Voilà comment a débuté la bataille décisive pour désigner la fleur représentative du printemps entre le prunier et le cerisier.
Dire les choses ainsi pourrait heurter la sensibilité d'autres plantes, mais peu importe : tant que les principaux concernés sont satisfaits, c'est ce qu'il y a de mieux. Je n'ai aucune envie d'envenimer la situation ni de la compliquer.
C'est pourquoi je compte en rester à un duel pur et simple.
« Allez-y ! Tuez-le ! Prouvez que le prunier est la plus forte des fleurs de printemps en pulvérisant ce cerisier tapageur !! »
Et à mes côtés, le dieu vengeur Sugawara no Michizane qui devient de plus en plus bruyant.
Sa jalousie et son ressentiment envers le cerisier ont grandi jusqu'à atteindre le niveau de ses ennemis politiques qui l'ont exilé à Dazaifu de son vivant.
S'il continue comme ça, il risque de redevenir un esprit vengeur. J'espère qu'on parviendra à régler ça pacifiquement.
Voilà les rivaux (?) que sont le cerisier et le prunier.
Quel genre de duel vont-ils bien pouvoir nous offrir ?
« Sacra-cla-cla-cla-cla... Qu'un vulgaire prunier prétende rivaliser avec ce cerisier, quelle idée stupide. C'est même présomptueux de se considérer comme un bon adversaire. »
Le cerisier parle avec un rire bizarre.
« Cette fleur de cerisier aimée depuis plus de mille ans. Face à l'immense floraison qui s'épanouit au printemps, un prunier peut-il seulement faire le poids ? »
Et il exhibe fièrement les innombrables couronnes de fleurs qui s'épanouissent sur ses branches.
Au fond, parmi les millions d'espèces de fleurs qui existent au monde, il n'y en a pas qui produisent aussi inconsidérément autant de fleurs que le cerisier.
Les branches sont bourrées de fleurs sans le moindre espace.
Le nombre de pétales est tout aussi démentiel.
On raconte qu'un original a compté les pétales sur un seul arbre et en a trouvé plus de cinq cent mille. Vrai ou faux, on l'entend dire.
C'est bien pour ça qu'on finit par envisager d'abattre l'arbre, tant le nettoyage des pétales qui tombent au printemps devient déprimant.
De son côté, la fleur de prunier est belle, mais le nombre de fleurs sur les branches reste modeste.
Comparé au cerisier, on ne peut s'empêcher de remarquer cet aspect clairsemé qui laisse voir l'écorce des branches.
Au final, si le prunier a perdu la place de star des fleurs de printemps, c'est purement à cause de cette différence de quantité. Mais comment le prunier compte-t-il combler cet écart ?!
« Certes, l'éclat de la fleur de cerisier n'admet point de rival (…) ! Sur ce point, je l'admets volontiers (…) ! »
« Ne faiblis pas, prunier ! Le dieu de l'érudition que je suis est à tes côtés !! »
Le dieu vengeur en tribune est pénible.
« Cependant, justement parce que je suis si désavantagé, je dois faire appel à un allié puissant ! Let's invocation ! »
Le prunier sait faire de l'invocation, maintenant ?
Comme pour répondre, une unique créature descend du ciel.
L'oiseau se pose sur une branche de prunier et pousse immédiatement un cri léger.
Hou-hokekyo.
« Un uguisu ? »
« Exact ! Le prunier et l'uguisu, c'est l'association traditionnelle qui traverse les âges ! Le mariage parfait ! Grâce à ce partenaire, le prunier devient un raffinement qu'on peut apprécier non seulement visuellement mais aussi auditivement ! »
Le concurrent prunier obtient l'uguisu comme renfort (oiseau de renfort ?) et prend soudain l'avantage.
« Allez, tu as un allié qui vaut bien un ami intime, non ? Lui, au mieux, il a des chenilles qui squattent ses branches en été ! »
« Pff ! Ce cerisier n'a besoin ni de partenaire ni d'association ! Car le cerisier, à lui seul, est amplement beau et mérite qu'on l'admire ! »
Mais l'adversaire est coriace.
Le cerisier, ce solitaire sans "matching" pittoresque, repousse magnifiquement l'attaque avec une attitude impériale : ne pas reculer, ne pas flatter, ne pas regarder en arrière.
« Hou... Alors, que diriez-vous d'un concours gustatif ? »
« Gustatif !? »
« Comme vous le savez, l'umeboshi fait en salant le fruit du prunier est un aliment nutritif payant aimé de tous ! Une existence complète qui offre de belles fleurs à admirer ET de bons fruits à manger. Le cerisier peut-il rivaliser avec ça ?! »
« Qu'est-ce qu'il se met à dire ! Croit-il que son arbre est le seul à produire des fruits comestibles !? Ce cerisier, ses fruits sont connus et aimés sous le nom de cerises, il n'ignore pas ça ! »
Effectivement.
Les cerises, fruits du cerisier macérés dans le sucre ou le sirop, sont des douceurs populaires auprès des enfants.
Le fruit du prunier salé, celui du cerisier sucré : quel contraste saisissant.
Il y a même cette rumeur selon laquelle savoir faire un nœud avec la queue d'une cerise dans la bouche révèle si on est bon ou mauvais embrasseur.
Sous cet angle aussi, c'est un fruit populaire.
« Kuh... Match nul sur le plan gustatif (…) ! »
« Si c'est un match nul, la victoire du cerisier qui domine outrageusement sur le plan visuel principal ne bouge pas d'un poil ! Le trône de la fleur printanière revient bel et bien à cette fleur de cerisier !! »
« Gnu-nu-nu-nu-nu... !? »
Le prunier ne peut donc vraiment pas rivaliser avec le cerisier ?
Alors que le duel atteint son paroxysme, les alentours restent paisibles avec le hanami.
Les résidents de la ferme profitent à fond de la chaleur printanière après avoir surmonté le long hiver.
« Le hanami de cette année est riche en couleurs grâce aux fleurs de prunier aussi. »
« Une coupe de saké de plus. »
« Les sakura-mochi mangés sous les cerisiers, c'est bon. »
« Le umeshu bu sous les pruniers, c'est pas mal non plus... »
Chacun profite du hanami à sa façon.
« D'ailleurs, pourquoi le prunier et le cerisier se battent-ils comme ça ? »
« Ouais, les deux sont beaux, c'est bien assez non ? »
Ils touchent au fond du problème.
C'est ça. Les deux sont beaux et valent le coup d'œil, c'est suffisant. Pas besoin de décider arbitrairement qui est le numéro un.
« C'est peut-être ça ? Un concours où chacun expose les anecdotes liées au prunier et au cerisier ? »
« Comme divertissement, ce serait top. »
Une interprétation plutôt bienveillante, mais...
« Moi, je sais ! »
Quelqu'un se manifeste soudain.
Il s'appelle Junior.
Mon fils.
Il a enfin quatre ans cette année.
Junior s'avance teku-teku vers le prunier et le cerisier.
Sous le regard de tous...
« Hein ? Qu'est-ce qu'il y a, gamin ? ... Gobeo !? »
« Salaud de cerisier, salaud sans prunier ! »
Junior, brandissant on ne sait d'où une massue géante, frappe latéralement le prunier.
Face à cette agression soudaine, même Lord Michizane qui adore le prunier en reste coi.
« Pourquoiiiii !?! »
Salaud qui casse le cerisier, salaud qui ne casse pas le prunier.
« Salaud qui taille le cerisier, salaud qui ne taille pas le prunier » serait l'expression exacte. C'est un dicton chez les jardiniers : le cerisier peut mourir si on le casse ou le taille, alors que le prunier, vigoureux, doit être élagué régulièrement. C'est un précepte.
On est impressionné de voir que l'entretien des arbres d'ornement varie tant selon les espèces, mais...
Était-il vraiment nécessaire de sortir cette anecdote maintenant, mon fils ?
« Sacra-cla-cla-cla-cla... Se faire battre par un gamin, c'est bien la limite du prunier. C'est la preuve que la plus forte des fleurs de printemps est bien ce cerisier... »
« ... »
« ... Quoi ? »
Le cerisier ressent une angoisse indicible face à Junior qui s'approche jiri-jiri.
Sa voix se tend par vigilance.
« Qu'est-ce que tu fais, Junior ? »
« ... Jōji. »
George ?
De qui parle-t-il soudain, Junior ?
George Ralo ? ... Non, pas lui !
Washington !
Le premier président des États-Unis, George Washington !
Lui aussi a une anecdote avec le cerisier !
Dans son enfance, il a cassé un cerisier à coups de hache, l'a avoué honnêtement et a été loué pour ça !
« Moi aussi, si je dis la vérité, on me louera. »
Mon fils, né dans l'autre monde, sait on ne sait comment l'anecdote du président américain. Sa capacité de collecte d'informations mystérieuse est intacte.
Mais même s'il avoue honnêtement, moi son père, j'ai parfaitement vu la scène du crime, moi ?
C'est vraiment bon, fiston ?
« Salaud de cerisier aussi ! »
« Hyaaaaaaa ! Au secours !!! »
Le cerisier fuit en bavant face à mon fils devenu serial killer.
Dans ce cas, le fait qu'un esprit d'arbre possède l'arbre et puisse bouger joue en sa faveur.
Cependant, la vraie raison pour laquelle Junior commet cette barbarie n'est sûrement pas d'exhiber ses connaissances en parodiant une anecdote passée.
Querelle entre deux, torts partagés.
C'est tout.
Ils se feront casser par un enfant pur et innocent, et graveront dans leur cœur qu'une dispute stérile ne sert à rien.
Le cerisier qui fuyait de toutes ses forces finit par se faire rattraper et plier sous le full swing fatal de Junior.
Une fois son œuvre accomplie, Junior revient vers moi et...
« J'ai cassé. »
Il me rapporte ça non pas comme une confession de faute, mais comme un bilan de guerre.
Ainsi s'acheva la première dispute du printemps par le résultat le plus misérable : l'anéantissement total des instigateurs.
Vraiment comme des fleurs qui tombent.