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Isekai Ryouridou

Chapitre 1302

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Chapitre 1302

Chapitre 1302

Chapitre 1302/140093%~21 min de lecture4 198 mots

Deux jours après que Ram eut mis bas — c'était le 22e jour de la Lune violette.

Ce jour marquait enfin le début officiel de la Fête de la Résurrection, le « Jour de l'Aube ».

Ce jour-là, les étals diurnes étaient également fermés, et à la place, on servait du Giba rôti entier. Le commerce des étals se déroulait quant à lui la nuit. Cette année, la même chose s'était produite lors du Festival du Repos des Âmes de la Lune noire, mais l'excitation et l'agitation n'avaient pas changé.

Toutefois, comme lors du Festival du Repos, le Giba rôti entier était confié à d'autres clans. Désormais, aucun clan n'avait de difficulté à préparer un Giba rôti entier, si bien qu'on put partager les peines et le sentiment d'accomplissement.

C'est ainsi que la direction fut confiée à la lignée légitime des Sauti. Les Ruu et les Fa tenaient les étals, les Zaza assuraient la garde et aidaient au restaurant en plein air, chacun tournant à plein régime, si bien que les Sauti, qui n'avaient pas de rôle majeur, se portèrent volontaires.

« Ceci dit, nous sommes sans doute ceux qui ont le moins d'expérience pour le travail à la ville-relais. En tant que lignée légitime, je suis prêt à assumer toute la responsabilité, mais pour le travail concret, je compte sur vous pour bien des choses. »

C'est par de tels mots, nous dit-on, que Dari=Sauti s'adressa aux petits clans partageant la même tâche.

Pour info, cette fois, les cinq clans qui prirent en charge le Giba rôti avec les Sauti étaient les Gaz, les Ratts, les Beimu, les Ravittsu et les Sun. Il existait sept structures pour le rôti, dont deux furent prises en charge par la parenté des Sauti, les cinq restantes étant réparties entre les petits clans.

Lors du Festival du Repos, la parenté des Ruu et les Dai avaient aussi assumé ce rôle, mais ils furent remplacés par les Sauti et les Sun. La parenté des Fou, par bon voisinage, s'était concentrée sur la préparation de la maison des Fa, et fut à nouveau dispensée cette fois.

Bref, c'était le jour du « Jour de l'Aube ».

Je devais moi aussi être présent sur le lieu où l'on servirait le Giba rôti, mais dès le matin, je m'activais à la préparation avec les autres femmes. Nous devions non seulement ouvrir les étals la nuit, mais aussi avancer la préparation pour le lendemain avant la fin de la journée, si bien que le travail s'accumulait terriblement.

Pourtant, ces organisations avaient passablement pris forme grâce aux Fêtes de la Résurrection et aux Festivals du Repos précédents. Surtout, l'expérience du Festival du Repos avait été déterminante. Ce festival avait en effet été réalisé soudainement sur l'idée de Tikatorasu, le temps de préparation était limité, et nous avions dû chercher une organisation la plus efficace et la moins contraignante possible.

Ce qui fut nouvellement mis au point, ce fut le système de tours pour la préparation.

Travailler du matin au soir avec les mêmes membres était trop lourd. On décida donc de changer d'équipe tous les trois koku. Une telle organisation devint possible parce que de nombreuses femmes avaient amélioré leurs compétences en tant que gardiennes du feu.

Ce « Jour de l'Aube », l'équipe du 3e au 6e koku montant était composée des parentés des Fou et des Gaz, du 6e montant au 2e koku descendant celles des Ravittsu et des Beimu, et du 2e au 5e koku descendant celles des Ratts et à nouveau des Fou. On comptait donc beaucoup sur la parenté des Fou, nos voisines.

« Chez les Ruu aussi, on s'est inspiré de l'organisation de la maison des Fa ! C'est vrai que c'est trop dur pour les mêmes personnes de travailler du matin au soir, et tout le monde est plus content si le travail est bien réparti ! »

C'est ce que disait Lara=Ruu, la responsable des Ruu. Chez elles, la répartition se faisait entre les parentés des Ruu et des Dai.

De plus, Tour=Din put cette année mettre en place un système à deux équipes grâce à la coopération non seulement des Ridd mais aussi de la parenté des Zaza. L'étal de Tour=Din n'était qu'un seul, mais récemment elle vendait deux sortes de produits, y compris des pâtisseries préparées à l'avance, et comme elle avait un succès fou à la ville-relais, la préparation demandait passablement d'efforts.

« Cela dit, c'est une quantité considérable. Difficile d'imaginer que tout cet approvisionnement sera mangé en une seule nuit. »

C'est ce que disait la sœur cadette du chef de famille des Vera, mariée dans les Fou. Elle aussi, en tant que membre de la parenté des Fou, était venue aider à la préparation matinale. Ayant célébré son mariage en début de mois, elle avait les cheveux coupés courts et l'uniforme d'une pièce lui allait à merveille.

« Jusqu'ici, la Fête de la Résurrection limitait les heures d'ouverture à deux koku, mais cette fois on s'est dit qu'on pouvait aller jusqu'à deux koku et demi, alors on a préparé d'autant. D'où cette quantité. »

Bien sûr, c'était le fruit de concertations avec les Ruu, les Din et l'Auberge Queue de Kimusu. On avait reçu force avis disant que deux koku la nuit d'un jour férié, c'était trop triste.

« Et l'an dernier, au « Jour de l'Aube », la moitié des étals étaient en rupture au bout d'un koku et demi, non ? Comme on fait toujours léger le premier jour pour voir comment ça tourne, ça finit comme ça. Alors cette fois, on s'est dit d'y aller un peu fort. Vu la fréquentation jusqu'hier, il ne devrait pas y avoir d'invendus. »

« Vraiment, cette année c'est une affluence incroyable. J'ai hâte de le constater de mes propres yeux. »

La jeune mariée prévoyait elle aussi de descendre à la ville-relais pendant son temps libre, avec son mari et sa nouvelle famille. Elle devrait s'y retrouver avec son frère aîné, le chef de famille des Vera, après longtemps.

D'autres encore, Yun=Sudra, Rei=Matua, les femmes des Gaz, des Fou et des Ran chargées des étals, participaient à la préparation. Pourtant, elles devaient travailler aux étals la nuit, et elles s'étaient portées volontaires pour ce travail.

Mais cette fois, on avait pu organiser plus soigneusement qu'au Festival du Repos, et hier après-midi encore, on avait avancé le découpage de la viande et le tri des ingrédients. Avec le système à trois équipes pour un total de neuf koku, la préparation nécessaire pour le commerce de ce soir et du midi de demain devait se boucler sans accroc.

Lorsque le 6e koku montant approcha, les parentés des Beimu et des Ravittsu, équipe de l'après-midi, se rassemblèrent. Je me retirais à ce moment, la direction passant au duo Fei=Beimu et Marufira=Nahamu.

« Eh bien, jusqu'au 2e koku descendant, c'est à vous. Je compte rentrer avec un peu de marge. »

« Ne vous en faites pas. Nous surmonterons le temps imparti par nos propres forces. »

Fei=Beimu lança cette déclaration en répandant une intensité proche de l'intention de tuer. Elle gérait l'encadrement, Marufira=Nahamu la pratique, un système de double direction. Fei=Beimu séjournant depuis longtemps chez la famille principale des Nahamu, leur coordination ne posait plus de souci.

La première équipe, ayant terminé la passation, quitta l'espace du fourneau pour la première fois depuis trois koku. Ensuite c'était temps libre, mais plus de la moitié du groupe devait se rendre à la ville-relais.

« Bon, avant de partir, je vais voir . Vous, attendez-moi sur le charrette si vous voulez. »

Quand je dis ça, Rei=Matua leva la voix, les yeux brillants : « Oui ! »

« Dans ce cas, laissez-moi venir aussi ! Je veux voir les chiots ne serait-ce qu'un instant ! »

« Moi aussi », dit Yun=Sudra en s'avançant timidement. Tout le monde semblait fasciné par la mignonnerie des nouveau-nés. Pour ma part, je ressentais un mélange de gêne et de fierté.

Et Saris=Ran=Fou nous rejoignit aussi. Elle avait confié Aim=Fou à tout en aidant à la préparation matinale. Alors que nous nous dirigions en file vers le bâtiment principal, nous accueillit avec un air soulagé.

« Vous êtes revenus. Aim=Fou s'est endormi. »

Saris=Ran=Fou sourit joyeusement : « Ma foi. » Aim=Fou, trois ans, dormait sur les genoux d'.

et les autres étaient assises dans la grande pièce, le rideau de l'espace en terre battue entrouvert. observait sans doute Ram et les petits par cet interstice. Les chiennes après la mise bas sont nerveuses un moment, mais les regarder depuis l'extérieur du rideau évitait tout stress inutile.

« C'est rare qu'Aim s'endorme chez les autres. C'est sans doute qu'il s'y sent vraiment en paix. »

« Ce doit être l'apaisement qu'apportent Ram et les nouveau-nés. Les trois deviendront sûrement de magnifiques chiens de chasse. »

n'avait pas pu bouger de peur de réveiller Aim=Fou, et était restée figée. Saris=Ran=Fou rit doucement en soulevant le petit corps ; Aim=Fou fit « hum » d'une voix adorable de mécontentement, mais ne se réveilla pas.

Pendant ce temps, Yun=Sudra et Rei=Matua observaient Ram et les petits par l'entrebâillement. Je jetai un coup d'œil moi aussi : les nouveau-nés étaient en train de téter goulûment.

« Waah, ils tètent encore. On dirait qu'à chaque fois qu'on les voit, ils sont en train de boire. »

« Ouais. Du coup, Ram a un appétit incroyable. Elle doit manger 50 % de plus que d'habitude. »

« Toute cette nutrition doit aller droit aux petits. Les trois deviendront sûrement de beaux chiens de chasse. … Ah, mais on n'a pas encore vérifié s'ils sont mâles ou femelles, hein. »

« Ouais. On dit qu'il faut pas les toucher avant dix jours ou une quinzaine, donc les noms, c'est pour plus tard. »

On échangeait à voix basse pour ne pas stimuler Ram. Ce faisant, l'atmosphère semblait encore plus douce.

« Bon, nous, on va faire un tour à la ville-relais. , tu restes comme prévu, hein ? »

« Oui. S'il arrivait quelque chose aux petits, je ne m'en remettrais pas. »

En répondant ainsi, me fixa droit dans les yeux. Son seul regard me fit douloureusement sentir à quel point elle se souciait de moi.

Pourtant, choisit de rester à la maison. Elle qui était si protectrice envers moi décida cette fois de veiller sur les nouveau-nés. C'était sans doute le changement né de l'arrivée d'une membre de famille plus fragile que moi.

« Alors moi, je reste encore un peu. Asta, faites attention. »

« Hum ? Puisque je confie la garde de nuit à Saris=Ran=Fou, j'aimerais qu'elle se repose maintenant. »

« Mais si Aim se réveille et que les chiens ne sont plus là, il risque d'être déçu, non ? Et près d', je me sens aussi tranquille que chez moi. »

Saris=Ran=Fou répondit avec un sourire si chaleureux qu', l'air à la fois gêné et embarrassé, se gratta la tête.

Après avoir salué ces deux-là, nous quittâmes le bâtiment principal.

Là, Yun=Sudra me sourit.

« aussi, devant Saris=Lan=Fou, elle peut baisser sa garde. On a peu l'occasion de la voir comme ça, c'est très agréable. »

« Ouais. Saris=Ran=Fou est l'une de ses rares amies d'enfance. Mais a le cœur ouvert pour vous aussi, Yun=Sudra. »

« Je le sais. Mais quand même, devant nous, elle ne peut pas oublier qu'elle est la chef de la famille Fa. C'est aussi un grand charme d'… mais cette apparence apaisée est tout aussi charmante, je trouve. »

Le sourire de Yun=Sudra ne contenait que de la sincérité pure, si bien que je pus lui rendre naturellement son « ouais » avec un sourire.

Survint une nouvelle charrette. Celle de la maison des Din, conduite par Dodd.

« Vous avez attendu. Y montent Diga=Domu et le chef de la branche. »

« Merci. C'est vous qui nous excusez, votre vrai travail commence ce soir. »

Les femmes qui s'occupent du Giba rôti sont escortées par les chasseurs de leur propre clan. Mais Dodd répondit affablement : « Pas la peine de s'excuser. »

« De toute façon, nous aussi on comptait descendre à la ville-relais dès midi. Et hier soir, des chasseurs de renfort sont arrivés en masse, alors on a de la main-d'œuvre à revendre. Georu=Zaza est même parti en avance pour caler l'organisation avec Dikku=Domu. »

Ainsi, sur la charrette de Giruru montèrent Diga=Domu et le chef de la branche Domu, et sur celle des Din, libérée, prirent place deux femmes des Gaz.

Yun=Sudra, Rei=Matua et les femmes des Ran montèrent avec nous, tandis que la sœur du chef des Vera partit avec les chasseurs des Fou venus la chercher sur la charrette des Fafa.

« Yo, Asta. C'est vraiment le début de la Fête de la Résurrection, hein. »

Dès que je montai sur la plate-forme, Diga=Domu sur le siège du cocher me lança un sourire. Le chef de branche à ses côtés est sa nouvelle famille. Lui non plus n'était pas là avant, il doit faire partie des renforts arrivés hier soir.

« Dodd et moi, on assure la garde jusqu'à ce soir, puis on rentre. La prochaine fois, ce sera après le « Jour du Zénith », comptez sur nous. »

« Oui. La période de repos, faut aussi en profiter pour resserrer les liens familiaux. »

Je pus répondre ça avec un sentiment chaleureux. Pour Diga=Domu, c'était la première période de repos depuis qu'il avait une nouvelle famille.

« En fait, mon tour de garde tombait aussi après le « Jour du Zénith ». Mais on m'a dit qu'il y avait de la place à l'hébergement des Rutim, alors je suis venu juste pour aujourd'hui. »

C'est ce qu'ajouta le chef de la branche. Non seulement les frères et sœurs de la famille principale des Domu, mais tous les gens des Domu sont de la parenté des Rutim. Il n'y avait donc aucune raison de se gêner pour l'hébergement.

« Dodd et moi aussi, aujourd'hui on est hébergés par les Rutim. Les Din et les Ridd sont pleins à craquer avec leurs autres parents. Les Zaza, les Jin, les Havira, les Dana, encore plus de monde que prévu a débarqué. »

« Hum. Faudrait peut-être construire une maison pour que les parents puissent passer la nuit aux villages des Din ou des Ridd. Comme ça, à ces occasions, ils pourraient venir sans hésiter. »

« Haha. À l'heure qu'il est, on a pas l'impression qu'ils se gênent beaucoup, ceci dit. »

Diga=Domu répondit familièrement au chef de famille. Devant cette scène, moi aussi je savourai une joie profonde.

La charrette fila droit sur la ville-relais. Aujourd'hui, nous devions agir séparément des gens des Ruu. Eux aussi devaient y envoyer encore plus de monde que nous.

Aller à la ville-relais avec la parenté des Zaza, séparément des Ruu, c'était un sentiment un peu étrange — mais c'était sûrement la preuve que les échanges entre clans s'étaient intensifiés. Ce n'est pas que nos liens avec les Ruu se soient distendus, alors mon cœur ne connaissait que la plénitude.

« Au fait, la chienne des Zaza non plus n'a pas eu de petits cette fois, c'est ça ? »

Dans une pause de la conversation, Rei=Matua posa la question.

Le chef de la branche Domu, d'un air grave, répondit : « Oui. »

« Puisque son ventre n'a pas grossi à cette période, c'est bien ça. Et toi… tu es de quel clan ? »

« Je suis de la maison Matua. La chienne de la lignée principale des Gaz n'a pas eu de petits non plus, c'était bien décevant. Les chiots nés chez les Fa étaient d'une mignonnerie à en mourir. »

« C'est vrai. La prochaine fois, ce sera quelque chose à attendre. »

Ce chef de famille était aussi grand et imposant que Dikku=Domu, un homme mur dont l'aura n'avait rien à envier à ce dernier. Pourtant, pas l'once d'une intention d'intimider Rei=Matua ; il semblait converser tout naturellement.

C'était sans doute le mérite de Rei=Matua, active et sans timidité, mais aussi la preuve que le chef de famille ne méprisait pas les petits clans. Il y a deux ans à peine, une telle conversation n'aurait pas été possible, songea-t-on.

Tandis que nous approfondissions discrètement nos échanges, la charrette arriva à la ville-relais.

Sur ma proposition, tout le monde descendit de la plate-forme à l'entrée de la ville. Pour voir l'ambiance de la Fête de la Résurrection, c'était la meilleure façon.

Là, Sachi fit « nau », et je me souvins de l'objet que j'avais préparé pour aujourd'hui. Alors que je l'enfilais, Yun=Sudra me regarda, perplexe.

« Asta, c'est peut-être… un sac porte-bébé pour chiot ? »

« Ouais. Je me creusais la tête pour savoir comment trimballer Sachi, et Saris=Ran=Fou m'a suggéré d'essayer ça. »

Sachi, qui montait avant sur mon épaule, a maintenant une trentaine de centimètres. Je la soulevai et la glissai dans le sac porté en bandoulière ; Yun=SDra fit « ma » en souriant.

« C'est un peu bizarre, mais c'est super mignon. »

« Ahaha. Sachi aussi, côté mignonnerie, elle perd pas contre les chiots. »

Indifférente à notre échange, Sachi bâilla à grand bruit. Avec sa petite tête dépassant de l'ouverture du sac, elle avait l'air plutôt à l'aise.

Quand nous descendîmes, les hommes et femmes des Moribe apparurent aussi des charrettes des Fafa et des Din. J'aperçus Tour=Din, lui fis signe, et reçus un sourire un peu gêné en retour.

Nous remîmes le pied sur la grand-route.

En effet, aujourd'hui, l'affluence dépassait tout ce qu'on avait connu.

Vieux et jeunes, hommes et femmes, sans distinction de race. Des vieillards et des bambins qui semblaient des résidents de la ville-relais, des jeunes filles poussant des cris jaunes, des colporteurs apparents, des gens du Sud, des gens de l'Est — à l'exception des gens de l'Est, tous affichaient leur excitation. Les drapeaux rouges du Dieu Soleil étaient visiblement plus nombreux.

« Asta. On laisse les Totos et les charrettes à l'auberge habituelle, hein ? »

« Oui. Aujourd'hui, derrière les étals aussi, ce sera plein de charrettes. »

En nous dirigeant vers l'Auberge Queue de Kimusu, on vit déjà des places assises installées jusqu'à l'extérieur, des gens y sirotant du vin de fruit. Le Giba et le Kimusu rôtis entiers seraient prêts à partir du zénith, mais l'alcool de fête était déjà distribué. Pourtant, pas un ivrogne pour embêter les gens des Moribe.

« Désolé de vous déranger alors que vous êtes occupés. Pourriez-vous garder les Totos et les charrettes environ trois koku ? »

Quand j'appela, Teria=Masu, qui venait de finir un service, se retourna en souriant.

« Ah, Asta. Merci à tous pour votre peine. Trois ensembles pour les Totos et les charrettes ? L'entrepôt a encore de la place. »

« Avec cette affluence, l'entrepôt risque d'être plein. Merci d'avance. »

Guidés par Teria=Masu, nous allâmes jusqu'à l'entrepôt arrière. Le vacarme de la façade s'éloigna un peu, et on put enfin souffler.

« Tout à l'heure, on a aussi récupéré les Totos et charrettes des gens des Ruu. Le quartier des étals a l'air déjà en pleine effervescence. »

« C'est ça. L'Auberge Queue de Kimusu a refusé le travail de rôtir le Kimusu sur l'étal, j'ai entendu. »

« Oui. Cette année, le travail de l'auberge est trop chargé, on a décliné. Les Rebi préparent déjà le ramen pour ce soir. »

Rôtir le Kimusu sur l'étal est une commande officielle payée par le château de Genos, on peut la refuser. Mais la plupart de ces auberges font rôtir le Kimusu dans leur cuisine pour le servir aux clients.

Après avoir confié sereinement Totos et charrettes, nous reprîmes la direction du quartier des étals.

Quoi qu'on avance sur la grand-route, l'affluence ne faiblit pas. Il restait environ un demi-koku avant le zénith, mais l'ambiance était déjà énorme. Devant ce spectacle, le chef de la branche Domu montrait une certaine lassitude.

« J'ai vu l'affluence du Festival du Repos l'autre jour… mais ça n'a vraiment rien à voir, c'est bien plus fou. »

« C'est normal. Le Festival du Repos, c'était subit. Aujourd'hui, ce sont les gens qui l'attendaient qui se sont rassemblés. »

Là, Yun=Sudra s'exclama : « Au fait… »

« Le recrutement de nouveaux résidents à Turan, c'est cette année, non ? Peut-être que ces gens-là sont aussi venus à la ville-relais ? »

« Ah, c'est vrai. Si les gens de Doreimu sont là, y a pas de raison que ceux de Turan ne viennent pas. C'est un angle mort, ça. »

Turan n'a guère qu'une taverne, alors pour profiter du Festival du Repos ou de la Fête de la Résurrection, il faut bien venir à la ville-relais. L'alcool et la viande gratuits du château de Genos sont limités à la ville-château et à la ville-relais.

Quand nous atteignîmes enfin le quartier des étals, une odeur qui chatouillait l'appétit flotta déjà. Le Kimusu, qui demande moins de temps que le Giba, était déjà en train d'être rôti.

Comme les étals sont interdits en journée les jours fériés, le long de la grand-route ne s'alignaient que des étals pour le Kimusu rôti. Les gens s'échangeaient du vin de fruit versé depuis des tonneaux, et ici et là s'élevaient des « Au Dieu Soleil ! » en guise de toast.

Entourés de chasseurs, nous avançâmes — et enfin, nous rejoignîmes le lieu où travaillaient nos camarades des Moribe.

C'était au nord du quartier des étals, mais l'affluence n'en était pas moindre. Au contraire, c'était encore plus bruyant qu'avant. Autant de gens qui viennent pour le Giba rôti et l'échange avec les Moribe, c'est une vraie bénédiction.

« Bon, on se calme un coup derrière. »

Sur l'ordre du chef de la branche Domu, nous contournâmes l'étal par l'arrière.

Ceux qui nous y attendaient étaient des gens infiniment familiers pour moi — les gens des Ruu et des Sauti.

« Yo, Asta, t'arrives enfin. T'as bien traîné, hein. »

Rudo=Ruu me lança sa salutation habituelle. À côté, Grand-mère Jiba était en fauteuil roulant, protégée par les costauds Jiza=Ruu, Shin=Ruu et Digudo=Ruu. Et riant avec Grand-mère Jiba dans ce cercle, Rimi=Ruu et Tara.

« Asta, tout le monde, merci pour le travail ! J'ai hâte que la viande soit cuite ! »

Parmi elles, Grand-mère Jiba, Rimi=Ruu, Rudo=Ruu et Shin=Ruu avaient passé la nuit chez les Dora hier. Ils avaient dû rejoindre les chasseurs de renfort et venir ici. L'an dernier, j'en faisais encore partie.

Et bien d'autres encore : Dari=Sauti, le chef des Vera, l'aîné des Don, et toutes sortes de gens de clans divers. Trop pour une simple garde, avec même des femmes et des enfants, ce devait être des curieux mélangés. C'était une affluence pareille à la rue.

« Oh, vous voilà. Mais vu l'état des lieux, trouver où se poster va être un sacré défi. »

Depuis l'espace de stationnement arrière, Georu=Zaza, un sourire forcé, et Dikku=Domu, visage calme, s'avancèrent. Ils devaient caler la garde pour la nuit.

« La nuit, ce sera encore pire. L'hébergement d'hier était à l'étroit, mais côté effectifs de garde, on devrait pas manquer. »

« Oui. Ça dépasse nos prévisions. Merci pour la peine, on compte sur vous. »

« Oui. Cette nuit c'est Dikku=Domu qui dirige, dès demain c'est moi. Les gens des Domu rentrent presque tous demain, alors vous aussi, tenez-vous prêts. »

En disant ça, Georu=Zaza me glissa à l'oreille, inhabituellement.

« Cet ordre, c'est tout à cause de l'affaire de cette gamine, Chiru. Quand elle apparaîtra, le vieux ira jusqu'aux Ruu, donc il me fallait quelqu'un pour garder la maison. »

« Ah, c'était pour ça. Merci pour le dérangement. »

« Hmph. Si la lignée légitime Dari=Sauti a validé, vous n'avez pas à vous excuser d'avoir gardé le secret. De toute façon, l'embrouille est réglée. »

Georu=Zaza ricana et me donna une tape amicale sur l'épaule.

Gardant son sourire, il se tourna vers Tour=Din.

« Tour=Din, t'as bossé dur. Le travail, ça avance bien ? »

« Oui. Grâce à Sufira=Zaza et les autres, on a pu avancer plus vite que prévu. »

Tour=Din répondit en rougissant, et Sufira=Zaza, collée à elle, lança un regard glacial à son frère. Elle aussi n'avait pu nous rejoindre que la veille au soir.

Autour de l'étal, on apercevait aussi le jeune chef des Ratts, l'aîné des Ravittsu, le chef des Sun, l'aîné des Beimu. La plupart des clans font de ces jours fériés des jours de repos.

Devant l'étal travaillaient des visages connus : Kurua=Sun, les femmes des Ratts, la cadette de la branche des Sauti, l'aînée des Dada, la benjamine des Don, la benjamine des Nahamu, sœur de Marufira=Nahamu. À part celles qui aidaient à la préparation chez les Fa, les Ruu et les Din, quatorze femmes étaient mobilisées ici. Preuve s'il en fallait que la couche des femmes des Moribe s'était épaissie.

Voir ainsi les visages de mes camarades des Moribe me remplissait d'une profonde satisfaction.

Et notre vrai but, c'est l'échange avec les gens de la ville. Avec cette troupe, nous allions désormais profiter de rencontres variées.

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