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Isekai Ryouridou

Chapitre 1189

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Chapitre 1189

Chapitre 1189

Chapitre 1189/127094%~18 min de lecture3 446 mots

L'effigie d' avait été dévoilée lors du banquet de la veille. Le lendemain — le 9e jour du mois de la Lune grise — nous étions, comme à l'accoutumée, affairés au stand. D'autant qu'on nous avait annoncé que le séjour des Ticatras à Genos allait encore se prolonger, ce jour-là, ce sont Rey et les gens de Maam qui assuraient la garde.

« On m'a dit que ces nobles ne risquaient plus de causer de trouble, mais peu importe ! Nous étions de repos de toute façon ! Même sans mission, échanger quelques mots avec les gens de la ville-relais ne sera pas du temps perdu ! »

C'est Rau=Rey, le jeune chef de famille des Rey, qui débitait cela avec entrain. Comme c'était par hasard son jour de travail à Yamil=Rey, elle s'était sans doute portée volontaire pour la garde.

Du côté des Maam, c'est Jii=Maam, l'aîné de la lignée principale, qui était venu prêter main-forte. Un chasseur fiable, à la carrure la plus imposante de tout le clan Ruu.

« Toutefois, on nous a dit qu'il s'agissait du noble occidental de plus haut rang jamais vu par ici, et voilà qu'il songe à quitter le château pour loger en auberge en ville... C'est la preuve que ce noble diffère singulièrement de ceux que nous connaissons. »

Les nouvelles du banquet de la veille avaient circulé dès l'aube via le réseau de communication, aussi Jii=Maam laissait-il transparaître sa méfiance. Rau=Rey, lui, gardait sa bonne humeur habituelle.

« Au bout du compte, noble ou pas, on ne peut pas les mettre tous dans le même sac ! Toi et moi, nous sommes du même clan Ruu, et pourtant nos caractères n'ont rien à voir ! Il n'y a rien d'étonnant à cela ! »

« Hum. Ce noble serait donc un cas à part, comme le chef des Rey. »

« Wahahaha ! Te voilà qui parles comme moi ! »

Rau=Rey rit franchement en claquant une tape amicale sur le large dos de Jii=Maam. C'est ça, l'aisance entre parents de sang. Jii=Maam finira bien par hériter du titre de chef de famille comme Rau=Rey ; j'espère qu'ils resteront longtemps en bons termes.

Indifférent au tumulte suscité par les Ticatras, la ville-relais fourmillait encore aujourd'hui.

Au milieu de tout cela, Rau=Rey émit un « Hum ? » intrigué vers la fin de la pointe de midi.

« Un type louche approche. , fais gaffe, au cas où. »

« Hein ? Lequel ? »

Depuis l'intérieur du stand, je balayai du regard la route, à gauche comme à droite, autant que possible.

Ce qui attira mon attention, ce fut une grande silhouette venant du nord. La personne cachait son visage sous une cape à capuche à la manière des gens de l'Est, et titubait comme un ivrogne.

Les passants l'évitaient avec méfiance. Et malgré son allure chancelante, elle semblait se diriger droit vers notre stand.

« Ce n'est pas de l'intention de tuer, mais il dégage une drôle d'énergie. Et on dirait qu'il est blessé. »

Jii=Maam plissa ses yeux perçants et posa la main sur la garde de son sabre.

La silhouette arriva enfin devant nous — et je fus saisi d'une stupeur sincère.

« Ga, Gardel ! Qu'est-ce qui vous arrive ? »

« -dono... Je suis soulagé de vous voir en vie... »

Celui qui parlait ainsi, c'était Gardel, et lui n'avait pas l'air en vie du tout. Son visage, visible sous la capuche, était exsangue, et ses yeux pâles brillaient comme ceux d'une bête blessée.

« J'ai ouï dire que Gardel refaisait le traitement d'une vieille blessure. Est-ce prudent de sortir dans cet état ? »

« Mais... j'ai appris l'arrivée d'un nouveau noble de la capitale... »

S'appuyant mollement au stand, Gardel força ces mots.

« Et j'ai entendu que ce noble voulait emmener à la capitale quelqu'un qu'il a pris en affection... -dono n'aurait-il pas reçu une telle proposition ? Vous ne songeriez tout de même pas à abandonner Genos... ? »

« Bi, bien sûr que non ! Vous avez quitté votre traitement pour une rumeur pareille ? »

« Je... je dois voir de mes propres yeux que vous vivez... »

Presque en délire, Gardel répéta ces mots.

Rau=Rey caressa son menton d'un « Hum » pensif.

« Gardel, hein. Rudo=Ruu m'a dit que tu t'étais singulièrement entiché d'. On dirait bien que cet attachement dépasse l'entendement. »

« Ce n'est pas le moment de causer tranquillement. Il va gêner le commerce. »

D'une vivacité démentant sa carrure, Jii=Maam contourna le stand par l'avant.

Gardel est grand, mais Jii=Maam le dépasse d'une bonne dizaine de centimètres. De ses bras gros comme des troncs, il soutint le corps sans force de Gardel.

« Tu es grièvement blessé. Négliger tes soins dans cet état met ta vie en danger. J'appelle les gardes ; en attendant, va te reposer à l'arrière. »

« Cependant... cependant, -dono... »

« n'abandonnera pas la Moribe. Allez, docilement — »

Jii=Maam s'interrompit pour pivoter vivement vers le nord de la route.

Rau=Rey braqua ses yeux dans la même direction. En suivant leur regard, je réprimai un soupir face à l'ironie du dieu occidental. Comme pour poursuivre Gardel, un groupe inconfondable s'approchait de nous.

« Hohoho ! Voilà donc le stand tenu par les gens de la Moribe ! Avec un toit pour salle à manger, c'est fort bien tenu ! »

Une voix anormalement aiguë résonna sur la route. Inutile de dire qu'il s'agissait du noble de la capitale, Ticatras.

De part et d'autre de lui se tenaient bien sûr Degion et Vikezzo. Tous deux portaient des manteaux de voyage par-dessus leurs tenues d'officiers — blanche pour l'un, noire pour l'autre — mais Ticatras arborait comme toujours son haori clinquant, attirant tous les regards.

« Ti, Ticatras... Vous avez enfin quitté la ville-château ? »

« Ah ! Quand je me suis réveillé, il était déjà cette heure ! Après trois jours et trois nuits à peindre, suivis du banquet, c'est bien naturel ! Allons, allons, laissez-moi goûter à nouveau à votre art, ! »

Avec l'arrivée de Ticatras et des siens après Gardel, les autres clients s'étaient totalement éclipsés.

Au milieu de ce vide, la voix basse et rauque de Gardel résonna avec une menace sourde.

« C'est... vous qui êtes le noble venu de la capitale... ? »

Degion et Vikezzo se placèrent instantanément en bouclier devant leur maître.

Gardel les fixait avec des yeux de bête mourante. Il était impossible de ne pas être sur le qui-vive.

« Attendez. C'est un blessé. Il n'a plus la force de vous nuire. »

Malgré les paroles de Jii=Maam qui le soutenait, Vikezzo avait déjà ses prunelles noires embrasées.

« Hommes et bêtes peuvent déployer une force insoupçonnée à l'article de la mort... Avez-vous l'intention de nuire à notre maître ? »

« Quelle absurdité. Rangez votre hostilité. Sinon, du sang coulera pour rien. »

Même à cette réplique, Vikezzo et Degion restèrent crispés.

Alors Rau=Rey posa la main sur mon épaule en murmurant « Hum ».

« . Je t'emprunte l'épaule un instant ; veille à ne pas tomber dans la marmite. »

« Heu ? Qu'est-ce que — wah ! »

S'appuyant sur mon épaule, Rau=Rey bondit, posa légèrement la main sur la charpente du toit du stand, et retomba sur la route côté rue.

Son saut par-dessus le stand arracha des exclamations à la foule. Insensible à l'agitation, Rau=Rey se planta entre le groupe de Ticatras et Gardel.

« Quelle tension meurtrière ! Faire du grabuge ici nuirait à ! Et vous n'avez aucune raison de vous battre ! »

« Oh ! Un autre beau chasseur ! La Moribe est vraiment un vivier de beaux hommes et de belles femmes ! »

Par-dessus l'épaule de Vikezzo, Ticatras lança cette réplique sans la moindre tension. Rau=Rey, qu'il toisait, ne semblait pas plus en colère que ça.

« Ce Gardel craint que vous n'emmeniez de force à la capitale ! Mais a déjà refusé votre proposition, non ? »

« Hein ? Je ne suis pas bien sûr de suivre... Certes, j'ai fait une proposition à , et l'a refusée ! Alors, quel est le problème ? »

« J'ai ouï dire qu'une fois une proposition refusée, vous ne persistez jamais. Cette parole est-elle sincère ? »

« Bien sûr ! Ce que je chéris par-dessus tout, c'est de vivre libre ! Moi qui tiens tant à ma liberté, je ne saurais menacer celle d'autrui ! »

Rau=Rey hocha la tête d'un « Hum » satisfait, puis se tourna vers Gardel.

« À mon avis, il ne ment pas. Alors dissipe tes doutes et range cette hostilité. Sinon, nous ne pourrons plus te couvrir. »

« C'est... ainsi... »

Gardel chancela ; Jii=Maam le rattrapa de ses bras d'acier.

Rau=Rey acquiesça une nouvelle fois, puis fit face à Vikezzo et Degion.

« Vous le voyez : il a perdu connaissance. Il ne représente plus aucune menace pour votre maître. Rangez donc votre hostilité, vous aussi. »

« ... Vous n'avez pas d'intentions hostiles envers nous, alors ? »

« A-t-on l'air de dégorger de l'intention de tuer ? »

À cette contre-question amusée, Degion retira le premier la main de la garde de son épée.

« Votre vitalité à tous est d'une intensité saisissante. Comme vous tenez vos sabres prêts à être dégainés à tout instant, il n'est pas étonnant que nous y ayons vu de l'intention de tuer. »

« C'est que nous sommes en plein travail de garde. Mais nous n'avons pas l'intention de laisser suinter la moindre hostilité. »

Et Rau=Rey d'esquisser un large sourire aux dents blanches.

Sur ces entrefaites, des gardes accoururent au pas de course. En tête, un homme mûr dont le heaume portait un panache plus imposant que celui du chef d'escouade Mars.

« C'est bien le duc Ticatras de la maison Darm ? Y a-t-il eu quelque manquement ? »

« Non, non ! Je suis simplement venu goûter à la cuisine des stands ! Inutile de vous inquiéter, reprenez votre service ! »

« C, c'est bien cela. Faut-il tout de même assurer votre protection ? »

« Le marquis de Genos n'a-t-il pas fait savoir que toute prévenance de ce genre était superflue ? Je veux profiter librement de l'animation de la ville-relais ; je vous prie de nous laisser tranquilles ! »

« Ex, excusez-nous ! » Le chef des gardes salua au garde-à-vous.

Derrière lui, les gardes s'alignèrent. Jii=Maam leur présenta Gardel.

« Je vous confie celui-ci. Lors de l'affaire des sauterelles, vous l'aviez déjà pris en charge, non ? »

« S, sauterelles ? Qui est-ce ? »

« Il se nomme Gardel, citoyen de la ville-château, mais j'ai ouï dire qu'il fut garde de la milice de protection. Ce serait donc l'un des vôtres. »

Impressionnés par la stature et l'allure majestueuse de Jii=Maam, les gardes acceptèrent de prendre Gardel en charge.

Une fois le groupe parti, Ticatras balaya l'assistance d'un sourire radieux.

« Pardon pour le désagrément ! Vous êtes venus goûter à la cuisine de la Moribe ? Profitez-en à votre aise ! Moi aussi, je vais m'en donner à cœur joie ! »

Les badauds restaient plantés là, perplexes.

Mais Ticatras, comme si de rien n'était, se tourna vers moi.

« Alors, vite, vendons-moi à manger ! Mais avec tous ces stands, je ne sais où donner de la tête ! Tous sont-ils tenus par des gens de la Moribe ? »

« Oui. Seul le stand d'à côté appartient à l'auberge où je loge. »

Reby et Larz clignaient des yeux devant l'apparence délurée de Ticatras. Ce dernier, lisant l'enseigne de leur stand, pencha la tête d'un « Hum ? » en se grattant la pointe de son nez en bec.

« "Kimusu no Shippo-tei" (Queue de Kimusu)... Ce nom me dit quelque chose. Où l'ai-je déjà entendu ? »

« C'est l'auberge qui a reçu une médaille lors de la dégustation du prince Darukamas, si je ne m'abuse. »

À la réponse de Degion, Ticatras s'illumina.

« C'est ça ! C'est ça ! Et c'est l'auberge qui a raflé la première place dans la catégorie ville-relais ! Toi ! J'en veux un plat aussi ! »

« Hein. La portion normale coûte une pièce de cuivre rouge et demie, la grande le double. Ce sera quoi ? »

Comme on peut s'y attendre de son expérience, Larz répondit avec un sourire commercial.

Ticatras gémit « Huuum ! » en promenant son regard sur la file de stands.

« Avec autant de choix, mieux vaut commencer par des portions normales pour tester ! Si c'est délicieux, je n'ai qu'à en racheter ! Toi ! Une portion normale, s'il te plaît ! »

« Entendu. Un instant. »

« ! Le tien aussi, une portion ! Je vais prendre une portion normale de chaque plat pour commencer ! »

« C, compris. Comme il suffit de dresser dans les bols, je peux vous les tendre en même temps que les ramen de la "Queue de Kimusu", si vous voulez ? »

De toute façon, les autres clients avaient fui devant Ticatras et sa suite. Qu'il s'en rende compte ou non, il me remercia innocemment : « Merci pour la prévenance ! »

« Ah, mais il y a huit stands en tout ! Si j'en achète un de chaque, nous trois arriverons-nous à tout manger ? »

« Ah, oui. Un homme adulte en achète généralement trois. »

« Quoi ! C'est gagné d'avance alors ! Moi seul, Degion et Vikezzo pouvons manger le double d'un homme normal si c'est bon ! Après avoir tout goûté, nous rachèterons nos préférés ! »

L'agitation d'il y a peu semblait s'être évaporée de son esprit. Rau=Rey et Jii=Maam, revenus derrière le stand, observaient le manège de Ticatras avec une stupeur non feinte.

« Ah, comme le cœur me bat ! Je suis venu jusqu'à Genos, pourtant j'ai passé tout mon temps enfermé entre les murs de pierre ! Bon, j'étais occupé à la noble tâche de peindre toute la beauté d', c'était inévitable ! Mais le vrai plaisir du voyage, c'est dehors, au-delà des murs, qu'il se trouve ! »

« C, c'est vrai... Mais votre qualité de noble, ne vaudrait-il pas mieux la cacher pour votre sécurité ? »

« C'est parce qu'on la cache qu'on attire l'attention ! Dans quelques jours, tout le monde se dira : "Ah, encore un noble excentrique qui fait du bruit", et plus personne ne s'en souciera ! »

Je ne pouvais adhérer si légèrement, mais Ticatras doit agir ainsi partout où il va. La preuve : dès que l'incident Gardel fut clos, Vikezzo et Degion avaient retrouvé leur calme habituel.

Pendant ce temps, les passants nous épiaient de loin, le cou tendu. Pourtant, quelques clients hardis du Sud ou de l'Est venaient encore acheter. Seuls mon stand et ses deux voisins immédiats restaient désertés.

« Je compte profiter de l'animation de la ville-relais jusqu'au coucher du soleil ! Ce soir, je logerai à la "Grande Arbre du Sud" ! »

« Heu ? Vous passez la nuit dans une auberge de la ville-relais ? »

« Oui ! J'y ai laissé attendre les marchands de miso ! Ah, les faire poireauter si longtemps, quel déshonneur ! Mais tout est la faute de la beauté d', ils n'auront qu'à s'en accommoder ! »

Dels et Wazz venaient juste de finir leur repas et de partir. Eux qui avaient reçu l'ordre de rester sur place de la part du noble lui-même, quel choc les attendrait de le voir débarquer à leur auberge ! Je ne pouvais que prier pour leur quiétude.

« Cependant, tout à l'heure, ce personnage m'a surpris ! C'est un intime d', n'est-ce pas ? Je n'ai aucune intention d'emporter de force, alors transmettez-lui qu'il peut dormir tranquille ! Je n'ai nul désir de me quereller avec qui que ce soit à Genos, je compte sur votre bienveillance ! »

« Je, je l'ai noté. ... Ah, les ramen sont presque prêts. Yamil=Rey, je compte sur vous pour l'autre stand. »

De l'autre côté du stand de Reby, Yamil=Rey tenait la vente du giba-curry. Elle haussa les épaules en versant le curry dans un bol de bois — et Ticatras, penché par-dessus le comptoir, poussa un cri perçant.

« Quelle femme d'une beauté saisissante ! Toi ! Deviens mon serviteur — non, ma concubine — non, non, finalement, mon serviteur ! »

« Dans les deux cas, je refuse. »

Yamil=Rey répondit froidement, et Ticatras se prit la tête en gémissant « Oh ».

« La Moribe recèle de telles beautés ! Si je n'avais pas rencontré , je t'aurais sans hésiter demandée en concubinage ! Tu as la beauté d'une mue de serpent tout frais ! »

Yamil=Rey tressaillit imperceptiblement, mais son masque de glace ne se fêla pas.

Rau=Rey, lui, avait les yeux d'un chien de chasse qui a flairé sa proie — heureusement, Ticatras y mit un terme.

« Cela me donne encore plus envie de rendre visite à votre village ! Mais d'abord, place au festin ! À plus tard, alors ! »

Il fit porter les trois bols par ses serviteurs et s'enfonça vers les stands plus loin. Dans son dos, Rau=Rey grogna « Hmpf » en froncant le nez.

« a dit qu'il ressemblait à l'artiste itinérant Niya, et c'est exactement ça ! Heureusement qu'il était hors de portée de mon poing ! »

« Frapper un noble de la capitale ferait un scandale. Voulez-vous mettre en péril l'avenir de la Moribe et de Genos pour une sottise pareille ? »

« C'est pour ça que je me suis retenu ! C'est parce que Yamil et sont trop belles qu'elles attirent ce genre de racaille ! »

Tandis que Rau=Rey bougonnait, Larz lança une remarque teintée d'amusement.

« C'est vrai qu'il a l'air passablement dingue. Mais moi, je suis un peu rassuré. »

« Rassuré ? Par quoi ? »

« Il s'inquiétait de pouvoir tout manger, ce noble. Pour des gens de son rang, le prix des stands est dérisoire... L'idée de "s'il en reste, on jette" ne l'a pas effleuré une seconde, on dirait. »

« En effet » acquiesça Reby avec un sourire ironique.

« À la dégustation de la ville-château, on avait prévu des jarres pour jeter ce qu'on ne pouvait pas finir. C'était pas joli-joli à voir. »

« C'est l'étiquette des nobles, sans doute... Mais celui-ci, on dirait qu'il connaît les usages du bas peuple et qu'il s'y conforme exprès. »

« ... Oui. Du moins, ce n'est pas quelqu'un qui traite la nourriture avec mépris. »

Quand j'eus dit cela, Rau=Rey renifla, insatisfait : « Hmpf ! »

« Ne rien laisser dans son assiette, c'est la base ! Ça ne fait pas de lui un homme bien pour autant ! Je vais aller voir comment ils se comportent à la salle en plein air ; Jii=Maam, je te laisse la boutique ! »

Avant que je ne puisse l'arrêter, Rau=Rey filait vers la salle en plein air.

Car — Ticatras et sa suite, après avoir fait le tour des stands, s'étaient installés là. Ce fait, à lui seul, me sidéra.

(Mince. Je devrais aller voir moi aussi ?)

Mais les clients affluaient maintenant que Ticatras était parti, me harcelant de questions sur son identité. Je ne pus quitter le stand.

Tandis que je rongeais mon frein, un quart d'heure s'écoula — nos plats allaient être écoulés quand Ticatras et les siens revinrent vers nous.

« ! Ton plat aussi était délicieux ! Une autre portion, s'il te plaît ! Et pour les ramen, une grande portion de plus ! À trois sur une portion normale, on n'a eu qu'une bouchée chacun ! »

« C, compris. ... Euh, Rau=Rey, tout s'est bien passé ? »

« Rau=Rey ? Ah, ce jeune homme aux beaux cheveux de la couleur de ceux d' ! Ah ! C'est un gaillard amusant ! J'aimerais bien trinquer avec lui au prochain banquet ! »

Mon inquiétude était vaine. Deux tempéraments aussi excentriques avaient fini par s'accorder. À côté, Yamil=Rey étouffait un soupir.

« Dès qu'on met le pied dans la ville-relais, c'est cette joie ! Genos est vraiment une terre attachante ! Comptez sur moi pour que notre bonne entente dure, ! »

Et Ticatras, insensible à notre épuisement, continuait de semer son innocence autour de lui.

Ainsi fûmes-nous contraints d'accueillir à nouveau cet homme hors du commun.

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