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Isekai Mahou wa Okureteru!

Chapitre 77

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Chapitre 77

Chapitre 77

Chapitre 77/18143%~17 min de lecture3 246 mots

C’était juste après que Lomion eut libéré son mana.

Soudain, l’une des étagères du deuxième étage explosa littéralement à sa base, s’envola en décrivant une parabole, tomba et heurta Lomion qui se trouvait en bas.

Cependant, freinée par la pénombre qui l’entourait, l’impact violent ne lui porta pas de grave blessure. Alors que les livres et l’étagère se brisaient et s’envolaient, Lomion hurla vers l’endroit d’où ils venaient.

« Qui est là ? ! »

Une voix quelque peu résonnante traversa l’air. Et puis, surgie des ombres du deuxième étage, apparut…

« …Je n’aurais vraiment pas cru que ce serait ça. »

Il s’agissait de Rogue Zandike, qui avait détruit d’un coup de pied le garde-corps du deuxième étage avant de chuchoter calmement.

Personne ne savait exactement depuis quand il y était resté caché. Yakagi Suimei, magicien de talent, n’avait nullement perçu sa présence.

Il dégageait désormais une aura martiale écrasante, épousseta son manteau militaire et transforma ses yeux couleur corbeau en un regard fixé sur la pointe de son épée.

« Le… le colonel… ? »

Liliana écarquilla les yeux sous le choc, tandis que Lomion demeurait, lui aussi, dans un état d’exaltation maintenue.

« Tiens donc, mais n’est-ce pas le colonel Rogue ? Que faites-vous ici à cette heure-ci ? »

« En suivant vos traces, je suis arrivé jusqu’ici. …J’ai entendu tout le récit. »

« Ah bon, tant mieux. Pauvre chose. Un être de plus devra donc trouver la mort, décidément. »

Lomion ajoutait encore un condamné à mort. À en juger par ses intentions, il ne comptait aucunement laisser quiconque repartir vivant.

Jetant un bref coup d’œil à cet homme dont le rire glaçait le sang, Rogue sortit son épée au deuxième étage.

Liliana leva les yeux vers Rogue et tenta de courir à ses côtés.

« …Liliana, reçois-toi. Reste derrière. »

« Colonelle ! »

Liliana cria son nom, mais Rogue resta silencieux face à ses appels. Dès qu’il bondit hors du deuxième étage, il adressa la parole à Suimei.

« Yakagi Suimei, je t’apporte mon secours. »

« …Merci d’avance pour ton aide. »

Suimei répondit aux paroles de Rogue, tandis que Lomion balayait l’aire de combat avec la puissance de l’ombre.

« Qu’est-ce que ça change si j’en ai fait deux de plus, dis-moi ! »

Chaises et tables furent broyées, projetées en tourbillon et soufflées par les vagues sombres. Rogue se cacha derrière une étagère proche, et Suimei entraîna Liliane pour trouver couvert dans une autre direction.

« Que se passe-t-il !? Vous ne deviez pas m’arrêter ! ? »

Pris peut-être par la certitude absolue de la puissance de l’ombre, les mouvements de Lomion semblaient ralentis. De sa cachette, on observait l’homme qui avançait à pas larges, apparemment à choisir sa cible ou son arme avant d’abattre l’un ou l’autre ennemi.

Puis, une voix résonna soudainement, venue de nulle part.

« …Yakagi Suimei, m’entends-tu ? »

La voix de Rogue portait portée par une légère brise. S’agissait-il d’un sort de transmission longue distance ? Suimei adapta son propre envoi, activa un art magique et fit parvenir sa réponse.

« Je vous entends parfaitement. Quelle est la question ? »

« J’ai une interrogation. Quelle est cette puissance utilisée par l’homme elfe ? Elle est bien trop forte pour relever simplement de l’attribut sombre. »

« Non, il s’agit d’une force de même nature. Mais elle est si démesurée qu’elle invoque des existences dites malignes issues d’un autre plan. Sous leur emprise, la puissance fondamentale de l’attribut sombre se retrouve exposée sans filtre. »

« Dans ce cas, est-il dangereux de venir en contact avec ça ? »

« Si le contact est bref, aucun problème. Toutefois, il s’agit fondamentalement d’un amas de haines et de rancunes humaines. Je ne saurais cautionner un affrontement prolongé sur place. »

« Alors cela consiste à frapper et se replier en boucle… »

« J’y vais. »

Suimei annonça ces mots, et Liliane, qui écoutait à ses côtés, lança :

« Suimei… quelle force prodigieuse. »

« Liliane. Tu es encore très sensible à son influence. Fais attention. »

Après avoir prévenu Liliane, Suimei bondit hors de sa cachette. Lomion nota immédiatement son émergence, baissa son bras et projeta aussitôt une vague de puissance sombre. Pourtant, incapable de viser correctement, il ne faisait qu’anéantir ce qui l’entourait. De son côté, Suimei exécuta une technique de doigts.

Tandis que retentissaient une succession de sons cristallins et agréables, les abords de Lomion explosaient violemment.

« Une manœuvre de diversion, peut-être… »

Comme l’avait soupçonné Lomion, l’objectif de Suimei correspondait bien à cette analyse. Pour accompagner l’attaque, Rogue libéra un enchantement vent, faisant tournoyer les livres alentour.

Les vents conjurés furent neutralisés, mais Rogue profita des ombres disséminées des ouvrages volants pour combler la distance en une fraction de seconde et porter sa lame.

La lame effleura le visage de Lomion. Rogue tentait une contre-estocade, mais Lomion, sans même chercher à esquiver, balaya l’air d’un revers de bras revêtu de forces obscures.

« Kuf… ! »

Recevoir directement l’influence de l’ombre aurait été catastrophique. Ayant compris le risque, Rogue recula précipitamment en arrière.

« — Et factus est invisibilis. Instar venti. »

(« — Que ma lame devienne invisible, yet plonge mes ennemis, tels des flots de sang, sous la pointe acérée de l’acier. »)

Couvrant sa manœuvre, Suimei lâcha un nouveau sort. Il déversa d’innombrables tranchantes intangibles. La force obscure projetée pour poursuivre Rogue fut sectionnée par la magie de Suimei, et l’ampleur de celle-ci poussa Lomion à faire un pas en arrière.

« …Comme attendu, affronter l’un des Sept Lames et toi, Yakagi-kun, tourne effectivement mal… Mais. »

Lomion entama la récitation de ses parchemins. Sur le même rythme, Suimei déclencha à son tour la formulation de son propre sort.

« — Ô Ombre. Toi qui engloutis et anéantis toute chose, terrible vêtement d’une noirceur absolu. Par ta forme instable, apporte-moi devant toi la Mort, une Mort inéluctable ! Orgo, Lycora, Ragua, Secund, Lavielral, Baelberon ! »

« — Fiamma est lego. Vis Wizard.hex agon aestua sursum ! Eva, Zurdick, Rozeia, Deivikusd, Reianima ! »

(« — Ô Flammes, rassemblons-nous. Tel le cri de rancœur poussé par un magicien. Que leur ultime râle prenne corps et s’embrase ainsi ! Eva, Tsadick, Roseia, Devikused, Reanema ! »)

Les récitations de Suimei et de Lomion fusionnèrent. L’une relevait de la magie sombre, l’autre de l’art des flammes. Ce qu’elles partageaient communément résidait dans l’ajout, en fin de formule, de termes au sens indéchiffrable.

« Dark Embrace ! »

« — Fiamma o assurbanipal ! »

(« — Brille ! Pierres étincelantes d’Assurbanipal ! »)

Les mots-clés de Suimei et de Lomion fusèrent simultanément. L’ombre née derrière Lomion s’étendit tel un raz-de-marée, avide d’engloutir tout ce qui se dressait devant lui. De son côté, Suimei serra le poing sur la brillance flamboyante de sa paume, provoquant une explosion de flammes qui l’encercla. Au milieu de la bibliothèque tremblant sous les grondements, l’éclat aveuglant du feu consuma les forces obscures, et la tornade ardent fonça droit sur Lomion.

Lomion bloqua les flammes d’une pose défensive protectrice, mais la surpression incendiaire transperça le mur de la bibliothèque.

Craignant la charge ultérieure de Suimei, Lomion s’engouffra hors de la brèche.

« Grr… Imbécile ! Comment peux-tu user d’un nom barbare, toi qui méprises les forces de l’ombre ! ? »

Suimei le talonna, franchit l’orifice béant, claqua des doigts pour le maintenir à distance et le refoula davantage vers l’espace dégagé.

Puis, d’un pas tranquille et assuré, il s’avança depuis les entrailles de la pénombre jusqu’à la clarté lunaire.

« — On considère généralement que le véritable nom des divinités recèle une puissance formidable, et depuis des temps immémoriaux, de nombreux sorciers ont cherché à exploiter ce levier dans leurs rituels. Pourtant, prononcer l’appellation d’une entité issue d’un autre plan dépasse largement les capacités humaines. Même si l’on parvenait à l’articuler, sa force resterait ingérable. Le nom barbare est précisément ce concept brut : il permet d’abaisser le nom divin, mot porteur d’un pouvoir immense, afin d’amplifier l’efficacité de n’importe quel art magique. »

« Hah… ? »

« Le nom barbare ne sert pas uniquement à renforcer la magie sombre. Pourquoi tu ignores cette règle, c’est ton problème, mais tu sembles confondre les choses… »

Exactement. Le nom barbare n’affecte en rien exclusivement la sorcellerie nocturne. En transcendant l’appellation divine dans le langage humain, il donne naissance à un mot puissant, semblable à un grondement bestial incompréhensible, susceptible de s’adapter à tous les types de magie.

« Que ça fonctionne aussi sur d’autres sorts, quel intérêt ! Si tu maîtrises également les noms barbares, il te suffirait de les greffer sur des incantations plus puissantes ! »

Face à Lomion qui brandissait un cri et relançait sa récitation magique, Suimei lança un commentaire empreint de scepticisme.

« …C’est vrai qu’utiliser un nom barbare améliore indéniablement la portée des enchantements. Mais inversement, le charme concerné devient plus brutal et moins précis, perdant en contrôle. C’est pourquoi… »

« — Ô Ombre. Tu surpasses toutes les huit catégories, seule force suprême. Ta destruction engendre partout un désespoir infini ! Orgo, Lycora, Ragua, Secund, Lavielral, Baelberon ! Ruin of Blackness ! »

« Mysterium Vis distortion. »

(« — Mystère, fais violence à ta logique. Déforme rapidement tes propres règles. »)

Dès que les mots-clés eurent résonné, Suimei déclencha sans délai son contre-sort. La magie noire de Lomion vacilla brusquement. L’immense sphère d’obscurité formée devant lui perdit instantanément sa cohésion et explosa sur place.

« Ggh !… Quoi… comment… ? »

Frappé directement par le reflux de sa propre attaque, Lomion tituba sous l’onde de choc. Ses réserves identiques amortirent une partie des dégâts, mais le choc psychologique, cumulatif avec la découverte précédente, le secoua sérieusement.

De l’autre côté, Liliane, qui suivait la scène depuis derrière Suimei, saisit la clé du mécanisme. La surprise marquant son visage, elle murmura :

« Ça vient de… mes propres… »

« — Agitation de l’événement. Dès lors qu’un phénomène physique est programmé pour se produire, il embarque déjà ses phases possibles et leurs conséquences attendues. Tout convergent naturellement vers la probabilité maximale, les résultats s’alignent sur ce tracé. Mais si l’on introduit un « élément cherchant à imposer une loi mystique », les fins s’embrouillent instantanément. Avec une intervention appropriée, ladite méthode peut servir les principes ésotériques comme nous le voyons actuellement. …Elle excelle particulièrement sur les enchantements approximatifs et difficiles à contrôler. »

Exactement. Il s’agissait de l’instabilisation des conclusions découlant de l’opposition entre principes, enseignée en théorie générale de l’art magique. L’incantation qu’avait précédemment appliquée Liliane sur les sorts de Suimei exploitait précisément ce paradigme. En opposant par la magie l’« élément visant à établir une loi mystique » à un principe analogue, on déséquilibrait le flux sortilège adverse, pour finalement orienter arbitrairement l’issue.

« Rembarde-toi, bibliothécaire. Sans recourir aux noms barbares, ton arsenal reste insuffisant. Tu n’as absolument aucune chance de l’emporter. »

Suimei affirma d’une voix péremptoire que le triomphe était scellé. Lomion laissa tomber les épaules, vaincu.

« …Très bien. Je préfèrerai éviter de jouer cette carte. »

Murmurant ces mots, Lomion gonfla à nouveau ses réserves d’ombre. Cette fois, la masse déployée paraissait encore plus colossale, libérée de toute retenue personnelle. Sa silhouette d’autrefois fut happée par le malveillant, et son anatomie se métamorphosa progressivement en une créature monstrueuse réduite à un contour noir, agrémenté simplement d’yeux et d’une bouche. Tel un péché incarné… pire, tel un ancêtre maléfique façonnant la matière.

« Quand je suis arrivé ici, c’était pareil. D’une certaine manière, les dialogues et les gestes suivaient toujours un schéma battant… »

Le soupir qui s’échappa de ses lèvres portait clairement la trace d’une lassitude désabusée.

S’il devait céder face à une situation défavorable, invoquer des pouvoirs massifs restait une démarche logique. Rapide et fiable.

Voyant Lomion devenir peu à peu autre chose qu’un simple mortel, Liliane tira la sonnette d’alarme.

« Suimei ! »

« C’est cela, le destin final de ceux que l’Ombre absorbe. Observe attentivement. Et retiens-le bien dans tes pensées. »

Tandis que Suimei instructait Liliane,

« Yakagi Suimei. Tu gardes bien ta contenance. Possèdes-tu néanmoins une parade capable de le vaincre ? »

« Eh ! …Par où diable êtes-vous sorti, d’abord ? »

« Rien de spécial, j’ai simplement suivi le trou. »

Affirmant sans fausse hâte, l’homme qui observait maintenant Lomion depuis presque collé lui glaça le sang. Depuis combien de temps avait-il rejoint ce poste ? Bien qu’on pût supposer qu’il s’y était glissé pendant l’échange avec Liliane, la certitude manquait. En y réfléchissant, il aurait très bien pu se tenir à côté de Suimei dès sa sortie du bâtiment.

Mais, ramenant son attention sur la situation présente, il fixa à nouveau Lomion.

« …Ça prendra un peu de temps, mais j’ai le sort nécessaire pour l’abattre. »

« Entendu. Laisse-moi gagner du terrain. »

Signalant d’un geste du dos qu’il confiait la suite, le gladiateur impérial bondit vers l’ennemi. Sa prestation valait indiscutablement le titre prestigieux de sa caste. Il manœuvrait pour gêner durablement Lomion tout en évitant habilement ses rafales sombres.

« Furieux ! »

Après qu’un cri irritant ait transpercé l’air, la figure de Rogue devint soudain difficile à suivre. Malgré la réalité de son engagement au premier rang, son image semblait brouillée inexplicablement. Par moments, il surgissait avec une intensité martiale foudroyante, donnant l’illusion trompeuse qu’il émergât directement de sa propre ombre.

Il s’agissait de la technique de Rogue, l’épéiste connu sous le sobriquet de Général de l’Ombre Solitaire parmi les Sept Lames. Maîtrisant parfaitement la suppression de sa respiration, il perfectionnait un art subtil rendant sa propre existence imperceptible aux regards étrangers. Exploitant cette distorsion sensorielle, il déployait une embuscade majestueuse, commenta Liliane presque pour elle-même.

Les mouvements de combat étaient impeccables. Confiant dorénavant en une exécution ininterrompue, Suimei leva brièvement les yeux vers le ciel nocturne, puis entama :

« — Velam nox lacrima potestas. Olympus quod terra misceo misucui mixtum. Infestant militia. Dezzmoror pluviaincessanter. Vitia evellere. Bonitate fateor. Lux de caelo stella nocte. »

(« — À l’intérieur du rideau. La force des larmes que verse la Nuit. Elles croisent le sceau terrestre et céleste, déversant une grêle vertigineuse sur l’absurdité rampante. Son affliction appelle le Mal. Son hymne célèbre le Bien. Chaque grain provient d’une lueur lointaine au-delà du trouble, cette étoile vacillante. »)

Entre les syllabes du sortilège, une voix narquoise de Lomion s’immisçait. Cet éclat de rire morcelé trahissait l’épuisement progressif de sa conscience. Follez, follez tout. Riant ainsi, il croyait fermement à son futur triomphe, sans accepter la moindre parcelle de doute.

…Toutefois, même cet homme absurde découvrirait bientôt la vérité. Cette lueur vertigineuse descendante jaillissait en réalité des interstices d’une immense matrice céleste, résultant de la collision entre rayonnements astraux, symbolisant un éclat pur d’Espoir.

Peu à peu, seuls les éléments autres que Lomion sombrèrent dans un silence profond sous la lumière lunaire.

Averti de la pression cosmique envahissante, Rogue se retira du front. Derrière lui, Liliane avait abandonné toute considération pour Lomion ; elle restait figée, les prunelles tournées vers la voûte céleste, médusée.

Puis, des myriades de météores sillonnèrent l’hémisphère nocturne.

« Enth astrarle — »

(« — Ciel des astres, descends — »)

Accompagnant les paroles décisives de Suimei, la capitale impériale fut engloutie par la pluie lumineuse des constellations. Sous l’impact de la Lumière Astrale, toute la malveillance accumulée fut irrémédiablement dissipée.

Lorsque l’illumination retomba, Lomion reposait dans l’espace dégagé, calciné, déformé et rabougri.

S’approchant, Suimei souleva le corps informe, plaçant ensuite sa main au-dessus du crâne.

Rogue rengaina progressivement vers eux.

« Est-il mort ? »

« Il respire encore. Il vit… »

Vivant certes. Happé par la corruption et irradié par les reflets de la Lumière Astrale, il approchait dangereusement de la limite vitale. Son cœur battait toujours, mais ni bouger, ni penser demeuraient impossibles. Au moment où il avait intégré la rancune, il ne pouvait plus espérer échapper à cet état.

Curieuse face à l’exécution magique de Suimei, Liliane interpella :

« Que faites-vous exactement ? »

« Hmm, j’ai un détail à vérifier. »

Une fois sa recherche terminée, Suimei relâcha son emprise sur Lomion. Liliane tourna la tête vers Rogue.

« Colonel… »

Dans sa pupille gauche nageait une crainte inquiétante, tandis que sa supplique trahissait un attachement persistant. Répondant à cette tension, Rogue lui tourna résolument le dos. Puis, d’un ton toujours aussi direct, il articula :

« Liliane, accompagne cet homme. »

« Colonel, que signifie… »

Interloquée par le dessein de Rogue, Liliane ouvrit la bouche, et Suimei enchaîna aussitôt :

« Concernant les responsabilités, votre décision est-elle finale ? »

« Liliane a été manipulée par ce type, n’est-ce pas ? Alors aucune poursuite pénale ne sera retenue. »

Habitué à sa rigidité coutumière, Suimei trouva étrange cette renonciation explicite. Sa voix semblait enfin débarrassée d’un fardeau écrasant. Il avait probablement aussi préféré éviter de la voir péri.

« Donc, lui ordonner de partir signifie quoi exactement ? »

« Pas de complication. Je te délègue sa garde. »

« Mais Liliane est vôtre… »

Avant qu’il puisse achever sa phrase, Rogue agita négativement la tête pour l’en empêcher.

« Nenni. Moi qui ai levé la main sur elle ne mérite plus de rester à ses côtés. »

Face à cet aveu, Liliane s’exclama précipitamment :

« N-no, Colonel ! Ce n’est pas… »

« Liliane, c’est ma faute. Ne pouvant te faire confiance, j’ai renoncé à être un père. Je n’ai donc plus le droit de t’accueillir. »

« ———— »

Face à la sentence sévère prononcée par Rogue, Liliane resta muette.

« Ce n’est point à moi de déterminer le cours, mais je trouve rassurant de vous remettre l’enfant dont vous avez protégé les derniers jours. »

Après ces mots, Rogue se retourna. Seule apparaissait l’épaule solitaire drapée dans l’uniforme. Guettant cette silhouette, Suimei demanda :

« Où allez-vous ? »

« Je dois accomplir les devoirs qui m’incombent encore. »

Devant cette résolution teintée de tragédie, Suimei s’absorba dans le silence. Face à lui, Rogue poursuivit :

« Yakagi Suimei… ainsi va-t-on. Il se peut que je perde désormais toute autorité officielle sur la question… mais s’il-te-plaît, veille sur elle. »

Suimei ne put retenir l’homme prêt à s’éloigner. Insister brutalement ici aurait discrédité sa volonté inébranlable. Dès que Suimei articula clairement « Compris », Rogue jeta un dernier regard, dessinant un léger sourire sur ses traits habituellement austères, et s’éloigna.

« Colonel ! »

Vers cette silhouette, une voix juvénile appela. Néanmoins, sa cadence ne faiblit point. Son dos tourné ne fléchit nullement sous le poids de la supplication féminine ; il continuait simplement sa route vers sa propre expiation.

Malgré tout, Liliane ne cessait pas de l’appeler.

« Colonel ! Attendez, s’il-vous-plaît… »

Devant la marche inflexible de Rogue, Liliane baissa les paupières. Comprenant sa pensée, elle ne pouvait saisir physiquement sa cape, mais peinait pourtant à contenir son attachement grandissant.

Pourtant, elle releva vivement la tête. Rassemblant tout son courage, elle lança :

« P-papa… papa ! »

Était-ce la première fois qu’elle employait ce terme paternal ? Face à cette voix reliant père et fille depuis trop longtemps, les pas de Rogue, dos tourné, s’immobilisèrent net. Comme tiré vers l’arrière par les liens du souvenir, il hésita.

Néanmoins, sans un seul regard en arrière, il disparut. Comme si cette séparation constituait sa punition exemplaire.

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