La réunion du jour se tint également dans la salle de conférence de la ville-château.
Notre délégation comptait les six habituels, tandis que la leur était composée du marquis Marstein de Genos, du médiateur Melfried, de son adjoint Poras, et du diplomate Fermès.
Il n'était pas rare que Marstein participe à ce genre de réunion lorsqu'un dossier important était sur la table.
Et ces temps-ci, Fermès y assistait à chaque fois. Son rôle consistant à rendre compte de la situation intérieure de Genos à la capitale, cela relevait sans doute de ses fonctions.
Toutefois, ce jour-là, avant d'entamer la réunion, Fermès prit la parole pour une salutation.
« Aujourd'hui, je ne suis pas un diplomate de la capitale, mais simplement un homme qui s'inquiète de l'avenir du royaume. Je jure donc de ne pas consigner le contenu de cette réunion dans un rapport. Je vous prie d'échanger vos propos sans la moindre réserve. »
Après ces mots, Fermès afficha un sourire élégant.
« Qui plus est, agir de la sorte ne relève rien moins que d'un manquement à mon devoir envers la capitale. Si cela venait aux oreilles de Sa Majesté le roi, je serais coupable d'un grand crime. Pourriez-vous me promettre de ne jamais divulguer ce qui sera dit ici hors de la Moribe ? »
« Tu y vas fort, comme d'habitude. Tout ça, c'est encore pour ne pas froisser les oreilles du roi qui déteste la magie, non ? »
Quand Donda=Ruu lui répondit ainsi, Fermès acquiesça d'un « oui » avec la même élégance.
« Sa Majesté ne tolérerait jamais que Genos gouverne en s'appuyant sur l'astrologie. Il faut donc à tout prix le cacher. (…) Vraiment, il faut remercier le dieu occidental que le conseiller Augu ne soit pas présent. »
« Entendu. Quoi qu'il en soit, nous brûlons de rentrer au village au plus vite pour accomplir notre travail d'extermination des sauterelles. Nous voudrions commencer la réunion sans tarder. »
« Hum. Nous avons imposé une lourde charge aux gens de la Moribe. La récompense sera à la hauteur, je vous prie donc de sauver la forêt de Morga de la menace des sauterelles. »
Marstein arbora lui aussi son sourire décontracté coutumier en disant cela.
« Vous l'aurez deviné, nous avons pu prévoir l'arrivée du fléau grâce à l'hôte de l'Est, Arishna. Mais nous ne pouvions pas agir ouvertement, et comme la nature exacte du fléau n'avait pas été révélée, nous nous étions préparés à toute éventualité sous le prétexte d'un exercice de la garde. Fermès en a d'ailleurs été informé par votre serviteur, n'est-ce pas ? »
« Hum. Je ne savais pas si cela se faisait avec l'aval du marquis Marstein et de Melfried. »
« C'est même nous qui avons demandé à Fermès de transmettre la consigne aux gens de la Moribe. Nous ne pensions pas que nos émissaires divulgueraient le secret, mais... moins il y a de gens au courant, mieux c'est. »
« Je vois. C'est un procédé passablement détourné, mais comparé à l'émissaire de ce matin, c'est encore relativement franc. »
« Hum. Au sujet de la consigne que nous avions fait transmettre par l'émissaire de ce matin, à savoir de ne pas fermer le stand... Arishna nous avait assurés que le fléau ne porterait pas directement atteinte à la vie des gens. Sinon, quelque déplaisir que cela cause au prince Dakarumas, nous n'aurions pas ordonné de maintenir le stand ouvert. Croyez bien que nous ne portons aucun mépris aux gens de la Moribe. »
C'est sur ces mots que Marstein se redressa et enchaîna.
« Entrons dans le vif du sujet. D'abord, concernant les sauterelles... la situation est celle que l'émissaire vous a décrite hier. Pour ma part, je n'avais jamais entendu parler d'une telle créature, mais Fermès nous a apporté un éclairage précieux. »
« Oui. Les sauterelles sont une sous-espèce d'un insecte appelé kuan, qui vit au Jagar. Ce kuan est normalement inoffensif, mais lorsque plusieurs conditions se réunissent, il pullule ou gémit, ravageant les champs. Toutefois, je n'ai jamais entendu parler d'un cas où pullulation et gigantisme se produiraient simultanément. C'est bien la preuve qu'il s'agit de sorcellerie de la secte du dieu maléfique. Ils ont artificiellement réuni des conditions complexes et à grande échelle pour transformer les kuans en telles armes. »
« Des armes... En effet, elles sont aussi dangereuses que des soldats armés de sabres. »
Quand Graf=Zaza répondit d'une voix grave, Fermès se tourna vers lui en acquiesçant.
« Ces sauterelles sont des armes, et c'est bel et bien une guerre. Viser le ravitaillement ennemi est un grand classique de la stratégie. Nous devons remporter cette guerre coûte que coûte. »
« L'extermination de ces insectes, nous la prenons à notre compte. Cela prendra du temps pour tous les éradiquer, mais nous y parviendrons. »
« Seuls les chasseurs de la Moribe peuvent accomplir ce travail dans la forêt de Morga où vivent les giba. Au sud du Dalaim, c'est la milice civile qui s'en charge, mais... elle a fort à faire, à ce qu'il semble. »
« Quelle est la situation dans les villages du sud du Dalaim ? »
À la question de Dari=Sauti, Melfried répondit d'un air sévère.
« Dans le village le plus au sud, nous avions déployé un important dispositif de protection... mais face à l'assaut de plusieurs milliers, voire dizaines de milliers de sauterelles, il n'y a rien eu à faire. Les gardes ont abattu les sauterelles les unes après les autres, mais avant d'en venir à bout, toutes les cultures des champs ont été dévorées jusqu'à la dernière, selon le rapport. »
« Toutes les cultures... Et les villageois ? Ils vivaient de la vente de ces récoltes, non ? »
« Oui. Feuilles et plants ont été rasés, il n'y aura pas de récolte avant plusieurs mois. En attendant, nous préparons l'aide pour que les villageois ne meurent pas de faim. »
Dari=Sauti serra les lèvres, visiblement en train de retenir sa colère.
Melfried, lui aussi, cachait toute émotion tout en le regardant.
« Et il faudra leur permettre de remettre les champs en état au plus vite... mais avant cela, il faut déjà réparer les maisons. »
« Réparer les maisons ? Ces insectes ne peuvent pas manger les murs, si ? »
« Dans les villages du Dalaim, les toits sont presque tous en chaume. Ceux qui ont vu leur toit dévoré ont dû passer la nuit sans pouvoir se protéger de la rosée. »
Dari=Sauti garda le silence, les poings serrés.
« Les gens du sud du Dalaim doivent être dans le désarroi le plus total. S'ils subissent une nouvelle attaque de sauterelles ou de giba dans un tel état, leur moral risque de s'effondrer. Nous comptons assurer une protection suffisante par la milice civile, mais face à des giba, ce sera insuffisant. Une fois l'extermination des sauterelles en bonne voie, nous voudrions demander aux chasseurs de la Moribe de poser des pièges et de proposer des contre-mesures. »
« Entendu. Nous ferons tout pour que les giba ne descendent pas vers les habitations. »
La voix de Dari=Sauti tremblait légèrement de colère.
Ce fut ensuite Poras qui prit la parole, le visage inhabituellement grave.
« Le Dalaim a encore une certaine marge avant que les dégâts alimentaires ne se fassent sentir, mais nous ne pouvons pas rester les bras croisés. Nous organisons l'achat de denrées auprès des territoires proches et moyens. Cela coûtera plus cher que l'autosuffisance du Dalaim, donc les habitants de Genos devront dépenser plus de pièces de cuivre qu'auparavant... mais c'est encore préférable à la faim. Si l'affaire des sauterelles se règle en trois jours, Genos ne devrait pas connaître de pénurie alimentaire. »
« En d'autres termes, si les sauterelles ne sont pas éradiquées en trois jours, la faim nous attend ? »
« Non. Tant que les dégâts aux champs cessent en trois jours, il n'y a pas de problème. Mais si ce sont les giba qui ravagent les champs, c'est la même chose... d'où notre dépendance accrue envers vous, gens de la Moribe. »
« Même si nous exterminons jusqu'à la dernière sauterelle, cela ne sert à rien si des giba affamés descendent vers les villages. Il va falloir bien choisir où envoyer les chasseurs. »
Quand Graf=Zaza marmonna cela, Marstein demanda : « Choisir où envoyer les chasseurs ? »
« Les sauterelles ne sont apparues que jusqu'au centre du village de la Moribe. Les chasseurs du nord partiront donc rapidement vers le terrain de chasse de Sauti. Même s'ils finissent l'extermination là-bas, ne devraient-ils pas rester sur place pour chasser les giba ? »
« Hum. Vous dites qu'il faut abandonner le terrain de chasse du nord pour chasser les giba sur celui de Sauti ? »
« Oui. À l'ouest du terrain de chasse du nord, il n'y a pas d'habitations. Les giba qui auront tout mangé ici iront vers le sud dans la forêt. Si nous tenons la ligne du centre, où se trouve la maison Fa, jusqu'à l'extrémité sud où est la maison Sauti, les giba affamés ne descendront pas vers les villages. »
« Je vois. » C'est Fermès qui le dit.
« Mais laisser son propre terrain de chasse devenir le garde-manger des giba doit être une pilule amère à avaler. »
Graf=Zaza le fixa avec des yeux comme du feu noir.
« Ce genre de chose, on n'a pas besoin qu'un étranger nous le dise. Ou bien faut-il sacrifier les champs du Dalaim pour sauver la fierté des Zaza ? »
« Mais non, voyons. Puisque protéger Genos est le vœu le plus cher des gens de la Moribe. Je suis impressionné par Graf=Zaza qui place la fierté de son clan au-dessus de celle de sa maison. »
Les paroles de Fermès étaient sincères, pourtant Graf=Zaza grogna de contrariété.
À cet instant, une dispute éclata hors de la porte.
« Pardon de déranger pendant la réunion ! Marquis de Genos, je souhaite moi aussi assister à cette réunion ! »
Avec une voix plus tonitruante que d'habitude, le prince Dakarumas fit irruption dans la pièce.
Il était entouré de soldats du Jagar, eux-mêmes cernés par les gardes de Genos. Ces derniers ne pouvaient pas lever la main sur un prince étranger. Le chef des gardes, reconnaissable à son casque à plumet, regardait le marquis Marstein avec un air désemparé.
« Voilà, voilà, le prince Dakarumas... Quelle est la raison de ce tumulte ? »
En apparence imperturbable, Marstein répondit ainsi.
De son côté, le prince Dakarumas avait le visage écarlate, les veines des tempes saillantes. C'était la première fois que je le voyais dans un tel état de fureur.
« Je vous dis que je veux assister à la réunion ! Ces sauterelles viennent du Jagar, il y va de ma responsabilité en tant que prince ! »
« Non, le prince Dakarumas n'a aucune responsabilité là-dedans... »
« Et puis, s'il s'agit de la secte du dieu maléfique, la nationalité n'a plus d'importance ! La secte est l'ennemie de tous les royaumes ! Tous les royaumes doivent unir leurs forces pour l'éradiquer ! »
Même Marstein en perdit son flegme.
Le fait que ce désastre soit l'œuvre de la secte du dieu maléfique avait été communiqué secrètement aux gens de la Moribe, mais n'était pas encore public dans la ville-château.
« Marquis de Genos ! Pas besoin de manigances avec moi ! Vous le savez, nous faisons de l'honnêteté une vertu ! En l'occurrence, je veux repousser ce fléau grâce à cette vertu ! »
« Heu... Que veut dire le prince Dakarumas par... »
« La catastrophe a été prévue par l'astrologue Arishna, n'est-ce pas ? Et j'ai déjà entendu dire que la secte du dieu maléfique se cache derrière ! Alors, ce n'est pas le moment de se soucier des apparences ! »
Le prince Dakarumas avançait vers les sièges de Marstein et des siens en débitant cela d'une voix de tonnerre. Sur son passage, les soldats du sud se rangeaient le long du mur, ne laissant que deux hommes de chaque côté du prince. L'un d'eux était le chef guerrier Forta.
« Marquis de Genos ! Vous cachez la prédiction d'Arishna pour ne pas froisser mes oreilles et celles de Fermès, n'est-ce pas ? Alors cette considération est inutile ! Fermès ! En tant que diplomate de la capitale occidentale, je vous prie de rapporter fidèlement mes paroles ! »
« Et quelles seraient ces paroles, exactement ? »
Fermès seul conservait son sourire élégant.
Sous le regard féroce du prince, Fermès continua :
« Si l'astrologue Arishna peut contrer la secte du dieu maléfique par son art, il faut l'utiliser au maximum pour repousser ce fléau ! En tant que sujets du royaume, rien n'est plus important que l'éradication de la secte ! »
« Je vois. Mais les gens du Sud ne vouent-ils pas à l'astrologie une aversion comparable à celle de votre roi ? »
« Si vous voulez jouer sur ce terrain, moi je rejette toutes les armes ! Je déteste par-dessus tout blesser autrui par la violence ! Mais pour se protéger et maîtriser des malfaiteurs, les armes et les épéistes sont nécessaires, non ? De même, l'art maudit de l'astrologie doit être utilisé au maximum pour terrasser le mal ! »
Le prince Dakarumas semblait saisi d'une passion démesurée.
Pour ne parler que de l'intensité, elle n'avait rien à envier aux chasseurs de la Moribe. Au sens où c'est une intensité sans force physique... pardonnez-moi, elle rappelait même celle d'.
« J'ai entendu dire que le roi Kairos de rejette la magie ! C'est pour cela que le marquis de Genos ne peut pas s'appuyer sur l'astrologie ! Mais cette fois, il faut jeter ces petites inquiétudes aux orties ! Il s'agit de la secte du dieu maléfique ! »
« Mais si le marquis de Genos gouverne en suivant les oracles de l'astrologie, il encourra la colère de Sa Majesté Kairos. »
« C'est pourquoi cette inquiétude est inutile ! C'est moi, le prince Dakarumas, qui m'appuierai sur les résultats de l'astrologie, pas le marquis de Genos ! »
Ainsi parla-t-il en plantant son regard dans celui de Marstein.
« Marquis de Genos ! Vous n'avez pas oublié ma demande de laisser ma fille Delshéa séjourner à Genos, n'est-ce pas ? »
« Euh, bien sûr. Je m'en souviens. »
« Alors, je vous demande de faire tout votre possible pour éradiquer la secte ! Sinon, je ne pourrai pas vous confier ma chère Delshéa ! »
Le prince frappa la table de sa large paume.
« Qui plus est, j'ai appris qu'Arishna a localisé le QG de la secte ! Au nom du sixième prince du Jagar, Dakarumas, je vous supplie formellement d'envoyer des troupes sur la base de ses paroles ! »
Cette fois, ce fut notre tour d'être stupéfaits.
C'est le chef de la famille Beimu, complètement bouleversé, qui donna de la voix.
« H-hey, attendez. La base de la secte, localisée par l'astrologie ? »
« Exact ! La sorcellerie de la secte perturbe fortement les cartes astrales ! Et comme ils ont déclenché un sort d'une ampleur inédite, même son origine est devenue visible pour Arishna ! Si nous envoyons les troupes selon ses indications, nous pourrons anéantir la secte ! »
Le prince frappa encore la table, le visage déformé par la rage.
« Laisser passer une telle情報 est impardonnable ! Marquis de Genos, prenez la décision d'envoyer les troupes ! Si vous refusez cette supplique, attendez-vous à une fracture majeure dans les relations entre l'Ouest et le Sud ! »
« (...) Vous voulez que je transmette cela à Sa Majesté Kairos ? »
Quand Fermès demanda d'une voix calme, le prince répondit : « Précisément ! »
« Le marquis de Genos ne mue pas par sa propre volonté, mais sous la contrainte de ma supplique menaçante ! Ainsi, le marquis ne sera pas blâmé par Sa Majesté Kairos, n'est-ce pas ? »
« Bien sûr. Ce serait le plus grand péché que le marquis refuse ma supplique et crée une fracture entre le Sud et l'Ouest. »
« Bien ! Le marquis n'a pas d'objection, n'est-ce pas ? »
Marstein réfléchit un bref instant, puis acquiesça d'un « oui ».
« Je ne peux pas refuser la supplique du prince Dakarumas du Jagar... Je vous exprime ma profonde gratitude pour votre magnanimité. »
« Ahahaha ! Se faire remercier après une supplique menaçante, c'est aussi une situation assez cocasse ! »
D'un éclat de rire qui n'avait rien à envier à mon père Dan, le prince Dakarumas lança cela.
En substance, le prince Dakarumas assumait à la place du marquis la responsabilité de s'appuyer sur l'astrologie.
Sa fureur provenait sans doute de sa haine pour la secte. J'ai su plus tard que le prince la haïssait par-dessus tout pour avoir osé lever la main sur le royaume. S'y ajoutait la colère d'un gastronome voyant ses précieux ingrédients dévorés, d'où cette explosion.
« Alors, préparez immédiatement le départ ! Le chef guerrier Forta vous accompagnera avec cent soldats ! Je lui remets mon ordre de mission, il pourra faire mouvement vers n'importe quel territoire du Jagar ! La base de la secte se trouverait sur le territoire du Jagar, apparemment ! »
« Le prince Dakarumas connaît tous les détails de l'astrologie. Pardonnez mon impertinence, mais nous pensions le secret bien gardé... je suis sincèrement surpris. »
« Ahahaha ! Pour recueillir les ragots culinaires, je m'entoure de gens aux yeux, au nez et aux oreilles perçants ! (...) Donc, je suis aussi au courant de la dernière prophétie ! »
En disant cela, le prince Dakarumas balaya notre groupe du regard.
Il arborait déjà un large sourire, mais c'était ce même sourire courageux qui rappelait mon père Dan.
« Pour terrasser le dragon noir, il faut emmener trente-six grands chasseurs-lions... Arishna a interprété cet oracle comme désignant les chasseurs de la Moribe ! Le lion symbolise le royaume occidental, mais à Genos, "chasseurs" ne peut désigner que vous ! Dari=Sauti, Donda=Ruu, et vous là-bas... le dernier des trois chefs de clan, père de Geol=Zaza, je suppose ? En tant que sujets de Genos, je compte sur votre dévouement ! »
« Cela signifie-t-il que nous devons aussi participer à la討伐 de la secte ? »
« Exactement ! Bien sûr, vous avez aussi la mission cruciale d'exterminer les sauterelles ! Conformément à l'oracle d'Arishna, je souhaite demander à trente-six d'entre vous de m'accompagner ! »
***
« ... Par la suite, la discussion porta sur l'envoi des troupes. »
Dans la salle du dîner de la famille principale des Ruu, quand Gazlan=Rutim eut fini son long récit, beaucoup poussèrent un soupir d'étonnement.
« C'est une bonne chose qu'on n'ait plus à cacher l'astrologie, mais si les hommes de la Moribe sont embarqués... c'est rudement... embêtant, tout ça. »
Quand Mia=Rei=Ruu le dit avec émotion, Gazlan=Rutim sourit pour l'apaiser.
« À l'origine, le marquis Marstein comptait n'envoyer les troupes qu'en gardant le secret sur l'astrologie. Il a convoqué les trois chefs de clan pour leur emprunter la force de trente-six chasseurs. »
« Ah, c'était ça ? Alors au final, le sort des hommes de la Moribe n'a pas changé depuis le début. »
« Oui. Mais grâce à la coopération du prince Dakarumas, le corps de visite pourra accomplir sa mission plus rapidement. »
Gazlan=Rutim enchaîna, mais le visage de Mia=Rei=Ruu ne s'éclaircissait pas.
Alors, Donda=Ruu, qui écoutait en silence, grogna : « Humpf. »
« On s'est fait saccager la forêt mère, on a les tripes qui bouillent. Celui qui aura pour mission d'écraser la secte, quel qu'il soit, sautera de joie. »
« C'est pour ça qu'une directive a circulé pour qu'un chasseur par clan soit désigné. »
le dit le visage tendu. Elle travaillait au terrain de chasse de Dai et avait appris le contenu du réseau de contact qui avait circulé chez les femmes dans la journée.
« C'est pour ça que la maison Fa ne peut pas fournir de chasseur, et j'en suis désolée. »
« Humpf. Si tu veux te porter volontaire à la place d'un autre clan, moi ça ne me dérange pas. »
« Non, ce n'est pas... » fronça les sourcils, peinée.
Gazlan=Rutim intervint alors d'un doux sourire pour la rassurer.
« On nous a demandé de fournir trente-six chasseurs. La Moribe compte trente-sept clans, donc en excluant la maison Fa qui n'a qu'un chasseur, le compte y est. La maison Fa, qui ne peut pas fournir de chasseur, devra redoubler d'efforts pour l'extermination des sauterelles. »
« Hum. C'était mon intention de toute façon. »
acquiesça gravement, puis jeta un rapide coup d'œil de mon côté.
Je lui rendis son regard avec un sourire de toutes mes forces.
Puisque le QG de la secte est au Jagar, ce sera une expédition de plusieurs jours. Aussi terrible que cela soit, j'étais sincèrement soulagé qu' n'ait pas été choisie.
(En plus, affronter la secte du dieu maléfique... Ceux qui doivent envoyer leur famille au front sont tous inquiets à mourir.)
C'est sûrement pour ça que Donda=Ruu et les autres ont pensé que ce fardeau devait être partagé par tous les clans. Qu' se sente coupable d'en être exclue était tout naturel.
« Donc, c'est Digdo=Ruu qui part pour la maison Ruu ? »
En fourrant une bouchée de salade de tchatcu, Rudo=Ruu lança cela.
« Quand t'es rentré de la forêt, ton père a mis Shin=Ruu et Digdo=Ruu côte à côte pour leur parler. Pourquoi pas Shin=Ruu, mais Digdo=Ruu ? »
« C'est Digdo=Ruu qui s'est porté volontaire. Il a dit qu'il avait déjà un enfant, qu'honnêtement il n'avait guère d'intérêt pour les gens de la ville, qu'il était un homme à l'ancienne. Que Shin=Ruu avait plus de raisons de vivre longtemps, qu'il a claironné. »
Cela voulait dire que Digdo=Ruu avait fait son deuil de la vie.
Lara=Ruu mordait sa lèvre, l'air souffrant. La joie de voir Shin=Ruu épargné se transformait en culpabilité. Moi non plus, je ne ressentais pas autre chose.
« J'ai dit à tous les clans d'envoyer leurs meilleurs chasseurs. Dans une telle situation, aucun clan n'enverra un apprenti ou un vieillard. Au contraire, c'est plutôt les gens en position de responsabilité qui risquent de s'avancer par fougue qu'il faut surveiller. »
Quand Donda=Ruu trancha ainsi, Gazlan=Rutim, qui buvait son potage à la crème, releva la tête.
« Donda=Ruu, à ce sujet, j'ai une demande... Pourrais-je être autorisé à joindre ce groupe ? »
Ce fut moi qui fus le plus surpris de tous.
« G-Gazlan=Rutm part en campagne ? Le chef de la famille principale quitter la Moribe, c'est difficile à imaginer... »
« Oui. Mais si nous accompagnons les soldats de Genos et du Jagar, il me semble nécessaire qu'un homme habitué aux gens de la ville fasse partie du groupe. Et puis... je porte aussi le souhait de voir de mes propres yeux l'existence de la secte du dieu maléfique. »
D'un visage parfaitement calme, Gazlan=Rutim soutenait un regard d'une force remarquable.
Donda=Ruu le dévisagea un instant, puis grogna à nouveau : « Humpf. »
« Tu es le chef de la famille principale, et tu n'as encore qu'un seul gosse. Parce que tu tergiverses sans fin pour le mariage. »
« Certes. Je n'ai pas tergiversé par plaisir... »
« En tant que chef de la famille principale, tu as le devoir de faire plus d'enfants que quiconque. Pour l'accomplir, on ne te permettra pas de rendre l'âme à ton jeune âge. »
Gazlan=Rutim acquiesça d'un « oui », le visage à la fois ferme et limpide.
« Je ferai tout pour revenir vivant. Moi non plus, je n'ai pas l'intention de rendre l'âme en laissant le petit Zédias et ma chère épouse. »
La détermination de Gazlan=Rutim était inébranlable.
Dans ce cas, je n'avais rien à dire. Tandis que je faisais mine de rien, Gazlan=Rutim adoucit son regard d'aigle pour me le tourner.
« , s'il vous plaît, restez serein. Nous éradiquerons la secte et ramènerons la paix à Genos. Même loin de la forêt mère, nos âmes sont avec nos frères. »