Mon régime a fini par durer dans la durée.
Le « jogging en mer » que Junior m'a enseigné porte ses fruits, et je parviens à faire de l'exercice aérobique dans de bonnes conditions.
Au début, j'ai eu des ennuis avec des pêcheurs qui me prenaient pour une créature surnaturelle, mais petit à petit ils ont compris, et maintenant ils me saluent à chaque fois qu'on se croise.
Plati me lance parfois un « La natation, ça n'allait pas ? » en plein dans le mille, mais ça me va très bien comme ça !
Sur la mer, l'impact est amorti quand je pose le pied, ce qui épargne mes genoux.
Normalement, je devrais m'enfoncer jusqu'aux chevilles, mais c'est de la fantasy, alors on s'en fiche.
En plus, pas de cailloux ni de tessons de verre plantés dans le sol pour me blesser les pieds.
En fait, ce « jogging en mer » est le régime idéal pour brûler les graisses sans fatiguer le corps !
……Bon, si tout le monde pouvait le faire, ce serait peut-être le cas.
Et ainsi le temps a passé……
L'événement annuel qui s'est installé ces dernières années est arrivé.
L'anniversaire de mes fils, Junior et Norito.
À la base, chacun a sa date d'anniversaire, mais ce monde n'a pas de calendrier.
Du coup, on fête ensemble ces deux frères nés à la même période de l'année.
Et en plus, on a importé la coutume du Shichi-Go-San pour la célébrer aussi.
Le Shichi-Go-San.
Je ne connais pas tous les détails, mais c'est une cérémonie pour fêter et remercier la croissance des enfants.
Autrefois, la médecine n'était pas au point, et les chances qu'un enfant grandisse correctement étaient faibles, donc la joie et la fête étaient d'autant plus pressantes.
Comme son nom l'indique, elle se tient aux âges pivots de trois, cinq et sept ans.
Mais comme c'est une vieille tradition, on s'est posé plein de questions : « C'est exactement quand ? », « Autrefois, c'était l'âge compté, non ? », « À la naissance, on a un an ? », « Mais c'est quand, au juste ? ». Au final, on a tranché pour le faire à la bonne franquette.
Maintenant, pour répondre concrètement à « Qu'est-ce qu'on fait pour le Shichi-Go-San ? », l'usage s'est fixé : on se rend au Tenmangu de l'autre monde qui a été construit, on y fait une offrande, et on récupère un goshuin au passage. C'est devenu le rituel.
Cette année, ça s'annonce sans accroc.
Bien sûr, j'avais préparé les cadeaux d'anniversaire à l'avance.
Pour Junior, le mandala tridimensionnel des vingt-et-une statues du Kyōō Gokoku-ji qui l'avait intéressé pendant l'examen de promotion rang S.
Pour Norito, le DX Seija Visor, l'invocateur développé en goodies de Kamen Seija.
De quoi les rendre fous de joie, c'est sûr. Enfin, probablement.
Et ensuite, le jour J, on ira au Tenmangu de l'autre monde, on remettra les ofuda, on prendra un goshuin en prime, et on rentrera. Objectif rempli.
……Telle était ma douce prévision.
Mais le vrai problème de cette année ne venait pas de ma famille…
***
Le Tenmangu de l'autre monde était en pleine floraison de pruniers, ce jour-là.
« Faut vraiment qu'ils n'aient aucune pudeur. »
Normalement, la saison des fleurs de prunier est depuis longtemps passée, mais les pruniers plantés ici sont un peu spéciaux, et pour les occasions spéciales, ils acceptent l'impossible pour faire le décor.
À la fois reconnaissant et flippant.
Et en ce jour, une autre famille encore s'était rassemblée au Tenmangu de l'autre monde.
Le roi des tritons Arowana et le couple Puffa, leur fils Moby Dick.
Leur bras droit Hendler et le couple Lamp Eye, leur fille Half Moon.
Ensuite, le roi démon Zedan et la première reine Astarès, leur second enfant Belzebia.
Et nos frères Junior & Norito.
Sans oublier Marine, la fille aînée de la seconde reine Grashara.
C'est devenu un événement qui réunit la nouvelle génération liée à notre ferme.
……Hé ?
En parlant de nouvelle génération, il en manque un, non ?
Exact, le fils aîné du roi démon, le prince démon Gotia.
« Gotia, aujourd'hui, pour une raison, je l'ai laissé à la maison. Je l'ai confié à son gardien. »
Hein ?
Tout le clan royal démon est là pour la visite, et lui tout seul il reste ?
Le pauvre.
Gotia, le tout premier né des bébés de la ferme, a amplement le droit d'être invité à la fête d'aujourd'hui.
Ah, peut-être qu'on a cru que le Shichi-Go-San ne concernait que les enfants de trois, cinq et sept ans ?
Pas de souci, les critères sont très larges, vous pouvez l'appeler sans hésiter !
« Non… Il y a une autre raison pour laquelle je n'ai pas amené Gotia… »
« ? »
Le roi demon a du mal à finir sa phrase, c'est rare.
« Après ça, j'aimerais ton avis. Ça te va ? »
Oui ?
Si le roi démon me le demande, c'est avec plaisir.
Bon, de toute façon, fêtons la croissance des enfants maintenant.
Pour ça, il y a quelqu'un qu'il faut faire venir.
« Cette année, c'est la foule des grands jours, hein. »
Le plus surpris par cette affluence, c'est le dieu tutélaire de ce Tenmangu de l'autre monde, Sugawara no Michizane.
Le dieu de l'érudition.
« On a eu vent que c'était une cérémonie pour fêter la croissance des enfants, et les participants ont afflué…… »
« C'est bien, c'est bien. Que les enfants s'ébattent, c'est une bonne chose. »
Apparemment, ce dieu adore les enfants, et il se réjouit de voir les fidèles augmenter.
La cérémonie de célébration de la croissance s'est déroulée solennellement.
« Eh bien, que ce Tenjin de Kitano en personne vous offre la célébration de la croissance. Purifiez, purifiez…… »
Franchement, un dieu qui célèbre lui-même, c'est pas un peu abusé ?
D'habitude, c'est le travail du prêtre qui fait office de représentant du dieu.
Pas de représentant, le dieu officie directement : le Tenmangu de l'autre monde, c'est du lourd.
« C'est enviable… ! »
« Ha !? »
Voilà qui apparaît avec une rancœur tenace.
C'est le professeur No Life King, surgi comme un esprit vengeur !
« Moi aussi, je veux célébrer la croissance des enfants… ! Sous prétexte qu'il est dieu, il s'accapare tout le bon côté, c'est pas trop fort… !! »
« Quoi ! C'est précisément le rôle des dieux transmis depuis l'ère Heian ! Si t'as des plaintes, deviens un dieu qu'on vénère, toi aussi ! »
« Je suis le roi des morts depuis plus de mille ans, je suis prácticamente un dieu ! Je suis qualifié pour officier, non !? »
« Moi, ça fait onze cents ans que j'ai accédé à la divinité, et j'ai accumulé de l'histoire ! J'ai gagné, mais c'était juste de justesse ! »
Le prof, il se prend la tête pour les enfants, c'est mignon.
Vous n'êtes pas Hadès ou Poséidon, alors célébrez ensemble en bonne intelligence, s'il vous plaît.
Dans cette ambiance, les enfants ont vu leur croissance passée célébrée, et leur avenir placé sous la protection contre les malheurs.
Vraiment, ce monde a un niveau de civilisation proche de l'époque où ces rites étaient à leur apogée, donc rien ne garantit qu'un enfant grandisse sans encombre.
Que les enfants nés dans ce contexte aient tous grandi jusqu'ici sans qu'il en manque un seul, c'est une chose merveilleuse.
C'est quelque chose dont il faut être sincèrement reconnaissant.
Envers tous ceux qui ont participé à l'éducation des enfants, envers le ciel et la terre, et envers toutes les bénédictions qui en découlent.
Bien sûr, envers Plati qui a élevé les enfants avec moi, et envers tous les autres pères et mères.
Envers les enfants eux-mêmes qui ont grandi jusqu'ici.
Et envers les dieux. Sugawara no Michizane, entre autres.
Hadès et Poséidon ?
……
Hum……
Oui !
« Cela dit, c'est vraiment réjouissant, hein ? Tous ces enfants qui ont grandi sans encombre… Mais élever des enfants, ce n pas seulement les voir grandir sans encombre, tu ne trouves pas ? »
« Hein ? »
Non ?
S'ils grandissent sans encombre, ça me suffit amplement.
Je veux qu'ils soient costauds, même s'ils sont turbulents.
Mais qui est-ce qui leur colle des attentes aussi démesurées ?
……Ma femme.
Plati.
« Excuse-moi, ce n'est pas pour leur mettre la pression. C'est plutôt une attente… un résultat ? Nos enfants, disons qu'ils ont grandi pas mal plus impressionnants que ceux des autres, non ? »
Elle le dit avec une fierté évidente.
« Ils sont nés entre un mari qu'on appelle le Saint, et moi, princesse du royaume des tritons et "Sorcière de la Couronne". Forcément, ils surpassent les enfants des autres, c'est inévitable…… »
« Ferme-la ! Arrête de déconner ! »
Celle qui réagit au quart de tour, c'est l'autre sorcière, Puffa.
Reine des tritons, et pour Plati « la femme de son vrai frère », elles sont intimes.
Justement parce qu'elles sont proches, les piques montent vite en température.
« Tu as du culot de dire ça devant moi ! Notre Moby Dick a le talent pour devenir le prochain roi des tritons ! À trois ans, son excellence transparaît déjà ! »
« C'est pas de la partialité familiale, ça ? Pour ce qui est de nos enfants, par contre…… »
Ah, c'est mal parti.
C'est une mauvaise pente.