Au cœur de la ville-château de Genos se déroulait un banquet de louanges ―― et Sphyla=Zaza, autorisée à y prendre part, sentait son cœur battre plus fort que quiconque.
C'était une cérémonie pour bénir Asta et Tour=Din, qui avaient obtenu d'excellents résultats lors d'une séance de dégustation, et il était ridicule qu'une simple participante comme Sphyla=Zaza en arrive à troubler son esprit à ce point. Pourtant, pour elle, cela exigeait une résolution comparable à celle de s'aventurer dans la forêt après le zénith.
(Ça va…… je vais bien. Cela fait plus d'un an que j'ai réussi à apaiser mes sentiments……)
La raison pour laquelle Sphyla=Zaza était si bouleversée était bien sûr qu'elle allait devoir faire face à Reylis.
L'année dernière, lors du mois écarlate ―― Sphyla=Zaza avait dû avouer ses sentiments à sa famille. Le fait impardonnable qu'elle ait conçu une passion pour Reylis, un noble de la ville-château qu'elle avait croisé deux fois lors de précédents banquets.
C'est de là qu'était né l'affrontement à l'épée entre son frère cadet, Geol=Zaza, et Reylis, dans la Moribe. Si la force de Reylis était une des causes du trouble de Sphyla=Zaza, Geol=Zaza avait eu l'idée insensée de la briser au moins sur ce point.
Mais paradoxalement, ce fut cet événement qui sauva le cœur de Sphyla=Zaza.
Pas parce que Reylis avait perdu le duel. Mais parce qu'après le combat, elle avait obtenu la permission d'échanger quelques mots avec lui ―― et seulement alors parvint-elle à se résoudre à renoncer à ses sentiments.
Elle ne pouvait pas abandonner la mère forêt pour entrer dans la ville-château par mariage.
Reylis non plus ne pouvait pas quitter sa maison de la ville-château pour entrer dans la Moribe comme gendre.
C'est pourquoi, tout en s'attirant mutuellement, ils devaient vivre pour quelque chose de plus important encore ―― tel fut le serment que scellèrent Sphyla=Zaza et Reylis.
Mais bien sûr, cela ne libéra pas Sphyla=Zaza de toute souffrance.
Non, la douleur s'en trouva peut-être même accrue. Car Sphyla=Zaza apprit l'incroyable fait que Reylis, lui aussi, avait conçu une passion pour elle. Pourtant, devoir étouffer ses sentiments d'admiration ―― c'était peu s'en faut une torture.
De plus, quelque fût la discrétion avec laquelle Sphyla=Zaza vivait dans la Moribe, des nouvelles de Reylis finissaient toujours par lui parvenir. Les gens de la Moribe devaient approfondir leurs liens légitimes avec les nobles de la ville-château, et son frère Geol=Zaza se rendait souvent en ville en tant que représentant de leur père, le chef de clan, rendant impossible d'éviter les conversations sur Reylis.
Lors d'un bal masqué organisé jadis dans la ville-château, Reylis s'était déguisé en chasseur tout droit sorti d'un conte de fées.
Quelle apparence avait-il donc ? Une telle futilité suffisait à la priver de sommeil.
Qui plus est, Reylis avait accompagné, en tant que représentant du marquis Marstein, le retour de Tia, une jeune fille qui séjournait chez les Fa, vers le sanctuaire.
Qu'il revienne sain et sauf ―― Sphyla=Zaza en vint à prier la mère forêt pour lui avec une intensité égale, sinon supérieure, à celle qu'elle réservait à ses autres compatriotes de la Moribe.
Pourtant, après un an et deux mois environ, Sphyla=Zaza parvint enfin à apaiser son cœur.
Elle ne se sentait toujours pas prête à accueillir un autre homme comme compagnon, mais le simple souvenir de Reylis ne lui arrachait plus cette douleur qui lui tordait la poitrine. Sa vie heureuse en tant que membre de la Moribe lui donna la certitude d'avoir choisi le bon destin.
C'est dans ce contexte qu'émergea ce banquet de louanges.
On lui dit que des personnalités de tout Genos seraient réunies pour bénir Asta et Tour=Din ―― et Sphyla=Zaza souhaita y assister coûte que coûte. Tel était l'importance de Tour=Din pour elle, un parent de sang si cher.
Tour=Din était une fille vaillante au cœur d'une pureté remarquable. Issue d'une branche cadette des Sun, Sphyla=Zaza l'avait d'abord observée avec sévérité. Mais c'est précisément pour cela que la candeur et l'ardeur de Tour=Din l'avaient d'autant plus frappée.
Cette Tour=Din venait d'être reconnue, aux côtés d'Asta, comme la meilleure gardienne du feu de Genos. Placée aux côtés de cet être hors norme qu'était Asta, Tour=Din avait reçu un tel honneur. Sphyla=Zaza ne pouvait pas rester immobile. Comparé à la gêne vis-à-vis de Reylis, son tempérament lui interdisait de reléguer ses sentiments pour Tour=Din au second plan.
C'est par ce cheminement qu'elle obtint le droit de participer au banquet.
Sa dernière venue en ville-château remontait à la fête de célébration du tournoi, soit un an et cinq mois plus tôt.
Elle s'efforçait de se convaincre que ses sentiments pour Reylis n'étaient plus un problème ―― et pourtant, là encore, son cœur s'emballait.
(…… cela dit, quel étrange costume de banquet)
Ce jour-là, après avoir aidé Tour=Din à préparer des pâtisseries, Sphyla=Zaza se purifia dans un lieu appelé « salle de bains » et enfila le costume de banquet préparé par la ville-château.
Une tenue faite d'un tissu étrange, incroyablement duveteux et léger. Bien qu'elle cachât le ventre jusqu'aux pieds comme l'habit des femmes mariées, l'échancrure de la poitrine étaitextraordinairement large, et la légèreté du tissu faisait ressortir distinctement les lignes du torse et des jambes.
« Hum. Toi, tu es vraiment sensuelle. Même si toi tu vas bien, c'est Reylis qui risque d'avoir le cœur troublé, non ? »
Rudo=Ruu, le cadet de la famille principale des Ruu, disait cette sottise.
Reylis n'était pas un homme aussi frivole. Même si, par quelque erreur invraisemblable, il venait à être troublé par le prétendu sex-appeal de Sphyla=Zaza, il ne briserait absolument pas le serment d'autrefois.
Et tout en pensant ainsi, Sphyla=Zaza se laissait elle aussi saisir par une pensée superflue : possédait-elle vraiment un tel sex-appeal ?
(Le sex-appeal…… qu'est-ce que c'est, au juste ?)
Il y avait un grand miroir au fond de l'antichambre, et Sphyla=Zaza décida d'y examiner son apparence.
Dans la Moribe, les occasions de voir aussi clairement sa propre figure étaient rares. Ce qui s'y reflétait ―― c'était une femme au regard acéré, digne des gens de la maison Zaza.
Ses traits étaient, disons, réguliers. Dans le village, on la qualifiait souvent de « belle ». On lui répétait depuis avant ses quinze ans, âge où le mariage devient permis : « Avec ça, tu pourras accueillir un homme respectable, il ne te reste qu'à cultiver un cœur assez beau pour ne pas perdre à ton apparence. »
Le village du nord étant prospère, sa chair n'était pas mauvaise. Poitrine et hanches généreuses, taille fine d'autant. Bras et jambes portaient des muscles puissants, sans honte pour une femme de cet âge. L'éloge de « belle » dans la Moribe ne concernait pas seulement le visage, mais incluait aussi cette constitution physique.
Résultat, Sphyla=Zaza devait être considérée comme belle dans la Moribe ―― mais les critères de beauté en ville-château différaient-ils tant ?
En vérité, la femme que Sphyla=Zaza trouvait la plus belle dans la Moribe était .
Dans la Moribe, force et beauté sont solidement liées. Une femme au corps fort est plus belle qu'une autre dont le visage est simplement bien fait. Par exemple, Morun=Rutim=Dom est petite et dodue comme un enfant, pourtant elle est bien plus forte que des femmes d'une demi-tête plus grandes. Et cette innocence qui rappelle l'enfance, jointe à un visage adorable, lui vaut aussi d'être qualifiée de « belle » dans le village du nord.
Alors, la chasseresse est-elle ressentie comme plus belle que toutes les autres parce qu'elle possède la force la plus grande ?
Sphyla=Zaza en doutait. Non, c'était sans doute une grande part de la raison, mais elle sentait qu'il y en avait d'autres.
Si l'on ne compare que la force des bras, Rem=Dom devait surpasser . Rem=Dom est plus grande qu', et ses bras, jambes et torse portent des muscles saillants dignes d'un homme. Rem=Dom est indubitablement une belle femme, et qui plus est une parente de sang très chère pour Sphyla=Zaza ―― mais même en ajoutant cet affectif, lui paraissait plus belle.
est plus grande que Sphyla=Zaza, sa poitrine et ses hanches sont encore plus développées. Ses membres et son torse, sans atteindre ceux de Rem=Dom, dépassent de loin ceux d'une femme ordinaire, comme ceux d'une bête souple. Son visage allie la dignité d'une chasseresse et la douceur d'une femme ―― au point que Sphyla=Zaza, pourtant de même sexe, en avait le regard captivé.
(Rem=Dom est robuste, mais c'est une robustesse qui rappelle les hommes. , elle, allie la robustesse masculine et la grâce féminine…… est-ce pour cela qu'elle est si belle ?)
Tandis que Sphyla=Zaza s'enfonçait dans ces pensées, une femme de la parenté Ridd lui adressa la parole en souriant :
« Qu'y a-t-il ? Vous avez l'air si sérieuse…… quelque chose vous préoccupe ? »
« Non, ce n'est rien d'important. »
Tout en répondant ainsi, Sphyla=Zaza ne put s'empêcher d'examiner aussi l'allure de cette femme.
Elle était moins belle que mignonne. Son âge devait être aux alentours de quinze ans. Sa poitrine et ses hanches n'étaient pas encore très développées, et son décolleté était masqué par un ornement en forme de pétale. Les tenues des femmes à poitrine menue étaient conçues pour recevoir de tels ornements par la suite.
C'était sans doute une mignonnerie sans lien avec le sex-appeal.
Tour=Din plus jeune encore, ou les femmes bruyantes de Matua et Nahum ―― elles semblaient posséder une mignonnerie similaire. Comme les bébés et les jeunes enfants sont attendrissants, elles l'étaient aussi.
En revanche, les femmes plus âgées comme ou Reyna=Ruu dégageaient une beauté distinctement différente. Ce sont sans doute celles-là qui captivent les hommes. Vina=Ruu=Ririn, par exemple, alliait une force prodigieuse à une grâce extrême. Lors de son séjour au village des Ruu, Sphyla=Zaza avait surpris de jeunes hommes la qualifiant de « concentré de sex-appeal ».
Celles qui se situent entre les deux sont des filles de l'âge de Yun=Sudra ou Lala=Ruu.
Elles semblent posséder à la fois la mignonnerie de l'enfance et la beauté de l'adulte. Yun=Sudra a un air enfantin, Lala=Ruu un air garçonnier, mais dans le sens où elles combinent ces deux attraits, elles se ressemblent beaucoup.
Qui plus est, Yun=Sudra, bien que petite, a une poitrine et des hanches aussi développées que celles de Sphyla=Zaza, tandis que la silhouette de Lala=Ruu est elle aussi quelque peu garçonnière.
Donc, ce n'est décidément pas qu'une question de constitution physique.
« …… Euh, ça va vraiment, Sphyla=Zaza ? »
La femme de Ridd qui se tenait devant elle gigotait.
Sphyla=Zaza était restée plantée là, le regard fixé sur elle, plongée dans ses pensées. La femme de Ridd rougissait de gêne.
« Pardon. Je me suis encore laissée emporter par mes pensées. Ce n'est pas convenable avant un banquet si important. »
« N, non ! Moi aussi je suis super nerveuse, alors je comprends votre état…… Mais c'est vrai que même Sphyla=Zaza peut rester comme ça, bête, hein. »
« "Même", c'est-à-dire ? »
« Ah, oui. Sphyla=Zaza a l'air si adulte…… même en de telles occasions, rien qu'en étant à côté, on se sent super rassurée. »
En disant cela, la femme de Ridd sourit gaiement.
Lors de leur première rencontre, son attitude envers Sphyla=Zaza avait été bien raide ―― mais après plus d'un an, elle avait bien changé. Depuis qu'elles avaient approfondi leurs liens de parenté, Sphyla=Zaza aussi la trouvait attachante et charmante.
(Moi…… comment suis-je perçue par mon entourage ?)
Par l'âge, Sphyla=Zaza n'avait qu'un ou deux ans de plus que Yun=Sudra ou Lala=Ruu.
Elle avait bien conscience de ne plus conserver la moindre mignonnerie enfantine. Était-elle vue comme une adulte à l'instar d' ou Reyna=Ruu, ou comme une existence intermédiaire comme Yun=Sudra ? Elle ne parvenait pas à se situer.
« Je vous ai fait attendre. Nous allons maintenant vous guider vers la salle. »
Peu après, un jeune page venu de l'extérieur annonça cela.
Asta, Tour=Din et les leurs avaient depuis longtemps été menés dans une autre pièce. Les quarante personnes restantes de la Moribe étaient enfin conduites dans la salle du banquet.
Ses pensées égarées revinrent, faisant à nouveau s'emballer le cœur de Sphyla=Zaza.
La joie de retrouver enfin Reylis, et l'inquiétude que son cœur ne reparte pas dans une direction étrange ―― c'était sans doute ce qui agitait sa poitrine. Pour s'assurer que ces sentiments n'étaient que des craintes infondées, Sphyla=Zaza voulait revoir Reylis le plus vite possible.
On les fit marcher dans un couloir de pierre, on les aligna devant la porte de la grande salle. L'ordre d'entrée était, comme toujours, communiqué à l'avance par la ville-château.
La parenté Zaza était placée après celle des Sauti. Comme la parenté Ruu était très nombreuse, on avait dû en décider ainsi. Lorsqu'elle se tint en tête de sa parenté aux côtés de son frère, Morun=Rutim=Dom, la suivante, lui adressa un sourire.
« C'est parti. C'est mon premier banquet de ce genre, je suis super tendue. »
« Ah…… toi qui as aidé à tant de travaux du feu depuis longtemps, c'est ta première fois à un banquet de la ville-château. »
« Oui. Et ça fait déjà plus d'un an que je suis prise en charge par le village du nord. »
C'était justement à l'époque où le problème entre Sphyla=Zaza et Reylis avait surgi qu'elle avait commencé à vivre dans le village du nord.
Plutôt même ―― on disait qu'elle avait été émue par l'attitude de Sphyla=Zaza et avait elle-même avoué ses sentiments à sa famille.
(Morun=Rutim=Dom est une femme bien plus admirable que moi.)
Sphyla=Zaza n'avait pas pu maîtriser ses sentiments seule et avait fini par impliquer son entourage. Au final, ayant dû renoncer à ses sentiments pour Reylis, elle n'avait fait que causer du tort aux autres.
Mais Morun=Rutim=Dom était différente. Elle avait porté ses sentiments jusqu'au bout et les avait magnifiquement réalisés.
Un mariage entre les Rutim et les Dom était, à l'époque, impensable dans la Moribe. Pourtant, elle avait renversé les coutumes et l'avait accompli. Alors, le trouble qu'elle avait semé en valait la peine.
Son époux, Dik=Domu, se tenait silencieux à ses côtés. Lui aussi, avec le crâne de giba retiré et revêtu du costume de banquet de la ville-château, dégageait une virilité tout à fait différente de son allure habituelle.
« …… Tu es heureux, Dik=Domu. »
Ces mots échappèrent à Sphyla=Zaza, et Dik=Domu, bien au-dessus d'elle, inclina la tête : « Hum ? »
« De quoi parles-tu ? Je n'ai aucune idée. »
« Non. Je pensais que tu es vraiment heureux d'avoir accueilli une femme aussi merveilleuse que Morun=Rutim=Dom. »
« C'est…… un tantinet abrupt comme remarque. »
Dik=Domu arbora un doux sourire sur son visage mâle.
Avant son mariage, il aurait sûrement été troublé dans une telle situation. Pour allègre et fort qu'il fût, il était d'une pureté extrême en matière de relations homme-femme.
Plus jeunes, on avait chuchoté que Sphyla=Zaza et Dik=Domu finiraient par se marier. Ce n'était qu'une rumeur basée sur l'âge et la lignée, toutes deux s'en moquaient ―― mais si elles s'étaient mariées, Dik=Domu n'aurait sûrement pas devenu cet homme qui sourit ainsi. C'est parce que Morun=Rutim=Dom est une femme si claire et intrépide que Dik=Domu a pu se découvrir un nouveau lui-même.
« Qu'est-ce qui te prend, Sphyla=Zaza ? Dire ça tout d'un coup, tu me mets mal à l'aise. »
Morne=Rutim=Dom, en répondant ainsi, souriait aussi, l'air heureux. Tous deux avaient dépassé le stade où de tels propos les embarrassaient. Leur mariage ne datait pas si longtemps, pourtant ils dégageaient le calme d'un couple uni depuis des années.
(C'est ça, la forme correcte du mariage.)
C'est alors que Geol=Zaza la tira par le bras en grognant : « Hé. »
« C'est notre tour. Pas le moment de bavarder. »
« Je sais. C'est toi qui es trop pressé. »
Geol=Zaza était, pour cette affaire, encore plus excité que Sphyla=Zaza.
Geol=Zaza avait passé plus de temps avec Tour=Din que Sphyla=Zaza. Dans la Moribe, c'est plutôt Sphyla=Zaza qui l'avait le plus initiée aux travaux du feu ―― mais quand Tour=Din était conviée en ville, c'est Geol=Zaza qui l'accompagnait souvent. Combien Tour=Din avait accompli un travail admirable en ville, quel adorable costume de banquet elle portait ―― cloîtrée dans la Moribe, Sphyla=Zaza ne l'apprenait que par son frère.
(Bien sûr, il n'a pas encore choisi Tour=Din, douze ans, comme future épouse……)
Mais Sphyla=Zaza jugeait que son frère éprouvait des sentiments proches de cela. Ou peut-être était-ce davantage une affection du type de celle qu'on porte à une sœur ou une fille ―― en tout cas, quelque chose de proche de l'amour familial.
« Premier fils de la lignée légitime de la maison Zaza de la Moribe, Geol=Zaza-sama…… de même, troisième fille, Sphyla=Zaza-sama. »
Sur cette annonce, Sphyla=Zaza et les siens furent introduits dans la grande salle.
Geol=Zaza était le cadet, mais ses aînés étant décédés, il était désigné ainsi. Que Sphyla=Zaza, sa sœur jumelle, soit appelée « troisième fille » lui semblait étrange, mais si telle était la coutume de la ville-château, elle n'avait rien à redire.
(Sûrement l'important est de montrer que Geol est le prochain chef de clan. Les nobles semblent accorder encore plus d'importance que nous à la hiérarchie.)
Tout en songeant ainsi, Sphyla=Zaza pénétra dans la salle.
Ce jour-là, trois cents convives étaient réunis. Tous portaient des costumes de banquet, créant une splendeur sans précédent.
Et parmi eux, Reylis devait se trouver.
Cette pensée fit à nouveau battre secrètement le cœur de Sphyla=Zaza.
Après un long temps, tous les gens de la Moribe furent introduits dans la grande salle.
Il n'y avait pas de place pour quarante personnes ensemble, et rester groupés seulement entre compatriotes n'avait pas de sens, alors Sphyla=Zaza avança vers un espace libre avec son frère.
C'est alors qu'une femme de Ridd la rattrapa par derrière.
« Euh, puis-je vous accompagner ? »
« Hum ? Et ton aîné de Ridd, qu'est-ce qu'il fait ? »
« Il est avec les gens de Din et Sudra. Moi, je… je voulais rester près de Sphyla=Zaza…… »
Et la femme de Ridd rougit à nouveau.
C'était elle qui avait aidé le stand de Tour=Din depuis le plus longtemps. D'autres femmes de Din et Ridd s'étaient jointes à la préparation du banquet, mais elle seule avait obtenu le droit d'y assister.
« Alors fais comme tu veux. Mais moi non plus, je ne pourrai pas rester tout le temps à tes côtés. Je commence à avoir pas mal de connaissances en ville, moi aussi. »
« Ah, oui. C'est encore plus pour ça que je veux être avec Sphyla=Zaza. Une femme seule, c'est quand même inquiétant, non ? »
« Houhou. Ton sex-appeal trouble non seulement les hommes, mais aussi les femmes, hein. »
Geol=Zaza lança cette plaisanterie, et la femme de Ridd, le visage rouge, fit gonfler un biceps gracieux.
« Si quelqu'un de louche s'approche de Sphyla=Zaza, je le repousserai. Geol=Zaza, soyez tranquille. »
« Oh, c'est rassurant. Sphyla a une bonne compatriote. »
Tandis que Geol=Zaza riait gaiement, Sphyla=Zaza se tourna vers la femme de Ridd.
« Je vous remercie, mais… pourquoi ? N'auriez-vous pas plus de sécurité avec les gens de Ridd ou Din ? »
« Euh ? Non, c'est un si beau banquet, je voulais être près de Sphyla=Zaza… est-ce que je dérange ? »
« Vous ne dérangez pas, et puisque nous sommes parents de sang, il n'y a rien d'étrange à se serrer les coudes. Je ne comprends juste pas la raison qui vous pousse à venir vers moi…… »
« La raison…… il n'y en a pas spécialement…… juste, j'ai voulu approfondir mon lien avec Sphyla=Zaza. »
En disant cela, la femme de Ridd sourit gaiement.
Le mensonge est un péché, et ce sourire ne semblait pas mentir. Alors ―― ces mots étaient sans doute toute sa vérité.
« Qu'est-ce que tu as, tu fais une drôle de tête. Se faire apprécier par une plus jeune, c'est pas si rare que ça, non ? »
« Non. Je n'ai pas le souvenir d'avoir été chérie ainsi par une plus jeune. »
« Vraiment ? Bon, toi tu as quasi tenu le rôle de cheffe dans le village du nord, et même sans ça t'es pas du genre à te laisser approcher, alors c'est peut-être pour ça qu'on ne t'a pas beaucoup chérie. »
Geol=Zaza le disait en riant bonnement.
« À y repenser, toi aussi tu es devenue bien plus accessible cette année. Avant, les femmes de la parenté n'osaient pas facilement t'approcher, non ? »
Sphyla=Zaza, légèrement perplexe, se tourna vers la femme de Ridd.
Mais ce qui l'attendait était le même sourire gai qu'à l'accoutumée. Elle l'avait vu maintes fois adressé à Tour=Din et aux autres parents ―― mais c'était peut-être la première fois qu'il lui était adressé de face, à elle.