Bacon.
La fine tranche de viande que tout le monde adore.
Cette texture unique va aussi bien avec les légumes qu'avec les œufs. Coupée en tranches épaisses, elle devient un ingrédient capable de servir d'accompagnement pour l'alcool.
Cet aliment dont tout le monde aurait envie n'avait pourtant jamais été fabriqué dans cet autre monde.
Parce que le processus inclut le fumage.
C'était la seule chose que je comprenais parfaitement. Et avec cet état d'esprit « Comment fait-on du fumage ? Je n'y pige rien ! », j'avais abandonné l'idée dès qu'elle m'était venue.
Mais cette fois, grâce à l'introduction de copeaux de cerisier, j'ai réalisé le fumage. J'ai fumé toutes sortes de choses et accumulé pas mal d'expérience.
N'y a-t-il plus maintenant aucune raison de ne pas le faire ?
À la base, moi aussi j'adore le bacon.
Quand du bacon accompagne l'omelette du petit-déjeuner, on se sent d'un luxe indescriptible.
Un accompagnement qui est de la viande, n'est-ce pas un luxe où le bonus devient le plat principal ?!
C'est pourquoi, à ce stade, je suis devenu furieusement envie de bacon.
Voilà, je vais faire du bacon.
Mais le bacon, ce n'est pas juste le fumer à la fumée.
Ce ne serait que de la viande fumée.
La viande utilisée est du ventre de porc.
On prépare un bloc gros comme une brique, et on va en faire un magnifique bacon.
Le fournisseur est comme d'habitude le sanglier cornu.
Le monstre de type sanglier qui vit dans la montagne près de la ferme vient maintenant nous apporter sa viande rien qu'en l'appelant, sans qu'on ait à le chasser.
L'esprit de sacrifice de soi.
En répétant le cycle de réincarnation où ils naissent pour être chassés, naissent pour être chassés, ils ont acquis la divinité, et ne s'émeuvent plus, considérant la vie et la mort comme une seule et même chose.
C'est pourquoi ils livrent leur propre chair si facilement.
Monsieur le Sanglier Cornu n'est rien de moins qu'une bête sacrée, aussi sa viande a-t-elle un goût remarquablement pur.
C'est avec cette viande d'exception que je fais du bacon.
Les attentes montent.
Bon, comme c'est de la viande de sanglier, l'appeler ventre de porc pourrait prêter à confusion.
Bref, on commence par frotter ce ventre avec du sel.
Comme je l'ai dit, si on se contente de le fumer à la fumée, ce n'est que du sanglier fumé.
Ce n'est qu'en y ajoutant divers processus que ça devient du bacon.
L'un de ces processus consiste à faire pénétrer le sel, pour assaisonner tout en retirant l'humidité.
Le sel absorbe l'humidité. C'est l'osmose.
Vient ensuite une autre étape.
On le plonge dans la saumure.
La saumure !?
Vous allez demander ce que c'est, mais moi non plus je ne sais pas trop.
Pensez juste que c'est un liquide pour assaisonner la viande.
On y balance sel, sucre, herbes, ail, on fait bouillir, on laisse refroidir, et c'est prêt.
Bon, le dosage précis demande de la recherche…
On y fourre la viande salée, et on laisse reposer un moment.
Une fois que le trempage a bien fait pénétrer le goût, on déssale, on égoutte, on prépare bien le tout, et puis…
On y va.
Enfin le fumage !!
Avec le fumage dont j'ai déjà bien accumulé l'expérience, j'enveloppe solidement la viande de fumée, pour lui faire épouser à fond l'arôme smoky !!
En même temps, je renforce solidement sa fonction d'aliment de conservation… et le bacon est achevé.
« Oooooooh !? »
Je ne peux réprimer mon émotion en voyant le bloc de bacon achevé.
Il y a le fait que la technologie de transformation alimentaire de la ferme en soit enfin arrivée là… mais plus encore, c'est la première fois de ma vie que je vois un aussi gros bacon bien formé.
« Putain, c'est énorme !? »
Pour moi, le bacon c'était soit fin comme du papier, soit découpé en petits morceaux d'une bouchée.
Dans les deux cas, ce n'était qu'un truc minuscule à l'échelle 1/144.
Pourtant, même si c'est parce que je l'ai fait de A à Z, je n'aurais jamais cru me retrouver face à un bacon aussi visiblement énorme !
C'était au niveau où l'on ressent une vague peur.
Apparemment, quand on fait face à quelque chose qu'on connaissait à une échelle qui dépasse sa reconnaissance, on ressent de la peur.
Par exemple, si un chat qu'on chérissait grossissait soudain à l'échelle d'un tigre, n'importe qui flipperait.
C'est dans ce même état d'esprit que je me tenais devant ce bloc de bacon, avec un frisson.
…… Je me demande ce qu'on ressentirait à bouffer ce bloc de bacon en entier ?
Bien sûr, je ne ferai pas ça.
Ce bacon d'un autre monde, premier du nom, achevé au prix de peines et d'expériences, je compte le manger soigneusement en tranches fines, mais j'ai l'impression qu'un luxe violent comme engloutir un gâteau entier me tend les bras !!
« Maître, qu'est-ce que tu as fait cette fois-ci ? »
Et voilà qui apparaît Veil.
Qu'elle surgisse dès qu'on crée un plat est devenu aussi certain que de roter après avoir bu du cola.
C'est aussi naturel que de casser net un crayon HB.
« …Oh ! Maître, tu as fait du chashu !? Je vais le fourrer direct dans un ramen !! »
« Non non non non non… !! »
Veil, le dragon qui adore les ramens (les faire).
Bien sûr, elle maîtrise le chashu qui va avec le ramen jusqu'à pouvoir le faire elle-même de A à Z, et dans son labo à ramens, il y a toujours des kilos de chashu en stock, paraît-il.
Effrayant.
Cependant, même s'ils sont tous deux faits de viande de porc, le chashu et le bacon sont complètement différents.
D'abord, le chashu qui se cuit juste en mijotant et en grillant, son gras devient fondant, et c'est pour ça qu'il se mélange au bouillon de ramen pour en rehausser mutuellement le goût.
Le bacon, lui, avec son processus visant la conservation — salage, séchage, fumage — qui retire l'humidité à fond, même mis dans un plat en sauce, il n'absorbe rien.
C'est le genre de chose qui finit par être détesté comme « Le ramen de la cantine, y'a du jambon au lieu du chashu ».
« C'est pour ça que le bacon, c'est fait pour être grillé. En y ajoutant de la chaleur, l'huile enfermée au fond suinte pour la première fois, et le goût s'en trouve multiplié. »
« Je vois, c'est ça ? »
La réponse vague de Veil montrait clairement qu'elle ne comprenait pas.
Bon, ici la preuve vaut mieux que l'argument.
Je vais lui faire goûter le meilleur plat au bacon pour lui en démontrer la vraie valeur !
Je fais des œufs au bacon.
Il y a diverses théories, mais je pense que parmi les plats au bacon, les œufs au bacon sont les plus orthodoxes et ceux qui tirent le mieux parti de l'umami de l'ingrédient, diverses théories existent.
D'abord, je tapisse la poêle de tranches fines de bacon, et quand je juge que l'huile a suinté du bacon, j'y casse l'œuf !
Pas seulement l'huile préalablement mise, mais aussi l'huile qui sort du bacon, pour cuire l'œuf en le rendant tout fondant.
C'est ainsi que les œufs au bacon ajoutent un goût qu'un simple œuf au plat n'a pas, c'est leur force !
Pour l'instant, cuisson de l'œuf mi-cuite (selon les goûts), allons-y, mangez-le tout chaud !
Avec l'arôme du bacon, on n'a même pas besoin d'assaisonnement !
Sauce soja ou sauce ? Ça déclencherait une guerre, alors on met ça à part !
« Fuooooooooo !! Umee na daaaaaaaa !! »
Et Veil réagit comme prévu.
« L'arôme de l'huile a passé dans l'œuf au plat et c'est solidement bon aaaa !! Un œuf au plat au goût de viande aussi riche, c'est nouveau aaaa !! S'il est mi-cuit, je veux plutôt le mettre sur du riz et le manger aaaa !! »
C'est bien Veil.
Elle connaît la meilleure façon de manger un œuf mi-cuit.
Je vois, le fondant de l'œuf mi-cuit et le goût de gras du bacon qui s'entremêlent au riz, il n'y a rien de meilleur.
C'est une qualité qui ne déparerait pas dans un resto.
Et l'umami du bacon ne s'arrête pas aux œufs au bacon.
« Le plat suivant… c'est le bacon sauté !! »
Le classique du bacon sauté, ce sont les épinards.
Pas question de rapport, contact, funérailles.
Plein de fer non-hémique, c'est un aliment fortifiant qui fait de certains marins les plus forts berserkers.
En enrobant les légumes de l'huile qui n'existe pas en eux, avec celle qui suinte du bacon, on obtient un umami unique, etcetera.
« Ça aussi c'est putain de bon eeeeee !! Les épinards ramollis à la poêle matchent avec le croquant du bacon aaaaaaa !! »
Celui-ci aussi est grandement du goût de Veil.
Ça a prouvé la thèse selon laquelle l'huile de bacon est bonne avec n'importe quoi.
Bon, pour faire sauter avec du bacon, les épinards c'est bien, mais l'asperge aussi.
L'asperge, ce représentant des « goûts qu'on détestait gamin ».
Mais adulte maintenant, ce croquant craquant est irrésistible.
Là aussi, quand le goût d'huile de bacon s'y mêle, c'est nettement meilleur.
En plus, l'asperge, c'est justement au début du printemps comme maintenant qu'elle est la meilleure.
C'est maintenant qu'il faut enrouler du bacon sur l'asperge !!
…Et voilà, dès sa completion, le bacon est en grande activité.
Dans ce monde fantasy, où le processus de fabrication du bacon n'est même pas connu, le reproduire aussi fidèlement est une gageure.
C'est rare qu'un gens ordinaire connaisse la saumure.
Mais moi, j'avais par hasard lu la façon de faire du bacon dans un livre ou quelque chose avant de passer dans l'autre monde, donc j'ai réussi à le reproduire ici.
C'est exactement « le savoir est pouvoir ».
Bacon seulement.