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Isekai Ryouridou

Chapitre 1411

Isekai RyouridouIsekai Ryouridou
Chapitre 1411

Chapitre 1411

Chapitre 1411/151093%~26 min de lecture5 105 mots

Après avoir traversé la mer des Serpents, le chemin forestier s'étendait encore sans fin.

Shimiral=Lilin, portant l'enfant mystérieux sur son dos, avançait sur cette route en se fiant à la lumière de la lune. La forêt à gauche comme à droite était plongée dans un silence total, aucune présence ne se faisait sentir.

« Il ne reste plus que deux épreuves ! Maître, ne vous relâchez pas non plus, hein ? Faut bien qu'on arrive à terrasser la sorcière, sinon on pourra pas continuer notre chouette voyage ! »

« Oui. …… La sorcière, qui est-ce ? »

« Comment veux-tu que je le sache ! Personne n'a jamais vu la Sorcière de l'Aube et en est revenu pour le raconter, vu que tous ceux qui l'ont croisée ont rendu l'âme ! »

L'enfant le dit d'une voix enjouée, en désignant l'avant de son petit doigt.

« Voilà, la prochaine épreuve ! Celui-là aussi a l'air d'être un sacré client ! »

Le chemin devant eux était barré par ce qui ressemblait à un énorme rocher.

En comprenant sa vraie nature, Shimiral=Lilin resta bouche bée. Un géant invraisemblable était assis là, et ce qu'elle avait pris pour un gros rocher n'était autre que son ventre bedonnant.

« J'entends un vacarme pas possible, c'est le futur époux qui s'enfuit ? Celui-là, il a besoin d'une bonne leçon ! »

Le bras du géant, gros comme un tronc d'arbre, s'étira et saisit d'une seule main le torse de Shimiral=Lilin et de l'enfant. Le géant était assez costaud pour rendre pareille chose possible.

Leurs corps furent soulevés sans effort dans les airs. Et le visage du géant, tout rond et replet, s'approcha jusqu'au bout de leur nez. À la place de cheveux, il n'avait pas un seul poil sur le crâne, mais la moitié inférieure de son visage était couverte d'une barbe drue et rêche, un visage majestueux et imposant.

« Moi…… vous, je crois, vous connaître. »

« Moi, je ne t'ai jamais vue, toi ! Si tu veux pas devenir mon époux, tu n'as qu'à garnir mon ventre ! »

Le géant rit aux éclats et'ouvrit sa bouche cachée sous la barbe.

L'enfant poussa un grand « Hyaa ! » de frayeur.

« Attends, attends ! Même si vous nous mangez, on est pas bons du tout ! Y a plein de trucs délicieux dans le monde, alors pas la peine de nous bouffer, non ? »

« Hmph ! Viande aussi bien que fruits, j'en ai marre ! Du coup, quoi que je bouffe, c'est pareil ! »

« Pas du tout ! Le pays natal de ce maître, c'est réputé pour sa cuisine délicieuse ! »

« "Ryouri" ? » fit le géant en clignant des yeux gros comme des têtes humaines.

« C'est quoi, "ryouri" ? J'ai aucun souvenir d'avoir bouffé un truc pareil ! »

« T'as jamais entendu parler de cuisine ? Bah alors je vais t'apprendre, alors laisse-nous tranquilles, hein ! »

Le géant souffla « Hmph ! » si fort que leurs cheveux en volèrent, puis les redéposa au sol.

« Si c'est une bouffe dégueulasse, je vous mange ! Dépêche-toi de préparer ça ! »

« Euh, pour cuisiner faut des ingrédients…… Y a de la viande ou des légumes par ici ? »

« Y en a autant que tu veux ! »

Le géant étendit les bras de part et d'autre en écartant la forêt, et une quantité incroyable d'ingrédients en jaillit. Légumes et fruits de toutes les couleurs, des karon et des kimusu les yeux clos, on aurait dit qu'on avait rassemblé tous les ingrédients du monde.

« Hyaa ! C'est généreux ! Avec ça, on peut faire n'importe quel plat ! …… Allez, maître ! C'est ton moment de briller ! »

« Oui. Mais moi, cuisine, pas douée. »

« Ehhh ! Pourquoi ! Ton pays est célèbre pour sa cuisine délicieuse, et ta compagne est une cordon-bleu, non ? »

« Oui. Mais moi, cuisine, pas douée. Au moins, si y a une marmite, je peux faire un plat simple…… mais là, c'est pas possible. »

« Môô ! T'es vraiment pas fiable ! …… Bon, tant pis, je vais me débrouiller moi-même. »

L'enfant croisa ses petits bras en faisant le tour du tas d'ingrédients.

« Hmm. Mais c'est vrai que sans ustensiles, on peut rien faire. Dis dis, monsieur le géant. Y a pas un coin rocheux par ici ? »

« Tu veux des rochers ? Quelle corvée ! »

Le géant fourra son bras dans la forêt et en sortit un énorme bloc de roche.

« Oh, bien bien ! Alors, tu peux le pulvériser ? »

De l'autre main, il en sortit un autre et les fracassa l'un contre l'autre en poussière.

« Yoshi ! D'abord, faut construire un kamado ! Cette pierre plate, on va s'en servir comme plaque de fer…… Maître ! Arrête de rêvasser, file un coup de main ! »

Sous les directives de l'enfant, un kamado géant fut assemblé sur place.

Au-dessus, on empila des dalles de pierre qui s'étaient fendues par hasard à plat. Elles étaient assez grandes pour que l'enfant puisse s'y allonger, et les hisser sur le kamado fut une sacrée corvée.

« C'est bon ! Puis, prête-moi ton couteau ! »

« Oui. »

« Pas ça ! Avec un sabre aussi énorme, on peut rien faire ! Un petit couteau suffit ! »

« Oui. »

« Oh, c'est ça ! …… Y a pas du poison dessus, hein ? Pour endormir ce gros tas, il te faudrait des tonneaux de poison, et puis vu qu'on a fait un pacte, pas question de tricherie ! »

Shimiral=Lilin essuya silencieusement le poison de la dague avec un tissu. Bien sûr pas pour la truander, mais les marchands de l'Est ont pour habitude d'enduire leurs dagues de poison.

« Yoshi ! Alors on commence ! D'abord, la préparation de la viande ! »

L'enfant inspecta les bêtes déjà mortes.

Il choisit un jeune karon de sa propre taille. Des cornes commençaient à pousser sur sa tête, un karon sauvage.

L'enfant fit glisser la dague le long du corps du karon et en retira la peau d'un mouvement fluide.

Ensuite il enleva les abats, puis sur la peau il désossa le tout. La masse de viande obtenue fut posée sur le kamado et hachée menu en un clin d'œil.

« Maître ! Trouve de l'aria et du myamuu ! Pour l'accompagnement…… tchatcu, nênon, nanâru et des champignons, ça ira ! »

« Oui. …… Moi, quand même, vous, je crois, vous connaître. »

« Je te dis que je suis ton partenaire ! Tu me confonds avec quelqu'un d'autre, non ? »

L'enfant fredonnait en poursuivant la cuisine.

Son profil, aux yeux noirs brillants, inspirait à Shimiral=Lilin une nostalgie sans fin.

« Oh, y a même du sel gemme et des feuilles de pico, ils pensent à tout ! Si t'avais bouffé ça en vrac, c'aurait été trop salé ou trop piquant, non ? »

« Hmph ! C'est pour ça que je dis que quoi que je bouffe, c'est pareil ! Même si tu te donnes tout ce mal, une fois dans le ventre, c'est la même chose ! »

« Pas du tout ! Avant d'atterrir dans le ventre, ça passe par la bouche ! C'est ta langue magnifique qui décidera si c'est bon ou pas ! »

L'enfant saupoudra sel et feuilles de pico sur la viande finement hachée, l'aria et le myamuu, et les malaxa des deux mains. Comme c'était la viande d'un jeune karon entier, ça forma un gros pâté plat qui montait jusqu'à la taille de l'enfant. Après avoir disposé divers légumes tout autour, l'enfant mit le feu au kamado de pierre.

Peu à peu, la viande et les légumes commencèrent à griller en crépitant.

Sentant cette odeur, le géant poussa un rugissement comme un grondement de terre.

« C'est quoi cette odeur ! J'en peux plus, j'ai trop faim ! »

« Hein ? La cuisine, c'est ça ! »

Quand un côté de la viande fut cuit, l'enfant la retourna avec la dague de Shimiral=Lilin.

Viande comme légumes avaient pris une belle couleur dorée.

Puis l'enfant remit une nouvelle couche de légumes sur la viande et baissa le feu du kamado. Il utilisait la montagne de légumes comme couvercle pour faire cuire à l'étouffée.

« Hmm ! Si on avait du vin de fruit, ce serait parfait ! »

Comme l'enfant marmonnait ça, Shimiral=Lilin sortit une gourde de sa poche.

« Ici, pour reprendre des forces, du vin de fruit. »

« Ohhh ! T'es prévoyante ! Maître, t'es vraiment prévoyante ! »

L'enfant versa le vin de fruit à grands glouglous sur les légumes qui recouvraient la viande. Le vin imbibé à l'intérieur s'évapora en grésillant, dégageant un parfum encore plus envoûtant.

« Hé ! Moi, j'en peux plus, j'ai trop faim ! »

« Hmm. Bon, toi tu bouffais cette viande crue d'habitude. Même si la cuisson est un peu légère, t'as pas à t'inquiéter pour ton ventre. »

L'enfant sourit au géant au-dessus de sa tête.

« Bon appétit ! Fais gaffe à pas te brûler ! »

Le géant ramassa la viande et la montagne de légumes à deux mains et les engloutit d'une bouchée.

Ses yeux déjà géants s'écarquillèrent encore plus. Après avoir avalé viande et légumes, le géant hurla « C'est bon ! »

« C'est la première fois que je bouffe un truc aussi bon ! C'est quelle magie, ça !? »

« C'est ta maîtresse la sorcière qui utilise la magie, non ? C'est les humains qui ont inventé la cuisine. Si tu veux bouffer des trucs aussi bons, faut t'entendre avec les humains, non ? »

« Huuum, surpris ! C'est la première fois de ma vie que je suis aussi surpris ! »

L'énorme corps du géant se mit à trembler violemment.

Et il s'éleva vers le ciel sombre. Le géant s'était levé.

« Vous avez rempli le pacte, alors je vous laisse la vie sauve ! Si vous voulez voir la Sorcière de l'Aube, continuez sur ce chemin ! »

« Merci bien ! Porte-toi bien, toi aussi ! »

Shimiral=Lilin et l'enfant passèrent sous les jambes du géant pour continuer leur route.

À nouveau, un chemin sombre entre les arbres. L'enfant avançait en sautillant, et fit « Hé hé hé ! » de satisfaction.

« Comme ça, plus qu'une épreuve ! La prochaine, c'est toi qui te débrouilles, maître ! »

« Oui. Force, tout donner. »

« Oh ! En voilà un qui arrive ! C'est sûr que c'est lui, la dernière épreuve ! »

L'espace sur la droite devant eux s'ouvrait grand.

En son centre, une silhouette noire se tenait immobile. Le dos tourné, elle creusait un trou dans le sol à l'aide d'une planche.

Une silhouette grande et maigre.

Au moment où elle la vit, Shimiral=Lilin fut saisie d'un violent tremblement.

« Moi…… cette personne, je la connais. »

« Hé hé ! Faut pas t'approcher n'importe comment, c'est dangereux ! »

L'avertissement de l'enfant n'atteignit pas son cœur, et Shimiral=Lilin courut jusqu'à cette silhouette.

Cette silhouette cachait son visage sous la capuche de son manteau, et creusait silencieusement le trou avec une planche de bois.

Seule la lumière de la lune éclairait la scène, l'intérieur de la capuche était totalement invisible.

Pourtant, c'était assurément un humain que Shimiral=Lilin connaissait.

« Moi…… j'aide. »

Shimiral=Lilin prit une longue planche tombée à ses pieds et commença à creuser à ses côtés.

Cette personne baissa le visage, continuant à creuser sans relâche, tout en laissant échapper de faibles murmures.

« Toi…… tu as un endroit où aller, non ? »

C'était la langue du premier pays natal de Shimiral=Lilin.

La gorge serrée, Shimiral=Lilin répondit « Oui. »

« L'endroit où je vais, c'est la même direction que toi. Moi, je te poursuis. »

« Ce temps est déjà passé…… toi, tu as ton propre but à atteindre. »

« Non. Mon but, c'est toi. Pour ça, je t'ai poursuivie tout ce temps. J'ai encore tant à apprendre. »

« Mais…… je n'ai plus rien à te transmettre. »

« Si. Même maintenant, j'apprends de toi. »

Alors que Shimiral=Lilin insistait ainsi, la silhouette soupira lourdement.

« Je t'ai fait porter une vie douloureuse…… toi qui avais déjà des liens familiaux si ténus, je t'ai fini par te laisser seule. »

« Non. Puisqu'on a pu se revoir comme ça, je suis heureuse. »

« Alors…… tu veux vraiment suivre le même chemin que moi ? »

« Oui. C'est mon unique souhait. »

À ce moment, l'enfant s'accrocha à la taille de Shimiral=Lilin.

« Maître, tu dis quoi ! Au pays, ****** t'attend, non ? »

« …… Désolée. Je n'entends pas bien. »

« C'est le truc de la sorcière ! Cette personne, elle est déjà ****** ! »

« …… Désolée. Je n'entends pas bien. »

« Reprends-toi ! Si toi tu es ******, ****** comment ça se passe ? ****** aussi, ****** t'attend, non ? ****** pas seulement ! ****** sont tous tes compatriotes ! »

« …… Ma famille, c'est mon père, uniquement. »

« Alors, c'est―― ! »

Au moment où l'enfant allait hurler quelque chose, quelque chose de blanc tomba du ciel.

De petits pétales blancs. Ils voltigeaient comme la neige de mahyudra.

Le parfum délicat de ces pétales infligea à la poitrine de Shimiral=Lilin une douleur déchirante.

C'étaient―― les fleurs funéraires utilisées pour les enterrements au Shim.

« C'est le cadeau d'avant ! Comme ça, on est quitte ! »

La voix du géant descendit du ciel.

Shimiral=Lilin gémit « Aa…… » et laissa tomber sa planche.

« Moi…… je t'ai déjà pleuré. Tu as déjà rendu ton âme. »

La silhouette ne répondit rien, continuant à creuser son trou.

Shimiral=Lilin s'agenouilla au sol et se cacha le visage.

« Et moi, j'ai abandonné les dieux et mon pays natal…… j'ai trouvé un nouveau foyer, une compagne. Alors…… je ne peux plus aller avec toi. »

« …… C'est pour ça que je te le dis depuis le début. »

La silhouette s'arrêta, jeta sa planche.

Sa main maigre se posa sur l'épaule de Shimiral=Lilin.

« Tu n'as plus de raison de me poursuivre. Tu vas devant moi……. Je veillerai sur ta silhouette pour toujours. »

La silhouette retira sa main de l'épaule de Shimiral=Lilin, et s'allongea elle-même dans le trou.

D'on ne sait où, du feu jaillit, et emporta cette silhouette dans des flammes cramoisies. Shimiral=Lilin, les yeux mouillés de larmes, assista à nouveau à sa fin.

« Repose en paix……. Dieu de l'Est, j'ai perdu le droit d'être ton enfant……. Mais je t'en prie, guide l'âme de mon père. »

Shimiral=Lilin grava dans ses yeux les flammes qui brûlaient, puis se retourna.

Là, l'enfant aux cheveux noirs pleurait en reniflant.

« …… Toi, pourquoi, tu pleures ? »

« C'est ta faute ! Môô ! En plein extermination de sorcière, fais pas la morte ! »

« Oui. Désolée. »

Shimiral=Lilin essuya ses propres larmes et sourit à l'enfant.

À cet instant―― un vent glacial souffla soudain.

L'enfant bondit de surprise et se glissa derrière Shimiral=Lilin.

« La sorcière ! C'est la sorcière ! Puisqu'on a passé les trois épreuves, la sorcière s'est montrée ! »

« Hmph…… Le futur époux qui a fui le lieu des noces a réussi à s'enfuir jusqu'ici. »

Une voix plus glaciale encore que le vent glacial résonna au-dessus de leurs têtes.

Dans l'obscurité, la silhouette d'une sublime sorcière émergea.

Des cheveux d'un blond doré somptueux, des yeux bleus glacés, une beauté à couper le souffle. De plus, elle était parée d'argent et de bijoux sur tout son corps, et ne portait pour seul vêtement qu'une unique gaze aux sept couleurs transparentes.

Assise sur un trône rappelant une sphère de verre, la sorcière posait sa joue sur son poing, les jambes croisées. Elle avait l'air d'une reine arrogante, lassée de tous les plaisirs. Ses longs cheveux dorés agités par la tempête créaient une beauté et une étrangeté pareilles à des flammes gelées.

« …… Assez pour les distractions. Vite, prosterniez-vous devant moi. Juste à temps pour le centième époux, je vous recevrai avec tous les honneurs. »

« …… Jusqu'ici, les époux, comment sont-ils devenus ? »

« Question stupide. »

D'un geste de son bras droit, la sorcière fit tourbillonner d'innombrables crânes dans l'obscurité.

« Partager la couche d'une sorcière, c'est voir son âme fondre comme des flocons de neige grillés par les flammes. En échange de la joie suprême, offre ton âme, toi aussi. »

« Non. Moi, déjà, compagne, existe. »

« Les lois des humains, je m'en fiche. Tu veux qu'on te traite brutalement ? »

La sorcière leva encore le bras, et un tourbillon de vent violent souleva Shimiral=Lilin et l'enfant dans les airs.

L'enfant fit « Hyaa ! » et s'accrocha à la taille de Shimiral=Lilin.

« Hé, hé ! Dépêche-toi de faire quelque chose ! Ta compagne importante t'attend au pays, non ? »

« Oui. Mais…… cette sorcière, méchante, est-elle ? »

« Qu'est-ce que tu dis ! Une sorcière qui a tué 99 hommes, si c'est pas une méchante, qui l'est ! »

« Oui. Elle, criminelle, sans doute. Mais…… méchante, est-elle ? »

L'enfant serra les lèvres comme s'il avait avalé un caillou.

Et il fixa la sorcière. La sorcière, comme masquée par un visage de glace, ne laissait transparaître aucune émotion.

« …… Moi, je sais pas. Mais, qu'elle soit méchante ou gentille, t'as pas l'intention de te laisser tuer sans réagir, hein ? »

« Oui. Force, tout donner, épreuves, surmonter, veux. »

« Bon, dernier coup de collier ! Moi aussi, à fond, je te file un coup de main ! »

L'enfant fit un grand sourire en montrant ses dents blanches.

Son petit corps fut enveloppé d'une lueur dorée.

Cette lueur ondoya comme une flamme en grossissant―― et se transforma en un toto gigantesque.

« Voilà, comme ça c'est bon ! Tenir les rênes, c'est ton rôle ! »

Le toto remua son grand corps, et Shimiral=Lilin rebondit pour atterrir sur son dos couvert de plumes jaunes.

Le toto avait même correctement des rênes. En les serrant fermement, Shimiral=Lilin pencha la tête sur le côté.

« Mais, nous, dans les airs. Toto, ciel, ne vole pas. »

« Avec tout ce vent, ça ira ! Le reste, c'est selon ta maniement des rênes ! »

« C'est ça. » Shimiral=Rin resserra sa prise sur les rênes.

« Alors, allons-y. Toi, force, je crois. »

« C'est ça ! C'est comme ça qu'on veut que ça soit, mon maître ! »

Shimiral=Lilin tira les rênes et donna un coup de talon dans les flancs du toto.

Soudain, l'énorme corps du toto, qui n'avait pas le pouvoir de voler, fendit la tempête en direction de la sorcière. Ses ailes trop petites pour son corps s'étirèrent au maximum, comme pour chevaucher les vagues de la tempête.

La sorcière, toujours le même visage gelé, balaya l'air de son bras.

Une nouvelle tempête s'abattit, mais quand Shimiral=Lilin prit à droite, le toto répondit correctement.

La tempête charriait des éclats de glace argentés, qui scintillaient.

Comme…… à ce moment-là.

Shimiral=Lilin savoura une émotion indicible, et de la main droite, tira son sabre.

L'acier est l'antithèse de la magie.

Si les tours de la sorcière sont de la magie, le pouvoir de l'acier devrait pouvoir s'y opposer.

Misant sur ce fil ténu, Shimiral=Lilin abattit son sabre sur la tête de la sorcière.

Avec un son comme du verre qui se brise, une lumière argentée explosa.

Et―― quand elle s'en rendit compte, le toto avait atterri au sol, et aux pieds de celui-ci gisait la sublime sorcière.

« …… Bon, ben, y a plus qu'à, la magie de la sorcière a été repoussée, on dirait. »

Shimiral=Lilin fit un signe de tête et descendit elle aussi au sol.

La sorcière tremblait de tout son corps, et redressa le haut de son corps. Son beau visage n'affichait toujours aucune expression.

« Mon sort en est là……. Alors, tranche-moi la tête vite fait. »

« La sœur Serpent a dit pareil ! Elle était maudite par toi, mais toi, tu fais tout ça pour quoi ? »

Le toto l'interrogea ainsi, et la sorcière baissa ses cils dorés pour cacher son regard.

« Pas de raison. Ce genre de truc…… c'est juste pour tuer l'ennui. »

« Tuer l'ennui ? Tu as tué 99 hommes juste pour tuer l'ennui ? »

« C'est leur choix d'avoir rendu l'âme. Ce n'est pas ce que je souhaitais. »

En disant cela, la sorcière serra son propre corps nu comme pour se protéger du froid.

« Si on partage ma couche, un humain meurt en une nuit. La magie qui déborde de mon corps tue les humains. Je suis née comme ça…… alors…… je n'y peux rien. »

« Alors…… faut pas prendre d'époux, tout simplement. Toi non plus, tu veux pas tuer les gens, hein ? »

« Alors, je fais quoi ? Je vis mille ans sans échanger avec personne, toute seule ? C'est sûr, les totos ont pas de cœur. »

« Se, sen-nen ? T'as vécu mille ans !? »

« Je suis immortelle. N'importe quel humain, n'importe quelle bête, me craint comme un monstre. Alors…… un monstre doit vivre en monstre. »

La sorcière releva les coins de sa bouche en un sourire.

Mais c'était un sourire qui ressemblait à des larmes.

« Même si on me tranche la tête avec un sabre d'acier, dans cent ans je retrouverai mes forces. Mais pendant ce temps, la paix régnera dans le monde des humains. Si tu as compris, tranche-moi la tête vite fait. »

Shimiral=Lilin resserra sa prise sur le sabre.

Soudain, le toto bondit et se planta entre la sorcière et elle.

« Hé hé ! Y a une seconde, c'était toi qui hésitais, maître ! Pourquoi t'as soudain l'air décidé à trancher ! »

« Oui. Moi, solution, trouvée pas. En tant qu'humain, sorcière, trancher, dois, pensé. »

Shimiral=Lilin dit ce qu'elle pensait au fond d'elle-même.

« En plus…… régénération, cent ans, si faut, ce temps, pour elle aussi, paix, possible. Ce temps, gens, tuer, pas besoin, donc. »

Le corps du toto brilla et retrouva sa forme d'enfant.

Et l'enfant, sans la moindre hésitation, s'accrocha à la sorcière.

« Quand même, c'est non ! Une fin comme ça, j'accepte pas ! Son sort, laisse-moi m'en charger ! »

« …… Toi, comment, fin, fais ? »

« J'en sais rien ! Mais moi, contrairement à toi, j'ai pas de famille qui m'attend au pays ! »

L'enfant fit à nouveau un grand sourire ensoleillé, puis se tourna vers la sorcière.

« Alors toi aussi, change de cœur ! Pour l'instant, je reste à tes côtés ! »

« Pour l'instant…… ? Tu prends si à la légère mon destin ? »

« Fais pas ces yeux effrayants ! "Pour l'instant", c'est une façon de parler ! Comment on va vivre maintenant, on y réfléchira à deux ! »

La sorcière, pour la première fois, teinta son visage de perplexe, et rendit le sourire à l'enfant.

« Qu'est-ce que tu racontes ? Qu'est-ce qu'un toto pourrait bien faire ? »

« Ça, moi non plus je sais pas ! Mais avec ton pouvoir, tu peux pas me rendre immortelle ? Comme ça, tout est réglé ! »

La sorcière, cette fois, afficha une stupeur totale.

« Qu, qu'est-ce que tu dis, "tout est réglé" ! Même si tu devenais immortelle―― »

« Si je deviens immortelle, je reste avec toi pour toujours ! Comme ça, t'auras plus besoin de te taper d'autres mecs ! »

« Idiot…… » la sorcière baissa la tête.

« Même si on pouvait faire une chose pareille…… j'ai déjà tué 99 humains. Mon âme est souillée au-delà de tout. »

« Bah, faut juste essayer de racheter ses fautes ! Mieux vaut ça que de continuer à empiler les péchés ! À deux, le fardeau est deux fois moins lourd ! »

« Pourquoi…… » murmura la sorcière.

« Pourquoi tu ferais une chose pareille…… »

« Ah, tout à l'heure, le chien de chasse qui a aidé la sœur Serpent m'a posé la même question ! Maintenant, je suis dans le même état d'esprit que lui ! »

L'enfant fit un sourire innocent.

« Parce que je veux le faire, je le fais ! Quelque raison qu'on y colle, c'est toujours un prétexte après coup ! »

Des larmes coulèrent des yeux bleus de la sorcière.

En voyant cela, Shimiral=Lilin rengaina son sabre.

(Ils vont s'en sortir, c'est sûr.)

La sorcière aux cheveux dorés et aux yeux bleus, et l'enfant aux cheveux noirs et aux yeux noirs, se regardaient l'un l'autre de tout leur cœur.

Quelles que soient les épreuves qui les attendaient, ils s'en sortiraient. Shimiral=Lilin put y croire.

« …… Désolé, maître. Le voyage avec toi était chouette, mais mon voyage à moi s'arrête là. »

L'enfant se tourna vers Shimiral=Lilin, avec un air contrit en baissant les sourcils.

Shimiral=Lilin dit « Non » en souriant.

« Toi, choix, juste, je crois. Vous deux, avenir heureux, je souhaite. »

Quand Shimiral=Lilin répondit ainsi, l'enfant sourit joyeusement.

Et――

Un torrent de lumière soudain souffla, renvoyant toutes les existences au néant.

***

« Oh…… enfin réveillée ? »

Une voix de vieil homme teintée de rire fit ouvrir les paupières à Shimiral=Lilin.

Le creux de sa tête était engourdi, ses mains et ses pieds ne répondaient pas bien. Seul son cœur était profondément comblé.

« Vous…… qui êtes-vous ? »

« Je suis une pauvre herboriste qui vit dans cette forêt. Vous avez l'air d'avoir vécu un truc pas possible, hein. »

Quand Shimiral=Lilin se redressa de force, elle se trouvait dans une misérable cabane.

La cabane, pas bien grande, était couverte d'une douce paille sèche, où gisaient ses neuf compagnons. Soulagée de les voir, elle promena son regard et aperçut, au fond de la cabane, une petite vieille assise là.

« Vous étiez effondrés juste devant cette cabane. Le toto est attaché dehors, et le chargement de la charrette n'a pas l'air d'avoir été fouillé, alors inquiétez-vous pas. »

« Moi…… situation, incomprise. »

« Moi non plus, je sais pas exactement. Mais c'est sûrement lui qui vous a eu. »

En disant cela, la vieille sortit des pétales argentés d'un petit sac.

« C'est des fleurs de makyubera, tu vois. Les pétales servent pour les médicaments aux blessures…… mais le pollen a un effet bien embêtant. »

« Effet embêtant. »

« Ouais. Ça fait perdre connaissance et voir de mauvais rêves. Y a un champ de makyubera sur la colline un peu plus haut…… le vent qui descend des rochers l'a fait tout voler en éclats. »

La vieille sourit doucement en remettant les pétales dans le sac.

« Du coup, vous avez sûrement gobé ce pollen. Quand je vous ai trouvés, vous gémissiez tous en ayant l'air de souffrir. »

« C'est ça…… Poussière, pas respirer, nez et bouche, protégés, mais. »

« Même pas, vous aviez pas les yeux fermés ? Rien qu'en collant aux yeux, ça suffit pour faire faire de mauvais rêves. Vos capes étaient pleines de pollen, d'ailleurs. Les nettoyer, c'était un sacré boulot. »

Shimiral=Lilin poussa un grand soupir et baissa la tête vers la vieille.

« Danger, sauvée, gratitude. Cette dette,必ず, je paie. »

« Bon, bon. Moi aussi, pour devenir herboriste, les gens du Shim m'ont rendu bien des services. Quand on est dans la merde, on s'entraide. »

La vieille sourit encore plus doucement.

« En plus, ceux qui ont eu le plus dur, c'est vous. Jusqu'à vous réveiller, vous avez dû bien souffrir de ces cauchemars, hein ? »

« Non. Certes, moments douloureux, y a eu…… mais globalement, amusant, je trouve. »

« Ah ouais. C'est un sacré culot, toi. Dire qu'un cauchemar de makyubera était amusant, c'est la première fois que j'entends ça. »

« C'est ça. » Shimiral=Lilin sourit aussi.

Devoir comme elle était visiblement une orientale, le fait que Shimiral=Lilin laisse paraître une expression surprit grandement la vieille herboriste.

***

« …… Voici tout. Un souvenir de voyage. »

Quand Shimiral=Lilin eut fini son récit, des soupirs d'admiration s'élevèrent de ci de là.

Ici, c'est la maison principale des Lilin, qui accueille les deux membres de la famille Fa. Aujourd'hui, le commerce du stand est au repos, et ils sont venus dès le matin chez les Lilin.

Tous les membres de la famille Lilin sont présents. Le chef de famille, Girane=Lilin, sa compagne Uru=Rei=Lilin, leur fils et leur fille, la compagne de Shimiral=Lilin, Vina=Ruu=Lilin, et le bébé Eva=Lilin. Parmi eux, Girane=Lilin ouvrit la bouche avec un air amusé.

« C'est nous qui avons réclamé une histoire insolite, mais celle-là, elle est drôlement bien. Comment t'as fait pour garder ça pour toi jusqu'à maintenant ? »

« Comment dire ? C'est un rêve, alors, valeur de raconter, pas, j'ai craint. »

« Le contenu du rêve était drôlement bizarre, c'est pour ça. On aurait dit qu'on assistait à une pièce de marionnettes. »

« Oui. Divers contes, mêlés. Probablement, dans le rêve, souvenirs, mélangés. Originalité, faible. »

« Peut-être. Mais nous, les contes, on les connaît pas bien, alors on a pu bien en profiter. »

Girane=Lilin et Uru=Rei=Lilin sourient, et les deux enfants brillent des yeux.

Mais―― l'invitée, , affiche un air fort mécontent.

« J'ai l'impression d'avoir subi un outrage sans raison…… Est-ce mon imagination ? »

« Oui. , n'apparaît pas. Plutôt…… , rôle de sorcière, jouait, impression. »

« Pourquoi devrais-je jouer un tel rôle ? »

Quand releva les sourcils, Vina=Ruu=Lilin dit « Maa maa…… » pour la calmer.

« On sait bien qu' n'est pas ce genre de personne…… C'est juste qu' a un si beau visage qu'elle a été choisie pour la sorcière, non…… ? »

En disant cela, Vina=Ruu=Lilin lança un regard en coin à Shimiral=Lilin.

« Cependant…… tu aimes vraiment Asta, hein…… »

« Oui. Du fond du cœur, affection, j'éprouve. »

Quand Shimiral=Lilin répondit ainsi, Asta rit gêné « Ahaha », et , le visage furieux, lui tapota la tête.

Et tous deux se regardèrent.

fait une tête en colère, Asta affiche un sourire pour l'apaiser―― mais en voyant ces deux-là, Shimiral=Lilin sentit sa se remplir de la même façon que cette nuit-là.

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