=Sun en costume traditionnel de Seruva et Alishuna en tenue habituelle ornée de multiples accessoires, côte à côte, semblent tout à fait naturels.
« Oui. Moi, Kurua=Sun, c'est agréable, je pense, donc cœur comblé. À chaque fois, banquet, ensemble, voudrais. »
« N-non. Je ne suis pas de celles qui peuvent s'avancer ainsi... »
La jeune Kurua=Sun rougit légèrement, intimidée. Gazlan=Rutim lui sourit, puis se tourne vers Alishuna.
« Donc, cette parole pour et les siens ? Moi aussi, j'écoute, pas de problème ? »
« Oui. et , accepter, si oui, objection, non. »
Alishuna pose sur moi et un regard serein.
« Moi, transmettre, un point. ... "Aigle d'Azur", terre de l'Ouest, a foulé. Genos, arrivée, imminente. »
fronce les sourcils.
« Comme je m'y attendais. Mais je l'ai déjà dit, nous— »
« Oui. Juste, préparation du cœur, demande. Troubles, immensité inconcevable, je pense. »
« Troubles... ce ne sont que des troubles, pas une calamité ? »
À la question calme de Gazlan=Rutim, Alishuna acquiesce « oui ».
« Toutefois, trouble si grand, danger, accompagne. Donc, préparation du cœur, prie. »
« Hum... Cela signifie-t-il qu'il faille mettre un garde pour le commerce du stand ? »
intercalle avec mauvaise grâce, Alishuna incline la tête comme un chat siamois gracieux.
« Ça, incertain. Étoiles faibles, grand trouble, risque d'être englouties... , étoile, n'a pas, donc force-faiblesse, incertaine. , si faible, danger, approchera. »
« est un humain fort. Mais... même sans respecter le résultat de la lecture d'étoiles, la prudence ne fait pas de mal, non ? »
L'aîné des Sun, au visage tendu, intervient.
« La fois dernière, lors du trouble des sauterelles, sans les chasseurs, aurait pu être en danger. Tant qu'il y a un tel précédent, on ne peut pas non plus mépriser le résultat de la lecture d'étoiles. »
À ce moment-là, sa sœur Kurua=Sun avait aussi été frappée d'un cauchemar funeste. Les gens de Sun sont peut-être plus sensibles que les autres clans aux résultats de la lecture d'étoiles.
« Moi, dire, fini. Jugement après, vous laisse. ... Et trouble, sans encombre, franchissable, prie. »
« Oui. Toujours merci. Quoi qu'il en soit, je suis reconnaissant pour la bienveillance d'Alishuna. »
En disant cela, Alishuna s'incline, le visage serein.
« C'est moi, paroles d', du fond du cœur, précieuses, je pense. ... , mécontenté, pas fait, alors, bonheur. »
« ... Pour un échange de ce niveau, je n'ai pas de raison de me mettre en colère. C'est plutôt toi qui t'inquiètes à chaque fois, c'est ça qui m'agace. »
me fixe d'un regard humide, Alishuna s'incline à nouveau.
« Alors, excusez-moi. ... De retour là-bas, à nouveau, mots, échanger, veux, je pense. »
Laissant ces mots, Alishuna revient la première vers le lieu de la conversation.
Kurua=Sun et l'aîné des Sun la suivent, Gazlan=Rutim nous adresse un doux sourire.
« Moi aussi, je retourne. et les vôtres, profitez bien. Là-bas, vous serez à nouveau encerclés par Tikatorasu et les siens. »
« Hum. Pour la prévenance de Gazlan=Rutim, gratitude. »
Ainsi, il ne reste plus que moi et .
Bon, c'est le bon moment pour une petite pause. , qui avait l'air difficile, souffle comme pour évacuer son mécontentement.
« Avec un contenu aussi flou, on peut ni remercier ni s'en plaindre. ... Quoi qu'il en soit, à l'avenir non plus, ne baisse jamais ta garde. »
« Ouais. Une fois la saison des pluies venue, les déplacements seront difficiles, alors je ferai attention sur le chemin du commerce aussi... Ça veut dire qu'on va finir par me mettre un garde ? »
« Les chefs de clan en décideront ainsi. Moi non plus, je n'ai pas l'intention de m'y opposer. »
En disant cela, soupire à nouveau.
« Cependant, si les paroles d'Alishuna sont vraies... dans ce cas, les invités qui séjournent à Genos ne pourront pas éviter d'être éclaboussés. »
« Ouais. Dakarmas-sama et les siens restent encore plus de deux semaines. Mais bon... lors du trouble des sauterelles, Dakarmas-sama a fait des merveilles, et s'ils restent dans la ville-château, y'aura pas de danger, non ? »
« Hum. Moi, j'ai déjà les mains pleines à protéger mes gens. »
En disant cela, fait une moue mignonne.
« Mais... pourquoi a-t-elle choisi le banquet pour nous dire ça ? J'ai l'impression qu'on m'a jeté de l'eau froide. »
« Ahaha. , tu profitais plus du banquet que tu ne le dis. »
« ... C'est parce que c'est le banquet où tu as accompli un tel travail. »
remet ses lèvres en leur belle forme et me regarde avec une douceur soudaine.
« Je sais pas pour les autres, mais pour moi, le plus délicieux, c'était ton plat. Donc, du fond du cœur, je suis fière. »
« Merci. C'est ce que me dire qui me fait le plus plaisir. »
Quand je réponds sincèrement, plisse les yeux, encore plus heureuse.
« Bon, quoi qu'il arrive comme grand événement, c'est l'affaire de demain. Aujourd'hui, profitons du banquet sans arrière-pensée. »
« Hum. ... Demain, il y a une possibilité qu'un changement se produise. »
« Ah, non. Demain seulement, pitié. Demain, moi non plus, je pourrai pas m'en occuper. »
Demain est le dixième jour de la Lune Rouge, l'anniversaire d'.
Quel que soit le grand trouble qui s'abatte, ce jour mémorable ne pourra jamais passer au second plan.
(Même si un trouble aussi grand qu'un tremblement de terre ou l'invasion des sauterelles éclatait... nous, on le surmontera, absolument.)
En riant avec cette pensée, rit aussi, amplement.
Puis je me tourne vers la grande salle. Le banquet bat son plein, chaleur et vitalité tourbillonnent. Quel que soit le grand trouble qui frappe Genos, avec autant de gens pleins de vitalité réunis, on aura l'impression de pouvoir le surmonter — tant la force de vie y tourbillonne violemment.