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Isekai Mahou wa Okureteru!

Chapitre 21

Isekai Mahou wa Okureteru!Isekai Mahou wa Okureteru!
Chapitre 21

Chapitre 21

Chapitre 21/10121%~15 min de lecture2 834 mots

Quelques jours s'étaient écoulés depuis que la caravane escortant Suimei et ses compagnons avait quitté la capitale royale, Méthel.

Le voyage se déroulait sans heurts, sous des auspices favorables. Ni bandits, ni monstres, ni pluie d'une ampleur de nature à entraver directement leur progression ne s'étaient manifestés ; ils avançaient en bénéficiant de l'hospitalité des petits villages et relais qui jalonnent la route.

S'il fallait relever une difficulté, ce n'aurait été que la piètre qualité des repas, mais cela relevait des prévisions initiales et ne méritait pas qu'on s'y attarde.

Et Suimei et les siens, ayant franchi sans encombre le col de montagne qui constituait le premier obstacle notable du parcours, se trouvaient désormais à mi-chemin d'un tronçon encore un peu escarpé.

D'après les gens de la caravane, il ne restait plus qu'un tiers environ de la distance totale jusqu'à la ville de Cranto. Une fois traversés le piémont et le bassin, on y arrivait presque aussitôt.

— Pourtant, le monde change, sa nature fondamentale demeure la même. Apparemment, ce monde-ci, tout comme l'autre, ne laisse pas les tournants se franchir si aisément.

Dans la forêt qui s'étend au-delà du piémont.

La densité des arbres y est clairsemée ; par temps ordinaire, le soleil y filtrerait comme dans une clairière, mais le ciel est couvert aujourd'hui, conférant aux lieux une atmosphère lourde et morne.

Ce paysage grisâtre offre une visibilité médiocre.

C'est dans ces conditions que, comme pour avoir guetté ce moment, une présence menaçante se mit à flotter tout autour.

…… Refit, qui marche à mes côtés, me parle à voix basse.

« … Suimei-kun. Tu as remarqué ? »

« Disons que oui. »

J'en suis au moins au stade où je peux l'énoncer : moi aussi je dispose de la finesse nécessaire pour percevoir les présences environnantes.

Effectivement, depuis que nous avons descendu le piémont et pénétré dans cette forêt, ma nuque est rongée par un pressentiment funeste. Et le champ magique qui se génère lorsqu'on porte son mana en état de combat existe ici à l'état brut.

Non, ce n'est pas exact. Précisément, c'est ce champ qui *s'approche*.

À en juger, une entité quelconque pourvue de mana manifeste clairement l'intention de nous prendre pour cible…… mais.

Sans relâcher ma vigilance sur les flancs, je demande à Refit :

« … Dis, ce sont des monstres ? J'ai pas l'impression que ce soit des humains, mais…… »

L'origine de ce doute réside uniquement dans les mouvements de mana que je perçois à l'instant, mais leur comportement diffère trop radicalement de celui d'un humain.

Alors, comme si une idée lui venait, Refit répondit :

« Non, ce ne sont pas des monstres. Ce sont des démons. »

« Mmh…… »

Voilà qu'on en reparle. Déjà avant le départ, on avait évoqué ce genre de chose ; il se peut donc qu'il y ait un lien.

Cependant.

« … Tout à l'heure, tu l'as affirmé avec une certitude étonnante, mais ce n'est peut-être pas des démons, non ? »

« Si. »

« Pourquoi ? »

« Je les connais bien. Pas de doute possible. »

« … Vraiment ? »

« … Oui. »

Quand j'insiste, il semble réfléchir à quelque chose, car sa réponse est plus maladroite qu'auparavant.

Refit, qui dégage une tension croissante depuis tout à l'heure, vient à peine de prononcer ces mots qu'un autre membre de la caravane a, lui aussi, détecté cette présence qui nous suit ; le convoi s'immobilise net.

Et presque aussitôt, un aventurier à l'allure de guerrier accourt depuis l'avant, pas pressé mais vigilant. Son teint est mauvais, sans doute parce qu'il a saisi la situation.

Il lève la main vers nous.

« Hé — »

À peine a-t-il émis cette interpellation que Refit hoche la tête.

« Oui, j'ai remarqué. »

« Hein — ? V-Vraiment ? »

« Oui. »

Dès que Refit a confirmé en deux mots, l'aventurier, visiblement soulagé de s'épargner des explications, entre dans le vif du sujet.

« — Alors ça va vite. D'après l'avis de notre mage, ce qui approche, ce sont des monstres. Et sur l'ordre de Galéo, on a décidé de les accueillir ici. »

…… Apparemment, contrairement à Refit, eux identifient cette présence comme des monstres.

Quoi qu'il en soit, on le saura bien assez tôt puisqu'ils viennent vers nous.

Mais un point distinct m'interpelle dans les paroles de l'aventurier.

« Les accueillir *ici* ? »

« Oui, c'est le cas. Y a-t-il un problème à ce que l'escorte se batte ? »

« Non, c'est pas ça. Mais les marchands, vous en faites quoi ? »

Je demande à l'aventurier qui me regarde avec circonspection. C'est là tout le problème.

Venus en tant qu'escorte, le combat ne nous pose pas de souci en soi.

En revanche, la question est le sort réservé à ceux que nous protégeons si l'affrontement éclate.

Normalement, des non-combattants ne peuvent être mêlés à la bataille ; on les fait évacuer temporairement vers un lieu sûr. C'est la démarche logique et appropriée, mais dans ce secteur, où exactement les déplacer au mieux ?

Nous venons de quitter le piémont pour cette forêt. Le sol est en pente douce mais le chemin reste mauvais, et les cachettes potentielles ne sont pas légion.

Compte tenu de ces facteurs, quel est le parti à prendre ? C'est ce que Refit demande à son tour, en incluant cette considération.

« Ne serait-ce pas l'intention de les faire partir devant et d'opérer une interception ? »

« Non, ce n'est pas ça. »

« Alors, vous comptez les envoyer au fond de la forêt ? »

« Pas non plus. »

« … ? »

L'aventurier ne hoche la tête à aucune des deux hypothèses.

Pourtant, l'interception dont parle Refit — c'est-à-dire stopper l'ennemi par une embuscade, une attaque de flanc — devrait être la meilleure option tactique à l'heure actuelle.

Ce doute se dissout dans les mots de l'aventurier au visage fermé.

« … À ce qu'il paraît, il y en a aussi devant nous. Si, en plus, il y en a sur les flancs, il y en a peut-être derrière, et dans le pire des cas nous sommes déjà encerclés. Dans ces conditions, mieux vaut rassembler les marchands dans notre périmètre visible et les défendre là, plutôt que de les déplacer imprudemment… Tel est le jugement. »

Je vois. S'ils sont aussi devant, il ne reste que la défensive. C'est logique.

Alors Refit demande :

« Et l'attaque ? »

« Hein ? Y en a pas, mais…… »

« Pourquoi ? Si on suppose qu'on est encerclés, il faut prévoir de percer leur dispositif, non ? »

« Ha ? Nous, on compte pas forcer le passage. Si on durcit la défense, des monstres, ça devrait pas poser de problème, non ? »

« … C'est ça. »

Face à l'objection de l'aventurier, Refit se retire sans insister. Ce recul immédiat vise sans doute à éviter une querelle stérile. Pourtant, sa voix me parut teintée d'un certain découragement.

(Encerclage et percée……)

J'entrevois la scène un instant. La meilleure façon de rompre un encerclement, c'est la percée en un point. Subir l'encerclement en se contentant de défendre, c'est jouer le jeu de l'adversaire ; quelle que soit l'efficacité, on *doit* d'abord briser son schéma en employant ce moyen.

Dans le cas présent, qu'on tente la percée en force ou non, si une unité mobile brise l'étau et recouvre sa liberté de manœuvre, il devient plus facile de désorganiser l'ennemi.

C'est sans doute dans cette optique que Refit a formulé sa proposition.

… C'est efficace, mais cela suppose des effectifs suffisants.

Comme le dit le proverbe, on ne peut agiter une manche qui n'existe pas ; si l'on ne peut assurer une défense suffisante, on ne peut même pas envisager l'offensive.

« C'est bon, on a fini de causer. Moi, je retourne à mon poste. Vous, surveillez les bagages. »

L'aventurier, estimant la conversation close, fait demi-tour pour partir.

Refit le retient.

« Une chose, si possible ? »

« … Quoi encore ? »

« Pour ce qui vient de face, je ne sais pas. Mais ce qui arrive sur les flancs, ce ne sont pas des monstres, ce sont des démons. Transmettez-le à Galéo. »

« Ha ? Toi, comment tu sais ça ? »

« L'expérience. Ce n'est pas une présence de monstre. »

Devant cette certitude, l'aventurier émet un grognement dubitatif.

Et, après m'avoir dévisagé un moment les yeux plissés :

« … Compris. Je le signalerai au cas où. »

Sur cette réponse prudente, l'aventurier s'éloigne à pas rapides, cette fois pour de bon.

En le voyant partir, Suimei laisse échapper un souffle qui ressemble à un soupir.

« … J'ai pas suivi pour me battre contre des démons ou quoi que ce soit, moi… »

Je repense au choix fait à Camélia. C'était refuser un combat contre un ennemi inconnu, éviter une bataille insensée, pour chercher en toute sécurité le moyen de retourner dans l'autre monde.

Et pourtant, me voici condamné à me battre.

Que ce soient des démons ou non n'est pas encore établi, mais si c'est le cas, quelle ironie plus grande pourrait-il y avoir ? On ne peut pas échapper au destin ; j'ai l'impression qu'une malveillance invisible barre la route.

Ma murmure a dû être audible.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Rien. J'aurais juste voulu que le voyage se passe tranquillement. »

Alors Refit dit :

« Suimei-kun. Le voyage s'accompagne de dangers. Il ne se passe pas comme on veut. Et vu l'époque, il faut partir du principe que ce genre de chose *arrivera* fatalement. »

« … C'est effrayant de dangerosité. Partout, n'importe où. »

« C'est pour ça qu'on est là, non ? »

« C'est vrai. C'est le contrat qu'on a accepté, après tout. »

Quand j'acquiesce franchement à sa question, elle esquisse un sourire hardi.

Le genre de sourire qu'on adresse à un camarade d'armes avant d'aller au combat.

Une fois ce bref échange clos, elle saisit l'arme dans son dos et en défait l'enveloppe d'un geste rodé.

Ce qui apparaît, c'est une longue épée.

De la pointe au pommeau, elle doit faire dans les cent quatre-vingts centimètres d'après mon estimation. La poignée est protégée par une garde triangulaire massive, incurvée, et la lame, qui ne fait qu'un avec elle, a près de quinze centimètres de large. Quelque part entre la longueur d'une zweihänder et la lame large d'une claymore, mais d'une facture ni occidentale, ni japonaise, ni chinoise — typiquement d'un autre monde —, sans ostentation, pourtant belle, rouge et argent.

Elle la fait virevolter d'une main avec une aisance déconcertante, faisant glisser sur la lame la pâle lumière qui perce le ciel nuageux. D'où vient cette force, quel en est le principe, je l'ignore, mais sa main manie l'arme avec une familiarité évidente.

Et Refit, pour une raison quelconque, se met à marcher vers le flanc — dans la direction où les démons présumés rapprochent.

Une arme aussi encombrante. Elle s'éloigne de la caravane pour avoir de l'espace, sans doute.

Mais à l'encontre de cette prévision, elle continue de s'enfoncer sans s'arrêter.

« H-hey, Refit ? »

« — Suimei-kun. Désolée, mais je prends l'initiative ici pour engager. »

« Engager ? Tu vas… tout seul ? Ils sont encore loin, et dans ce cas, faudrait pas au moins en parler à Galéo avant ? »

Quand je le suggère, Refit ferme les yeux et secoue la tête.

« Non, regarde autour de toi. »

Je suis son regard et observe les environs.

On y voit les marchands et les gardes s'agiter fiévreusement face à la situation critique.

« … ? »

« Les autres aventuriers et mercenaires sont entièrement passés en posture défensive. Tu l'as compris, non ? »

« Oui, bien sûr. Y a pas deux minutes, il le disait encore. »

« Ça ne va pas. »

« Mmh… »

Elle rejette en bloc la stratégie adoptée par la caravane, une dénégation brutale.

Ses mots me rappellent la proposition de Refit tout à l'heure.

« … Ça veut dire qu'il faut percer les démons, ou pas ? »

« Exact. »

Refit acquiesce et enchaîne sans transition.

« Les démons sont des êtres dont la voie véritable est de ravir, détruire, tuer. C'est pourquoi ils sont foncièrement portés à l'offensive ; si nous adoptons une posture purement défensive, ils prendront immanquablement l'ascendant. Si tu veux t'en sortir, tu ne dois *pas* te cantonner à la défense. »

« Pas se cantonner à la défense, je sais bien que c'est risqué. Mais foncer tête baissée, c'est pas mieux non plus. La défense a ses failles, l'attaque en a tout autant. L'idée de percer l'encerclement, moi aussi je la trouve bonne, mais ce n'est pas parce qu'elle est logique qu'elle devient la meilleure option. »

Je la freine dans son élan. Ce à quoi Refit tient, c'est la percée. Comme l'aventurier l'a souligné, sans effectifs, ce n'est même pas envisageable.

Il est vrai qu'en tant que venu d'un autre monde, je ne peux pas prévoir l'issue d'un affrontement entre des démons — un ennemi inconnu — et des gardes bricolés ; je n'ai pas la vision précise de où et combien d'hommes déployer.

Mon avis est peut-être celui d'un profane. Mais ce que Refit s'apprête à faire pose un problème antérieur.

Pourtant, Refit nie.

« Donc, tu dis qu'il faut se retrancher dans la défense ? C'est un mauvais coup. »

« C'est pas ça. Je dis juste que toi seule qui fonces, c'est impossible, peu importe comment on tourne les choses. »

Je ne sous-estime pas ses capacités.

Mais je ne les connais pas non plus dans le détail. En tant que magicien, je n'ai pas l'œil du bretteur capable d'évaluer la force d'un épéiste d'un coup d'œil.

Je ne connais pas sa vraie valeur. J'ignore l'ampleur et la force de l'ennemi. Inconnu sur toute la ligne ; on a envie de lui dire de calmer le jeu.

Alors Refit, comme si elle avait saisi mes pensées, acquiesça — mais.

« Certes, ton argument est sensé. Mais je t'ai dit que je les connais bien. Je ne me trompe pas sur leur valeur à ce stade, et puis… »

« Et puis ? »

J'ai à peine lancé cette relance.

Une présence d'un noir lourd s'abat du ciel, me hérissant l'instant d'après.

« … Car sinon, je ne pourrai pas en exterminer jusqu'au dernier. »

— L'ombre qui voile un instant ce visage aux traits parfaits n'est pas due au ciel couvert. Le masque qui tombe à présent révèle le visage sombre d'un épéiste qui porte la justice au cœur.

Son unique œil découvert brille d'une lueur rouge, colérique et haineuse, transformée en pointe de lame visant un ennemi absent d'ici.

… Encore. Qu'est-ce qui se passe ? L'existence des démons représente-t-elle pour elle une rancœur si profonde ?

« … Ce sont des types à ce point irrécupérables ? »

« Oui. Ce sont le mal. Du berceau à la tombe, ils ne peuvent jamais devenir le bien. Des créatures sans rédemption qui tourmentent les faibles, rient de la détresse et font festin du désespoir. C'est pourquoi je dois les trancher. Moi, toutes. »

« …… »

Des paroles d'une résolution noire qui balayent toute réplique.

Je me rappelle avoir entendu, je ne sais plus quand, que les démons ne connaissent pas la pitié. Qu'ils ont fait tomber une nation du nord, sans faire un seul prisonnier, piétinant la vie de presque tous ses habitants.

« C'est ça. »

« H-hey… »

Quand je tente de la retenir, paniqué, elle change du tout au tout, rit gaiement comme pour s'excuser de l'obscurité qu'elle a fait régner.

« Merci, Suimei-kun. Mais ne t'inquiète pas pour moi. Toi, fais ce qu'on t'a dit : surveille les bagages. Alors, à plus. »

Sans me laisser le temps de l'appeler à nouveau, elle s'enfonce dans la forêt.

Qu'elle puisse partir seule, c'est sans doute la confiance née de l'expérience.

Je ne jugerai pas ici la justesse de son choix. Qu'elle y parvienne ou non, ce ne sera de toute façon qu'un jugement a posteriori.

(… Elle est rapide.)

Mais au vu de ses mouvements, le sentiment qu'elle s'en sortira l'emporte. Mauvaises fondations, charge lourde, vitesse ; malgré tout, un équilibre corporel qui ne se dérègle pas. Elle ne perdra pas facilement.

… Refit disparaît de mon champ de vision. D'autres humains, la voyant foncer, manifestent confusion et colère pendant un court instant, mais cela ne dure pas.

« Ils arrivent ! »

À la secousse anormale des arbres et à la présence magique, un aventurier crie.

Et l'existence qui nous pousse à bout finit par se montrer.

« De, démons… ! Ce sont des démons ! »

Quelqu'un hurle. En même temps, une rumeur parcourt le convoi.

« Ces types… »

Les démons.

L'une des causes qui m'ont valu d'être ramené dans ce monde.

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